ACTE I
TOINON
Ah ! je ne sais pas en train aujourd’hui.
PACOME.
Pardine!.. J’ sais ben pourquoi... vous vous êtes laissé monter la tête par tous ces beaux messieurs qui viennent, le matin, en partie de plaisir, manger des huîtres et se faire agonir par nos commères... Je les entends bien, allez... quand ils rôdent autour
de VOUS... (cherchant à imiter le tendes seigneurs.) « Ma belle eilfant p.~.l'
ci, ma charmante par là... Votre place n’est pas dans une boutique... Vous êtes faite pour charmer, pour briller... pour .. »
(changeant brusquement de ton.) ImbeCileS !... VOUS êtes faite pOUT VCil-
dre des fruits, comme défunte votre mère, qui était une brave et digne femme, renommée pour ses mœurs... et ses pommes de reinette.
TOISON
Et si ça m’ennuie de végéter dans les fruits et les fleurs... si je veux changer d’état...
Changer d’état !
TOINON
Pourquoi pas tout comme une autre? Notre ancienne camarade, Marguerite Babolin, qui vendait des oranges à la porte de l’Opéra, est-ce qu’elle n’y est pas entrée ?...
PACOME.
Oh! ça, c’est véridique... Elle a quitté le Portugal pour le chant, la Babolin.
TOINON
Est-ce que maintenant elle ne roule pas carrosse ?
PACOME.
J’ crois ben... elle a manqué de m’écraser l’autre jour, moi et mon hotte.
TOINON
Ta vois donc bien que je ne suis pas si folle!
PACOME.
Oui, je vois... Mais demandez-lui , à Marguerite, ce qu’elle a donné en échange de tout ça... peut-être bien qu elle regrette son éventaire et son Portugal...
TOINON , soupirant.
Tu crois ?
PACOME.
Ben sûr.... Allons, Mamzelle, allons, revenez à vous... Plus de rêvasseries, c’est des bêtises... Pensez plutôt à notre tendresse... à nos fiançailles.
TOINON, soupirant.
Nos fiançailles!...
PACOMB.
C’est promis... c’est convenu... Depuis le temps que j’attends, je perds toute ma charmante embonpoint...
TOINON , à part.
Pauvre garçon!... (Haut.) Laissez donc! vous faites les yeux doux à toutes les femmes, papillon que vous êtes... Vous en contez surtout aux bourgeoises... il faut des bourgeoises à Monsieur !
PACOME.
Mais, au contraire, ce sont elles qui m’agacent... C’est pas ma faute... c’est celle de mon physique...
TOINON
Ohi voyez donc cet Apollon.
PACOME.
Eh! faut pas le mesquiner, mon physique... il y a M. Bellepointe, Je sergent recruteur, qui est joliment friand de ma personne pour en faire cadeau à son régiment... Il me propose un enrôlement magnifique : deux louis d’or en petits écus et trois bouteilles de vin blanc...
Eh! bien, que n’acceptez-vous?... Le pays a besoin de beaux hommes... enrôle-toi, mon roi !
PACOME.
Dam !... je ne dis pas... Si jamais vous me faisiez des traits... Ah! ah!
TOINON
Allons, mauvaise tête, calmez-vous... on n’est pas si tigresse qu’on en a l’air...
PACOME.
Vous serez ma femme ?