‹ Le bienheureux Urbain V (1310-1370) [microform]Chapitre 81 sur 108 · Rer. Sen.^ 1. XV, ep · texte numérisé non relu

Rer. Sen.^ 1. XV, ep

de Naples, originaire de Cahors; Pierre de Banhac, abbé de Montmajour, ces personnages honorés de la pourpre, représentaient avec éclat notre nation. Le chapeau attribué à Simon de Langar, archevêque de Cantorbéry, moine bénédictin, honora à son tour l'Angleterre et charma son roi.

Les Romains, qui furent de tout temps très perspicaces, ne se méprirent pas sur les intentions secrètes d'Urbain V. Le choix qu'il avait fait de ces cardinaux leur inspira une démarche hardie. Craignant son départ pour Avignon, ils lui envoyèrent une ambassade pour lui témoigner le désir qu'ils avaient de le voir à Rome. Sans la Papauté, disaientils, leur ville est privée de son plus bel ornement, le flot des pèlerins n'arrive plus jusqu'à ses murs et ce beau jardin de l'Europe se trouve désert.

Le Bienheureux écouta les ambassadeurs avec bienveillance et répondit par lettre aux Romains qu'il irait bientôt les rejoindre.

Charles IV, en eflfet, arrivait d'Allemagne et descendait en Italie, à la tête d'une puissante armée. Son contact avec Bernabo, sa venue à Pise, à Florence, à Sienne provoquèrent bien des colères et déçurent bien des espérances. Le Saint-Siège ne semblait pas tirer grand profit de l'empereur. A Milan et dans les républiques du centre se levaient des ferments de discorde prédisant de futurs orages. Urbain V se disposa néanmoins à recevoir dignement son hôte auguste. Quittant Montefiascone, dont le château n'était pas assez grand, il vint habiter Viterbe. C'est là qu'eut lieu la rencontre.

Le Pape demanda à l'empereur de renouveler solennellement, par une confirmation expresse, tous les droits du Saint-Siège sur les domaines qui ve-

naîent d'être heureusement ramenés sous sa loi. Charles IV reconnut ces droits et alors eurent lieu les fêtes du couronnement.

Le 21 octobre 1 368, Urbain V entrait à Rome, « Il était à cheval, dit l'auteur de la Prima Vita. L'empereur l'attendit hors de la ville et marcha à pied devant lui, tenant les rênes de la monture pontificale ^. » De la porte du Château Saint-Ange jusqu'à Saint-Pierre, les Romains, ivres de joie de voir unis ensemble César et le Pape, l'Empire et l'Église, l'écuyer impérial et le vicaire du Christ, lé modérateur des âmes et le modérateur des corps, admiraient ce spectacle et applaudissaient les deux maîtres du mondé. Ce fait si heureux frappa d'émotion CoUucio Salutato. Écrivant à Pétrarque, il lui disait : « Ce fut une radieuse journée, celle où l'Empire et laPa.pauté unis montrèrent que la chair obéissait à l'esprit et la terre au ciel >>.

Une fête, bien belle aussi, était réservée à l'impératrice Elisabeth. Elle arriva le 29 octobre avec une suite de nobles dames et des milliers de lances. Tous les cardinaux allèrent à sa rencontre et le peuple romain l'attendait au passage. Le jour de la Toussaint, le Bienheureux la couronna de ses propres mains, après qu'elle eut été ointe et sacrée par le cardinal évêque d'Ostie. L'empereur était présent. Il servait à l'autel. Comme un diacre, il présenta humblement le corporal et le livre, mais il ne lut pas l'évangile, parce qu'il n'a ce privilège qu'à la messe de Noël. Couronnée, toute radieuse de foi et de bonheur, l'impératrice parcourut, le même jour, la ville de Rome et alla à Saint-Jean de Latran remercier Dieu

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