Lefournier, Reg. i
saint Trophime, de saint Denis, de saint Laurent, de saint Benoît,... de la légion de saint Maurice... du pape Grégoire le Grand... enfin de saint Lazare, de saint Cassien, de saint Mauront... et des saintes Eugénie, Cécile, Constance, Béatrix, Félicité.
Ce n'est pas tout : de chaque côté de l'autel, dans le voisinage du chœur, à son chevet, étaient placés les corps de saint Mauront, abbé et évêque de Marseille, de saint Bernard, de saint Wifred, de saint Isarn, abbés de Saint- Victor et quantité d'autres ossements de saints. Deux grandes armoires, enfoncées dans les murailles des transepts, en face des nefs latérales, renfermaient les reliquaires insignes, les châsses de prix, dont la matière d'argent et d'or commandaient des soins plus vigilants. Là étaient le chef de saint Victor, celui de saint Cassien, donnés par Urbain V et marqués de ses armes, enfin un grand nombre d'objets de valeur exposés à la vénération des fidèles.
Quand il eut terminé la consécration de l'autel et donné à profusion ces vêtements pontificaux et sacerdotaux qu'on voyait encore, les siècles suivants, à Marseille, le Pape s'occupa des intérêts du peuple. Il se montra plusieurs fois dans les rues de la ville, visita les églises et gratifia les Marseillais des marques de sympathie les plus paternelles.
Le Conseil général s'honora en suppliant Urbain V d'accorder aux étudiants marseillais des places gratuites dans le Studium de Trets et le Collège de Montpellier. Il put aussi facilement obtenir des privilèges pour les clercs et les laïcs, tant dans les distributions des bénéfices que dans les affaires de commerce.
Marseille, disait-on au Pape, est la fille spéciale-
ment aimée et aimante de votre Sainteté et ne veut dépendre que de vous sous tous les rapports. Urbain V, touché de l'aflfection des Marseillais, se plaisait au milieu d'eux et, avec les trésors de son cœur, leur prodiguait toutes les faveurs possibles.
Il fallait pourtant partir et se donner aux sollicitudes générales de l'Eglise. Quelques jours, deux semaines peut-être *, furent trop vite écoulés au gré de tous. Le Pape s'éloigna lentement de cette ville si chère, regagna Avignon le 24 octobre et laissa le peuple de Marseille ravi de sa douceur, de sa bienveillance, de sa piété.
Le fait de la visite papale aux Marseillais eut un retentissement extraordinaire. De tous côtés on répétait la nouvelle de l'enthousiasme, des cris de joie, des louanges que les fidèles avaient fait éclater à cette occasion.
Pétrarque, écrivant de Venise, en parlait dans les termes les plus flatteurs. Il disait au Bienheureux : « Dernièrement, lorsque vous vous rendîtes à Marseille, poussé par votre piété et par le désir de revoir cet humble nid d'où la divine Providence et votre vertu vous ont fait voler au sommet des honneurs, le peuple qui vous est dévoué et qui vous chérit, vous a reçu non comme un homme mais comme Dieu lui-même, dont vous êtes le vicaire et le représentant. Marseille vous a accueilli avec une joie sans borne et un respect infini. Emu par un spectacle si attendrissant, je ne sais si vous avez pu retenir vos larmes, mais vous avez laissé échapper des pa-
I. Albanès dit que le Pape fut absent d'Avignon entre le 7 et le 25 octobre. La//* F^jYa parle de l'entrée du Pape à Marseille après le II octobre et dit qu'il retourna à Avignon le 24 octobre.
rôles qui ont résonné agréablement à nos oreilles et nous ont apporté de douces espérances. Quand vous n'auriez, avez-vous dit, d'autre motif d'aller à Rome et en Italie, que celui d'exciter ainsi la dévotion des fidèles, cela suffisait largement à vous déterminer* ».