SES FONDATIONS SCOLAIRES
l'an mil trois cent soixante-six du virginal enfantement.
Simultanément s'exécutaient sous les yeux du Pape les ouvrages les plus délicats : stalles et statues du chœur, en bois de noyer, dus à Etienne Bonnaud, son fustier attitré; scènes de la vie de saint Benoît, au nombre de cinquante-six, peintes sur toile par Matteo di Giovanetto , de Viterbe ; rétable splendide et reliquaires ouvragés, auxquels travaillaient les orfèvres Giovanni Baroncelli, Marco Landi et Giovanni di Bartolo de Sienne, le peintre sur émail Jacques Rosset, dit de Verceil ; vêtements sacerdotaux et pontificaux, fournis par les frères Guillaume et Jean de Frézenques, brodeurs; livres liturgiques, aux fines et vives enluminures, aux reliures précieuses : de pures merveilles d'art, pour lesquelles ce Pape, si modeste pour lui-même, prodiguait les ressources du trésor, puisque la splendeur du culte et le progrès des études se trouvaient en cause. Ne faDait-il pas, d'ailfeurs, préparer des réceptacles décents à ces ossements des saints titulaires, auxquels il avait tant de dévotion, et qu'en grand secret et honneur il envoyait chercher aux abbayes de Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint-Germain d'Auxerre?
Hâté par l'approche du départ pour B.ome, le temps pressait maintenant. Et, parce que ce grand savant voulait voir aussi riche que l'édifice matériel sa « pépinière des sciences », au mois de novembre i366, seize jeunes scolastiques bénédictins, presque tous gévaudanais, sous la conduite de l'excellent professeur en décrets, Savaric Chrétien, de Montmajour, et quelques religieux de Saint- Victor de
Marseille, sous celle d'Etienne Solas, allèrent, par
ses ordres, rejoindre les étudiants en médecine dans cette Maison du Pape où, malgré la saison, les fêtes de Noël terminées, il devait venir les visiter.
Depuis deux ans, cette venue d'Urbain V à Montpellier était projetée, résolue, et combien désirée! L'incessant va-et-vient, soit des consuls et des notables de la ville, soit des émissaires de la Cour pontificale, ne permettait pas seulement d'en régler les détails. Il ravivait les souvenirs, excitait les fiertés, mettait les cœurs en un émoi d'attente délicieuse. Grands et petits, maîtres et écoliers, amis et inconnus, tous s'entretenaient de ce Pape si saint, si savant et si bon, qui, à l'inverse des rois de la terre, connus surtout du peuple par leurs demandes de subsides, ne songeait qu'à répandre en bienfaits les richesses du trésor pontifical. Et, de toutes parts, en vue des préparatifs, c'était comme un renouveau de vie animée et joyeuse en cette pauvre ville tant éprouvée.
Une question importante fut celle du logement à offrir au Pontife et à sa nombreuse suite. Montpellier n'avait guère alors de monuments civils. Par bonheur, le premier Hôtel de Ville, exigu, chétif d'apparence, encombré, venait d'être remplacé par la spacieuse et belle maison achetée de la famille Bonami, et située derrière l'église Notre-Dame des Tables. Même on y avait aménagé une chapelle en i363. Dès le i5 octobre i366, les Consuls confièrent à un second chapelain le soin d'y célébrer une messe quotidienne, « pour le maintien et la conservation de notre seigneur le Pape Urbain V ». Dans cet oratoire, ainsi parfumé des prières du cœur,, le Pontife pourrait satisfaire sa dévotion. N'avait-il pas, d'ailleurs, l'immédiat voisinage de ce sanctuaire,