I. L\4ini et r Aimé
quer à Bougie. Elle émut surtout un marchand génois, Etienne Colomb, qui l'avait connu en Italie ; avec un autre marchand, Louis de Paslorga, il alla aussitôt demander et obtint l'autorisation de recueillir le cadavre du martyr et de l'emporter sur son vaisseau.
C'était le soir du jour du supplice. Colomb et Pastorga, ne voulant pas attendre l'aube pour chercher le corps très précieux, s'aventurent dans l'obscurité par les places et les ruelles de la ville, lorsque, soudain, à un carrefour, ils voient surgir une immense et surnaturelle colonne de clarté qui se perd vers les étoiles. Ils approchent, et ils trouvent, étendu sur un tas de pierres, Raymond, qui est la base de cette nocturne splendeur dont le sommet est au ciel —
L'Ami respirait encore ; ses délices d'amour s'étaient multipliées dans ses tourments, et il élevait vers l'Aimé d'ineffables pensées —
Les deux Génois le portent sur leur vaisseau, et, craignant qu'on ne vînt le leur ravir, aux premières lueurs du matin ils mettent à la voile, avec l'espoir de ramener h Palma Raymond vivant.
Il vécut quelques jours encore. Quels furent ses entretiens avec son sauveur en ces heures suprêmes où son âme était si près de Dieu ? Que dit au marin génois Colomb le Docteur illuminé qui croyait à V existence dune terre opposée à notre continent"^ L'histoire l'ignore; mais la légende, qui ne peut admettre que des coïncidences si étranges soient vaines en un moment si solennel, affirme que Lulle fit connaître à Colomb sa conviction sur l'existence de cette terre et qu'il prophétisa la mis-
sion du christophore qui irait faire resplendir la Croix sur les rivages mystérieux. La tradition aurait
été conservée dans la famille d'Elienne Colomb
Et cette extraordinaire légende est, peut-être, de l'histoire inconnue
Les côtes de Mayorque apparaissaient vaguement à Thorizon lorsque Raymond rendit son âme à Dieu en la béatitude, le 29 juin i3i5. Les marins voulurent alors changer de route et porter à Gênes les reliques de celui qu'ils considéraient comme un saint; mais aussitôt un vent invincible s'éleva qui, malgré tous leurs efforts, les poussa vers le port de Palma. Tous les habitants vinrent en procession recevoir le corps du martyr, qui fut enseveli dans la sacristie du couvent de Saint-François-d'Assise.
Et pour que la ferveur populaire fût sanctionnée par l'Eglise et que l'image du Bienheureux Raymond pût être vénérée à l'amel, des miracles eurent lieu sur sa tombe par la grâce de Dieu, dont le nom soit béni et glorifié à jamais, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.