‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370)Chapitre 42 sur 103 · I. Bibl. Vat., Ms · texte numérisé non relu

I. Bibl. Vat., Ms

Ce zèle ardent du Bienheureux pour la réformation des mœurs de toutes les classes de la société produisit de grands fruits. La chrétienté entière admira l'énergie du père qui préservait ses fils du poison des erreurs et de la contagion du péché. Voici comment Pétrarque exprimait son approbation dans une lettre qu'il adressait au Pape en 1867 : «J'ai appris, Saint Père, les grandes choses que vous faites et auxquelles je m'attendais. J'ai appris que vous aviez renvoyé dans leurs églises les prélats qui remplissaient la Cour romaine. C'est bien et très bien fait. Cary a-t-il rien de plus inepte et qui contribue davantage à amener un naufrage que de voir les matelots abandonner rames et cordages, se ramasser tous sur l'arrière du navire, embarrasser sans cesse le pilote dans ses mouvements? Vous avez mis un frein k la poursuite effrénée des bénéfices et forcé les ambitieux insatiables à se contenter d'un seul. C'est juste. N'était-il pas honteux de voir les uns surchargés de revenus, et beaucoup d'autres, meilleurs qu'eux, vivre dans le besoin ?

« Je sais que vous vous donnez beaucoup de peine pour ramener la modestie et la décence dans les vêtements. En cela, vous êtes digne de toute louange, car on ne pouvait plus souffrir les modes ridicules que notre siècle a introduites, croyant s'embellir et se rendre intéressant, tandis qu'il se déshonorait. Comment, en effet, supporter, sans se plaindre, les nouveautés monstrueuses qui s'étalaient sous nos yeux, des souliers pointus comme la proue des galères, des chapeaux à ailes, des chevelures entortillées, à longues queues, des peignes d'ivoire plantés sur le front des hommes, simulant les femmes... Il convenait à vous, qui êtes le Vicaire du Soleil de Justice,

de remettre la justice dans tous ses droits et de faire disparaître tous les usages condamnables... ».

Au milieu de ses préoccupations de réformes, Urbain V désirait réunir l'empereur d'Orient et son peuple à l'Eglise romaine. Il écrivit donc une lettre à Jean Paléologue pour lui inspirer confiance et lui parler de la Terre Sainte. « Rentrez, lui disait-il affectueusement, rentrez avec bonne foi et sans aucune feinte dans le sein de l'Église véritable. Profitez du temps que Dieu vous a donné. Si vous le faites, nous vous reconnaîtrons pour nos enfants bien-aimés, nous récompenserons avec un soin paternel votre piété, nous répandrons sur vous nos grâces, nous vous enverrons des secours. Ne vous obstinez pas dans votre endurcissement, car nous serions forcé, comme dit l'Apôtre, de vous traiter en païens et en philistins, etc. Quand on voudra vous attaquer, nous ne pourrons, nous ne devrons pas vous secourir, puisque vous serez séparés de l'Eglise ». Touché de la bonté apostolique, craignant pour ses Etats, l'empereur se rendit en personne à Bude pour conférer avec le roi de Hongrie et le prier d'écrire au Pape sa résolution.

Quelle joie pour Urbain V que la promesse des Grecs de rentrer au bercail! Le saint Pontife en exprime son bonheur dans une bulle magnifique et rappelle « la cohésion des deux murailles du temple de Dieu ». A son commandement, deux nonces allèrent à Constantinople pour s'entendre avec Jean Paléologue et lui remettre la profession de foi qu'il devait signer. Les choses ne marchèrent point aussi vite qu'on l'aurait désiré. En attendant, le Pape renouvela ses instances. Les nombreuses lettres qui se trouvent dans le Recueil de Raynaldi, montrent

son attachement pour l'empereur, l'impératrice Hélène, sa femme, ses trois fils et les archimandrites des divers monastères. Comme témoignage précieux d'estime et d'affection, Urbain V ajouta des présents, qui réjouirent toute la famille impériale.

Les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie et de Jérusalem secondèrent Jean Paléologue et écrivirent au Pape leurs bonnes dispositions. Urbain V répondit à leurs lettres, les engageant à accompagner l'empereur à Rome, où il leur promettait un accueil paternel. Tandis qu'il poursuivait le retour des Grecs, le Bienheureux envoya des missionnaires dans un grand nombre de contrées pour procurer la conversion des hérétiques et des infidèles. Les registres de son bullaire sont remplis des lettres qu'il écrivait pour ramener les uns et les autres auprès du Vicaire de Jésus-Christ, le seul, l'unique pasteur du troupeau fidèle.

En Bulgarie, il y avait des foules de Patarins et de Manichéens qui n'avaient jamais été baptisés. Une légion de Frères Mineurs parcourut les villes et les bourgs, prêchant et baptisant avec une ardeur toute céleste ; deux cent mille hommes se convertirent en quelques jours ! Les noms des néophytes, inscrits sur des registres, sont envoyés au général des Franciscains. Urbain Y, transporté de joie, félicite les ouvriers et leur transmet des secours. Craignant que les efforts des missionnaires ne restent impuissants, que le bien ne dure pas, il délègue, avec plein pouvoir, l'archevêque de Colocza et l'évêque de Csnad. Aussitôt se dilate l'élan le plus magnifique de la conversion d'un peuple entier : grands et petits, jeunes et vieux, princes et serfs, hérétiques et schismatiques, prêtres et moines se précipitent aux pieds

des envoyés du Pape. Toute cette moisson, mûrie par la grâce, remplit les greniers de l'Eglise et réconforte le cœur du père de famille.

D'autres missions furent entreprises dans l'île de Crète, pour qu'elle formât un seul faisceau avec Constantinople et augmentât les forces des chrétiens contre les barbares de l'Orient.

Dévoré de zèle pour la conversion des Juifs, notre Bienheureux leur facilita tous les moyens pour recevoir le baptême. Soit en Occident, soit dans les régions orientales, il voulut qu'ils eussent entière liberté 4e suivre l'inspiration divine^.

La Dalmatie, la Moldavie, la Valachie, touchées de repentir, embrassèrent la doctrine romaine. Devenue catholique, la veuve d'Alexandre, vayvode de Valachie, convertit sa fille, reine de Bulgarie. Le Pape l'engagea à ramener son autre fille, qui régnait en Serbie, et s'adressa directement à son beau-fils, Ladislas, gouverneur des Valaques, le priant de suivre les exemples de sa belle-mère. Après avoir renoncé au schisme, le duc Latzko demande au Souverain Pontife l'érection d'un évêché en Moldavie.

De nombreux prédicateurs parurent aussi parmi les Russes et semèrent la bonne parole du Christ dans les contrées les plus lointaines. Avec une curiosité bien légitime, nous suivons dans les textes pontificaux ces belles missions jusqu'à l'extrémité du monde. Urbain V créa même un archevêque de Cambalu ou de Pékin et l'envoya, accompagné de Frères Mineurs, évangéliser toute la Chine. Il lui donna pour le Khan des Tartares une très belle lettre, dans laquelle il sollicitait la liberté de servir

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