ORGANISATION DE SES COLLEGES
dérément, à cause des nombreux désordres qui en suivent l'abus. Soyez pour ces moines un bon médecin corporel et spirituel, de telle sorte qu'ils ne soient pas accablés par la maladie et que, néanmoins, ils conservent une intelligence élevée et ouverte à l'étude )).
Et, revenant, après d'autres instructions, à son désir : « J'aimerais de pouvoir connaître le nombre de religieux qui répondrait aux revenus actuels, car je ne dis point qu'un jour, si je vis, je n'accroisse les ressources de la maison et je n'augmente le nombre de ses membres ».
De fait, Urbain V commença de réaliser ce désir, en créant quatre places d'étudiants es arts. Mais, parce qu'il voulait aussi employer utilement ses bienfaits, il apprit avec chagrin la rébellion de trois scolastiques, au carnaval de iSôg.
Une enquête ayant établi les responsabilités, le Pape n'hésita point. « N'épargnez pas, écrivit-il, les écoliers grossiers et désobéissants, afin qu'ils ne tiennent point inutilement occupées les places qu'on pourrait donner à d'autres, dociles, avec l'espoir d'en recueillir plus de profit ». Gaucelin ordonna donc le renvoi définitif de cinq étudiants, et en transféra quelques-uns à Avignon.
De nouveaux sujets furent appelés à Montpellier. Pour faire un choix judicieux, l'évêque de Maguelone manda à Avignon Jean Bonnafoux, directeur de Saint-Germain de Calberte, et trente et un de ses écoliers. Il les examina et en admit vingt et un, dont trois partirent aussitôt. Des dix autres, certains retournèrent à Saint-Germain de Calberte, et quelques nullités furent rendues à leurs familles. Au groupe entier le voyage fut payé.
Ces écoliers en grammaire n'étaient pas tous destinés à Saint-Benoit. Au quartier médical de Saint- Matthieu, Urbain V avait fait acquérir une maison. Là, par bulle du i3 juillet 1869, il créa le Collège des Douze Médecins, en faveur d*un égal nombre de Gévaudanais, et le dota richement. Le Studium de Calberte lui servit spécialement de pépinière, et, pour compléter son enseignement élémentaire, deux maîtres es arts : Jean Culland du Chêne et Marcel de Jugan, vinrent de Cambrai et de Cologne a Montpellier, sur l'ordre et aux frais du Pape, qui les rétribua avec largesse. Comme à Saint-Benoît, une bibliothèque, également publique, fut montée avec des livres achetés spécialement et d'autres tirés de la Librairie d'Avignon. Mais la mort empêcha l'auguste fondateur de donner à son collège médical ses statuts définitifs.
L'œuvre d'Urbain V a procuré d'incessants bienfaits à l'abbaye de Saint- Victor, au Gévaudan et à Montpellier. Même, toute ruinée qu'elle a été par les vicissitudes des temps, il en subsiste quelques résultats appréciables, Montpellier lui devant sa cathédrale et les locaux de sa Faculté de médecine.
La première, en effet, est l'ancienne collégiale Saint-Benoît, modifiée au xix® siècle par la construction d'un vaste chœur. Des quatre tours placées aux angles de la nef, celle du sud-est a été, en iS^S, restaurée à l'instar des autres. Toutes sont couronnées de pyramidions quadrangulaires à bossages et panache Une voûte à pendentifs, soutenue par deux énormes piliers h sommet conique, fait porche devant le portail principal dont la décoration a été détruite au xvi* siècle.
ORGANISATlOxN DE SES COLLÈGES. 75
L'érection, en i536, de cette église en cathédrale a réalisé le projet prêté à Urbain V par un de ses biographes contemporains, mais elle a ruiné l'essence même de sa fondation. Par malheur, subissant une influence générale de corruption, on n'y avait point gardé l'esprit du Bienheureux. Ses prescriptions formelles de stricte clôture * n'avaient pas été observées. L'achat d'un auditoire à la colline Sainte- Eulalie introduisit la dissipation chez les étudiants, et, par eux, chez les claustraux. La ferveur et le goût de l'étude s'étaient altérés. Quelques bons religieux voulaient la réforme, le parti de la sécularisation l'emporta. Ce fut un double malheur. En unissant le personnel taré et les riches revenus de Saint-Benoît à ceux du Chapitre cathédral de Maguelone, aussi relâché, on préparera une proie au protestantisme. En attendant, le Collège fut supprimé. Du moins l'édifice, construit pour être une « pépinière des sciences », a été ramené à cette destination par son affectation à la Faculté de médecine, au début du xix® siècle.
Le sort du Collège des Douze Médecins n'a pas été très différent. Après avoir fourni au Gévaudan des praticiens éclairés, à l'Université de Montpellier d'éminenls professeurs, même des médecins aux rois de France, il a subi, lors des guerres de religion, la décadence, ensuite l'usurpation.
Tant il est vrai que les intentions et les œuvres les meilleures, comme celles d'Urbain V à Montpellier, n'ont de durée et de perpétuité véritable que devant Dieu.
I. « Sit vobis cura quod nullo modo nec infra viilam ncc «xtra exeant t:laustrum » (Lettre à Gaucelin de Deaux).