‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370)Chapitre 11 sur 103 · ÉLECTION D'URBAIN V · texte numérisé non relu

ÉLECTION D'URBAIN V

renoncer à ses prétentions, les cardinaux finirent par porter leurs suffrages sur un personnage étranger au Sacré-Collège. A la vérité, en élisant Guillaume de Grimoard, nonce à Naples, ils ne furent pas les instruments inconscients de la Providence, comme dit Pétrarque. Ils présumaient que Tabbé de Saint- Victor montrerait un caractère très énergique, une âme plus fortement trempée que son prédécesseur. Il se recommandait au choix des électeurs par ses vertus monacales qui lui vaudront l'honneur de la béatification, par sa science profonde du droit, par le maniement des affaires, le gouvernement des hommes et l'habileté dans les négociations les plus délicates. Distingué par deux Papes, aimé de ses moines, vénéré par le peuple, Guillaume était un homme dont l'autorité s'imposait.

Dans la crainte que les Italiens ne voulussent retenir de force le nouveau Pape, qui était chez eux, et ramener ainsi à Rome le Saint-Siège depuis si longtemps en France, les cardinaux eurent soin de tenir l'élection secrète. Ils envoyèrent l'ordre au Nonce pontifical de retourner sans retard auprès d'eux. Les messagers du Sacré-Collège, incertains de l'endroit où ils pourraient le rencontrer, durent suivre ses traces dans tous les pays qu'il avait traversés.

En le rejoignant, ils s'ouvrent à lui et lui apprennent la nouvelle. Tremblant à la vue du fardeau qui allait lui être imposé, il voulut d'abord répondre par un refus ; mais ses amis lui montrent les malheurs effrayants de l'Église, si le Saint-Siège vaquait plus longtemps.

A la vue des dangers que pouvait courir la Papauté, il consent à sa nomination.

Étant arrivé à Marseille le 28 octobre, il fit aussitôt savoir au Sacré-Collège sa résolution et ajouta qu'il se mettait en route pour Avignon. Le voyage fut rendu pénible par suite du débordement du Rhône et de la Durance. La ville des Papes était cernée de tous côtés par les eaux.

Des barquiers intrépides lui firent traverser la Durance furieuse, au port de Noves, et il entra à Avignon le 3i octobre ^.

Il se rendit au Palais apostolique, où on le félicita. Il répondit aux compliments des cardinaux par ces paroles : A Domino factum est istud et est mirahile in oculis nosti^is. Après l'intronisation et les cérémonies accoutumées, il fit connaître le nom qu'il avait choisi. Il voulait être appelé Urbain, parce que, répéta-t-il à plusieurs reprises, « tous les autres Papes qui ont porté ce nom ont été des saints ».

Urbain V fut donc sacré et couronné dans la chapelle papale, le dimanche 6 novembre, au milieu d'un grand concours de peuple. L'usage voulait que les Papes, au jour de leur couronnement, parcourussent en grande solennité la ville d'Avignon, suivis de tous les cardinaux, des princes et des évêques montés sur des chevaux aux harnais d'or. Tout avait été préparé pour qu'Urbain pût aller, comme ses prédécesseurs, se montrer à la foule, recueillir ses applaudissements, admirer les rues pleines de banderoles et de verdure. Il ne sortit pas du Palais et la brillante cavalcade n'eut pas lieu ; son humilité ne voulait point de cet éclat ni de ces vanités! Muratori rapporte que le cardinal de Périgord parla ainsi du nouveau Pape : « Nous avons maintenant un

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