OUTILLAGE DE LA GROSSE METALLURGIE
pour lé nettoyage facile des carneaux. Dans d'autres cas, les mêlailurgistes ont recours aux flammes perdues de fours à coke ou de foyers métallurgiques : Tessentiel est de réduire au minimum les dangers auxquels serait éventuellement exposé le personnel de Tusine; on y arrivé avec les chaudières aquatubulaires à petits éléments.
Pendant longtemps, les cisailles furent exclusivement actionnées à laide de transmissions rigides, qui donnaient lieu à des ruptures fréquentes; la variation de la course s'obtenait difficilement et le guidage était compliqué. Depuis i855, les constructeurs ont fait prévaloir la commande par un piston hydraulique, qui reçoit lui-même le mouvement d'un piston différentiel à vapeur.
Un progrès de la dernière période décennale du siècle est l'introduction des appareils électriques de manutention , notamment des ponts roulants qui se généralisent pour la manœuvre des lingots, des grosses pièces et des poches de coulée.
L'industrie des produits réfractaires se lie intimement à l'industrie métallurgique : sans les briques de silice fournissant des voûtes ca- • pables de résister aux très hautes températures, les fours à récupération n'eussent pas pris le développement constaté depuis quarante ans; la déphosphoration de la fonte n'est devenue pratique que grâce à la préparation des revêtements basiques dans des conditions de prix abordables. Aujourd'hui encore, les produits réfractaires sont cuits le plus souvent au moyen de fours à chauffage intermittent : le chauffage continu avec récupération de chaleur soulève des difficultés, en raison des risques que l'introduction directe du combustible pulvérulent ferait courir au point de vue de la qualité des produits; si la gazéification du combustible permet d'éviter cet inconvénient, elle a le défaut de compliquer les installations. La fabrication des briques de silice, bien que remontant au commencement du siècle et n'ayant pas varié dans son principe, a été largement perfectionnée : un silicate très acide sert à agglomérer les grains de silice; les briques subissent une compression énergique et une cuisson à température élevée. Malgré l'essor de la production des briques de silice, les pâtes silico-alumineuses conservent la prépondérance avec une composition qui se diversifie selon la destination des produits; la proportion de silice doit être faible pour
les briques ayant à subir l'action corrosive des laitiers basiques. Certains creusets servant à la fusion du cuivre , du laiton et des métaux précieux sont établis en pâte graphiteuse. Les produits réfractaires basiques peuvent être à base dolomitique ou à base magnésienne; entre autres avantages, la magnésie a celui de donner plus facilement des briques régulières et de se prêter à des formes relativement compliquées, en même temps qu'elle résiste mieux à Fair et ne fond pas, même à haute température, au contact des revêtements siliceux; la dolomie ou le carbonate de magnésie sont calcinés, broyés, agglomérés par une matière plastique et cuits; on emploie comme agglomérant du goudron déshydraté ou, pour la magnésie, une pâte de même matière faiblement calcinée et broyée avec de l'eau.
6. Petite métallurgie. — La petite métallurgie comprend tout un ensemble d'industries transformant les métaux usuels en objets manufacturés pour les besoins de la mécanique, de la construction, de l'économie domestique. Elle a réalisé, au cours du siècle, d'immenses progrès, notamment par les modifications successives de son outillage en vue d'une production plus intense et moins coûteuse.
Une des branches importantes est la fonderie (fonte de deuxième fusion, fonte malléable, acier coulé, bronze, zinc, étain). Longtemps immuable dans ses procédés, la fonderie a récemment fait de vigoureux efforts en vue du moulage mécanique. Peu à peu, l'emploi de la fonte malléable s'est généralisé : on obtient cette fonte en décarburant plus ou moins les objets de fonte moulée par un chauffage en vase clos au contact d'un mélange de sable et de minerai de fer non hydraté; des matières propres à atténuer l'action oxydante du minerai sont ajoutées au mélange. Les usages des pièces en acier coulé ont également pris beaucoup d'extension, grâce à la résistance de ce métal et aux réductions de poids qu'il procure.
De nombreux objets en fonte reçoivent un revêtement en émail céramique ou sont nickelés par électrolyse. Le mode ancien d'émaillage présentait de graves dangers pour la santé des ouvriers : M. A. Dormoy est parvenu à empêcher la diffusion des poussières d'émail dans l'air ambiant, en effectuant l'émaillage à l'intérieur d'une cage her-
inétique; un plateau tournant et oscillant, manœuvré du dehors, porte les produits à émailler.
Autrefois, les pièces de forge se fabriquaient toutes à la main. Le travail mécanique a remplacé, dans une large mesure, le travail manuel et apporté avec lui ses avantages de précision en même temps que d'économie. Parallèlement à cette évolution, avait lieu la substitution progressive de lacier au fer.
Parmi les produits venus de forge se rangent les boulons et les vis. La boulonnerie n existe guère que depuis le commencement du siècle, et, à cette époque, elle se trouvait entre les mains d'ouvriers travaillant chez eux pour le compte de patrons; ses progrès se sont accusés après 1 8 7 o ; les foyers principaux de production en France sont les Ardennes , le Nord, la Loire et la région du centre. Belfort et ses environs monopolisent en quelque sorte la visserie, surtout pour les vis à bois.
Au nombre des industries tributaires de la forge figure aussi celle des chaînes y centralisée dans le Nord et la Loire. Souvent aujourd'hui, les chaînes se composent de maillons sans soudure alternant avec des maillons soudés; cette disposition offre le mérite de restreindre les points dangereux. Les procédés de soudure électrique ont fait leur apparition pour les petites chaînes.
La substitution de lacier doux au fer fin et la création d'alliages ferro-métalliques dont la résistance atteint 3oo kilogrammes par millimètre carré ont puissamment contribué à l'amélioration de la tréjilerle. Cette amélioration s'est répercutée sur les industries filiales de la clouterie et de la poinlerie. Actuellement, la fabrication des clous et des pointes dites de Paris, en Allemagne et aux Etats-Unis, constitue presque un monopole entre les mains de syndicats. Il ne sera pas inutile de rappeler que, jadis, la Norvège défiait la concurrence pour les clous blancs forgés, servant à la ferrure des chevaux, mais que la situation a été modifiée par l'introduction des aciers extra-doux susceptibles de rivaliser avec les meilleurs fers de Suède.
Chaque jour, 1^ câbles métalliques de traction étendent leur domaine. A résistance égale, leur poids et leur volume sont sensiblement moindres que ceux des câbles textiles; ils ne se détériorent pas sous l'influence des phénomè.nes atmosphériques et ont d'ailleurs la sou-
96 PETITE METALLURGIE.
plesse voulue. On est arrivé à faire des câbles d'une très grande sécurité, par exemple en emboîtant les fils d'acier de telle sorte qu'ils ne puissent s'échapper dans le cas de rupture partielle.
Les grillages absorbent des quantités considérables de fils à fin numéro. Ils sont, au besoin, ondulés mécaniquement et appropriés ainsi à la clôture des parcs ou jardins.
J'ai, précédemment, signalé le métal (Ipployé, Ce produit se fait à la machine Golding, au moyen de tôles en acier doux Martin-Siemens décapées, recuites, planées et coupées d'équerre.
Longtemps , la fabrication des aiguilles fut exclusivement anglaise ; elle était localisée autour de Redditch, près de Scheffield, où les ouvriers possédaient par atavisme une extraordinaire habileté pour un travail ne comportant pas moins de trente opérations successives. Cette habileté a cessé d'être un facteur indispensable depuis les progrès de la mécanique de précision. Aussi la production s'est-elle implantée en France.
H y eut un temps où la laillandene se cantonnait par catégories dans certaines régions privilégiées au point de vue de la matière première. Les progrès de la grosse métallurgie et de l'outillage industriel ont modifié cette situation. Des différentes spécialités, l'une des plus intéressantes est celle des/aiu?, bien que l'emploi des faucheuses mécaniques lui ait enlevé une partie de son importance. Les faux françaises se font en acier fondu au creuset, à la fois résistant et souple, prenant bien la trempe et revenant au recuit sans s'amollir. Si simple qu'elle soit en apparence, leur préparation est compliquée et demande beaucoup de main-d'œuvre : il faut d'abord couper les barres laminées en barrettes d'un poids correspondant à celui de l'outil, puis étirer ces barrettes au martinet et en faire des ébauches (couteaux) amincies en biseau à l'une de leurs extrémités et repliées à l'autre extrémité, soumettre les ébauches au platinage qui donne à la faux sa courbure et l'étiré transversalement, procéder ensuite au planage, à la trempe, au recuit, au releyage, à l'aiguisage et au finissage. Des tentatives ayant pour objet l'étirage et le platinage mécaniques ont échoué.
Comme la fabrication des faux, celle des limes constitue une spécialité exigeant des ouvriers habiles et exercés; la matière première
doit être de qualité exceptionnelle et offrir à Tusure le maximum de résistance. L'emploi de plus en plus fréquent de la meule à émeri et la précision croissante des machines-outils ont réduit le rôle de la lime; cependant lusage de cet instrument continue à s'imposer en nombre de cas. Entre autres progrès récents, on peut citer la mise en œuvre d'aciers spéciaux très durs et très résistants , la substitution du forgeage mécanique des ébauches au forgeage à la main, la propagation des machines à tailler, enfin d'heureuses modifications dans la trempe et le recuit.
Très accusés dans leur ensemble, les perfectionnements de Isi quincaillerie eUàe la serrurerie ne'présentent pourtant aucun fait saillant sur lequel il soit nécessaire d'insister ici.
A l'origine, les coffres-forts étaient de robustes armoires en chêne recouvertes de tôle. Puis vint un type composé d'une cage et d'un bâti en fer, avec revêtement en tôle rivée. Dès 1 844, la France construisit des coffres-forts d'une seule pièce au moyen de tôles repliées quatre fois à angle droit. Les modèles actuels, capables de résister à l'incendie, comportent presque tous deux caisses s'emboîtant l'une dans l'autre et séparées par une substance mauvaise conductrice de la chaleur; ils sont fermés par une porte à double feuille de tôle, avec interposition d'une matière réfractaire. Il existe d'excellentes combinaisons de serrures à quatre jeux de chiffres invisibles. Parfois, on garnit les serrures de pênes diagonales condamnés par un chronomètre à mouvement automatique; mais alors le dérangement du chronomètre, celui de la combinaison, un oubli des chiffres ou la mort de celui qui les a composés exposent à de graves embarras.
Les fermetures métalliques pour baies ne datent que d'une quarantaine d'années; elles se sont rapidement généralisées. Toute l'ingéniosité des constructeurs a tendu à en simplifier la manœuvre, par exemple en recourant à des servo-moteurs hydro-électriques.
Pour la petite chaudronnerie ^ comme pour les autres fabrications que nous venons de passer en revue, le développement de l'outillage mécanique a exercé son influence bienfaisante sur l'activité de la production, sur le fini des objets et sur leur prix.
Stationnaire jusqu'au milieu du xi\* siècle, la robinetterie a été ré-
mrUlIKftll RâTIOXâLK.
volutionnée par Femploi des fluides sous pression. Les qualités maîtresses des modèles actuels sont la stabilité de la clef, Tétanchéité et, s'il y a lieu, Tautomaticité de la fermeture.
La fonderie de cloches a participé au progrès général. Parmi les cloches de construction récente, Tune des plus réputées, la Savoyarde, pèse près de 1 9 tonnes.
C'est en 181 5 qu'a pris naissance Vd ferblanterie proprement dite. Son domaine était alors limité au fer-blanc. Aujourd'hui, la dénomination s'applique à une industrie produisant des objets très variés pour l'économie domestique , pour la conservation des denrées et des liquides, pour des usages industriels, et travaiHant beaucoup de métaux ou d'alliages. La fabrication se fait par des moyens presque exclusivement mécaniques; les progrès de l'outillage ont permis de diminuer les prix, tout en conditionnant mieux les articles. Souvent, la même machine effectue le découpage, l'emboutissage, l'estampage et le perçage; parfois, elle y ajoute l'agrafage et la soudure. La presse a pris la place du balancier. Aux métaux fondus et étirés se sont substitués les métaux emboutis. De nombreux ustensiles reçoivent un émaillage, dans un double but de décoration et de préservation; les objets émaillés sont plus faciles à entretenir que les objets étamés, résistent à l'attaque des substances acides et à l'action des hautes températures, présentent un aspect agréable; mais il faut que l'émail soit d'excellente qualité et ne se désagrège pas.
Une industrie fort ancienne, celle de la poterie d'étain, a eu son heure de célébrité, alors qu'elle fournissait seule la vaisselle de table et les couverts. La mode y revient, mais surtout au point de vue artistique et décoratif. Elle reçoit d'ailleurs encore quelques applications dans l'économie domestique , dans la limonaderie , etc.
À la petite métallurgie se rattachent l'affinage des métaux précieux, le battage et le broyage de l'or, le laminage et le battage du platine et de l'aluminium, la fabrication des capsules métalliques pour le bouchage des bouteilles. Je n'insisterai que sur le battage de Vor, à titre d'exemple. Ce travail s'exécute à la main, au moyen de lingots laminés en lames minces et divisés en petites plaquettes. 11 comporte trois séries d'opérations : deux de dégrossissage au caucher (sac en
parchemin) et au chaudret (sac en baudruche ou boyau de bœuf); une de finissage à la moule (sac également en baudruche ou boyau de bœuf). Un lingot de a2oà24o grammes est ainsi divisé en 5,000 feuilles.
Beaucoup d'autres produits, plumes et porte-plume, œillets métalliques, meubles et lits en fer, serrurerie et ferronnerie d'art, etc., pourraient être encore cités comme relevant de la petite métallurgie. Mais les courtes indications qui précèdent suffisent à montrer les progrès caractéristiques du siècle. Ces progrès sont dus pour une large part à l'intervention de machines-outils ingénieuses et à la transformation de la matière première. L'évolution est loin d'avoir pris fin.