I. Bibl. Vatic, ms
3. Magnis sumptihus palatium sancti Pétri dirreptum repararefecit.
de mille ouvriers à la fois *. Quand on lui demandait pourquoi tant de dépenses, il disait : a Je ne puis faire l'aumône aux pauvres de Rome d'une manière plus avantag-euse. L'oisiveté les aurait portés à commettre beaucoup de mal. En s'occupant, ils gagnent leur vie et ils perdent l'habitude de l'oisiveté » .
Dans ce vignoble, qui lui rappelait la Provence, il avait planté des arbres fruitiers de toute espèce, tirés de divers pays.
Et il aimait, ce bon Père, à se promener, avec quelques cardinaux et ses familiers, au milieu de ses turbulents chantiers. Parler aux ouvriers, leur demander des explications, les interroger sur leurs travaux et leurs familles, c'était sa plus douce récréation, dit le texte du xiv* siècle, que nous analysons. Jamais il ne s'éloignait d'eux sans les avoir bénis en souriant. Les ouvriers, à genoux, écoutaient avec respect les conversations si bienveillantes de leur Père et, quand ils le voyaient rentrer au palais, ils restaient ravis de tant de grâce, de tant d'humilité, de tant de familiarité.
Ceux qui accompagnaient le Souverain Pontife dans ses promenades quotidiennes, lui disaient quelquefois : « Saint-Père, vous devriez, en venant en ce jardin, vous faire suivre de g-ardes bien armés, car ces travailleurs sont nombreux et, parmi eux, il y a des hommes méchants, qui pourraient attenter à vos jours ». A quoi il répondait : « Si Dieu ne nous garde, nous sommes mal gardés. J'ai confiance en la bonté divine. Ces hommes sont mes enfants et non mes ennemis; avec la grâce de Dieu, je n'ai rien à craindre d'eux » .
I. Bibl. Vat., ms. 4026, n°55 : ... mille, quandoque plures laboratores...
A ces délassements Urbain V entremêlait des occupations de la plus haute importance. Il profitait de toutes les occasions pour s'entretenir avec les hommes les plus influents de Rome, comme avec les plus modestes d'entre le peuple. Se montrant à eux, il les questionnait, il les édifia,it, il les consolait. .^
Par ses ordres, les grands comme les petits eurent des prédications sur les vérités essentielles de notre religion. Les foules depuis longtemps -n'entendaient plus la parole de Dieu et abandonnaient le sacrement de pénitence. Rien n'était plus déplorable que les mœurs pubKques à Rome, dans tous les milieux, sans exception. L'évêque d'Arezzo, qui était vicaire d'Urbain V dans la ville, affirme qu'en moins de trois ans, il constata une amélioration extraordinaire : « Plus de 20.000 personnes avaient reçu les sacrements, qui auparavant ne s'étaient jamais confessées ni présentées à la sainte table * » .
Cette œuvre de zèle, le Bienheureux la confia à deux cardinaux. Les Frères-Prêcheurs et les Frères- Mineurs, délégués à leur tour, visitèrent les éghses, les monastères, les hôpitaux, et se firent rendre compte de l'emploi des revenus. Quant à la conduite des prêtres et des vierges sacrées, elle devint peu à peu régulière et, sous le souffle de Dieu, porta d'heureux fruits de salut.
Urbain V rencontra des obstacles autrement sérieux, quand il voulut doter la ville d'institutions
1. Rappelant le souvenir d'Urbain V, l'austère Gilles de Viterbe écrivait : Si urhis et Romanorum Ecclesiam ruinas inspicias, hoc exilii tempus noctem dixeris ; si morns sanctitatemque pontifcum^ diem appellandum existimabis . Bibl. Angélique, Rome, Ms. Cod.C. 8-19.
politiques plus sages, plus conformes au bien public. -Les Romains ne cessaient de faire des révolutions. Ricd, Guelphe, Bolsenti de Prato, Bonifacio Bicciardi, Bindo, Blasio, Belvise, tous ces sénateurs ou réformateurs populaires, passaient avec une désinvolture d'anarchie dans le gouvernement de Rome.
Le tempérament que voulut mettre le Bienheureux à la compagnie des bannerets et à l'élection des chefs ne réussit pas. Malgré tout, il aima le peuple et voulut son bonheur. Plus les Romains penchaient vers l'émeute, plus il leur témoignait d'affection. La famine se faisant sentir, il oublia les torts de ce foyer de mécontentement et d'insurrection qu'était Rome, et distribua du blé jusqu'à la moisson.
Avignon, le Languedoc jMende et son diocèse, en proie à une pareille pénurie, reçurent les mêmes secours. Dei la Campanie et des provinces riches en récoltes, il envoya des chargements de blé et ordonna de pourvoir à tous les nécessiteux durant une année entière*.
Tant de charité ramena beaucoup de pécheurs à Dieu, soit en Italie, soit en France.
Une découverte qu'il avait à cœur de faire, c'était celle des reliques des Saints A.pôtres Pierre et Paul. Depuis de longues années, elles étaient cachées, à Latran, dans l'oratoire appelé Sancta Sanctorum. Ne laissant à personne le soin de faire ces pieuses recherches, il décida d'aller coucher au palais de Latran. Le 2 mars .1 368^, environné du sénateur et des plus hauts personnages de Rome, suivi de ses cardinaux, il s'appliqua personnellement aux fouilles