SES FONDATIONS SCOLAIRES
Rarement fut conçu dessein plus vaste, plus généreux et plus touchant.
- Parant d'abord au plus pressé, il envoya à l'Université de Médecine, si déchue, quelques-uns de ses jeunes compatriotes avec, pour professeur, son propre médecin, le lozérien Raymond Salairon, qu'il remplaçait par le lodevois Jean Paul, rappelé de Pignerol. Afin que la rentrée scolaire de i364 les trouvât au travail, il fit organiser à leur usage un des immeubles acquis pour fournir le sol du futur monastère, et qui fut dès lors appelé : la Maison du Pape. Car, dans son exacte connaissance de Montpellier, il avait choisi judicieusement cet emplacement. S'il avait d'abord songé d'instinct à mettre hors des murs l'établissement, qu'il dédierait à saint Benoît, il avait tôt renoncé à ce projet, à cause des dangers du temps. Dans un angle de l'enceinte urbaine, délaissé par le trafic, proche des écoles de Sainte-Eulalie et de celles de Saint-Matthieu, le quartier de Costefrège (côte froide), ne comprenait que des maisons petites et pauvres. Il parut au Pape et à son frère le mieux approprié pour leurs collèges respectifs de Saint- Benoît et de Saint-Ruf. Là furent achetés une soixantaine d'immeubles, jugés nécessaires à l'exécution des plans qu'élaborèrent Bernard de Manse, sacriste de Saint-Didier d'Avignon, et Bertrand Nogayrol, directeur des œuvres du Pape.
Les travaux furent inaugurés par l'église, Urbain V se proposant de la consacrer lui-même. Dès que le plan en fut visible sur le sol, on annonça la pose de la première pierre pour le i®"" octobre i364, fête de saint Germain d'Auxerre, qui serait son second patron. Jean Gàsc, abbé d'Aniane, ami
personnel du Pape, présida la cérémonie, et porta, à la procession ordonnée pour cette circonstance, le chef de saint Biaise, relique de Clunezet. Trois pierres commémoratives furent mises au futur édifice : au chevet du chœur par Jean Gasc, au nom d'Urbain V et à l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie et de saint Benoît; les autres, à l'honneur de saint Biaise et de saint Germain, par les consuls de Montpellier et par ses deux magistrats.
L'hiver fut employé à creuser le sol pour les fondations du cloître et des tours de la façade. Au printemps commença l'extraction des pierres aux carrières de Pignan, voisines et renommées. A l'aide d'ouvriers envoyés d'Avignon, et sous la vive impulsion d'Anglic de Grimoard, de Gaucelin de Deaux, trésorier du Pape, ou de professionnels comme l'architecte Henri Clusel et les peyriers Philippe Firmin , Guillaume Lambin , Simon Boce, dépêchés aussi d'Avignon, les travaux étaient poussés avec activité. Eglise, cloître, monastère sortaient de terre, s'élevaient, se couvraient de charpentes, recevaient leur décoration, conçue à Avignon, exécutée par les ouvriers des œuvres du Pape. A la fin de i366, Simônet de Columba pouvait peindre les clefs de voûte de la nef et des chapelles; les fondeurs de cloches, Déodat Brusquet, de Rodez, Aymonet Floret, de Lausanne, commencer sur place leurs opérations. Les portails, dessinés, s'ébauchaient, et sur le principal on pouvait lire l'inscription, dont voici la traduction ;
A cause de son amour pour la Religion chrétienne et pour l'Ordre de Saint-Benoît, Urhain V, Souverain Pontife^ a construit et doté ce monastère et collège, afin quHls deviennent une pépinière pour les sciences ,,