‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 75 sur 108 · Iter italicum · texte numérisé non relu

Iter italicum

m LE BIENHEUREUX URBAIN V.

avec une particulière dévotion et une profonde humilité. Enfin il heurta de ses mains les vases d'argent qui contenaient les têtes des Saints Apôtres. A cette vue, il tressaille de joiei, se prosterne et baise, en révérence de Dieu même, ces chers monuments des plus glorieux saints.

La nouvelle de cette trouvaille se répandit promptement dans Rome et remplit de joie tous les cœurs. Prélats, clercs, moines, peuple, tous envahirent Saint-Jean de Latran. Urbain V, après de solennelles prières, fit ranger tout le monde sur la place et monta lui-même dans la loggia qui dominait l'esplanade. De ce lieu élevé, il présenta la tête de saint Pierre à l'immensité des fidèles réunis devant ses yeux, tandis que le cardinal Capocciia, se tenant à ses côtés, montrait la tête de saint Paul.

Le Souverain Pontife donna aux assistants cent ans et cent quarantaines d'indulgences, ce qui était alors bien extraordinaire.

Cependant notre Bienheureux, jugeant que les restes des Saints Apôtres méritaient plus d'honneur, leur réserva une autre destination.

Il fit refaire le Cihorium qui recouvre le grand autel de Saint-Jean de Latran et élever sur quatre magnifiques colonnes un monument digne de la basilique. Au sommet, il ménagea un espace, entouré de tous les côtés de grilles de fer, où les chefs des Apôtres pouvaient être en même temps visibles et protégés. Cet ouvrage, il y mit la main tout de suite, mais on resta longtemps à le finir. D "^ailleurs, il devait marcher de pair avec les bustes des Saints Apôtres. C'étaient deux merveilles que ces bustes. Le talent de l'artiste, Giovanni Bartolo de Sienne, elles pierres précieuses envoyées par les rois de France,

les placent parmi les chefs-d'œuvre de l'ojfèvrerie du moyen âge. Celui de saint Paul était en vermeil : il portait une tunique et un manteau bordé de saphirs et d'émeraudes. Sur le cœur était un onyx célèbre et sur la poitrine brillait un lis d'or. D'une main il tenait une longue épée d'argent et de l'autre un livre couvert d'émaux. Sa tête était entourée d'un chapeau royal, capéletum reginale, semé de perles de grande valeur. La reine Jeanne l'avait donné. Au bas du manteau se déroulait un ruban en or, où l'artiste avait gravé ces mots : Urbanus Papa fecit fieri hoc opus ad honorem Beati Pauli anno MCCCLXIX.

Au-dessus du piédestal de saint Pierre, sur une spirale, il y avait un texte presque analogue : ...ad honorem capitis Beati Pétri.

Les traits de l'apôtre saint Pierre respiraient la fermeté. A sa tiare brillait une croix, don des reines de France et de Navarre. Les deux fanons étaient étincelants de pierres précieuses.

Cardinaux, prélats, princes, sur la demande d'Urbain V, avaient coopéré à enrichir ces objets d'art. Si nous savons que chaque buste pesait i.^oo marcs d'argent, nous ne pouvons dire la valeur totale du trésor. Le Pape donna personnellement 3o.ooo florins, ce qui, aune trentaine de francs, environ, le florin, représente une belle libéralité *.

Quand ce travail fut terminé, le Bienheureux

I, Les auteurs arrivent à des calculs très différents sur la valeur relative ou la puissance d'achat du florin. En l'estimant, pour l'époque d'Urbain V, à trois ou quatre fois celle d'aujourd'hui, nous croyons être dans les zones moyennes deshypothèses reçues, comme veulentbien nous l'écrire les maîtres les plus autorisés de la numismatique médiévale.

bénit, au Vatican, les deux reliquaires, les confia aux cardinaux de Saint-Pierre et des Ursins, puis les fit porter solennellement à Latran. Le peuple et le clergé étaient venus en masse escorter les saintes images. La procession parcourut la ville avec des flambeaux et se rendit à la chapelle Sancta Sanctqrum. En présence des cardinaux, du sénateur de Rome et des bannerets, on tira les vieilles cassettes : Sanctus Petrus et Sanctus Paulus. Les têtes de saint Pierre et de saint Paul furent enlevées et déposées dans les nouveaux reliquaires. On porta ensuite tous ces trésors à la basilique, sous l'artistique et riche baldaquin préparé à cette intention.

Cette belle cérémonie laissa des traces profondes dans le souvenir des Romains et fit connaître quelle était la dévotion du Pape envers les Apôtres. Sa confiance n'était pas moins vive. Comme on lui reprochait de laisser dans un endroit solitaire des joyaux de cette valeur, il répondit en souriant : « Ne voyez- vous pas que saint Pierre tient dans ses mains deux grandes clefs et saint Paul une longue épée? Ils peuvent donc se défendre euxmêmes et nous espérons qu'ils le feront, étant si puissants- auprès de Dieu ^ ».

Ceux qui visitent Saint-Jean de Latran y retrouvent encore, à la même place, les têtes des Saints Apôtres et le monument, un peu restauré, que la piété du Bienheureux leur éleva. Les joyaux d'or et d'argent ont pu périr, mais le souvenir d'Urbain V demeure.

L'activité réparatrice du Bienheureux menait de front l'amour de Dieu, le zèle des âmes, la résur-

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