URBAIN V ABBE DE SAINT-VICTOR
tre le légat, et oublia ce ^u'il devait à la personne d'un ambassadeur dont il avait lui-même sollicité la venue. ^
Celui-ci se hâta de revenir à Avignon raconter au Pape la perfidie de son ennemi et les dangers auxquels se trouvait toujours exposée ^ Bologne, qu'il voulait garder à tout prix.
Aussitôt, il fut décidé que Guillaume repartirait incontinent pour l'Italie, emportant les pouvoirs les plus étendus, afin de subvenir à tous les besoins de la guerre. Il devait aller jusqu'à Venise pour se procurer les ressources nécessaires et sauver l'œuvre d'Albornoz.
Un événement providentiel vint rendre inutiles les préparatifs d'ambassadeur et de troupes.
L'armée que Bernabo avait envoyée pour s'emparer de Bologne fut écrasée par les soldats du cardinal Albornoz. Le voyage de l'abbé de Saint-Germain fut contremandé, comme n'ayant plus de but.
Tandis que la nouvelle de cette victoire réjouissait la vieillesse d'Innocent VI et toute la Cour d'Avignon, l'abbaye de Saint- Victor de Marseille devenait vacante par la mort d'Etienne de Clapiers. Le Pape y nomma Guillaume de Grimoard, dont les récents services méritaient toute sa reconnaissance. C'était le 2 août i36i.
Comment décrire le bonheur qu'éprouva le Bienheureux en prenant le chemin de l'abbaye qui avait abrité sa jeunesse, qui était le nid, ainsi qu'il aimait à le dire, où il avait pris naissance à la vie religieuse, à ses règles vénérables, à sa discipline féconde?
Il savait qu'il aurait beaucoup à œuvrer auprès de ses frères et dans les murs de son abbaye !
« Les antiques constructions, autrefois si remarquables, dit un Chapitre général de cette époque, offraient un aspect affligeant. Consumées par les vents, les eaux de la mer et leur propre vétusté, elles étaient un danger pour ceux qui les habitaient, et menaçaient de tomber sur eux. Une partie déjà était par terre, et ces brèches rendaient la clôture impossible. Le clocher était dans un tel délabrement que la plupart des cloches gisaient muettes sur le sol ; le chœur était insuffisant et hors de service ; les dortoirs inhabitables l'été aussi bien que l'hiver » .
Bientôt, afin de mûrir, loin du tumulte, les projets qu'il méditait pour la rénovation de son monastère, il se retira dans son château d'Auriol. Il s'y trouvait le lo juin de la même année, et, quelques jours après, fut mandé à Avignon par le Souverain Pontife.
Le roi Louis venait de mourir à Naples. Innocent VI, comprenant les graves conséquences de cet événement dans un pays où la reine Jeanne, belle, enjouée, légère, pouvait manquer d'énergie en face des populations remuantes, envoya immédiatement son ancien nonce en Italie. Pour maintenir les droits de l'Église, maîtriser les factions toujours en train de se réveiller, conseiller la princesse dans son veuvage, pouvait-on trouver un diplomate plus habile et plus courageux ?
Le secondinari de la reine Jeanne était mort le aS mai i36a, et, déjà le 2^ juin, l'abbé de Saint- Victor était de retour d'Avignon. Après avoir reçu les instructions du Pape, il avait traversé rapidement le diocèse de Marseille, où il ne s'arrêta que deux jours, et s'était mis en marche. Une lettre du Livre Vert, de l'évêché de Marseille, nous informe qu'il fit