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VENTILATION

3. Venlilation. — Dans toutes les fonctions de la vie, Tair joue un rôle capital. Il convient donc de mettre le plus grand soin à le préparer pour la respiration et à le mouvoir ou le renouveler dans les locaux habités. L'air vicié par la respiration, par les émanations de Thomme ou par d'autres causes doit être constamment éliminé et faire place à de l'air pur. Tel est le but de l'aération et de la ventilation. •

Nous disposons aujourd'hui d'un grand nombre de moyens permettant de réaliser une bonne répartition de l'air à l'intérieur des habitations.

L'air extérieur peut entrer par les joints des portes ou des fenêtres, être introduit par des vasistas ménagés à la partie supérieure des baies, par des persiennes mobiles, par des soupapes de ventilation, par des vitres perforées, en un mot par l'un des nombreu)t dispositifs imaginés dans le but de remédier à l'imperméabilité des vitres et de renouveler l'atmosphère intérieure, sans produire des courants incommodes pour les personnes.

Quand l'aération directe ne suffit pas, on y pourvoit au moyen d'une ventilation artificielle, en recourant soit à un foyer d'appel, soit à des appareils tels que les ventilateurs centrifuges ou les ventilateurs hélicoïdaux. La ventilation mécanique ne date que du xii*" siècle. Au début, les ventilateurs étaient manœuvres à bras; maintenant, ils sotit commandés par des machines; je leur ai consacré, dans un précédent chapitre, des indications qui me dispensent d'y revenir ici. Par suite de progrès dans leur construction, le ronflement si désagréable qu'ils faisaient entendre à l'origine s'est presque éteint. Depuis quelques années, l'usage des petits ventilateurs portatifs, mus par l'énergie électrique, a pris beaucoup d'extension.

L'évacuation de l'air vicié s'opère par les cheminées, par les orifices multiples que présentent les pièces de nos maisons, ou p^ir des ouvertures qui y sont spécialement aménagées à cet eflfet, notamment dans les locaux collectifs.

Des contacts étroits existent entre la ventilation et le chauffage; celui-ci concourt à l'aération. Cependant les deux opérations ont leur domaine et leurs règles propres, obéissent à des principes distincts et indépendants : l'une a pour base le degré d'agglomération des indi-

viduset les causes spéciales de viciation (vapeurs nuisibles, poussières de laboratoire ou d'atelier, etc.), tandis que l'autre varie suivant la température extérieure.

Actuellement, la ventilation laisse encore beaucoup à désirer, il faut le reconnaître. Si des dispositions législatives ou réglementaires ont déterminé une amélioration sérieuse dans les ateliers, nous savons tous par expérience combien la situation reste souvent déjdorable pour les locaux de réunion.

2. Appareils et procédés d'éclairage non électrique. — Lorsque s'ouvrit le xix* siècle, Ârgand avait inventé, depuis quelque temps déjà, sa célèbre lampe à double courant d'air et opéré ainsi une véritable révolution dans l'éclairage à Yhuile végétale. Cette lampe, plus connue sous le nom de Quinquet, spoliateur d'Argand, s'était bientôt répandue; parmi ses clients de la première heure figurait la Comédie-Française(i 784).

Pour le service, l'appareil le plus usuel était le chandelier à pompe, avec mèche plate.

L'éclairage public de Paris continuait à se faire au moyen de révery bères, composés d'une lampe à mèche plate et de réflecteurs sphériques.

Une nouvelle étape ne tarda pas à être franchie par l'éclairage domestique. On s'était vite rendu compte des avantages qu'il y aurait à placer le bec verticalement et à une certaine hauteur au-dessus du réservoir : cette disposition devait supprimer l'ombre projetée par le réservoir latéral et permettre de recueillir plus facilement l'huile en excès débordant autour du bec. La difficulté était de faire monter l'huile, surtout de la faire monter régulièrement. Deux solutions furent données au problème; elles reposaient, l'une sur les principes d'hydrostatique, l'autre sur l'emploi de moyens mécaniques.

Je mentionne immédiatement les lampes hydrostatiques, bien que, dans leur forme définitive, elles ne soient pas les premières en date; car elles n'ont pas vécu et n'appellent que de très courtes indications. Pour ces lampes, la priorité revient, du moins en France, à Philippe de Girard; cet inventeur présenta, en i8o3 et i8o4, deux modèles.

dont 1 un avait pour base la loi d'équilibre de deux liquides d'une densité différente, loi antérieurement appliquée par le suédois Edelkrantz et l'écossais Keir, tandis que le second s'inspirait de la fontaine de Héron. Galy-Cazalat, Dubain, Thilorier, Robert, se firent remarquer par d'heureuses innovations. Les lampes hydrostatiques avaient divers inconvénients, dus soit à la complication de leur structure ou de leur usage, soit à leur volume et à la surface de l'ombre projetée autour du pied, soit à l-influence exercée sur la hauteur de l'huile dans le bec par les variations de la pression atmosphérique et surtout de la température, soit aux troubles que causaient les déplacements.

En 1800, l'horloger Garcelpritun brevet pour la lampe mécanique devenue célèbre sous son nom. Un rouage d'horlogerie, mû par un barillet, déterminait le mouvement alternatif d'un piston à double effet, qui faisait monter l'huile au sommet du bec. Le volume refoulé était supérieur à celui qu'exigeait la consommation; il en résultait un dégorgement d'huile, permettant d'élever davantage la mèche, refroidissant le bec, et empêchant par suite le liquide de s'échauffer et de s'altérer comme dans les lampes ordinaires; la lumière avait plus de blancheur et d'éclat. En outre, grâce à la mobilité du porte-verre sur le bec, la cheminée pouvait monter ou descendre, de telle sorte que le coude fût au point le plus convenable pour la parfaite combustion.

Le mécanisme de la lampe Garcel coûtait cher et les lampistes ordinaires manquaient souvent des aptitudes voulues pour le réparer. Beaucoup d'habiles fabricants, notamment en France et en Angleterre, recherchèrent des simplifications: les noms de Carreau, Gagneau et Gotten méritent d'être retenus. Dans la lampe Gagneau, les pulsations, au lieu de lancer directement l'huile vers le bec, l'envoyaient à un réservoir d'air, d'où elle sortait ensuite par un mouvement continu; régulier. et sans intermittence (1817).

Garcel venait à peine de créer sa lampe quand naquit l'idée de produire l'ascension de l'huile par la seule pression d'un ressort ou d'un poids. Philippe de Girard réalisa cette idée sous plusieurs formes (i8o3); d'autres inventeurs le suivirent. Mais Franchot fut le pre-

mier à trouver une solution pratique par sa lampe dite à modérateur (i 836).. Voici les dispositions essentielles auxquelles s'est arrêté ce constructeur.

L'huile est enfermée dans la partie inférieure de la lampe, entre le fond, les parois latérales et un piston en cuir embouti que presse un ressort. Sous ) action de ce ressort, elle monte par un tube vers le sommet de la mèche. Au fur et à mesure que Thuile se consomme, le piston descend, le ressort se débande, la hauteur ascensionnelle s accroît, et le débit du liquide au niveau de la flamme tend à diminuer; pour y remédier, Franchot a placé suivant Taxe du tube une tringle conique opposant au mouvement d'ascension du liquide une résistance, dont l'intensité décroît en même temps que s'abaisse le piston et qui régularise ainsi, par ses variations, le débit au sommet du bec. L'excédent d'huile retombe dans la lampe et reste au-dessus du cuir» embouti ; pour le faire passer dans le réservoir, il suffit de remonter la lampe, c'est-à-dire de bander le ressort, au moyen d'une crémaillère ; le vide produit sous le cuir y détermine en effet une flexion qui l'écarté des parois. On procède de même pour emmagasiner dans le réservoir l'huile destinée à remplacer celle qui a été brûlée.

Simple, d'un prix modique, facile à nettoyer et à entretenir, brûlant à blanc comme les meilleures lampes pourvues d'un mouvement d'horlogerie, l'appareil de Franchot s'est rapidement vulgarisé et a pénétré dans les intérieurs les plus modestes. Sauf quelques perfectionnements de détail, il constitue encore aujourd'hui l'instrument ordinaire de l'éclairage à l'huile végétale. Les progrès réalisés depuis i836 ont porté presque uniquement sur les formes de la lampe et sur sa décoration.

Des concurrences redoutables sont, d'ailleurs, venues assaillir de toutes parts l'huile végétale et en restreindre le champ d'action. Cependant la douceur de sa lumière, la sécurité qu'elle procure au point de vue des dangers d'incendie et la souplesse avec laquelle elle s'adapte à l'alimentation de becs d'intensité réduite lui ont gardé quelques fidèles partisans. Diverses compagnies de chemins de fer continuaient à l'employer en 1900 ; elles se servaient soit de lampes à bec plat, soit de lampes à bec rond, avec ou sans verre-cheminée;' ces lampes

étaient alimentëos par un réservoir supérieur annulaire ou par une bouteille de forme appropriée,

Il y a longtemps que des tentatives furent faites pour brûler les huiles essentielles^ comme Tessence de térébenthine et Thuilede naphte, dans des lampes dune construction analogue à celle des appareils à huiles grasses. Ces tentatives échouèrent : la flamme, extrêmement riche en carbone, était toujours fuligineuse, rougeâtre, inégale et irrégulière; la combustion, fort incomplète, donnait lieu à d'abondants dépôts de charbon et répandait une odeur pénétrante.

Les premiers essais quelque peu couronnés de succès, pour Tutilisation des huiles essentielles volatiles de résine, de goudron ou de schiste, se produisirent presque simultanément en France, en Amérique, en Angleterre et en Allemagne. A travers les huiles échauffées passaient soit des gaz peu éclairants de leur nature, comme l'hydrogène et Toxyde de carbone, qui se chargeaient de vapeurs hydrocarburées, soit de lair comprimé, qui entraînait également des vapeurs combustibles; la lampe, sans mèche, fournissait tantôt une flamme unique, tantôt une couronne lumineuse.

En i839, Breuzin construisit une lampe fonctionnant dans les conditions suivantes. Un réservoir inférieur en métal ou en verre contenait le liquide combustible; celui-ci était aspiré par capillarité, au moyen dune grosse mèche dormante, placée dans un tube métallique qui présentait à sa partie supérieure un petit nombre douvertures capillaires; la vapeur brûlait au sortir de ces ouvertures. Pour amorcer Tappareil et déterminer la vaporisation du liquide, il fallait tout d'abord échauffer le tube; une fois en train, la combustion entretenait le degré de calorique voulu. Cette lampe avait, entre autres défauts, celui de s!éteindre très facilement, au cas de refroidissement accidentel du tube. Le liquide, composé d'essence de térébenthine et d'alcool concentré, était d'ailleurs fort coûteux. Bientôt l'essence de térébenthine fut remplacée par l'huile de goudron ou par l'huile de schiste, que les procédés de Selligue permettaient de préparer économiquement. D'autre part, Breuzin et, après lui, Bobert, Joanne, Valson, réalisèrent diverses améliorations ayant pour objet, les unes

de parer aux dangers d'inflammation et d'explosion, les autres de prévenir le dégagement des vapeurs infectes, de régler la flamme, etc.

Cependant le prix trop élevé des mélanges alcooliques engagea les inventeurs à poursuivre leurs recherches pour la combustion directe des essences de goudron , des huiles de schiste pures et généralement des hydrocarbures liquides. Rouen et Busson réussirent à établir dans ce but des appareils, que le rapporteur du jury de i85i jugeait très satisfaisants au point de vue de l'éclairage public. Un réservoir supérieur, garni d'huile hydrocarburée , communiquait par un tube recourbé avec un bec comportant une très petite ouverture ; autour de ce bec était une enveloppe métallique, percée à sa partie inférieure de trous destinés à l'admission de l'air et à son sommet d'autres trous pour la sortie des jets lumineux. Au moment de l'allumage, on ouvrait un peu le robinet interposé entre le réservoir et le tube, et l'on chaufl*ait le bec par une flamme à alcool; les vapeurs commençaient à sortir par le bec, en entraînant une certaine quantité d'air, et pouvaient être allumées ; la combustion maintenait ensuite l'échaufl^ement du tube et la vaporisation du liquide, que la pression des vapeurs tenait d'ailleurs à une distance convenable de la flamme.

L'emploi des huiles minérales prit très peu d'extension jusqu'au jour où apparurent les pétroles d'Amérique. À partir de 1861, l'abondance de ces pétroles et les avantages économiques que procurait leur usage comparé à celui des huiles végétales suscitèrent de nouveaux efforts dans le but de perfectionner les appareils destinésà les brûler; l'odeur et le danger d'incendie préoccupèrent spécialement les constructeurs. On renonça à la combustion par vaporisation et on se servit de mèches tantôt plates, tantôt rondes; l'huile arrivait au bec, sans le secours d'aucun organe mécanique, soit d'un réservoir supérieur, soit d'un réservoir inférieur et par la seule action de la capillarité.

Tout en constatant les progrès accomplis, le rapporteur du jury de 1867 signalait encore dans les pétroles une proportion beaucoup trop grande d'huiles légères, volatiles à basse température, répandant beaucoup d'odeur et pouvant occasionner des accidents. Il faisait aussi remarquer que les lampes à réservoir inférieur devaient avoir une capacité suffisante pour éviter des variations trop considérables

dans le niveau de l'huile, dans sa densité et, par suite, dans Tintensité de la lumière. En <^onsëquence, il ue recommandait guère les pétroles pour réclairage domestique. L'éclairage public lui paraissait être le véritable domaine des huiles minérales, qui à la modicité du prix, au pouvoir éclairant et à la simplicité des appareils joignaient l'avantage de ne pas se congeler au moindre froid, comme Thuile de colza.

À l'Exposition de 1 867 figurèrent, pour la première fois, les petites lampes à éponge imbibée d'essence^ avec mèche en coton floche, brûlant comme une mèche de lampe à alcool.

En 1878, la consommation du pétrole s'était notablement accrue. Mieux distillé, il ne s'enflammait plus qu'à une température comprise entre 37 et. 35 degrés; l'inflammabilité avait même été reportée h 60 degrés pour certains pétroles, comme pour la paraffine d'Ecosse. Mais, par le fait même d'une distillation plus complète des huiles minérales, la quantité d'essence mise en circulation augmentait chaque jour et l'usage s'en généralisait, malgré les dangers de son maniement.

Depuis, le traitement des pétroles bruts a reçu de nouvelles améliorations, permettant d'obtenir des produits qui ne s'enflamment plus au-dessous de la température convenable pour éviter les dangers d'incendie ; il ne subsiste à peu près aucun dégagement d'odeur pendant la combustion. Les appareils ont été perfectionnés; l'intensité des foyers s'est accrue, et les lampes de 3 , 4, 6 , 8 carcels sont devenues courantes. Aujourd'hui, l'invasion des huiles et essences minérales dans l'éclairage a tellement grandi, que, dès la fin du siècle, l'excédent des importations atteignait 3^5 millions de kilogrammes pour les huiles brutes de pétrole ou de schiste et 997,000 hectolitres pour les huiles raffinées et les essences.

Généralement, l'ascension du pétrole dans les lampes destinées à l'éclairage particulier se fait par capillarité. Ces lampes sont à mèche plate, à mèche ronde et annulaire ou à mèche ronde et pleine; la plupart ont une cheminée. La vogue va surtout aux systèmes à courant d'air central. On s'attache à régler l'arrivée de l'air, de telle sorte que le liquide brûle entièrement sans refroidissement de la flamme. L'Administration des phares emploie diff'érents modèles de lampes à réservoir supérieur et à niveau constant, pourvues d'une ou de plusieurs mèches.

Comme précédemment, les petites lampes à essence comportent un réservoir garni dune matière spongieuse (feutre, bourre, coton, etc.) et une mèche pleine. Des tentatives ont été poursuivies en vue de brûler l'essence dans des lampes ordinaires à pétrole avec cheminée ; mais le danger est excessif.

Une nouveauté apparue au déclin du siècle a été l'incandescence par les vapeurs de pétrole^ expérimentée, puis largement appliquée dans le service des phares. Bien que se rattachant à des types variés, les appareils ont un principe commun. Le pétrole liquide est injecté sous pression, du réservoir qui le contient, vers un vaporisateur chauffé par le manchon ; de ce vaporisateur, la vapeur de pétrole se rend au bunsen du manchon, après s'être mélangée avec Tair nécessaire à sa combustion; un réservoir d'air comprimé fournit la pression voulue pour l'injection. Au moment de l'allumage, on chauffe le vaporisateur è l'aide d'alcool. Des précautions doivent être prises afin d'éviter les obturations de l'éjecteur. La consommation par carcel-heure ne dépasse pas 5 grammes à 6 gr. 6 pour des lampes de 3o à 70 carcels. En 1900, le Commissariat général de l'Exposition éclairait à l'incandescence par la vapeur de pétrole une partie des berges de la Seine et l'une des routes du bois de Vincennes.

L'essence de pétrole se prête avec une extrême facilité à l'éclairage par incandescence.

Frankenstein, de Gratz, avait essayé, en 18/18, Vincandescence par l'alcool L'idée a été reprise et a pu frayer sa voie grâce aux manchons. Comme le pétrole, l'alcool doit être transformé en vapeur; on utilise pour la vaporisation soit la chaleur du manchon, soit celle d'une veilleuse spéciale. Une forte proportion d'air est indispensable k la combustion; il convient, par suite, de. surchauffer la vapeur et de lui donner ainsi une pression suffisante pour qu'elle puisse entraîner cet air en sortant de l'éjecteur. Souvent, on augmente le pouvoir éclairant de l'alcool, par la carburation à l'aide d'un hydrocarbure tel que la benzine ou l'essence minérale.

Il existe dès maintenant des types viables pour l'usage domestique , donnant de âo à 5o bougies avec une consommation de 3 ou 3 gram-

inespar bougie-heure, soit âo ou 3o grammes environ par carcel. Les conditions propres à assurer 1 avenir de ces appareils sont l'immobilisation de Talcool au moyen de matières poreuses et la consolidation du manchon d'incandescence.

Des foyers de/iooà5oo bougies et de 1,000 bougies éclairaient, en 1900, une partie des quais de la Seine et plusieurs routes de l'annexe du bois de Vincennes.

L'invention du gaz est due à un Français , Philippe Lebon , ingénieur des ponts et chaussées, qui, dès 1786, faisait fonctionner son thermolampe, alimenté par du gaz de bois. Méconnu de son vivant, Lebon mourut mystérieusement assassiné.

Comme cela est arrivé trop souvent, l'invention qui était essentiollen^ent française, ne prit une réelle importance industrielle qu'en passant par les mains des Anglais. Vers la fin du xviii* siècle, Murdoch , employé aux mines de Cornouailles, alimentait déjà de gaz l'usine de Boulton et Watt. Toutefois le nouveau mode d'éclairage n'apparut qu'en 1808 dans les rues de Londres. Le bois avait été remplacé par la houille, et surtout par la houille grasse.

En 181 5, Winsor, Allemand établi à Londres, vint à Paris pour y fonder une société; l'année suivante, il offrait au public un spécimen d'éclairage dans la galerie des Panoramas. Je passe sur les vicissitudes de la première compagnie et de celles qui lui succédèrent, sur l'historique de l'usine créée par Louis XVIII, sur les études de la Commission qu'institua de Chabrol, préfet de la Seine, et que présidait Darcet. C'est seulement depuis i83o qu'on peut considérer l'industrie du gaz comme définitivement assise en France. Vers cette époque, des compagnies anglaises demandèrent et obtinrent des concessions dans la plupart des grandes villes.

Le gaz 'était, le plus souvent, envoyé aux lieux de consommation par des tuyaux de conduite. Mais les fabricants distribuaient aussi à domicile du gaz portatif, transporté soit dans des réservoirs où ils le comprimaient à une très forte pression , soit dans des récipients-soufllets d'où ils l'envoyaient à des gazomètres particuliers.

Il existait plusieurs types de becs : becs-bougies, becs-papillons,

becs Manchester, becs d'Argand à* double courant. Ces becs donnaient des flammes coniques, étroites ou creuses, en aile de chauve-souris, en queue de poisson, etc.

Déjà les compteurs exerçaient toute la sagacité des inventeurs. Après avoir traité avec les consommateurs pour l'alimentation de becs déterminés pendant un nombre d'heures convenu, les compagnies avaient bien vite senti la nécessité de vendre simplement le gaz au volume et de recourir, par suite, à des appareils enregistrant la consommation. Clegg imagina les cloches jumelées, auxquelles la dépense de gaz imprimait un mouvement alternatif et dont les oscillations se comptaient à l'aide de rouages d'horlogerie; ensuite vinrent les roues à compartiments.

En 1867, ^^ S^^ ^^^^ pénétré jusque dans les villes d'importance très secondaire. Grâce au choix bien entendu des houilles, à la durée plus rationnelle de la distillation et, le cas échéant, à l'addition de gaz riche tiré du cannel-coal , le pouvoir éclairant présentait une invariabilité pour ainsi dire mathématique. La forme des brûleurs aflectés à l'éclairage public s'était améliorée depuis les expériences si habilement poursuivies par Audouin et Bérard, sous la direction de Dumas et de Regnault; on savait que, pour une même quantité de gaz brûlé, le rendement maximum en lumière correspondait à la pression la plus faible et que les résultats les plus satisfaisants s'obtenaient avec une fente d'une largeur de 7/10 de millimètre ou un trou de pareil diamètre. De meilleures dispositions avaient été adoptées pour la structure des lanternes , la hauteur des candélabres , la répartition des foyers. Devancés par les Anglais, dans la ventilation des locaux fermés et éclairés parle gaz, nous commencions à suivre leur exemple. Péligot, rapporteur du jury, signalait aussi l'application si intéressante du gaz aux plafonds lumineux de divers théâtres, notamment du Théâtre-Lyrique et du Châtelet.

Lors de l'Exposition de 1878, l'emploi du gaz s'était considérablement développé et avait pris une importance capitale dans l'éclairage des intérieurs. Les becs n'offraient rien de bien nouveau; cependant l'Angleterre présentait le bec Sugg à triple couronne. Beaucoup d'exposants montraient des modérateurs, des régulateurs et des rhéo-

mètres : le modérateur a pour objet de réduire la pression par un étranglement de Tévacuateur; le régulateur uniformise la pression au bec, quelle que soit la pression dans la conduite mère; enfin le rhéomètre assure un débit constant. Mentionnons encore des instruments destinés à contrôler le pouvoir éclairant du gaz.

Dei878ài889,le progrès s'affirma. Les statistiques établissaient qu en dix ans la consommation annuelle française était passée : pour Paris, de 1 85 à 969 millions de mètres cubes; pour la province, de 197 à 335 millions. 19,760,000 habitants, au lieu de 9,9^0,000, profitaient de Téclairage public au gaz. Néanmoins nous restions bien loin en arrière de l'Angleterre : à elle seule , la ville de Londres consommait plus de gaz que la France entière. En dehors de l'accroissement de consommation, le fait saillant de la période 1878-1889 résidait dans la création des becs intensifs avec ou sans récupération; à peine l'Exposition de 1878 avait-elle fait connaître, comme je l'ai dit, un premier bec intensif, celui de la maison Sugg. Tandis qu'en 1878 les becs exclusivement employés étaient de 1, 9 ou 3 carcels, et consommaient de 100 à 195 litres par carcel, on rencontrait couramment en 1 8 8 9 des becs de 9 , 3 et 5 o carcels , ne consommant pas plus de 60, 4o et même 3o litres par carcel. On pouvait ranger les lampes nouvelles en quatre catégories: lampes intensives à l'air libre; lampes à air chaud; lampes à incandescence; lampes à gaz carburé.

L'emploi des lampes intensives à l'air libre fut provoqué par l'apparition de la bougie Jablochkoff sur la place et dans l'avenue de l'Opéra. Engageant la lutte avec les foyers électriques, la Compagnie parisienne installa, rue du Quatre-Septembre , des groupes de six papillons à fente de o mm. 6 , consommant 1 ,4 00 litres à l'heure et pourvus de coupes en cristal formant cheminée. La dépense par carcel était ramenée dei97àio5 litres. Devant le succès de cette innovation, les becs intensifs du même type ou de types analogues se multiplièrent dans Paris. Les nations étrangères obéirent aux mêmes tendances. Dans certains modèles, réservés principalement à l'éclairage intérieur, le bec fut muni d'une cheminée en verre.

À la suite d'un concours ouvert par la Société d'encouragement sur ff les moyens les plus efficaces d'augmenter le pouvoir illuminant

ffdes flammes du gaz?), Ghaussenot avait obtenu, en 1 836, un prix de 9,000 francs pour une lampe réduisant de 33 p. loo la consommation. Dans cette lampe, Tair, avant d'alimenter la combustion, s'échauffait entre deux cheminées en verre. L'appareil de Ghaussenot ne passa point dans la pratique : il était trop fragile et trop compliqué. Mais le principe des becs à air chaud nen restait pas moins posé. D'ailleurs, la théorie confirmait de tous points les idées de Ghaussenot : en effet, les flammes du gaz doivent leur pouvoir éclairant aux particules de carbone qu'elles tiennent en suspension et qui proviennent de la dissociation des hydrocarbures sous l'influence de la chaleur, et les quantités de lumière émises par ces particules augmentent rapidement avec la température. Ge fut seulement en 1879, au moment où l'on se préoccupait des foyers intensifs, que Frédéric Siemens, de Dresde, reprit le principe de Ghaussenot et constitua le bec à récupération, si répandu plus tard sous des formes diverses. Dans l'appareil de Siemens et dans ses dérivés, comme dans celui de Ghaussenot, lair n'arrivait au brûleur qu'après avoir été porté à une haute température par la seule chaleur récupérée des produits delà combustion. Les principales améliorations que reçut le bec Siemens vinrent d'Angleterre : telle la disposition imaginée par Wenham (1889) et consistant à renverser la flamme, en plaçant le récupérateur au-dessus du bec; cette heureuse modification permettait de ne plus obstruer la lumière et augmentait la simplicité de l'appareillage, en même temps que son caractère décoratif. À partir de 188 5, les nouveaux modèles devinrent courants et leur rôle dans l'éclairage public ne cessa de grandir. Ils comportaient beaucoup de variantes: alimentation par le haut , alimentation par le bas ; flamme dirigée de l'intérieur vers l'extérieur, flamme s'étalant de l'extérieur vers l'intérieur; etc. Quelle que fût la structure des lampes intensives à récupération , certaines conditions essentielles s'imposaient en tout cas : le conduit amenant le gaz devait être placé en dehors des parties chaudes ; il fallait calculer avec précision , puis maintenir par un rhéomètre les proportions d'air et de gaz; l'éclairage public exigeait des brûleurs insensibles à Faction du vent, simples, robustes, faciles à surveiller et à entretenir. Gomme je l'ai précédemment indiqué, la dépense horaire des becs usuels était descendue

à io ou 5o litres par carcel, alors que Tancien bec-papillon de Paris consommait 127 litres. Dans les grandes artères parisiennes, le prix de l'unité carcel-heure avait pu s'abaisser à o c. 76 et même o c. 64 pour les appareils à gaz, tandis qu'il se tenait encore à o c. 90 pour les appareils électriques.

Deux becs à incandescence sollicitaient l'attention en 1889 : le bec Clamond (corbeille de magnésie additionnée d'oxydes métalliques) et le bec Auer de Welsbach (manchon en zircone mélangée à des oxydes incombustibles). On jugeait alors ces becs plus compliqués que les brûleurs intensifs à récupération; ils paraissaient ne convenir que dans des cas déterminés.

Un jugement analogue s'appliquait aux lampes à gaz carburé, c'està-dire aux lampes alimentées par du gaz préalablement enrichi en carbone à la traversée d'hydrocarbures, comme la naphtaline épurée (albo-carbon).

Malgré leur éclatant succès, malgré les promesses d'avenir qui avaient accueilli leur naissance , les lampes à récupération ont disparu , refoulées par les becs à incandescence; la fin du brevet Auer (septembre 1900) a, d'ailleurs, accentué la victoire de ces becs et facilité leur diffusion. La consommation des foyers à l'air libre de 1 5, 90 ou 25 carcels est tombée à 13 litres par carcel-heure; cependant les besoins de l'éclairage sont tels, que la production du gaz, loin de fléchir, a encore augmenté et qu'en 1899 elle atteignait 82 5 million» de mètres cubes à Paris.

La fabrication des manchons s'est régularisée vers 1891. Elle nécessite une assez longue série d'opérations : confection d'un manchon en coton ou en ramie; lavages successifs à l'ammoniaque, à l'eau acidulée et à l'eau distillée; séchage; trempage dans une solution contenant 98 à 99 p. 100 d'oxyde de thorium et 2 à 1 p. 100 d'oxyde de cérium; essorage; étuvage entre 5o et 60 degrés; incinération détruisant le support de coton ou de ramie ; correction de la forme et consolidation de la tête, par exemple, au moyen d'un enduit de magnésie; cuisson sur un bunsen; trempage dans lecollodion. À l'usage, l'intensité lumineuse diminue; la perte mojenne peut être évaluée à un tiers en 800 ou 1,000 heures.

Récemment, on est arrivé à une application pratique des substances cataly tiques (mousse de platine, etc.) au self-allumage des brûleurs.

L'Administration de l'Exposition de 1900, désireuse de mettre en parallèle l'éclairage électrique et l'éclairage au gaz, avait réservé à ce dernier les parcs et jardins du Champ de Mars et du Trocadéro , dont la superficie mesurait 196,000 mètres carrés. Conformément à un accord intervenu avec le Commissariat général , la Compagnie parisienne installa 1,618 lanternes, pourvues de 4,6/19 brûleurs à manchons et fonctionnant , partie à la pression normale , partie à la pression de âoo millimètres. L'intensité totale de l'éclairage atteignait 91,000 carcels, soit en moyenne o c. ^67 par mètre carré; en 1889, l'éclairage par mètre carré du Champ de Mars, au moyen de foyers électriques, n'avait pas dépassé oc. 107. D'après les relevés de la consommation, chaque carcel exigea une dépense horaire de gaz légèrement supérieure à 1 5 litres.

Peu avant la fin du siècle, Yacétylène s'est révélé comme un agent d'éclairage puissant et économique. Ce gaz, formé de deux atomes d'hydrogène et deux atomes de carbone, peut être facilement obtenu par la réaction de l'eau sur le carbure de calcium.

Davy isola, le premier, l'acétylène, en traitant par l'eau des sousproduits de la préparation du potassium. M. Berthelot en fit la synthèse par l'arc électrique et en détermina le caractère explosif. Puis M. Vieille détermina les pressions d'explosion correspondant aux pressions initiales du gaz.

On doit à M. Moissan (1892) la fabrication du carbure de calcium au four électrique. Deux ans après sa belle découverte, l'éminent chimiste donnait la composition exacte de ce produit. Théoriquement, un kilogramme de carbure de calcium, soumis à l'action de l'eau, fournit 3/io litres d'acétylène.

Le gaz acétylène est doué d\in pouvoir éclairant très intense, grâce à ses propriétés endothermiques, à son extrême richesse en carbone, à sa haute température de combustion. Ces qualités ont pour contrepartie la puissance détonante de ses mélanges avec l'air. Il résulte des

IM mrBiMtaïc «atioialc.

expériences de M. Grehant que la détonation a lieu avec une proportion d'air variant de 3 à 1 9 volumes pour un d'acétylène et que le maximum d'effet correspond à 9 volumes.

Pour brûler convenablement, l'acétylène exige beaucoup d'air. Un inconvénient à éviter est l'encrassement des becs, quand ceux-ci viennent à s'échauffer. Des modèles nombreux de becs ont été étudiés et figuraient à l'Exposition de 1900.

Il existe divers types de générateurs, se répartissant entre les catégories suivantes : appareils à chute de carbure dans l'eau (carbure granulé ou carbure tout-venant); appareils à attaque du carbure par une nappe d'eau ascendante ou par la chute d'eau, soit en filet, soit en gouttes ; appareils à contact avec cloche ou sans cloche , fondés sur le principe du briquet à hydrogène. Des dispositifs appropriés régularisent automatiquement l'opération.

Les brûleurs Bullier, à tête en stéatite et à deux branches convergentes, consomment de 7 à 9 litres par carcel-heure. Ainsi le rapport entre le pouvoir éclairant de l'acétylène et celui du gaz ordinaire est de 12 à 1 5.

A la suite d'essais persévérants, on a réussi à employer l'acétylène comprimé pour l'éclairage des voitures de chemins de fer ou de tramways. Le gaz comprimé peut avec avantage être dissous dans l'acétone, car cette dissolution présente une grande stabilité et une résistance remarquable à la détonation. Enfin un artifice ingénieux consiste à garnir le récipient d'une matière poreuse, céramique ou silice, dans laquelle se loge l'acétone; il supprime tout espace vide pouvant contenir du gaz libre et empêche les explosions de se propager.

Parmi les applications intéressantes de l'acétylène se place la carburation du gaz d'huile destiné à l'éclairage des trains.

Un éclairage très brillant à l'acétylène avait été organisé, pendant l'Exposition de 1900, sur les berges de la Seine aux abords du ponl Alexandre IIL Le rendement en gaz a dépassé 3oo litres par kilogramme de carbure.

Quelques autres modes d'éclairage méritent encore d'être si gnalés.

Pour obtenir une lumière très vive, des inventeurs ont depuis longtemps proposé l'éclairage oxhydrique, c'est-à-dire l'emploi de l'oxygène comme agent de combustion. Dès i85i , le rapport du jury mentionnait deux modes d'utilisation de l'oxygène : dans l'un, ce gaz produisait directement avec le corps combustible une flamme éclatante (lumière de Bude); dans l'autre, il agissait, mélangé au gaz de houille ou à l'hydrogène, sur une substance telle que l'argile ou la chaux, échauffée au rouge blanc intense (lumière de Drummond). Plusieurs chercheurs suivirent la même voie, notamment Tessié du Motay, qui eut recours à des crayons de magnésie. L'usage de l'oxygène avait des inconvénients; il exigeait une canalisation spéciale et pouvait donner lieu à des fuites dangereuses. Aussi y a-t-on renoncé et n'a-t-on retenu des anciens essais que l'interposition dans la flamme d'une matière réfractaire portée à l'incandescence.

Le gaz riche, préparé par la distillation du pétrole, des huiles de schiste, du boghead, supporte la compression sans perdre son pouvoir éclairant et présente, à cet égard, une supériorité marquée sur le gaz de houille. Il donne d'ailleurs beaucoup plus de lumière que ce dernier gaz. Les compagnies de chemins de fer en ont tiré un excellent parti pour l'éclairage des voitures. Notre Administration des phares en a fait aussi des applications remarquables et lui a spécialement demandé une solution élégante de l'éclairage des bouées lumineuses. L'appareillage comprend des brûleurs de différentes sortes, en particulier des brûleurs à récupération et des brûleurs à incandescence.

J'ai déjà cité le gaz de houille carburé à l'aide de la naphtaline ou de l'acétylène.

L'anglais Beale a imaginé en i83/i le gaz à l'air carburé. Ce gaz s'obtient en faisant barboter, par compression ou par aspiration, de Tair dans un hydrocarbure et de préférence dans la gazoline.

Comment enfin ne pas rappeler d'un mot une invention capitale que nous retrouverons plus loin, celle de la bougie sléarique, due à Gay-Lussac, Chevreul et de Milly?

Les prix de revient, par carcel-heure, des différents modes d'éclairage domestique à Paris s'évaluaient ainsi en 1900 :

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