‹ Le Bienheureux Raymond Lulle (1232-1315)Chapitre 56 sur 60 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DERNIÈRES ANNEES DE LA VIE DE RAYMOND LULLE, SON MARTYRE SUR LA TERRE DAFRIQUE ET SA MORT SUR LE NAVIRE GENOIS QUI LE RAMENAIT A PALMA.

De i3i2 à i3i5.

Raymond LuUe était à Palma depuis plus d'un an, lorsque, ayant résolu de retourner en Afrique et pressentant qu'il ne reverrait plus sa patrie, il fit son testament, le ad avril i3i3. En ce document, qui a été conservé et que M. de Bofarull publia récemment, il partage les biens qui lui restent entre son fils Dominique et sa fille Madeleine et fait des legs aux Frères Prêcheurs et aux Mineurs, aux couvents, aux écoliers orphelins, aux fabriques de la cathédrale et des églises paroissiales de Mayorque; le montant de ces legs devra être prélevé sur une somme de i4o livres deux sous en petits réaux de Mayorque, déposée chez un banquier ; ce qui restera de cette somme devra être employé à faire des copies en catalan et en latin de ses derniers ouvrages, ceux qu'il avait écrits depuis son départ de Vienne, et dont il donne les titres :

De viciis et çirtutibus ; — De /loço modo demonstrationis j — De quinque principiis j — De differenlia

correlntivonim ; — De secretis sacratissimse Trinitatis et Incarnationis ; — - De participât ione christ ianoriim et sarracenorum ; — De lociUione angelorum ; — De virtute veniali et vitali ; — De peccatis venialibus et mortalibusj — De arte ahreviata serrnonandi.

« Du texte latiu de tous ces livres j'ordonne qu'il soit tait une copie en parchemin, en un volume; mes exécuteurs auront à l'envoyer à Paris, au monastère de la Chartreuse, auquel je le laisse pour l'amour de Dieu. Du texte latin de ces mêmes livres il sera fait une autre copie en un volume de parchemin que je laisse et ordonne d'envoyer à Gênes à misser Persival Espinola. Quant aux autres livres, que mes exécuteurs feront transcrire avec mes deniers, j'ordonne de les distribuer à des maisons d'ordres religieux et à d'autres établissements pour le salut de mon àme et des âmes de ceux auxquels j'ai pu faire tort; lisseront enchaînés dans les librairies des églises, de façon que tous ceux qui voudront s'en servir puissent les lire et les voir. De plus, je lègue au monastère de la Real un coffret rempli de livres qui est dans l'hôtel de mon gendre, Pierre de Sentmanat. »

Ces détnils nous montrent, par leur minutie, le souci qu'avait Raymond Lulle de la propagande de ses idées ; non seulement il veut que ses manuscrits soient répandus dans les couvents, mais encore il demande qu'au lieu de les enfermer on les tienne sans cesse à la disposition des curieux et des étudiants in armario ciijiislibet ecclesiae cum ca-

tenu, afin qu'ils soient vraiment la propriété du public.

Le mois suivant, il partit pour la Sicile et passa une année à Messine, où il écrivit ses derniers ouvrages dont quelques-uns sont dédiés au roi Frédéric. Là, le désir lui vint au cœur de voir encore une fois sa famille, ses amis et la terre natale. Il retourna donc à Palma et, après un court séjour dans son île, il s'embarqua pour Bougie. Une note rédigée par un contemporain nous donne la date exacte de son départ :

« Aujourd'hui mardi, 14 août i3i4, s'est embarqué maître Ramon Lull en une nef pour se rendre à Bougie; il fut accompagné à son embarquement par une foule de gens, et particulièrement par les jurats et beaucoup d'autres qui regrettèrent son départ. »

Pendant la traversée, il pensa aux tourments qu'il allait affronter pour la gloire de Dieu, mais il priait :

« Reine du ciel, quand viendra pour moi V heure de mourir, montrez-moi et présentez-moi votre giron sur lequel reposa mon très doux Aimé, et je ne craindrai aucun des maux que pourraient nie causer mes ennemis^. »

Et il n'avait point peur, car il se souvenait « de la noble cité de son Aimé, dont l'amour et la mort sont le portail et l'entrée*, » et il savait que l'iieure approchait où, par le martyre, il témoignerait son amour pour Jésus. Mais il désirait faire le plus grand bien possible avant de souffrir le dernier supplice ; aussi, lorsqu'il fut sur la terre d'Afrique pour y glorifier son Aimé, « il voulut se déguiser pour

1, VÀmi et VA'tmé, 355.

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