‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 8 sur 108 · URBAIN V NONCE EN ITALIE · texte numérisé non relu

URBAIN V NONCE EN ITALIE

grandes familles se formaient des États particuliers aux dépens de l'Eglise. Il n'y avait pas de maison plus dangereuse que celle des Visconti, sous le rapport de la puissance et de l'audace. Guillaume de Grimoard l'avait vue à l'œuvre dans sa première mission diplomatique de 1 352.

Albornoz l'étudiait aussi, depuis quelque temps, au milieu même des provinces rebelles. Le grand cardinal Albornoz naquit à Cuença, petite ville de Castille. Ses ancêtres, des hommes de guerre, lui infusèrent, avec l'honneur des vieilles races, l'ardeur indomptable des combats. Il montra des talents précoces, et son père l'envoya étudier le droit à Toulouse. Dédaignant les appels du monde, il se consacra au service des autels. Alphonse, roi de Castille, l'admit dans ses conseils et le fit nommer archevêque de Tolède. Rien ne se faisait dans le royaume qu'il n'eût donné son avis. Ses conseils sauvèrent la Castille et le Portugal en i34o, dans une descente formidable des Maures. Mais Pierre le Cruel n'imita pas la digne conduite de son père Alphonse . Il se souilla de débauches et épia l'occasion de se venger d' Albornoz, qui lui reprochait ses crimes. L'archevêque de Tolède s'échappa, partit pour Avignon et mit an service duPape ses talents et son courage. Clément VI vit en lui un secours inespéré, le fit cardinal en i35o, après l'avoir destiné à rétablir l'autorité du Saint- Siège en Italie. Innocent VI le nomma évêque de Sabine, et l'autorisa à composer une armée de Français, d'Allemands, de Romains, dévoués à l'Eglise.

Ce fut une des plus belles entreprises du xiv^ siècle que celle de ce cardinal détruisant avec de petites troupes les armées les plus puissantes, et re-

constituant avec persévérance le domaine temporel des Papes à peu près perdu.

Tel était l'homme de génie qui se rencontra, par l'ordre d'Innocent VI, avec l'énergique et savant abbé de Saint-Germain.

Bernabo Visconti, qui avait succédé à l'archevêque de Milan, sentit une profonde irritation en apprenant que l'Église récupérait Bologne. Il en voulut au légat, qui transmit de vive voix au grand cardinal les dernières décisions du Pape concernant la prise de possession de ladite cité, enlevée par trahison.

Guillaume de Grimoard alla jusqu'à Milan donner connaissance à Visconti des ordres pontificaux, et le menaça de l'excommunication, s'il ne retirait à l'instant ses troupes.

Bernabo ne tint compte ni des menaces ni des prières. Il fit construire des redoutes, qui coupèrent les communications de Bologne avec le dehors. Albornoz sortit de la ville pour n'être pas enveloppé dans sa ruine et travailla à sa délivrance. La fortune lui sourit encore : la Cour romaine lui resta fidèle, et Guillaume de Grimoard reprit de nouveau le chemin de Milan.

Il fallait du courage pour aller dire à ce Bernabo Visconti gonflé de colère que, malgré toutes ses instances et ses menaces, le Pape entendait garder définitivement Bologne, qui lui appartenait! Il fallait aussi, pour accomplir une mission si périlleuse, un ardent amour des droits de l'Église ! Les violences de Bernabo et sa cruauté étaient bien connues : personne ne mettait en doute qu'il ne fût capable de tout, quand il était au bout de ses ruses.

Admis devant le tyran, l'abbé de Saint-Germain parla avec tant de force, que Bernabo s'emporta con-

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