‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 102 sur 108 · MIRACLES OPÉRÉS PAR URBAIN V · texte numérisé non relu

MIRACLES OPÉRÉS PAR URBAIN V

oblations sans nombre. Ces faits sont constatés non seulement par les premiers biographes d'Urbain V, mais aussi par l'historien de Grégoire XI, qui nous dit : « Dieu fit de grands miracles sur la tombe d'Urbain V et il continue, sans interruption, depuis le jour de sa mort ».

Cependant le cardinal Anglic de Grimoard, -qui n'avait pas eu la consolation d'assister aux derniers moments de son frère, fut autorisé à quitter Bologne. Rentré dans Avignon, il voulut exécuter les suprêmes volontés d'Urbain V et exhumer son corps de la chapelle de Jean XXII . Les ossements furent soigneusement placés dans une caisse couverte de velours rouge, tandis qu'une seconde caisse recueillit tout ce qui avait touché le bienheiireux mort.

C'était le 3i mai iS^a.

On se mit en route le même jour. Grégoire XI désigna six cardinaux pour se joindre au cortège. Les rangs étaient compacts et serrés, au point que les chevaux portant les reliques avançaient avec peine. Les Avignonais témoignèrent une dévotion ardente pour le Bienheureux et, ayant gardé son corps dix-sept mois, ils le voyaient, à grand regret, disparaître de leurs murs. Pour se dédommager en quelque sorte de la perte de ce précieux dépôt, la foule se jeta sur la litière pontificale, enleva la pourpre qui recouvrait le cercueil et s'en partagea les, fragments. Continuellement grossi, le flot de la multitude, comme le Rhône un jour où il déborde, se répandait dans les champs voisins et suivait la procession jusqu'à l'église toute proche de Saint-Ruf.

Autour des reliques brûlèrent des cierges en quantité infinie : le chroniqueur de 1872 parle de plus de six quintaux ! Quand il fallut, le lendemain,

reprendre le chemin de Marseille, la ferveur de ces fidèles, exaltée par le chagrin et l'amour, les poussa à dételer les chevaux et à porter respectueusement sur leurs épaules les restes précieux du Pontife. C'est ainsi qu'ils arrivèrent, le soir, à Orgon.

Le 2 juin on gagna Salon et, le 3, dans la soirée, le corps saint, toujours porté par des hommes zélés, s'arrêta dans l'église des Pennes.

Parti de bon matin, le cortège s'ébranla du village des Pennes, qui appartenait au territoire et à l'évêché de Marseille. Les gens d'Avignon s'étaient accrus des riverains de la Durance, des paroisses d'Orgon, de Salon, d'Aix et des lieux les plus éloignés, tenant tous des flambeaux à la main et priant avec dévotion. Les miracles nombreux, presque sans interruption 1, dont ils avaient été témoins depuis le départ d'Avignon, ouvraient tous les cœurs à la joie, à la reconnaissance, à l'enthousiasme.

Quand les Marseillais vinrent se joindre à cette procession avec plusieurs prélats et toute la noblesse de la ville, ce fut un solennel triomphe. Il n'y avait plus rien de funèbre en cette cérémonie, et le savant chanoine Albanès a raison de dire qu'il faut chercher dans la vie des grands saints pour trouver une pareille manifestation. On estime à plus de trente-cinq mille les cierges qui furent brûlés en ce jour du 4 juin ^.

Le corps du Bienheureux fut exposé dans l'église de Saint- Victor pour laisser à tous la liberté de satisfaire leur piété et, le. 5 juin, à une heure très matinale, eut lieu la déposition définitive dans le sépulcre.

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