LÉS ŒUVRES D'URBAIN V DANS LA LOZERE
gent. Nous connaissons les dimensions : longueur des nefs, hauteur des voûtes, place du deambulatorium, fenêtres, rosaces, crypte de la cathédrale. Tout était presque achevé, lorsqu'un incendie détruisit l'ouvrage, renversant le clocher, trouant les toits, fondant les cloches. Loin de s'inquiéter en apprenant cette fâcheuse nouvelle, le Pape se contenta de dire avec résignation : « Béni soit Dieu, qui a permis ce désastre et qui m'a donné les moyens de le réparer. Nous le réparerons et nous y ferons plus de bien que le démon n'y a fait de mal » .
Il donna de nouveaux ordres et assigna de nouveaux fonds pour que le travail fût commencé. Hélas! le Pape ne vit pas l'œuvre achevée, mais il eut le temps d'envoyer des trésors de toutes sortes « à l'église qu'il portait au plus profond de son cœur, comme une fille préférée 1 ». Il adresse donc à Mende une épine delà couronne de Notre-Seigneur avec un ange d'or qui la porte, une partie de la tête de saint Biaise avec une châsse précieuse, deux calices enrichis de perles fines, trois chapelles de vêtements, blanc, violet, rouge...
Par bulle datée de Montefiàscone, il annonce l'envoi d'une statue de la Sainte- Vierge, ornée d'or, d'une cassette pleine de reliques de divers saints, d'un encensoir d'or, d'une mitre et d'une crosse d'argent, de plusieurs autres vêtements de pontife et de prêtres, de diacre et sous-diacre.
Les galères d'Urbain V et des cardinaux qui servirent à l'aller du Pape en Italie et à son retour en France étaient décorées avec une richesse et une solennité dignes d'une attention royale. Tout le lin,
i. BuUe donnée à Rome, II calend. Mart. ann. VII.
tout l'or, toutes les soieries, employé s aux salons et chapelles des navires, furent transformés en ornements d'église, expédiés au diocèse de Mande et surtout à la cathédrale.
De cette cathédrale mendoise, Urbain V a aimé toutes les pierres et tous les serviteurs et tous les chanoines. On n'en finirait pas, si l'on voulait énumérer « les rubis, les topazes, les grenats et les calcédoines, les camées et les pierres d'Israël, les draps d'Abraham et des prophètes, et les couronnes de la Vierge et les lis en fleur » que le Souverain Pontife se plaisait à lui envoyer.
L'œuvre de la cathédrale se poursuivit longtemps après la mort d'Urbain V.
Saccagé, brûlé, dévasté par les protestants en iSyg-iSSo, le corps de l^église reçut plus tard une restauration. De nos jours, la cathédrale a été mise en état et présente un caractère vraiment remarquable dans sa majesté gothique. Le souvenir du Pape plane dans ce lieu saint à travers les horreurs commises par les religionnaires du xvi^ siècle, et une statue en bronze, représentant Urbain V, perpétue la reconnaissance des Lozériens. Elle fut érigée devant la cathédrale le 24 juin 1874' M^' d'Hulst, descendant des Grimoard duRoure, assistait à la cérémonie.
Ainsi que nous l'avons dit, Chirac était le prieuré où Guillaume de Grimoard avait pris l'habit bénédictin. Devenu Pape, il n'eut garde d'oublier un lieu aussi sacré pour lui, plein des souvenirs de son enfance, des plus belles années de sa jeunesse, de son premier sacerdoce. L'église fut réparée et somptueusement embellie; les cloîtres furent renouvelés* et
I. Bibl. Vatic, n° 4026. Prœparavit sumptuose claustra mùnasterii de Chinaco.