PILS, TISSUS, VÊTEMENTS
S l. MATÉRIEL ET PROCÉDÉS DE LA FILATURE ET DE LA CORDERIE.
1. Filature du coton, de la laines du lin et du chanvre. — i. Généralités. — Les matières textiles se présentent sous des aspects différents. Tantôt elles sont composées de filaments d'une longueur limitée et irrégulière : c'est le cas du coton, de la laine, des poils et duvets animaux, du lin, du chanvre, etc. Tantôt elles s'offrent sous forme continue : c'est le cas de la soie. Aussi les procédés de filature appliqués à ces deux catégories de textiles sont-ils essentiellement distincts. Le travail de la soie se borne à développer et marier les fils de cocons, h les tordre et à les retordre suivant certaines règles; celui des autres matières exige d'abord un traitement compliqué de division et d'épuration, puis des opérations destinées à juxtaposer les fibres, à les superposer, à leur faire subir des glissements successifs, à réaliser ainsi leur échelonnement régulier et à permettre enfin leur fixation définitive par la torsion.
Ces opérations tendant à transformer en fils les filaments de faible longueur n'ont-pu longtemps s'effectuer qu'à la main. Le matériel, des plus simples, comprenait : des baguettes, pour battre la substance étalée sur une toile ou sur une claie et la débarrasser des corps étrangers; des cardes de matelassier, pour diviser grossièrement les filaments courts et pour les ranger en nappes; des sérans à dents longues et droites, pour peigner les longs brins du chanvre et de la laine; la quenouille, autour de laquelle on plaçait la matière à filer; lefmeau, pirouettant sous les doigts de la fileuse, pour tordre et renvider alternativement le fil.
Le rouet, qui commença à remplacer le fuseau primitif vers le milieu du xvi*' siècle et qui resta en possession presque exclusive de la
transformation des matières textiles jusqu'en 1789, était dëjà un instrument perfectionné. Depuis, la filature mécanique lui a emprunté son premier organe élémentaire, la broche à ailettes, dont la rotation tord le fil et le renvide en même temps sur la bobine.
2. Origines de la filature mécanique du coton. — C'est pendant la seconde moitié du xviii® siècle que l'Angleterre entreprit la substitution de la filature mécanique au travail manuel pour le coton. L'avance prise par ce textile sur la laine , le lin et le chanvre s'explique par des causes techniques et commerciales. Dans l'ordre technique, la nature des fibres du coton, leur ténuité, leur faible longueur, constituaient de sérieuses difficultés pour le travail manuel, alors que ces propriétés, jointes à la douceur des filaments, à la netteté de leur surface, à leur faculté de liaison, de glissement, d'échelonnement, d'assemblage en fils d'une extrême finesse, favorisaient au contraire la préparation et le filage automatiques. Quant aux causes commerciales, elles venaient surtout de l'importance acquise dès cette époque par le tissage en Angleterre : les industriels anglais avaient entrepris avec succès la fabrication et l'exportation, non seulement sur le continent, mais aussi dans les colonies britanniques, d'étoffes de coton et spécialement d'étoffes mélangées ou futaines; ne pouvant suffire aux besoins de leurs ateliers, ils s'étaient vus dans l'obligation de recourir à l'étranger pour le filage manuel de la trame.
Les premières recherches eurent pour objet la production simultanée de plusieurs fils par un seul ouvrier. Elles aboutirent d'abord au célèbre méû^v jenny, imaginé en 1768 par Th. Higgs et perfectionné trois ans plus tard par J. Hargreaves (ou Hargraves); la jenny, bien appropriée à la production de la trame des futaines, ne donnait pas la finesse, la résistance et la torsion qu'exigeaient les fils de chaîne. Bientôt apparut une machine plus complète, le throstle ou métier continu , capable de fournir les fils de chaîne et possédant certains organes principaux employés depuis dans tous les métiers à filer. Ces deux métiers avaient pour fonction commune de terminer le filage déjà ébauché à la main; ils différaient par le mode d'étirage plus encore que par le mode de renvidage.
Pour étirer les trames comme dans le mëtier continu et pour avoir néanmoins un instrument plus léger, à une époque où la machine à vapeur était peu répandue et dans un pays où les chutes d'eau n'abondaient pas, on pensa à associer les cylindres étireurs mécaniques du throstle aux broches en fuseaux montées sur un chariot mû à la main, comme celui de la jenny. Telle fut Torigine du métier mixte ou mulejenny^ patenté en 1779 par S. Crompton et susceptible de faire à volonté la chaîne ou la trame.
Quelles que fussent leurs qualités, la jenny, le throstle et la mulejenny ne se substituèrent pas immédiatement à l'ancien rouet. Peutêtre la création des différents métiers à filer fût-elle demeurée stérile, sans le concours que vinrent leur prêter d'ingénieuses machines préparatoires. En effet, la qualité du fil dépend au moins autant de la façon dont les mèches de matière filamenteuse sont préparées avant d'être soumises au métier, que du travail de ce métier lui-même, et, parmi les inventions qui ont exercé l'influence la plus sérieuse sur la perfection du filage, on doit placer au premier rang la machine à carder à ruban continu. Le rôle de la machine à carder était de nettoyer les fibres préalablement battues^ de les diviser, de les ranger et de les condenser en une masse homogène. Divers modèles se disputèrent la faveur des manufacturiers. Tous comportaient les éléments essentiels des machines modernes : appareil alimentaire à toile sans fin et cylindre cannelé; tambour principal, hérissé d'aiguilles crochues, auquel l'appareil alimentaire amenait les nappes de filaments à préparer; cylindres mobiles ou chapeaux fixes, également munis d'aiguilles avec crochets de direction opposée, dépouillant alternativement le gros tambour ou lui rendant les fibres pour en garnir les autres surfaces cardantes selon les vitesses relatives, et opérant par suite, d'une manière continue, la division de ces fibres; enfin appareil détacheur, rendant la matière cardée sous forme d'un voile ou ruban sans fin. Les perfectionnements ultérieur^ tendirent surtout à réaliser automatiquement le débourrage et l'aiguisage des aiguilles dans les organes nettoyeurs, et à régler avec précision les différentes parties de la machine.
Quand débuta l'application des cardos cylindriques à l'obtention de
rubans continus , il importait d'autant plus de bien carder, que le coton passait directement de la carde au métier à filer. R. Arkwright s'assura un grand succès le jour où il eut l'idée de régulariser, d'uniformiser les premiers rubans par des doublages et des étirages successifs, avant de les soumettre au filage; l'appareil créé par lui à cet effet, c'està-dire le banc d'étirage à lanterne^ fut patenté en 1775. Une filiation étroite rattachait cet appareil à l'invention si originale et si féconde de l'étirage par cylindres, due à Paul-Louis (1788).
Les machines anglaises s'introduisirent rapidement en France. Du reste, le Gouvernement ne ménageait ni les primes ni les encouragements d'autre nature. Néanmoins le filage à la main alimentait encore les trois quarts de notre consommation, vers le commencement du XIX® siècle. Le fil produit ne dépassait guère en finesse le n° 3o ^^K
3. Origines de la filature mécanique des laines. — Primitivement, les différentes machines dont l'invention successive a engendré la filature automatique n'étaient deàtinées qu'au travail du coton. Mais certaines d'entre elles ne tardèrent pas à être employées, moyennant des modifications convenables, pour les autres textiles.
Les opérations à l'aide desquelles les filaments de longueur limitée sont transformés en fils continus ont toujours pour objet, une fois que la matière est amenée à un état de suffisante division , de faire glisser les fibres les unes sur les autres, de les échelonner et de les fixer définitivement par la torsion. Ces opérations finales obéissent à des règles invariables, et les machines qui les réalisent peuvent en principe servir indifféremment à tous les textiles, sauf les changements de détail commandés par la longueur et la ténuité plus ou moins grande des fibres, par le but spécial qu'on se propose d'atteindre, par le degré de finesse ou de résistance qu'il s'agit d'obtenir.
Au contraire, les traitements préalables, ceux dont l'objet est de préparer la substance à subir le filage proprement dit, varient nécessairement avec la nature des fibres, ave» leur caractère physique, avec l'état dans lequel elles arrivent à l'industrie; ils dépendent aussi de la destination du fil. Les différences que présentent entre elles les di-
^'^ Le numéro reprësenlele nombre de kilomètres par 5oo grammes.
verses opérations préparatoires tiennent d ailleurs plus à la longueur, au degré de divisibilité et à la forme des filaments qu'à leur constitution intime. À cet égard, les variétés de laine présentent, les unes par rapport aux autres, des distinctions aussi tranchées que la plupart des autres textiles entre eux; celles qu on emploie à la fabrication des tissus ras peuvent parfois se comparer au lin, quant à la longueur, à la raideur et à la résistance des brins, tandis que les laines spécialement recherchées pour les tissus foulés et drapés ont des filaments inégaux, frisés, élastiques, se rapprochant de ceux du coton, tout en exigeant néanmoins un traitement spécial.
Les laines de cette dernière catégorie, dites laines à carde, furent les premières auxquelles on chercha à appliquer les machines de préparation et de filage du coton. Des essais se poursuivirent simultanément çn Angleterre , où le pre^mier métier à filer aurait fonctionné à Dolphin Holme pendant Tannée 178/1, mais où le succès ne vint que sept ans après, et en France, où Quatremère-Disjonval , fabricant de draps près de Châteauroux, réussit, dès 1788, à carder la laine sur dés machines à coton. Quatremère avait dû renoncer aux chapeaux fixes enveloppant le gros tambour et les remplacer par une couronne de cylindres mobiles, alternativement cardeurs et dégageurs. La combinaison de mouvements rotatoires en sens inverse des organes propres au démêlage ne permet pas aux brins de se ranger parallèlement dans la nappe, qui se trouve ainsi formée de filaments se croisant dans toutes les directions; ce résultat, quon s'efforçait d'atténuer pour le coton fin, sauf à restreindre la carde à rouleaux cylindriques mobiles au rôle de carde briseuse ou de première machine d'un assortiment de plusieurs cardes, convenait, au contraire, parfaitement à la laine cardée, dont il faut surtout ménager les propriétés feutrantes dans l'intérêt du foulage et des apprêts ultérieurs de l'étoffe.
Pour le filage de la laine courte, le métier employé fut la jenny primitive, dont l'usage s'est longtemps conservé dans quelques filatures en gros. Au lieu des bobines alimentaires servant à l'enroulement des mèches de préparation, on utilisait une toile sans fin qui recevait les loquettes venant de la carde et rattachées bout à bout par
des enfants. Ici, le mode d'ëlirage par le chariot était indispensable.
Douglas et Cockerill construisirent en France les premiers assortiments à peu près complets pour la laine cardée.
La laine longue et fine, ou laine à peigne, se montra plus longtemps rebelle à la filature mécanique. Ses brins avaient une tendance naturelle à friser, une rudesse superficielle qui s'opposait à leur glissement et à leur échelonnement; la régularité des étirages et, par suite, celle du fil en souffraient. Cependant Price de Rouen avait imaginé une machine à filer cette laine et obtenu du Gouvernement, en 1780, une prime de 3, 000 livres. Quelques années plus tard, les Anglais étaient parvenus à employer les cylindres étireurs pour la préparation de la laine longue et lisse, dite anglaise, et à la filer sur les métiers créés par Arkwright.
À partir des débuts de la République, les essais en France se concentrèrent principalement sur la laine cardée; le travail de la laine à peigne y fut délaissé et Chaptal dut, en 1801, proposer un prix pour le perfectionnement des machines propres à ce travail. Seule, l'Angleterre accomplissait quelques progrès dans le peignage de la laine, comme l'attestent les machines à peigner qu'inventèrent E. Cartwright (1790), Wright et Hawskley (1798).
La première machine à filer les genres de laines fines qui ait fonctionné en France fut construite en 1811 seulement par le mécanicien Dobo, auquel avait été confié le montage des métiers employés dans l'établissement du célèbre Ternaux pour la fabrication des fils d'étoffe rase. Dobo cardait le peigné obtenu à la main, laminait le ruban au moyen d'une série d'étirages en aidant par la chaleur au redressement des fibres, amenait ce ruban à n'avoir plus que douze à quinze fois la grosseur du fil qu'il s'agissait de produire, puis lui faisait subir un roulage par frottement en le roulant transversalement entre deux planchettes glissantes, afin de donner à la mèche une certaine cohésion sans torsion aucune; la mèche arrondie était ensuite filée sur une mule-jenny ordinaire.
Jusqu'alors, on s'était occupé presque exclusivement des premières et dernières opérations de la filature, et on semblait perdre de vue l'importance des préparations intermédiaires devant suivre le pei-
gnage. Celui-ci, fait à la main, pouvait suffire; mais il n'était pas accompagné des laminages ^ dont le perfectionnement devait seul permettre de vaincre les difficultés du filage en fin des laines longues et fines. Les recherches dans cette direction, sans lesquelles Teffet des métiers de filature eût été stérile , ne donnèrent de résultats pratiques que plus tard, quand le filage de la laine peignée put bénéficier des innovations de la filature du lin. Bien que la première application d'une machine à peigner mécaniquement ait été réalisée en France , de 1808 à 1809, par Demaurey, le travail à la main resta en possession exclusive du peignage jusque vers i83o, parce que l'utilisation du peigné no pouvait se développer.
4. Origines de la filature mécanique du lin et du chanvre. — L'adoption des moyens mécaniques rencontra des difficultés peut-être plus grandes encore pour le travail du lin et du chanvre que pour celui de la laine. Jusqu'en 1810, l'étude insuffisante et la connaissance incomplète des caractères naturels de ces textiles empêchèrent qu'on ne les fit profiter des progrès accomplis dans la filature du coton.
Un Français, Demaurey, avait bien, dès 1797, composé un système de machines à filer le lin. D'autres inventeurs, comme Robinson (1798), Leroy (1807), etc., s'étaient pourvus de brevets pour la formation des rubans de filasse par des laminages, des étirages et des doublages successifs, très analogues à ceux que subissait le coton, et pour le filage de ces rubans au métier continu. Mais ces opérations, effectuées à sec et suivant toute la longueur des brins, se heurtaient à des obstacles dont on ne triomphait que d'une manière imparfaite et au détriment des produits.
Telle était la situation quand eut lieu le fameux concours de 1810 institué par Napoléon P'. Une récompense d'un million de francs devait être attribuée à l'inventeur des meilleures machines à filer le lin, quelle que fût sa nationalité. Le programme arrêté par le comte de Montalivet, alors Ministre de l'intérieur, imposait aux concurrents l'obligation de faire : i"* des fils de lin pour chaîne et pour trame, propres à donner un tissu aussi fin que la mousseline fabriquée avec du fil de coton n"* 4 00,0 00 mètres au kilogramme; a** des fils de lin
pour chaîne et pour trame, propres à donner un tissu aussi fin que la percale fabriquée avec .du fil de coton n*" 2 3 5,ooo mètres au kilogramme; 3"* des fils de lin pour chaîne et pour trame, propres à donner un tissu aussi fin que la toile fabriquée avec du fil de coton n"* 170,000 mètres au kilogramme. Il demandait une économie de main-d'œuvre de huit dixièmes pour la première catégorie de fils, de sept dixièmes pour la seconde et de six dixièmes pour la troisième, par rapport aux procédés de filature à la main. Malgré la prorogation du concours, le prix ne put être décerné; les exigences du programme étaient trop rigoureuses et avaient été dictées par des préoccupations trop exclusives en faveur des numéros de fil les plus élevés.
Cependant, dès juillet 1810, Philippe de Girard, ancien professeur de physique et de chimie à l'école centrale de Marseille, déjà connu pour sa lampe hydrostatique et pour d'autres découvertes utiles, prenait avec ses frères un premier brevet d'invention relatif à la filature du lin et du chanvre par des procédés mécaniques. Plusieurs certificats d'additions et de perfectionnements, constituant un véritable traité sur la matière, firent suite au brevet de 1810.
Dans le cas des substances qui se composent de brins élémentaires distincts et tout constitués, comme la laine et le coton, les préparations n'ont d'autre objet que de mettre ces brins parfaitement à nu, de les démêler jusqu'à division parfaite, de les débarrasser des corps étrangers , de les lisser et de les assouplir. Mais le lin et le chanvre sont formés d'éléments agglutinés; chaque filament complexe doit être fractionné en plusieurs filaments plus fins, et, lorsqu'on veut atteindre une grande finesse de fils, il faut pousser ce fractionnement aussi loin que possible, afin d'avoir des fibrilles très flexibles et bien aptes à s'échelonner. On arrive au résultat voulu par un peignage répété et par le mouillage: de tout temps, les fileuses à la main ont eu soin d'humecter les fibres, en les étirant entre leurs doigts, pour ramollir les matières agglutinantes et accroître la division des brins au moment du filage.
L'un des mérites de Ph. de Girard est de s'être bien rendu compte de cette divisibilité. En 1 8 1 o , il proposa d'immerger dans l'eau chaude ou alcaline les filaments provenant du peignage, de manière à dés-
agréger les fibres élémentaires : ces libres, amenées ainsi à leurlinesse réelle et ne mesuriint pas d'ailleurs plus de o m. o4 à o m. i o de longueur, deviennent alors susceptibles de glisser les unes sur les autres sans se rompre à Tétirage, et rien ne s'oppose à ce qu'on les soumette en cet état à l'action d'un métier pour fil fin. Les cylindres d'étirage peuvent, grâce à la longueur limitée des brins, y être rapprochés presque autant que dans les métiers en usage pour filer la laine.
C'est également à Ph. de Girard qu'on doit le maintien du parallélisme des fibres au moyen de peignes continus , pendant les étirages. Le ruban de lin ou de chanvre se forme comme le ruban de coton par des étirages et des doublages successifs, pratiqués entre des systèmes de cylindres tournants. Mais, si l'on ne prend le soin de soutenir et de bien diriger les filaments pendant leur marche, il est impossible d'éviter la formation de boucles et de nœuds dus à l'entraînement naturel des fibres de la filasse, telle qu'elle sort du peignage , ainsi qu'à l'espacement des cylindres; ces nœuds et ces boucles, nés dans les premiers rubans, persistent et se multiplient jusqu'aux dernières opérations; la qualité du fil en est gravement altérée. Ph. de Girard comprit la nécessité de faire cheminer les fibres d'un cylindraà l'autre au travers de peignes mobiles, destinés à accompagner les brins, à les serrer suivant des alignements bien parallèles, à les maintenir, tout en leur permettant de glisser entre eux et de céder ainsi graduellement et sans se désunir à l'action des cylindres. Avant lui, Leroy avait songé, dès 1807, ^ interposer entre les paires de cylindres alimentaires et étireurs un tambour garni de peignes: ce dispositif, suffisant pour les laines, ne l'était point pour le lin ; de Girard le perfectionna et remplaça le tambour par des barrettes à sérans, qu'il fixa d'abord à des cuirs sans fin, ensuite à des plaques métalliques articulées, constituant une chaîne également sans fin ^^\ Pour faciliter l'expulsion de la matière à rapproche des cylindres étireurs, il plaça sous la filasse, dans l'intervalle
^*) nus tard, cette disposition a été i*em- cylindres, tandis qu'un couple de vis sembla-
placée par celle qu'imaginèrent Westley et blés, mais inverses, placé au-dessous, servait
Lawson (1 83 3) et qui consistait à munir cha- à ramener cette barrette. La descente et la
que barrette de tenons s'engageant dans les montée des barrettes d'un couple de vis à
rainures hélicoïdales d^un couple de vis à filets l'autre s'effectuait au moyen de cames ou
carrés et faisant cheminer la barretle entre les d'excentriques.
libre des sérans, de petites tringles mobiles qui, soulevées successivement par leur glissement sur des guides fixes, la dégageaient d'entre les peignes.
Le procédé de filature indiqué par Ph. de Girard en 1810 consistait à transformer progressivement la filasse en rubans de plus en plus unis, au moyen de doublages et d'étirages, à convertir les rubans ainsi obtenus à sec en gros fils de n°" 1 o à /lo, à tremper ces fils dans Teau chaude, puis à leur faire subir un dernier étirage en fin sur un métier continu ordinaire, après leur avoir enlevé l'excès de torsion nécessité par le trempage, torsion qui se serait opposée à l'étirage définitif.
En 1 8 1 5, de Girard ajouta à l'assortiment de machines exécutant ces opérations un appareil dit à rubaner, qui avait pour fonction de réunir et de souder, par l'emploi d'auges à sérans mobiles, les mèches isolées venant du peignage, de manière à constituer mécaniquement les premiers rubans, au lieu de les former à la main. Il modifia aussi son métier à filer en gros , dans le but de soustraire les mèches à la torsion permanente dont les inconvénients étaient très sensibles lors de l'étirage en fin: pendant cette opération, en effet, les fibres fatiguées et énervées sortaient inégalement du fil sous forme de duvet; dans le dispositif créé par de Girard, les mèches quittant les cylindres étireurs passaient à travers de petits tubes, animés d'un mouvement de rotation très rapide, où elles se trouvaient tordues à l'entrée, puis détordues à la sortie, et acquéraient ainsi une certaine cohésion ^^l Quant au métier à filer en fin, il ne différait des anciens continus qu'en ce que les ailettes offraient pour la première fois des branches creuses, qui, en dirigeant la mèche sur les bobines, la soustrayaient à l'action de l'air et de la force centrifuge.
Tels furent les procédés de filature mis en œuvre dans les deux éla-
^*^ Ces tubes donnaient lieu à de frëquentes positif a été reproduit depuis dans les machines
ruptures. Plus tard, chacun d'eux fut remplace amëricaines à ûler le coton et la laine, que
par une paire de tubes disposes à la suite Tun Dyer de Boston importa en Europe vers iSaS
de l'autre: le premier, immobile, servait à et qui avaient pour objet d'accélérer la prëpa-
réunir les fibres après l'étirage, tandis que le ration des gros fils en supprimant les étirages
second, animé d'un mouvement alternatif, à lanterne, tordait et détordait les mèches. Le même dis-
blissements fondés à Paris dès 181 3 par de Girard et ses frères. L'imperfection encore assez grande des machines et surtout l'emploi peu économique de la force motrice expliquent le peu de succès de ces établissements, qui ne purent résister aux terribles secousses de 181 4 et de 1 8 1 5. Mais, en 1817 ou 1818, l'inventeur était sorti de la période des essais; les perfectionnements dictés par l'expérience rendaient son matériel apte à fonctionner régulièrement; des machines à battre et à peigner la filasse avaient, d'ailleurs, été adjointes aux assortiments.
Les peigrwuses mécaniques qui existaient à cette époque, celles de Peters et de Porthouse, par exemple, occasionnaient des déchets et une main-d'œuvre si considérables, qu'on leur préférait dans toutes les filatures les peignes ou sérans à la main.. Philippe de Girard inventa une machine donnant des résultats bien plus satisfaisants. Voici quels étaient les traits essentiels de sa peigneuse. Sur des bielles verticales obéissant à un mouvement circulaire continu, il montait des rangées parallèles de sérans à barrettes horizontales, formant des sortes de râteaux oscillants qui s'approchaient et s'écartaient alternativement de la nappe de filasse et en peignaient longitudinalement les fibres pendant la période descendante de leur va-et-vient; deux séries de râteaux semblables, placés l'un en face de l'autre , attaquaient la nappe des deux côtés à la fois et lui faisaient subir cette sorte de pénétration ou de piquage perpendiculaire à la gerbe , dont on a reconnu depuis l'extrême importance pour le lin et le chanvre. Les aiguilles des peignes allaient d'ailleurs en se resserrant et en augmentant de finesse, à partir du point d'entrée de la filasse jusqu'à son point de sortie; leur action commençait vers le bas des mèches pour s'approfondir de plus en plus à la remonte vers le milieu, de façon à dégager progressivement les étoupes et à éviter la formation des nœuds. Le peignage n'exigeait qu'une double opération, sans autre retournement que celui des mèches dans les pinces. Une machine à daguer^ c'est-à-dire à battre la filasse, pour la débarrasser des pailles et autres corps étrangers, préparait et facilitait le travail de la peigneuse.
Ph. de Girard avait aussi imaginé un autre type de peigneuse, où la nappe de filasse était soumise progressivement à l'action d'un ou de deux tambours horizontaux à sérans. Enfin son premier modèle.
applique dès 1 8 1 7 à l'établissement d'Hirtenberg (Autriche), se composait de deux cuirs sans fin à mouvement vertical , garnis de peignes, marchant en sens contraire et attaquant à fa fois la nappe de filasse sur les deux faces opposées : cest sur le principe de cette machine, combiné avec Teffet de piquage du type précédemment décrit, que sont basées les peigneuses à lin modernes.
Si ces diverses inventions n'avaient pas acquis du premier coup, au point de vue de l'exécution matérielle, le degré de perfection et de maturité voulu pour assurer leur succès industriel, on n'en doit pas moins reconnaître que Philippe de Girard avait, dans la période comprise entre 1810 et 1819, posé au complet les véritables fondements de la filature du lin et du chanvre.
A peine est-il nécessaire de rappeler l'histoire bien connue de l'inventeur malheureux et longtemps méconnu, ses déboires financiers à Paris, son incarcération à Sainte-Pélagie, sa spoliation par deux associés qui extorquèrent ses procédés pour les vendre au négociant Hall de Londres , son expatriation en Autriche , l'échec de son \isine d'Hirtenberg malgré les subsides de l'Empereur d'Autriche et du prince Jérôme Bonaparte. L'odyssée se termina par une entreprise plus féconde en Pologne, dans un domaine du Ministre des finances, comte de Lubientsky. Revenu sur le sol de France en 1 844. Philippe de Girard mourut l'année suivante sans avoir obtenu du Gouvernement ni récompense pécuniaire, ni distinction honorifique; plus tard, une loi du 7 janvier i853 accorda à ses héritiers des pensions nationales.
Entre temps, l'Angleterre avait su s'emparer des inventions de Philippe de Girard. Elle les perfectionna, y ajouta le cardage et la filature des étoupes par des méthodes et à l'aide de machines analogues à celles qui servaient pour le coton. Grâce, à l'habileté des constructeurs anglais, la filature du lin était, dès 1826, entièrement constituée dans la Grande-Bretagne, et ce fut à Leeds que nos manufacturiers durent aller ensuite chercher, au prix de mille peines, les machines qui leur faisaient défaut.
5. Obsei^vation sur les progrès simultanés des diverses branches de la filature. — Pendant que de Girard créait de toutes pièces la filature
mécanique du lin et du chanvre, le travail automatique du coton et de la laine ne demeurait pas stalionnaire : les machines anciennes s'amélioraient; des appareils nouveaux étaient inventés; les assortiments se transformaient, sinon par des changements brusques, du moins par des progrès continus.
Les différentes branches de la filature présentant une étroite solidarité , chacune d'elles profitait dans une certaine mesure des études entreprises et des innovations réalisées pour les autres, soit au point de vue des métiers à filer, soit au point de vue des machines de prépai'ation. C'est ainsi que la préparation de la laine longue empruntait à celle du lin le principe des peignes d'étirage mobiles, que la filature en gros du coton s'inspirait avantageusement des procédés d'étirage sans torsion permanente d'abord appliqués à la laine, etc.
6. Progrès des machines de préparation jusqu'au milieu du m" siècle. — Après avoir ainsi étudié les origines de la filature mécanique, voyons quelles furent les étapes successivement franchies jusqu'au milieu du xix* siècle, et, pour suivre l'ordre logique, commençons par les machines de préparation.
Bien qu'introduite de bonne heure en France , la filature mécanique du coton ne s'y répandit qu'avec lenteur. Vers 1 8 1 3 , la lutte entre le rouet et lea machines automatiques se prolongeait encore. Mais, à partir de cette époque, notre industrie cotonnière prit un vigoureux essor. L'outillage s'était complété et enrichi de machines supprimant le travail manuel, lent, imparfait et nuisible à la santé, des opérations qui devaient précéder le cardage.
Les plus anciennes mécaniques à battre furent simplement agencées pour faire agir automatiquement des baguettes sur la substance à épurer. Aucune disposition ne réglait la marche des filaments, dont une partie échappait à l'action des baguettes, tandis que le surplus était profondément maltraité et altéré. Bientôt on reconnut qu'il fallait opérer avec plus de méthode et diviser l'opération en plusieurs phases, afin de conserver à la matière toutes ses qualités. Dans ce but, on imagina de faire précéder les batteuses de machines à ouvrir, c'est-à-dire à diviser la masse et à secouer les fibres, ainsi que cela se
mrBIlIKKII lATIOIALI.
pratiquait pour la laine depuis 180 4. Tout d'abord, ces machines nouvelles eurent pour organe principal un arbre incliné, muni de dents d'inëgale longueur et tournant dans une caisse à claire-voie. Le dégagement énorme de poussière qui se produisait au travers de Tenveloppe détermina à fermer l'appareil de toutes parts, sauf à la base où une grille livrait passage aux impuretés; dès lors, les machines à ouvrir furent généralement formées d'un tambour cylindrique ou conique, armé de dents et tournant dans une enveloppe close garnie de dents semblables et opposées. Puis la continuité de l'alimentation et de l'évacuation fut assurée par des toiles sans fin et des cylindres d'appel, placés tant à l'entrée qu'à la sortie. Enfin on ajouta des ventilateurs destinés à l'enlèvement de la poussière.
Une fois l'opération ébauchée par ces machines, dites taups ou diables, il restait à chasser plus complètement les impuretés et à rendre aux filaments leur élasticité primitive : c'est alors qu'avait lieu le battage^ par un volant placé dans une enveloppe close; tout était réglé de telle sorte qu'aucun filament ne pût échapper à l'action des bras de ce volant ; un ventilateur aspirait les flocons fibreux en forme de nappe sur des toiles ou claies sans fin.
Quoique complète dès la fin du xviii® siècle, la carde ne cessa pas de subir des modifications de détail intéressant le réglage de ses éléments ainsi que son entretien. On chercha les moyens de débourrer automatiquement les aiguilles cardantes des organes nettoyeurs ^^', d'aiguiser les garnitures ; les machines américaines à bouter se propagèrent.
Ensuite vint l'idée de réunir les rubans d'une même rangée de cardes en un rouleau unique et de les conduire dans ce but, par des couloirs parallèles, jusqu'à une machine de réunion. Ces couloirs à réunir, dus à Bodmer (iSaB), furent également appliqués aux machines à étirer : l'opération des étirages devenait ainsi entièrement continue, et Ton pouvait assembler en un même rouleau les rubans livrés par divers appareils d'étirage, au lieu d'avoir comme
<*^ L'enlèvement des impuretés qui en- d'accord pour attribuera Bodmer (182 4) ringorgent les aiguilles cardantes est essentiel vention des premiers mécanismes débourau bon fonctionnement de la carde. On est reurs.
auparavant k recevoir chaque ruban dans un pot qu il fallait transporter d'une machine à 1 autre.
Le nombre des étirages et des doublages fut augmenté ; quand le mban» arrivé à une ténuité assez grande, n'avait plus la consistance voulue pour être étiré en fin, on lui imprimait un léger degré de tors. Bientôt Tancien banc d'étirage à lanterne^ où cette torsion était produite par la rotation des pots verticaux servant de réceptacles aux mèches, fit place au banc à broches, qui remplissait la même fonction d'une manière plus parfaite et dans lequel, pour éviter la complication et les déchets inhérents à l'emploi des pots et des canaux , on eut l'heureuse pensée de reproduire des bobines analogues à celles du rouet.
Après avoir fait l'objet d'un brevet d'importation, pris en i SaS par les anglais Eaton et Farey, le banc à broches fut introduit en France, l'année suivante, par la Société industrielle d'Ourscamp, près de Compiègne. Il a en commun, avec le métier continu, les cylindres étireurs et les broches verticales à ailettes et à bobines ; mais il en diffère par sa commande, qui imprime aux bobines ud mouvement double indépendant de celui des broches et destiné à régler l'enroulement du fil.
Dans le métier continu, les bobines très petites n'éprouvent que d'assez faibles variations de grosseur^, de petits freins à poids régulateur suffisent pour en modifier la résistance, à intervalles éloignés, quand leur grossissement l'exige ; on se contente d'imprimer au chariot horizontal portant ces bobines un mouvement de va-et-vient, afin de régulariser l'enroulement sur toute la hauteur, et le fil, beaucoup plus solide qu'avec le banc à broches, se charge de tirer constamment la bobine, dont la résistance assure ainsi l'envidage régulier sous une tension convenable.
Dans le banc à broches d'Ourscamp, la rotation des broches se faisait bien encore avec une vitesse constante. Mais les organes de transmission étaient réglés de façon à commander les bobines elles-mêmes, à ralentir progressivement leur vitesse de rotation, ainsi que le mouvement vertical de va-et-vient du chariot, suivant le grossissement de ces bobines, et à maintenir l'envidage du fil peu tordu sans aucune ten-
sion^*^ Les ingénieuses combinaisons par lesquelles Eaton et Farey réalisaient le double mouvement des bobines ont servi de point de départ à la solution plus simple et bien plus exacte de H. Houldsworth (Manchester, 1836), qui a subi elle-même des modifications considérables , notamment par la substitution d'engrenages aux courroies sans fin des diverses commandes. Ce système comporte, comme organe de transmission, un tambour à rouages différentiels, monté sur l'arbre moteur de la machine et transmettant aux bobines la résultante de deux vitesses : i"" la vitesse constante de Tarbre moteur; â"* la vitesse variable dune poulie conique, qui est montée sur un arbre parallèle à 1 arbre moteur et dont la courroie motrice se déplace graduellement vers le plus gros diamètre, à chaque couche enroulée sur les bobines. Le mouvement rotatoire de ces bobines s'effectue suivant la résultante des deux vitesses; leur mouvement de translation le long des broches est réglé par la vitesse variable de la poulie conique. La courroie sans fin du cône passe d'ailleurs sur une poulie à gorge dont l'arbre, parallèle à l'arbre moteur, reçoit de ce dernier un mouvement uniforme de rotation; une crémaillère, avançant d'une dent à chaque excursion du chariot porte-bobines, fait glisser successivement la courroie sur le cône.
Depuis Houldsworth , les perfectionnements du banc à broches ont tous eu pour objet la régularité de l'étirage, du tors, de la faible tension du fil, et le meilleur enroulement sur les bobines. Uniquement appliquées d'abord à la filature du coton, les nouvelles machines ont fini par se faire adopter dans la préparation du lin et du chanvre.
Au moment où le travail se perfectionnait grâce à l'amélioration du banc à broches, on se préoccupait aussi d'éviter, dans la filature en gros, les inconvénients de la torsion permanente des mèches. Girard s y était employé avec ardeur; Dobo avait résolu le problème pour la laine longue ; Winslow, du Havre, importa d'Amérique ou d'Angleterre, vers
^'^ La diffërenoe des vitesses de la broche de va-et-vient longitudioai de la bobiae, qui
et de la bobine, qui produit l'enroulement du enroule r^^lièrement le Gl sur toute la hau-
fll , ne doit pas varier maigre le grossissement teur, doit varier dans la même proportion :
de cette dernière. Il faut donc que la vitesse à c'est après chacun des mouvements longilu-
la circonférence de la bobine reste constante, dinaux que s'opère la variation de vitesse
et par suite que sa vitesse angulaire varie en angulaire, raison inverse du diamètre. lie mouvement
1837, le roia-froUeur, qui, après avoir reçu divers perfectionnements, ne tarda pas à se répandre, surtout en Normandie, pour la filature expéditive des gros fils de coton. Cette machine possède, de même que les bancs d'étirage et le banc à broches, des paires de cylindffes lamineurs ; elle en diffère dans la manière de donner au fil la cohésion et la rondeur. A la sortie des cylindres, les mèches passent entre \m cuir sans fin (animé d'un mouvement de translation autour de ses rouleaux de support et d'un mouvement de va-et-vient transversal) et un gros rouleau frotteur (doué d'un mouvement de va-et-vient en sens contraire); puis elles sont laminées entre deux cylindres d'appel et tombent finalement dans une boîte à mouvement alternatif, où elles se disposent régulièrement. Le rota-frotteur permet de soumettre immédiatement les fils de préparation au métier à filer. Bien qu'il donnât des résultats inférieurs en précision à ceux du banc à broches et qu'il occasionnât souvent des déchets, par suite de son exécution imparfaite et de la manière dont le fil était disposé "à la sortie, ses avantages économiques le firent promptement employer pour les numéros ordinaires de coton.
C'est surtout dans la filature de la laine fine et longue que l'étirage sans aucune torsion a joué un rôle capital et donné des résultats favorables à la qualité des produits.
Malgré les tentatives de Dobo,,le travail mécanique des laines h peigne était demeuré très imparfait. Il entra dans une voie nouvelle quand Laurent appliqua aux machines à étirer, à doubler et à laminer ces laines des manchons cylindriques garnis d'aiguilles, pour diriger et soutenir les filaments entre deux cylindres, suivant le principe désormais suivi dans les étirages du lin'^^ Ce peigne cylindrique, dont on ne tarda pas à constater les avantages, fut successivement perfectionné dans ses détails par Declanlieu et Bruneaux. Lasgorseix poursuivit les recherches de Laurent et prit en 1828 un brevet pour des machines à travailler la laine peignée, qui offraient plus d'une analogie avec les machines à lin et qui présentaient notamment une application des tuhes Imimants, servant à former les mèches sans torsion permanente. L'idée
^'^ Les aiguilles, inclinëes vers rairièrc, se d^ageaieot d'eBetrin^ines de ]a mèche*
déjà émise par Dobo, de faire les préparations à chaud et de tortillonner les mèches pour aider au redressement des fibres, fut ensuite reprise et perfectionnée. Enfin l'industrie de la laine peignée fit un nouveau pas, grâce à Tinvention du feoètnoir, appareil analogue au rota-frotteur et consistant en un banc d'étirage à deux cuirs sans fin, disposés parallèlement comme deux laminoirs et animés de mouvements de va-et-vient en sens contraire, de façon à frotter et à rouler plusieurs boudins à la fois. Les assortiments construits en 1887 par Villeminot, avec leurs ingénieuses machines à défeutrer et réunir, basées sur l'emploi de peignes cylindriques entre les étireurs et du bobinoir frotteur à leur «ortie, permirent de pousser à un degré de perfection très élevé la préparation de la laine peignée ; cette laine était soumise directement au métier mule-jenny, sans passer par le banc à broches, méthode qui détermina la longue supériorité de nos manufactures lainières.
La laine longue était en grande partie peignée à la main ; aucune deij nombreuses tentatives faites pour arriver au peignage mécanique n'avait eu de succès durable. En France, c'est-à-dire dans le pays le plus avancé au point de vue de l'industrie des laines à peigne, la seule peigneusç parfois employée était celle qu'inventa Godard (1 83 6) et que construisit Collier : présentée à l'Exposition de i834, cette machine commença à se répandre dans les usines de Reims après i8/ia ^^K D'autres peigneuses, telles que la peigneuse Saulnier (1844), avaient pour but d'imiter servilement les 4ivers mouvements du peigneur à la main. Mais tous ces appareils, bien que progressivement améliorés, ne donnaient point encore, vers i845, des résultats comparables à ceux du peignage manuel par un ouvrier habile; le travail mécanique ne se substitua pratiquement au travail à la main qu'en 18/19.
Les préparations de la laine à carde ayant beaucoup de similitude avec celles du coton, on employa, dès l'origine, au battage et à ïouvrage de la laine des machines presque identiques aux willows. Mais les
^^^ La peigneuse Godai*d-Gollier se compo- étaient chargées ; la laine longue ou cœur ëlail
sait de deux grandes roues armées de dents , attirée par des cylindres d'appel , tandis que
qui tournaient en se rapprochant et s'éloignant les filaments courts, formant la blousse, res-
allei-nativement de manière à se dépouiller taient au fond des dents , d*où on les retirait à
réciproquement de la laine dont les aiguilles la main.
cardes à laine fournissaient encore des loquettes, alors que depuis longtemps les cardes à coton produisaient des rubans continus; ces loquettes devaient être rattachées à la main par des enfants, dont le travail pénible préjudiciait à la perfection du fil : il fallut en France la loi sur le travail des enfants dans les manufactures pour faire adopter le type de carde en fin dit carde américaine, ou le voile cardé se divisait en un certain nombre de mèches continues pouvant être immédiatement soumises à un métier mule-jenny.
On sait qu'il n'y a pour la laine cardée ni étirage ni doublage, parce qu'il est nécessaire d'en ménager les propriétés feutrantes que des laminages compromettraient ou détruiraient.
Quant aux machines à peigner, à rubaner, à étirer le /m, elles ont été successivement perfectionnées, dans leurs détails, par P. Fairbairn et d'autres ingénieurs anglais, qui, sans modifier les principes de Girard, changèrent avantageusement le système de construction et quelques-uns des modes de travail.
Les peigneuses mécaniques surtout furent l'objet de recherches nombreuses. Plusieurs constructeurs, comme Wôrdsworth, reprirent les machines à nappes sans fin garnies de peignes et les machines à double hérisson, où les poignées de filasse, suspendues à des pièces mobiles dans une coulisse, étaient simultanément peignées sur leurs deux faces; les améliorations importantes consistèrent à donner au chariot porte-pinces un mouvement vertical de va-et-vient, ce qui permit, mieux que l'inclinaison de la coulisse, de régulariser le peignage progressif depuis la pointe jusqu'au milieu des poignées de filasse. D'autres ingénieurs, tels que Marsden, créèrent des peigneuses à excen- Iriques. La variété même des machines existant vers i85o prouvait qu'on était encore loin d'ayoir atteint la perfection dans le peignage mécanique du lin et du chanvre; pour obtenir une grande finesse, ce peignage devait être nécessairement complété par un sérancagp à la main.
Quoique la substitution des machines à la main-d'œuvre de l'homme pour les opérations de broyage ou de teillage eût été étudiée dès avant la fin du xviu*^ siècle, quoique Brallo et Mollard eussent inventé en 1 790
une broie mécanique, la question n'avait pas beaucoup avancé. La tentative de Bralie et MoHard, celle de Christian (1818), celle de Robinson et Westley (1 83o), etc. , reposaient sur Temploi de cylindres ou de cônes lamineurs à cannelures profondes; aucune des machines ainsi établies ne pouvait prendre pied dans les campagnes : leur complication, la cherté de la plupart d^entre elles, la nécessité de moteurs puissants sans lesquels leurs avantages économiques auraient été à peu près nuls, constituaient autant d'obstacles presque insurmontables.
7 . Progrès des métiers à filer jusqu'au milieu du xix^ siècle. — Passons maintenant aux progrès réalisés jusqu'au milieu du wx"" siècle pour les métiers h filer.
La conception primitive et fondamentale de ces métiers n'avait pas varié depuis la fin du siècle précédent; leurs organes, leur mode de fonctionnement, leur but étaient restés immuables; ils n'en avaient pas moins reçu des modifications portant soit sur les détails de construction, soit sur les transmissions de mouvement.
Vers 1830, le nombre des broches pour les métiers à coton ne dépassait point 360 en France; elles tournaient €^vec une vitesse de 3,4oo tours environ. .Cependant les fils produits avaient acquis assez de finesse pour remplacer les fils à la main dans la fabrication des mousselines.
On poursuivait avec ardeur les perfectionnements de la mule-jenny. Les tentatives faites dès avant 1800, pour arriver au métier automatique, c'est-à-dire au métier réduisant le rôle de l'ouvrier à une simple surveillance, furent reprises; mais lo problème de l'automatisation complète présentait de telles difficultés, qu'il fallut une longue suite de recherches pour le résoudre. En 1826, Jough prit un brevet relatif à une mule-jenny entièrement automatique, que ses mérites firent rapidement adopter : vers 1883, la filature automatique comptait près de 4 00,0 00 broches en Angleterre '^^, et ce chiffre alla sans cesse croissant. Toutefois ce fut seulement vers i855 que Parr, Curtis etMadeley
^'^ Les métiers à fîler la chaîne étaient de 36o broches, et les mëtiers à filer la ti'ame de 48o broches.
mirent Findiistrie en possession du premier type irréprochable de selfacting.
Plus simple que la mule-jenny, le métier continu avait divers inconvénients auxquels on cheixîhait à remédier : la tension du fil, obtenue par Taction dun frein à poids sur la bobine, était irrégulière par suite du réglage de ce frein à la main ; cette tension devait être augmentée avec la vitesse des broches et en conséquence avec la tension et la finesse des fils, de sorte qu'il devenait difficile de réaliser une grande finesse sans s'exposer à de fréquentes ruptures. Divers constructeurs, entre autres Bradburg, s'étaient efforcés de donnera la broche et à l'ailette des mouvements indépendants, pour régler l'envidage en évitant les fâcheux effets de cette tension qui, du reste, absorbait inutilement une quantité notable de force motrice. On avait aussi cherché à améliorer la construction des broches dans le but d'atténuer leurs vibrations, par un amoindrissement de leur longueur et par la fermeture de l'ailette sur tout son pourtour. Enfin, depuis 1825, l'Amérique tentait de supprimer l'ailette et de la remplacer par une bague circulaire fixée sur le chariot et portant à sa circonférence un crochet mobile pour guider le fil.
Lors de la grande enquête administrative de i833, des améliorations sensibles se manifestaient déjà dans notre industrie cotonnière. Le coton était filé couramment jusqu'au n° a 00, exceptionnellement jusqu'au n^ 3 00. On constatait un accroissement du travail par broche, qui, pour les numéros ordinaires (3o à 33), atteignait 3o grammes en une journée de treize à quatorze heures et s'élevait même à /h grammes dans quelques usines. Un ouvrier suffisait à 5o broches'' . Cependant la vitesse des broches, qui peut être considérée comnii* l'un des éléments les plus caractéristiques du progrès, ne dépassait pas 3,5 00 tours.
A partir de cette époque, les machines de préparation se complétèrent et s'améliorèrent; l'emploi du banc à broches se généralisa pour le coton, comme pour le lin; sous l'influence dominante de la maison Platt, cet appareil fut mieux étudié; la même maison introduisit les étirages à casse-mèches et les pots à envidage épicycloïdal d'Evan
^'^ En Aîifl^eterre, on n'employait plus quun ouvrier par 66 broches.
Leigh. A ces faits il y a lieu de joindre les résultats, moins faciles à préciser, de la diffusion des sciences exactes, d'une connaissance plus approfondie et mieux raisonnëe des conditions dans lesquelles devaient être établis, réglés et conduits les divers mécanismes. La production fit de nouveaux progrès, et le jury de l'Exposition de 1844 put dire que les 58 millions de kilogrammes de coton filés en France avec 3,600,000 broches en eussent exigé 4, 5 00, 000, dix ans auparavant, tout en donnant des fils moins réguliers et plus chers.
C'est pendant cette période que les bobines coniques à compression furent adoptées pour le banc à broches et que les commandes de broches et de bobines par chaînes, cordes ou courroies, employées jusqu'en i833 malgré les tentatives déjà anciennes de J. White (iSo/i), cédèrent entièrement la place aux commandes par engrenages. La substitution ainsi opérée fut éminemment favorable à la bonne utilisation du travail moteur et à la régularité du mouvement des broches et bobines.
Tous les perfectionnements des métiers à filer avaient profité également à la filature du coton et à celle de la laine peignée. En effet, cette dernière substance se travaillait sur des métiers du genre mulejenny, presque identiques aux métiers à coton et n'en différant que dans les pressions des cylindres, dans leur écartement et dans les vitesses des étireurs ou des broches : ces différences n'étaient même pas plus sensibles que celles des métiers à coton, pour les diverses qualités et les divers numéros de fils.
Mais la filature de la laine cardée, quoique l'une des plus anciennes en France, se trouvait bien moins avancée au point de vue mécanique. On réservait au foulage et aux apprêts le soin de corriger les imperfections du filage, et cette partie du travail de la laine courte était si bien considérée comme un accessoire de la fabrication qu'à un certain moment des industriels se préoccupèrent de la supprimer et d'y suppléer par le feutrage direct des fibres. Cependant les progrès réalisés dans les machines à filer les autres matières, le besoin de livrer au tissage des fils plus résistants et le développement des articles de fantaisie déterminèrent enfin les fabricants à poursuivre l'amé-
lioration de leurs métiers de filature. L'ancien métier à pince, de 60 broches au maximum, fut remplacé par la mule-jenny de 120 à 2 40 broches, conforme au type ordinaire, sauf suppression des couples de cylindres étireurs, à l'exception d'un seul : celui-ci remplissait les fonctions d'une pince chargée de fournir la mèche au chariot, dont le mouvement allongeait le fil. Le métier à filer en fin ne se distinguait d'ailleurs du métier à filer en gros que par un plus grand nombre de broches et par de légères modifications dans les cylindres livreurs.
Dès i83o, le filage à la main avait presque complètement dispara pour la laine et ne produisait plus que les fils de chaîne en laine peignée. Bientôt même, les métiers purent fournir indistinctement les fils de chaîne et les fils de trame; à l'Exposition de i834, on vit des fils cardés n*^ 4â à 106 et des fils peignés atteignant le n^ i5o.
• Pour le lin et le chanvre, le filage à la main pourvoyait encore, en i84/i, aux neuf dixièmes de notre consommation. Les métiers à filer étaient néanmoins parvenus à un haut degré de perfection, depuis que les formes des machines à coton avaient été moins scrupuleusement imitées et les proportions mieux adaptées à la nature spéciale des filaments.
Dans la fabrication des gros fils (au-dessous du n"" 1 0), on filait le lin à sec en toute longueur sur le métier continu, auquel Decoster avait adjoint des peignes guidant les mèches jusqu'au dernier étirage. Dans la fabrication des fils moyens et fins, on filait le lin à la decomposition y c'est-à-dire à l'eau chaude, après l'avoir coupé en deux, trois ou quatre morceaux; ce sectionnement, introduit dès i83o par les (llateurs anglais, permettait d'obtenir une régularité plus grande des fibres.
La principale modification apportée aux idées primitives de Girard pour le filage à l'eau chaude avait consisté simplement à placer en avant des cylindres étireurs l'auge où devait être plongée la matière filamenteuse; l'eau de cette auge était chauffée à la vapeur et traversée par la mèche très peu tordue de préparation.
204 MATÉRIEL Dfe LA FILATURE ET DE LA CORDERIE.
Au milieu du siècle, Téconomie de Tindustrie textile subit de profondes modifica lions, quand Josuë Heilmann eut découvert sa peigneuse mécanique. Cette machine , primitivement destinée au démêlage du coton longue soie, ne tarda pas à être avantageusement employée à la préparation de la laine, des étoupes, de la bourre de soie.
Jusqu'alors, les difficultés les plus sérieuses de la filature étaient ducs à Imégalité de longueur des filaments et aux boutons qui y adhéraient; le cardage pour le coton et le peignage pour la laine faisaient bien disparaître une partie des boutons, mais ne débarrassaient pas des fibres trop courtes pour être convenablement filées. Aucune des peigneuses mécaniques successivement imaginées n avait pu résoudre le problème, ni même donner des résultats égaux à ceux au travail manuel.
Heilmann, le premier, généralisa la question du peignage et trouva une méthode rationnelle et indépendante de la nature des fibres, pour réaliser mécaniquement Tépu ration des filaments, leur redressement parallèle, ainsi que la séparation des brins courts et des brins longs ; le premier, il pensa à former des têtes peignées à Textrémité d une nappe continue et à extraire les mèches successives hors de cette nappe , pour en peigner la queue et les rattacher Tune à l'autre en un nouveau ruban continu.
La peigneuse Heilmann comprenait un organe alimentaire, un appareil d'arrachage chargé à la fois de fractionner le ruban et de réunir les mèches peignées, un tambour peigneur pour le peignage des têtes, un peigne plat pour le peignage des queues. Voici en deux mots le rôle de ces organes. L'appareil alimentaire, auquel arrivait la matière déjà nettoyée par un cardage ou un démêlage préalable, poussait successivement et par intervalles égaux une nappe de filaments à peigner. Saisie par une double mâchoire, cette nappe présentait sa pointe d'abord au tambour peigneur, puis à une paire de cylindres arracheurs; ces cylindres s'approchaient et s'éloignaient alternativement de l'appareil alimentaire; leur mouvement de recul entraînait une mèche de filaments à travers le peigne plat à mouvement de va-et-vient, qui débarrassait le bout postérieur de la mèche de ses boutons et de ses impuretés. Après l'arrachage, une nouvelle
lête restait pendante en avant de l'appareil alimentaire; la queue de la précédente mèche pendait également en arrière des cylindres étireurs, de telle façon que le tambour peigneur pouvait, si la queue était longue, venir, dans son mouvement de rotation, repasser cette queue après avoir peigné la tête et en avoir séparé les filaments courts ainsi que les boutons; ceux-ci étaient ensuite enlevés du tambour par une brosse et une carde cylindriques. Chaque tête de mèche extraite était en outre rattachée à la queue de la précédente, par suite du mouvement d approche des cylindres arracheurs; le laminage produit entre ces cylindres soudait les filaments pour reformer un ruban continu, que la machine délivrait régulièrement.
Perfectionnées et rendues éminemment pratiques par Schlïimberger de Guebwiller, les dispositions de la peigneuse Heilmann n'étaient pas moins remarquables que Tidée qui leur avait servi de base. Les principes sur lesquels elle était fondée ont pu s'appliquer avec le même succès à presque toutes les substances filamenteuses , sauf quelques modifications dans certaines parties de la machine et spécialement dans ses dimensions, selon la longueur des filaments. L'industrie de la laine peignée mérinos a fait, la première , usage de l'invention Heilmann en France; celles du coton, des laines longues et des étoupes ont suivi.
Cette faculté nouvelle de travailler avec une égale perfection, non seulement les matières qu'il était d'usage de peigner, mais aussi les cotons fins, les fibrilles plus courtes jusqu'alors réservées à l'action de la carde et souvent mélangées à toutes sortes d'impuretés, eut des conséquences extrêmement heureuses pour l'industrie de la filature; elle lui permit d'employer aux numéros fins des matières de grande finesse, que l'inégalité de leurs filaments ou l'énorme quantité de leurs boutons semblaient y rendre tout à fait impropres, et de produire des fils de laine ou de coton d'une propreté et d'une régularité extraordinaires. La possibilité de peigner les filaments moyens comme les filaments longs , d'appliquer par suite un même traitement très efficace à des substances diverses, qui nécessitaient auparavant des préparations variées et multiples, ouvrit aux filatures une voie inattendue; les opérations se trouvaient parfois compliquées, mais si judicieusement que c'était au grand avantage de l'économie et de la perfection des produits.
8, Progrès du matériel pendant la seconde moitié du m* siècle. — La grande épreuve de TExpositioa universelle internationale de 1 855 fut un triomphe pour la peigneuse Heilmann, dont la maison Schlumberger et G** exposait des types à coton, à étoupes et à laine ^^^; le jury y vit « le progrès le plus considérable réalisé en Europe dans la fier lature des substances filamenteuses, depuis la découverte faite, en cf 1 8 1 o , par Philippe de Girard, de la filature du lin ?>.
À côté de rinvention capitale due à Josué Heilmann, l'Exposition de i855 mit en lumière d autres progrès sensibles dans les diverses branches de la filature mécanique.
La construction des machines de préparation s'améliorait; on reprenait ardemment les questions déjà anciennes de l'aiguisage des garnitures de carde et du débourrage automatique des chapeaux : toutes les cardes exposées étaient munies de mécanismes débourreurs, bien que le débourrage à la main continuât à se maintenir dans un grand nombre de manufactures et que la première débourreuse vraiment pratique, celle de Dannery (i 8.44), eût pénétré fort lentement dans les filatures. Des perfectionnements notables apparaissaient, pour les assortiments servant à convertir le voile de laine cardée en rubans continus, exactement fractionnés et condensés sans torsion sensible. Les machines à échardonner^ d'invention assez récente , se répandaient de plus en plus et permettaient d'extraire économiquement les chardons ou .autres corps étrangers faisant obstacle à l'emploi de la plupart des laines communes, telles que celles du Levant, du Gap et de l'Amérique du Sud.
Une nouvelle machine de préparation , ïépurateur Riskr, répondait au besoin de ménager davantage les [fibres du coton lors des premiers traitements. Get épurateur avait pour but de remplacer en tout ou en partie, dans la préparation du coton, les batteurs finisseurs et les cardes en gros, appareils qui (les premiers surtout) pouvaient fatiguer
^*^ Un modMé de peigûeuse pour la laine Lisler pour laine longue, qui, tout en diflëavait déjà été présenté à l'Exposition de 1 8^9 , rant de la peigneuse Heilmann par les moyens sans y être toutefois remarqué mdgré sa haute d'exécution mécanique, avait avec elle une valeur. Cette peigneuse ne fut même pas ex- analogie de principe si manifeste, que le jugeposée à Londres en i85i; mais on vit figurer ment d'un tribunal anglais la déclara contreau Palais de cristal la machine Donisthorpe et façon.
la matière par leurs chocs répétés, tout en absorbant une grande quantité de force motrice. Il nettoyait les filaments sous Faction de la force centrifuge et leur faisait en outre subir un commencement de cardage, grâce aux dents de carde et aux aiguilles dont était garni un gros tambour, tournant devant un grand nombre d organes alimentaires et décbargeurs.
Le métier mule-jenny self-acting continuait à se propager, notamment en Angleterre, où Tusage en était devenu à peu près général; il supprimait un ouvrier principal pour 5oo broches et le remplaçait par la force d un cheval dynamique. En France , le prix élevé des machines et du combustible retardait la diffusion de ce métier, qui ne put s'y généraliser avant le jour où sa perfection, le nombre de ses broches et leur vitesse furent suffisants pour procurer à nos manufacturiers une économie sérieuse sur le métier à la main.
A cette époque, les métiers automates ne comptaient pas plus de 5 00 broches. Mais l'accroissement de solidité des pièces d'appui, la légèreté plus grande des pièces mobiles, la plus complète harmonie des proportions, ainsi que tous les détails de construction, dénotaient un art sorti de la période des tâtonnements, en possession de lois précises et d'un outillage opérant avec une extrême régularité. Ces métiers filaient le coton jusqu'au n® 6o; la finesse des fils de laine atteignait 180,000 mètres au kilogramme (2/10,000 mètres exceptionnellement).
Chez nous, on se préoccupait d alléger, de faciliter et de régulariser le maniement de la mule-jenny, plutôt que de l'automatiser entièrement, surtout pour la filature des numéros élevés du coton et pour celle de la laine cardée. Les perfectionnements introduits, principalement par Mercier, de Louviers, dans la filature rebelle de ce genre de laine, en vue de l'assujettir à une régularité et à une précision mathématiques, mettaient nos filés en situation de ne craindre aucune rivalité. Déjà l'Exposition de 1 8 5 1 avait donné la preuve des améliorations reçues par la mule-jenny à une seule paire de cylindres pour laine cardée; celle de 1 855 confirma les résultats acquis.
<juant au métier continu, il avait été aussi l'objet de persévérantes recherches. Vimont, de Vire, était parvenu à le rendre propre au tra-
vail de la laine cardée , en disposant, d'une part, entre les deux paires de cylindres des tubes tordeurs, et, d'autre part, entre ces tubes et la seconde paire de cylindres, une roue à palettes dont le contact intermittent venait régulariser la tension du fil, tandis qu'une règle d'appui transversale facilitait l'étirage.
En 1867, l'invention de systèmes plus simples et plus précis avait fait passer définitivement dans la pratique le débourrage automatique, si favorable à la qualité des préparations, à la durée des appareils et à la santé des ouvriers. On voyait pour la première fois le système de Platt et d'Evan Leigh, réunissant les chapeaux de carde par deux chaînes sans fin, de sorte qu'une partie seulement présentât ses dents à l'action du tambour cardeur, alors que le reste des chapeaux s'oflVait à l'action d'un cylindre débourreur tournant d'un mouvement continu et à celle d'un appareil aiguiseur qui fonctionnait par intermittences.
Les organes alimentaires des cardes avaient été heureusement modifiés et rendus plus efficaces, spécialement dans les appareils à coton, où l'on arrivait à livrer les fibres beaucoup plus près du tambour cardeur. Pour les cardes à laine, l'alimentation était devenue entièrement automatique, grâce à la chargeuseBolette; les appareils de sortie avaient reçu aussi des modifications : au lieu de garnir le dernier cylindre de la carde finisseuse de bagues en cuir à dents de carde, en nombre égal à celui des boudins devant être fournis au métier à filer, on avait imaginé de recouvrir ce cylindre d'un ruban de carde continu et d'opérer la division du voile cardé en boudins par des lames d'acier ou des lanières de cuir s'entre-croisant.
Ce n'étaient pas d'ailleurs les seuls perfectionnements à signaler dans la préparation de la laine courte. Des machines intermédiaires avaient été créées pour faire les doublages indispensables à la régularité des rubans; le système Apperley permettait d'alimenter la seconde carde de l'assortiment avec le ruban indéfini sorti de la première, puis de fournir de même le ruban de la seconde carde à la troisième. Enfin on signalait la substitution récente et à peu près générale des moyens mécani(|ues aux manipulations pour le lavage
des laines, el Tapparition de divers appareils donnant le moyen de les graisser automatiquement avant le cardage.
Le peignage était en progrès sensible et ses applications se propageaient. Déjà remarquables par leur bonne exécution et leur fonctionnement précis, les premières peigneuses dérivées du principe Heilmann avaient subi des changements de détail qui en augmentaient le rendement sans préjudice pour la qualité du produit. D'autres peigneuses se trouvaient complètement modiûées dans leurs dispositions générales, le volume de leurs organes, leurs transmissions de mouvement : témoin la peigneuse Noble pour la laine, du type dit circulaire, dont l'origine remontait à i85o et où toutes les opérations étaient continues.
En ce qui concernait plus particulièrement le coton, on remarquait une tendance à compléter par le peignage le travail imparfait du cardage : les deux établissements de construction les plus importants de France et d'Angleterre entraient résolument dans celte voie, en exposant des machines à peigner le coton pour tous les numéros.
L'Exposition de 1867 témoignait d'une grande somme d'efforts et de moyens ingénieux, appliqués au perfectionnement des deux types principaux de métiers à filer, le métier mule-jenny automatique et le métier continu. Réservé exclusivement au coton pendant de longues années, le métier mule-jenny automatique avait été adopté dans la plupart des grandes manufactures qui travaillaient la laine cardée ou peignée. L'augmentation du nombre des broches du self-acting, l'accroissement de leur vitesse plus que doublée en trente-cinq ans, la régularisation des mouvements de commande pour éviter les chocs el les oscillations, le réglage par des dispositifs simples permettant de filer sur le même métier les fibres courtes comme les fibres longues, les numéros élevés comme les numéros bas, d'autres perfectionnements encore déterminaient un relèvement sensible de la production, en même temps qu'une réduction dans le nombre des ouvriers et dans la proportion des déchets. Par suite de ces progrès, joints aux améliorations des appareils moteurs, le rendement journalier de la broche en France s'était élevé deSBàGBouyo grammes de fil de
tMPBIIICIlIC NATIONALE.
coton, pendant la période de i83o à 1867; le prix de façon avait, d'ailleurs, baissé de 2 fr. 45 à o fr. 90 par kilogramme.
À cette époque, la mule-jenny ordinaire, 011 le fileur produisait à la main la rentrée du chariot et qui n'exigeait qu'un ouvrier et deux enfants par 1,000 broches, servait encore seule à la fabrication des fils fins; ni le self-acting ni le continu ne pouvaient lutter avantageusement avec elle sous le rapport de l'exécution du produit, dès que la finesse dépassait les n*** 5o à 60.
Le continu entièrement automate comme le self-acting, quoique perdant du terrain devant ce dernier, n'en était pas moins en voie de progrès; sous l'influence des efforts accomplis par les constructeurs français, le rendement des broches avait augmenté, leur vitesse était passée de 2,000 à 6,000 tours. Platt présentait le continu à anneau, qui faisait alors sa première apparition en Europe.
Parmi les progrès révélés par l'Exposition de 1878 dans les opérations préparatoires, le plus réel était certainement le réglage de mieux en mieux approprié des machines suivant les matières qu'elles avaient à travailler.
Une tendance générale se manifestait à adapter le matériel au travail des numéros fins de coton. Les ralentissements de vitesse successivement apportés dans ce cas aux organes, depuis 1867, étaient évalués pour le moins au sixième des vitesses antérieurement admises; les batteurs, par exemple, ne marchaient plus qu'à 1,000 tours, parfois à 900, au lieu de 1,200 et davantage. Dans le même ordre d'idées, on avait cherché à réduire la brutalité des volants en substituant aux battes rigides des pièces articulées imitant l'action élastique du fléau (volant à fléaux de Dobson et Barlovv).
Le peignage étendait de plus en plus son domaine sur toutes les branches de la filature : chaque jour, l'action progressive et régulatrice du peigne semblait s'imposer davantage et limiter le rôle de la carde aux démêlages et surtout aux préparations relativement sommaires des fils destinés au feutrage, pour lesquels le parallélisme absolu des fibres constituerait un défaut.
Une machine nouvelle, la peigneuse Imbs, venait de réaliser pour
les filaments courts du colon les avantages obtenus par le peignage des fibres longues. Les peigneuses pour filaments longs de coton avaient reçu des perfectionnements, qui se traduisaient par un accroissement de vitesse et de production : le nombre de tours était passé de 5 5 ou 6o à 70 ; la production d une machine à six têtes s'élevait moyennement à 18 kilogrammes de rubans en 12 heures. MM. Pierrard-Parpaite et fils, et M. Meunier venaient d'améliorerla peigneuse à laine Heilmann, en se préoccupant d'assurer la complète utilisation du peigne nacteur; dans la peigneuse Little et Eastwood, le dédoublement et les proportions des têtes d'alimentation, des séries de pinces d'arrachement, des appareils de sortie, portaient le rendement journalier à 80 kilogrammes de laine moyenne mérinos, mais en produits inférieurs à ceux du type Heilmann.
Toutes les machines que je viens de citer sont basées sur les principes d'Héilmann : alimentation intermittente, fractionnement du ruban alimentaire et soudure des mèches peignées pour en faire un nouveau ruban. Dès i85i, Hûbner avait réalisé une machine différente, du type circulaire, à fonctions continues et à grande production, qui servait au peignage du coton. Cette peigneuse offrait l'avantage d'extraire très régulièrement les fibres au fur et à mesure de l'épuration, et de fournir, par suite, un ruban très échelonné. Son usage, d'abord limité aux filaments relativement courts du coton fin, s'était étendu, en 1 878 , à des filaments de plus de longueur, notamment aux déchets débourre de soie; un nouveau modèle, à extraction verticale, s^appliquait aux laines mérinos.
Quant au peignage du lin, qui, vers i855, se trouvait dans un véritable état d'infériorité par rapport à celui de la laine et du coton, il paraissait en état de progrès. Après avoir essayé un grand nombre de systèmes divers, on était revenu à l'emploi de nappes peigneuses sans fin, agissant des deux côtés à la fois sur la filasse suspendue dans des pinces mobiles. Mais, au lieu de placer verticalement ces nappes en les tendant sur des rouleaux volumineux d'égal diamètre, on ne maintenait dans cette position que la partie des nappes agissant sur le lin et l'on faisait les tendeurs supérieurs de très faible diamètre, pour précipiter l'évolution des peignes et piquer perpendiculairement,
selon la méthode originelle de Philippe de Girard. Les inventeurs ne se préoccupaient plus désormais que de pousser au plus haut point possible, dans ce type de peigneuse, la régularité du [>eignage, sa graduation, la rapidité du travail et l'économie de la main-d œuvre. Parmi les innovations visant ce dernier objet, le rapport du jury de 1878 signalait la disposition due à MM. Fairbairn, Kennedy et Naylor : cette disposition consistait à accoupler deux peigneuses identiques et à effectuer entre elles le retournement automatique des poignées de filasse.
À la suite du peignage, les poignées de filasse étaient généralement repassées à la main et triées, puis étendues sur les cuirs sans fin de Tétaleur : la repasseuse-élalmsc Masurel exécutait simultanément les deux opérations, au grand avantage de l'uniformité des rubans de préparation, ainsi que de l'économie de nwin-d'œuvre.
Enfin de nouvelles peigneuses venaient contribuer à l'utilisation de plus en plus pratique des déchets de soie. Le travail de la bourre de soie, qui n'existait pas avant 1817 comme industrie manufacturière et qui était resté très dispendieux jusqu'au milieu du siècle, avait été heureusement transformé par la peigneuse Quinson et par le dressingmachine anglais, moins avantageux qu'elle. En 1 878 , ce travail s'effectuait, partie à l'aide de métiers analogues à ceux de la laine et du lin, partie au moyen de machines spéciales, parmi lesquelles on remarquait comme nouveauté la peigneuse circulaire Brenier, perfectionnement du système Quinson.
À l'égard du filage , la lutte entre les métiers mule-jenny renvidcur et continu était plus vive que jamais. Pendant longtemps, les deux systèmes avaient paru avoir chacun leur domaine exclusif, être réservés à des fibres de nature différente. Le continu, qui saisit et assemble les filaments par la torsion complète au fur et à mesure de 1 étirage, ne servait d'abord qu'aux transformations des brins lisses, tels que ceux du lin, du chanvre, de la bourre de soie et de certaines laines longues. En 1878, cette distinction était moins absolue, et l'industrie drapière beige utilisait le continu avec succès pour filer des mélanges de laines courtes et de déchets.
L'ailette, en exagérant les vibrations de la broche, oblige à un
ralentissement qui neutralise une partie des avantages de la continuité. Des vitesses bien plus considérables peuvent être atteintes par la substitution à cette ailette d une bague fixe concentrique à la broche. Après s'être laissé devancer par les Américains qui poursuivaient cette modification depuis de longues années, les constructeurs européens avaient repris l'étude de la broche à anneau , pour en assurer la stabilité et la lubrification. Ils étaient ainsi parvenus, en 1878, à porter la vitesse des métiers à coton de 3, 000 et 4, 000 tours à 6,000, 7,000 et même 7,5oo , sans supplément de force motrice. Pour tous les dispositifs, le principe du continu à anneau restait invariable : la broche tournait au centre d'une bague fixe, dont le bord supérieur arrondi servait de glissière à l'anneau guide-fil; sous l'action de la résistance à l'entraînement opposée par l'anneau, il se produisait entre cet anneau et la broche une différence de vitesse déterminant l'envidage. Vimont exposait un des curseurs -traverses imaginés à l'époque dans plusieurs pays, pour diminuer cette résistance pendant la période correspondant aux petits diamètres d'envidage.
On constatait aussi une augmentation de la vitesse des métiers selfacting; cette vitesse, dans l'industrie cotonnière, allait à 6,300 tours pour les métiers en gros, à 6,800 et 7,600 tours pour les métiers en fin.
Dans la filature de la laine cardée, la mule-jenny renvideuse ou demi-renvideuse, peu à peu employée, commençait à rencontrer une concurrence assez sérieuse de la part du continu à anneau, système Vimont.
Les machines de filature exposées en 1889 présentaient surtout des progrès sensibles dans les opérations préparatoires et dans les opérations finales. Sauf la réapparition du rota-frotteur à colon, perfectionné et transformé en banc d'afiinage système Imbs, les préparations intermédiaires paraissaient être restées stationnai res.
Des améliorations se manifestaient dans le battage du coton : la matière [muvait désormais circuler dans un ensemble d'appareils clos, les batteurs et l'ouvreuse étant réunis au moyen de conduites où le coton était attiré par une ventilation puissante.
Grâce à l'application de divers systèmes rigoureux pour le réglage à proximité infinitésimale des chapeau^ et du tambour, les cardes à chapeaux y à chaîne sans fin y présentées pour la première fois en 1867 par la maison Platt, d'Oldham, étaient devenues complètement pratiques.
Aux changements apportés depuis 1878 à la peigneuse Imbs et marquant un progrès notable, se joignaient les nouveaux perfectionnements de la peigneuse Hûbner, plus simple que la peigneuse Heilmann, pour les cotons longues soies.
Dans la préparation de la laine, les procédés mécaniques d'écliardonnage, délaissés pendant quelque temps au profit des méthodes chimiques, avaient reconquis la faveur des manufacturiers: les machines récentes agissaient par broyage entre des rouleaux calculés de manière à livrer passage aux mèches sans les froisser.
Les cardes à laine de la Belgique se faisaient surtout remarquer par la largeur des surfaces de travail et par l'amélioration réalisée dans le fonctionnement automatique des appareils chargeurs et nappeurs, ainsi que des appareils à lames ou lanières diviseuses de la carde fileuse.
Pour la laine peignée, on cherchait à ensimer la matière en même temps qu'on lui faisait subir un premier cardage, au moyen d'appareils à graissage automatique, munis d'échardonneuses qui ouvraient les filaments et les disposaient sous forme de nappe continue. Quant aux machines à peigner, si leur ensemble révélait un progrès général, elles ne présentaient aucune invention vraiment nouvelle.
Depuis 1878, la mule-jenny automatique avait encore reçu des perfectionnements de détail, ayant surtout pour objet la douceur des mouvements ainsi que la solidité et la simplification du mécanisme. Son rendement s'était notablement accru et atteignait presque celui du continu à anneau, marchant à 7,000 ou 7,800 tours : on était arrivé à ce résultat par la réduction au minimum du temps perdu pour le renvidage et par une augmentation de la vitesse des broches, qui avait été portée de 7,800 à 10,000 et 11,000 tours et qui semblait parvenue à sa limite extrêaie. Une vitesse si énorme avait nécessité, outre des dispositions spéciales en vue d'éviter les vibrations et
réchauffement des broches, diverses modifications dans toutes les parties du métier.
Le continu à anneau tendait de plus en plus à remplacer le continu à ailettes, sauf pour la filature du lin et du chanvre. Il avait des broches à gros corps si bien étudiées, qu'elles tournaient à 1 1,000 et 12,000 tours; mais ces broches paraissaient pouvoir être remplacées par celles du modèle léger et effilé de la mule-jenny : les recherches entreprises et poursuivies depuis plus de quinze ans, afin d'approprier le continu à la production de la canette si commode du self-acting, semblaient enfin aboutir à des moyens tout à fait pratiques d'envider le fil par couches coniques superposées sur une broche mince et nue.
Une impression dominante s'est dégagée de l'Exposition universelle de 1900 : partout, les efforts des manufacturiers et des constructeurs se concentrent sur l'abaissement des prix de revient par la diminution incessante de la main-d'œuvre humaine, par une meilleure utilisation des matières premières et par l'emploi de celles que leur qualité inférieure faisait jadis écarter.
La carde reste la machine préparatoire fondamentale pour le coton, les laines usuelles, les bas déchets de soie, les étoupes do lin, etc. Aussi une grande importance s'attache-t-elle à la fabrication des garnitures de carde, qui, d'ailleurs, ont leur débouché non seulement dans l'outillage de la filature, mais encore dans les machines dites /amme^ (apprêt à poiî de tissus divers). Cette fabrication se fait automatiquement et avec beaucoup de précision. Le fil d'acier a définitivement remplacé le fil de fer; à côté dû procédé Ashv^orths d'aiguisage latéral, sont nées d'autres méthodes de formation des dents.
Pour la préparation du coton, les faits essentiels de la fin du siècle sont l'automatisation plus caractérisée du battage et la généralisation de l'emploi des cardes à chapeaux-chaînes. Ces cardes très productives fournissent économiquement un travail quelque peu brutal, mais néanmoins assez soigné; elles ont éliminé, en ce qui concerne les produits mi-fins, le double cardage et, au moins temporairement, le peignage.
Le progrès de 1 outillage pour la laine cardée porte principalement sur la constitution des machines à carder, qui sont ici les seules machines préparatoires employées entre les appareils de premier dégrossissement et les métiers à filer. A côté des cardes briseuse, repasseuse et finisseuse du type classique à un tambour et un peigneur, on voyait à l'Exposition de 1900 d'autres modèles intéressants. Une machine dégrossisseuse spéciale aux toisons longues et feutrées mérite d'être signalée.
Des études incessantes se poursuivent en vue d'accroître la production et de régulariser le travail des peigneuses utilisées par l'industrie déjà si parfaite de la laine peignée; ces études englobent les peigneuses dérivées de l'invention d'Heilmann et les peigneuses circulaires, dont la machine Noble reste le prototype. Les constructeurs s'efforcent de faciliter dans les étirages régulateurs le mariage et la fusion intime des fibres les plus inégales, d'éviter ainsi l'élimination des brins très courts et d'améliorer le traitement des mélanges, comme celui du peigné de coton Jumel avec le peigné de laine.
Il n'y a pour ainsi dire pas de transformation nouvelle dans le matériel de filature du lin, du chanvre et des autres grandes fibres végétales.
La brillante industrie du travail mécanique des déchets de soie, née en Suisse et aujourd'hui si développée en Angleterre, en Allemagne, en France, en Italie, n'a rien montré de son matériel à l'Exposition de 1900. Seule, la transformation des bourrettes était représentée par une peigneuse analogue à celles de la filature du coton ou de la laine ; l'organe caractéristique de cet appareil consistait en un conduit à obstruction, dans lequel le ruban s'accumulait en plis serrés pour tomber par intermittences dans le pot récepteur et qui avait pour but d'obvier à l'électrisation de ce ruban.
Grâce à ces perfectionnements successifs et au graissage continu indiqué par Vimont, le métier continu à anneau a considérablement étendu son champ d'action. Actuellement, les broches marchent pratiquement à 9,000 tours. Mais, à cette vitesse, elles chauffent et consomment près de 1 9 chevaux par mille broches : la broche est toujours tirée excentri((uoment du même côté par la corde motrice, tandis que
la résistance du fil excentré, entraînant le curseur sur son anneau, prend toutes les directions pour un tour; l'effort total subi par la broche passe par des valeurs sinusoïdales qui provoquent des vibrations. M. Imbs préconise le montage sur galets au collet, comme susceptible de permettre des vitesses beaucoup plus grandes avec une moindre consommation de force. Quoi qu'il en soit, dès maintenant , le continu à 9.000 tours donne une production dépassant celle du selPactingà 12,000 tours. Sa supériorité actuelle sur le continu à ailettes et sur le self-acting ne peut être contestée pour les fils qui proviennent de fibres grandes et moyennes en tous numéros ou de fibres courtes en gros et moyens numéros, quand ces fils se prêtent à une torsion suffisante; il convient particulièrement aux fils de chaîne. Hâtons-nous d'ajouter que la faible torsion des fils de trame était jusqu'ici motivée surtout par des considérations d'économie, qu'une torsion plus accusée s'impose pour les trames teintes en écheveaux, qu'elle est nécessaire avec les métiers à tisser pourvus d'un changement automatique de canettes. D'ailleurs, des modifications de l'anneau et du curseur ont récemment approprié le continu à la production de trames floches sur broche nue et de fils pour bonneterie.
Le continu à ailettes disparaît, même en lin, en schappe,etc., et ne subsiste plus guère que pour le chanvre. Une diminution s'est manifestée dans la part proportionnelle du self-acting. Cependant ce métier convient à tous les genres de fils, pour les fibres courtes ou moyennes. Son déclin tient à trois causes : sa complication, qui exige une main-d'œuvre intelligente et par suite coûteuse; son aptitude à la production de fils faibles et la suppression des garanties de résistance auxquelles l'acheteur attache un juste prix; l'emploi presque obligé de transmissions par cordes, sujettes aux influences atmosphériques et susceptibles d'occasionner des dérangements ou des irrégularités. Une branche de fabrication où il semble pouvoir se défendre et même gagner du terrain pendant un temps assez long encore est celle des numéros fins, notamment pour le coton : en eflot, il atteint 13,000 tours avec une économie de 4o p. 100 sur le prix d'achat, par rapport au continu, et avec une bien moindre consommation de force; l'avantage lui restera à cet égard jusqu'à ce (|ue
l'allégement et raccélération du continu à anneau aient été réalisés. Les protagonistes du continu ne désespèrent pas, du reste, de compléter leur victoire. MM. Brooks et Doxey, de Manchester, exposaient en 1 900 un continu à godet, avec bobine sur broche centrale folle, qui donnait à 9,000 tours une bonne chaîne 80 de coton Jumel, préparé en double moche; les broches de ce métier étaient soumises à un frein ingénieux, dont l'action se trouvait réglée par le diamètre de l'enroulement.
Depuis longtemps déjà, l'électricité est apparue dans les filatures : les casse-mèches électriques arrêteursont fait leurs preuves. Son rôle, naguère très restreint, tend à s'élargir; elle commence à aborder les transmissions de mouvement. A l'Exposition de 1900 figurait un selfacting pour laine peignée, actionné par deux dynamos, l'une pour les broches, l'autre pour le char. Le même exposant proposait une intervention fort curieuse de l'électricité dans le continu à anneau, comme moyen de régulariser la tension du fil : un rhéostat à action automatique diminuait la vitesse de rotation des broches quand augmentait le diamètre d'envidage. Des emplois importants sont certainement réservés à l'énergie électrique dans les régions à chules hydrauliques.
9. Aperçu sur les opérations complémenlaires de la filature. — Dans cette revue sommaire des procédés et des appareils de la filature, j'ai, à dessein, négligé les opérations complémentaires qui ont pour but de parfaire le fil après sa sortie du métier, de le rendre définitivement propre aux usages de la couture ou du tissage, de le présenter à la clientèle sous la forme la plus convenable. Ces opérations sont multi- [)les et variées; il suffira d'en donner ici quelques exemples.
Un apprêt extrêmement simple consiste à fixer le tors de certains fils par leur exposition à la vapeur d'eau.
Les fils de schappe ou de bourrettes subissent un raclage qui les débarrasse des innombrables boutons subsistant après le peignage. Des machines remarquables ont été créées à cet efl*et; la méthode indiquée par M. Imbs pour les fils fins a épargné une main d'œuvre considérable.
Des doublages, de nouvelles torsions sans étirage s'imposent pour les fils à coudre et pour certains fils de chaîne. On les effectue.
partie à Taide des me'tiers mule-jenny ou continu ordinaire, partie au moyen d'appareils spéciaux. Les machines spéciales se ressemblent le plus souvent dans les différentes branches de la filature et dérivent plus ou moins, soit du rouet primitif , soit de l'anneau américain. C'est principalement sur le réglage uniforme de la tension des fils et sur l'égale distribution de la torsion dans toute leur longueur qu'ont porté les perfectionnements successifs. Une très grande analogie existe entre les machines récentes et celles du moulinage de la soie : cela s'explique aisément, car, si les apprêts constituent une opération complémentaire dans la plupart des branches de la filature, leur fonction est, au contraire, fondamentale dans le travail de la soie, offerte parla nature sous une forme continue.
La mise en bobine du fil à coudre dispose depuis longtemps d'un appareil célèbre et merveilleux, celui de Wild. Fréquemment, le lil destiné aux emplois manuels doit se présenter sur des cartes étoilées, légères, peu coûteuses et prévenant bien les emmêlages auxquels expose la mise en pelote; des machines ingénieuses, complètement automatiques, servent à faire l'encarlage.
2. Filature de la soie. — Le cocon est une bobine naturelle qu'il suffît de ramollir pour en tirer le brin tout formé; par suite, les opéralions préliminaires se bornent à ramollir les cocons dans l'eau chaude et à en dévider plusieurs, dont les brins concourent à donner un fil grège offrant la résistance nécessaire aux emplois ultérieurs. Tout le travail correspondant aux préparations des autres substances textiles disparait dans la filature de la soie; les transformations s'effectuent exclusivement par des machines à dévider et à tordre. Bien que très simples en apparence, ces machines sont chargées de fonctions si délicates, eu égard à la finesse et au prix élevé de la matière première, que leur construction exige des soins extrénjes.
Au milieu du développement industriel de notre époque, les applications de la mécanique aux manipulations de la soie n'ont pas fait autant de progrès qu'on aurait pu le supposer; le travail n'est point encore complètement automatique. Si parfaits qu'ils soient, les appareils à transformer la soie ne peuvent fournir de bons résultats sans
être conduits par des ouvrières habiles. Le vieil axiome de l'induslrie sérigène, que cria fileuse est à peu près tout et Imstrument fort peu ffde chose??, garde un large crédit.
Une des plus anciennes machines à tirer la soie des cocons est le lonr du Piémont^ qui, vers i85o, était encore en usage dans quelques localités, avec de très légères modifications. En voici le principe et les dispositions essentielles. Les cocons à dévider étaient contenus dans une bassine à eau chaude; on dévidait simultanément le nombre (le brins élémentaires voulu pour former deux fils grèges. Chacun des groupes de brins correspondant à un fil grège passait par une filière placée au-dessus de la bassine; la compression des brins pendant ce passage les réunissait grâce à la gomme visqueuse dont ils se trouvaient recouverts, les débarrassait au moins en partie du liquide surabondant et leur donnait une véritable adhérence. Les deux fils ainsi constitues recevaient une croisure, c'est-a-dire qu'ils étaient tordus plusieurs fois l'un autour de l'autre. Après la croisure, qui avait pour but d'accroître l'adhérence des brins entre eux et d'arrondir les fils, ceux-ci se séparaient, se bifurquaient et s'engageaient dans deux boucles métalliques en tire-bouchon ou harhins^ fixées sur une tringle horizontale à mouvement alternatif. Ils allaient finalement s'enrouler en écheveau sur Ycusple ou dévidoir, mû par une commande. L'enroulement devait être dirigé de sorte que le fil ne pût se superposer à lui-même avant d'avoir fait un nombre de tours suffisant pour permettre la dessiccation des premières spires: tel était l'objet du va-et-vient de la tringle, mouvement dérivé de celui du dévidoir au moyen d'engrenages et d'e\cen(ri(jues. Ce tirage double avec croisure constituait un progrès notable relativement aux tirages primitifs sur bobine, à un seul fil |>lat, humide et formé de brins sans liaison suffisante.
Si le tour piémontais ne jouissait pas de la propriété automatique et demandait la coopération de deux personnes (fileuse et flotteuse), il en était autrement des machines à mouliner, en usage de temps immémorial dans le Piémont. Ces machines reprenaient le fil grège préalablement purgé de ses nœuds, de ses doublures, de ses bourillons, par un dévidage à la main des écheveaux sur des bobines ou roquets, lui donnaient un premier tors ou apprêt, puis servaient de
même pour une seconde torsion en sens contraire des fils composés, obtenus par la réunion de deux, trois ou quatre fils élémentaires. Le moulin du Piémont comprenait une grande cage cylindrique à jour, dont Taxe était occupé par l'arbre moteur vertical. Souvent, cet arbre recevait son mouvement d une roue hydraulique. Les bobines de fil à tordre étaient disposées circulairement sur plusieurs rangs en hauteur, chacune d'elles reposant à frottement dur sur la partie conique d'une broche verticale; au-dessus se trouvaient des chapeaux ou coronelles, munis d'une ailette en S avec deux guide-fils à ses extrémités: l'un placé au milieu de la hauteur de la bobine, où se déroulait le fil, et l'autre sur le prolongLMnent de l'axe, où s'opérait la torsion. Une série de grosses bobines horizontales (roquelles) ou de guindres surmontaient chaque rangée de bobines ou fuseaux. L'arbre moteur transmettait le mouvement aux grosses bobines par un système d'engrenages et aux petites bobines par des bras pourvus à leur extrémité de segments circulaires ou strajins^ qui venaient frotter alternativement contre des renflements arrondis ménagés à la base des broches verticales. Dans sa rotation rapide, à laquelle le chapeau porte-ailette n'obéissait que partiellement et par simple frottement, chaque fuseau abandonnait peu à peu son fil , attiré avec lenteur vers le haut par les bobines horizontales. Plus tard, les rangées horizontales de bobines furent munies de barres porte-barbins , dont le va-et-vient distribuait le fil en hélices sur le guindre ou la bobine. Dès lors, le moulin renfermait tous les organes essentiels reproduits et imités depuis dans les machines ayant un but analogue.
Le moulin piémontais, constitué en fait par deux machines à retordre distinctes, n'était point d'ailleurs la seule machine automate utilisée en Italie. On se servait aussi de dévidoirs mécaniques ou tavelles. Dans ces dévidoirs, chaque écheveau prenait place sur un asple léger tournant autour d'un arbre horizontal , dont un frein à poids réglait la vitesse. Les fils, légèrement tendus par ce frein pendant le dévidage, se rendaient des asples sur des roquelles horizontales, a travers des barbins de guidage ; le mouvement de rotation était communiqué aux roquelles par des galets de friction formant une commande remarquable au point de vue de la douceur.
En France, on employait alors des moulins simples, ronds ou ovales, dérivés des moulins doubles du Piémont. Les moulins de premier apprêt étaient mus par des strafins, tandis que les fuseaux des moulins de second apprêt recevaient leur mouvement d'une courroie sans fin, qui embrassait en serpentant les parties renflées des broches.
Pendant la seconde moitié du xviii* siècle, Vaucanson, consacrant les ressources de son génie à l'amélioration des moulins et des tours, avait imaginé et proposé divers dispositifs ingénieux. Mais ses idées ne s'étaient propagées que fort lentement et ses machines n'avaient pas eu le succès mérité par leur perfection relative. La voie des progrès réels s'ouvrit seulement le jour où l'emploi de la vapeur comme force motrice transforma les petits ateliers en véritables manufactures.
Recommandé par Gensoul en i8o5, l'usage de la vapeur pour chaufl'er les bassines à tirer les cocons commença à se répandre en 1820. C'est également vers cette dernière date qu'eurent lieu les premières installations de force motrice par la vapeur en vue du travail de la soie grège.
Jusqu'à ce moment, on avait bien su éviter les défauts du vitrage ou de la collure des fils sur les asples des tours, soit à l'aide du va-et-vient distributeur, soit par un système de dessiccation ou de ventilation de ces fils; on était parvenu, au moyen de la simple ou de la double croisure, à doter le faisceau de brins élémentaires d'une bonne cohésion, sous l'apparence du fil unique; on avait réussi à régler invariablement la croisure la plus favorable aux différentes catégories de cocons. La croisure double donnait d'ailleurs un fil plus beau. Mais la difficulté principale résidait toujours dans les doublures ou mariages résultant de la rupture d'un des fils et de son enroulement sur l'autre, ainsi que dans la formation des bouchons et hourillons. C'est à ces inconvénients que les constructeurs de tours cherchèrent surtout un remède.
Rodier, de Nimes, eut en 1 82 /i l'heureuse pensée de placer la fileuse entre la bassine et l'asple , ce qui facilitait singulièrement la surveillance du travail et le rattachement des fils, et mettait à même d'éviter plus aisément les mariages. De tous les appareils purge-mariages ou coupe-mariages, inventés pour combattre l'efl'et des doublures, soit par
la section automatique du fil non rompu , soit par le rejet de ce fil hors de Tasple afin d'en arrêter le dëvidage, l'un des plus employés, à cause de sa simplicité, fut celui de Ghambon (i835): il consistait à faire passer les deux fils de soie, après une croisure à plusieurs tours, au travers de deux barbins éloignés entre eux de o m. 33 , puis à rapprocher ces fils sur les barbins d'une pièce mobile qui, tenue en équilibre dans la position normale par leurs deux tensions opposées, basculait lors de la rupture d'un fil et permettait à l'autre de tomber hors de l'asple.
En vue de purger les fils des bouchons et bourillons, Lacombe et Barrois imaginèrent ( 1 83o) de placer sur leur chemin , après la croisure, un couple de baguettes de verre assez rapprochées pour arrêter tout renflement et rompre les fils irréguliers.
D'autres inventeurs s'attachaient à perfectionner lejilagc à un bout, imité des Italiens et exempt par lui-même de mariages. Dans le système dû à J.-A. Tastevin, d'Alais (1824), le fil se croisait après avoir passé sur une tavelle servant de poulie de renvoi, se séchait en circulant le long d'un tube sécheur et sur un tambour garni de drap, et allait immédiatement ensuite sur une bobine. Un autre système, inventé par Cournier, de Saint-Romans (1825), faisait croiser le fil unique par l'intermédiaire de deux tavelles très voisines.
Plus tard, Tastevin en France et Heathcoat en Angleterre s'occupèrent du filage à quatre bouts, qui semble avoir été chez nous d'un usage assez général vers i836 et où l'on imitait, de loin à la vérité, le doublage des rubans de coton.
A partir de i83o,les tours à dévider, dont la plupart continuaient à être construits en bois et qui étaient rarement faits en fonte ou en fer, tendirent principalement à affranchir le filage de l'intervention de la flotteuse. Le travail fut accéléré et la vitesse de l'asple élevée à plus de 100 révolutions en une minute, grâce à des perfectionnements de détail dans les filières , les barbins , etc. On vit se poursuivre les tenta tives ayant pour but d'éviter les mariages et d'opérer la purge des bourillons.
Vers 1845, la majeure partie des établissements du Midi de la France filaient à deux fils d'après le système dit à la Chambon; quel-
ques-uns filaient à la tavelle, suivant des méthodes plus ou moins analogues à celles de Tastevin et de ses imitateurs; le filage à un bout sur bobines ou à quatre bouts était fort peu répandu. La vitesse de tirage des cocons avait augmenté: elle atteignait 3 m. 5o par seconde, pour les tours à la mécanique.
Les nombreuses tentatives faites pour améliorer le mécanisme des moulins à doubler et à tordre la soie n'étaient point parvenues en 1 836 à modifier très sensiblement les anciens modèles. Quelques inventions méritent néanmoins d'être citées. Chambon avait créé un mode spécial de conduite des bobines avec la vitesse variable appropriée à leur grossissement; il utilisait à cet effet le frottement dun disque moteur garni de drap, sur lequel les bobines reposaient dans toute leur longueur en vertu de leur poids. Divers moyens venaient d'être proposés successivement par Christian (1828), Needham (i83o), Goront (i83â), Badnall (i832), pour doubler et tordre simultanément hs fils de soie dans des appareils munis d'un casse-fil ou débrayage instantané en cas de rupture d'un fil.
D'après les travaux de la Commission française à l'Exposition universelle de i85i , le moulin généralement employé en France à cette époque était le moulin double en forme de 00, construit en bois dans la plupart des cas et composé de deux moulins ovales se juxtaposant bout à bout, avec deux étages de broches et de roquelles ou de guindres. Les broches, munies de coronelles, tournaient sous l'action du frottement de courroies sans fin avec poulies de tension; l'arbre vertical dos poulies motrices de ces courroies transmettait par engrenages le mouvement de l'arbre moteur principal aux roquelles ou aux guindrcs. On se servait, pour le premier apprêt, de moulins à roquelles distincts des moulins à guindres utilisés pour le second apprêt; ceux-ci étaient souvent pourvus de mécanismes compteurs.
Grâce au perfectionnement des commandes et à une distribution plus régulière de la tension des courroies motrices, la vitesse des broches avait été portée de 600 et 900 tours à 1,600 et 2,000. On assurait la constance du tors dans les moulins de second apprêt, en conduisant les roquelles par le frottement de la soie elle-même sur un
disque ou un cylindre moteur; quelques moulins de premier apprêt mettaient en œuvre un moyen plus sûr, mais plus complexe, emprunté aux bancs à broches.
Presque tous les tours et moulins du Piémont étaient établis suivant le système français, tandis qu'il existait encore une assez forte proportion de moulins ronds en Toscane, dans le Milanais, à Naples et en Sicile.
L'Angleterre s'était occupée, surtout de i83oà 1 83 8, d'améliorer et de réformer ses anciennes machines en bois copiées du Piémont : Lillie et Fairbairn, de Leeds, avaient substitué au bois le fer et la fonte dans les appareils à filer la soie, en se rapprochant le plus possible du mode de construction alors suivi pour les métiers continus à coton. Disposés symétriquement de chaque côté d'un bâti en fonte et sur deux étages, les bobines et les fuseaux étaient respectivement commandés par des engrenages et par des cordons sans fin. Si , dans ces moulins, la vitesse atteignait 3,ooo et 4,ooo tours, on les avait, pour réduire le coût d'établissement, privés des organes propres à assurer l'uniformité de l'enroulement et du tors, ainsi que des artifices mécaniques pouvant servir à corriger les inconvénients dus à la rigidité du système; pas plus au point de vue de la nouveauté des combinaisons que sous le rapport delà perfection des produits, les machines anglaises à ouvrer la soie n'étaient supérieures aux machines françaises.
Malgré les perfectionnements de Needham, malgré les ingénieux dispositifs de Neville (i838), malgré le métier de Guillini, signalé par le jury de l'Exposition de 1839 comme permettant, par une seule opération, de filer le cocon, de doubler et tordre la soie, et de former des capiures à tours comptés d'une admirable régularité , les tentatives entreprises, soit en France, soit en Angleterre, pour activer le moulinage des grèges, par la réalisation simultanée sur une même machine du premier tors, du doublage et du second tors, n'avaient point eu de succès durable. La complication et la délicatesse des organes, l'élévation du prix d'achat, les diflîcultés du maniement, l'infériorité des produits, tout empêchait ces appareils à fonctions multiples de se faire adopter dans la pratique.
Le filage direct sur bobine n'était même pas usuel. En effet, la
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gomme, nécessairement ramollie, qui entourait les fils, les faisait adhérer entre eux, en s'opposant à leur dévidage ultérieur, et des divers moyens proposés pour obtenir un séchage rapide, aucun ne semblait réellement satisfaisant.
En 1867, sauf quelques essais relatifs à des modifications de détail sans grande portée, les tours italiens et français à filer la soie n'offraient aucune disposition nouvelle; ils laissaient toujours une large part à l'ouvrière dans la régularité et la beauté des fils. Un procédé ingénieux de dégommage des cocons, basé sur la pénétration régulière des couches par l'action successive du vide et de l'eau chaude , avait été proposé; mais la pratique ne s'en était pas emparée.
Tout en dénotant une construction faite avec les soins que comportaient le progrès général de la mécanique, ainsi que la délicatesse et la valeur des fils, le matériel de moulinage, de renvidage, de doublage et de retordage, exposé dans les sections anglaise, suisse et française, se montrait, à part quelques points secondaires, identique au matériel que l'Angleterre construisait déjà vingt ans auparavant.
Aucune innovation de haut intérêt n'apparaissait à l'Exposition universelle de 1878.
Bien que le dévidage automatique eût fait, depuis 1876, l'objet de très sérieuses recherches aux Etats-Unis, il ne semblait pas, en 1889, qu'on fût encore arrivé à remplacer les doigts de la fileuse par des dispositifs mécaniques dans le dévidage de la soie grège. Les perfectionnements de l'outillage avaient eu spécialement pour but, en France surtout, d'améliorer et d'activer la production de l'ouvrière sans augmentation de fatigue. Dans cet ordre d'idées, on remarquait l'appareil jette-bouts de M. Camel, qui permettait à une ouvrière inexpérimentée de faire régulièrement et solidement la rattache d'un bout nouveau sur le fil grège.
Les appareils spéciaux de cuisson des cocons ne se répandaient pas. Mais il en était autrement des batteuses mécaniques, dont les premiers essais remontaient à 1889 (I^^rand) : ces batteuses prenaient une forme réellement pratique; la cuisson préalable s'opérait en quelques instants dans leur bassine.
Seul, le moulinage s'est montre àTËxposition universelle de 1900, où figuraient un purgeoir et deux moulins à organsiner. Le purgeoir, établi sur les principes adoptés pour les bobinoirs de coton, avait des broches verticales restant à demeure, les bobines étant au contraire amovibles. Quant aux deux moulins, bien que fidèles aux types classiques, ils se signalaient par la perfection des détails; l'un d'eux, établi en France, marchait pratiquement à 9,000 tours de broche par minute. La section suisse comprenait une remarquable machine Wegmann à classer les soies d'après leur titre réel.
3. Corderie. — L'adoption des procédés mécaniques dans la corderie est de date récente. Il y a à peine vingt-cinq ans que s'est généralisé l'emploi des fileuses à fabriquer le fil élémentaire ou fil de caret, ainsi que des machines à réunir les fils de caret en torons et les torons en câbles, machines qui, sauf les dimensions, offrent une grande analogie avec les métiers à mouliner.
Bien des années se sont cependant écoulées depuis qu'a été entreprise l'étude de la fabrication mécanique des cordages et spécialement des câbles de marine. Les premières tentatives remontent au milieu du XVIII® siècle. Mais les essais n'ont pris réellement corps, du moins pour les fils de caret, qu'à la suite des progrès réalisés par la filature du lin et du chanvre , notamment après la création des ingénieuses machines Decoster filant le chanvre à sec.
Parmi les établissements français qui inaugurèrent l'emploi d'appareils à câbler mus par la vapeur, il convient de mentionner celui de Merlié-Lefèvre, d'Ingouville. Une médaille d'or fut décernée à cet industriel par le jury de l'Exposition de 18/19, P^^'* l'ensemble de sa fabrication mécanique des cordages : son appareil à câbler exigeait encore le secours de trois hommes.
En i855, le rapporteur du jury constatait avec regret le peu de développement des procédés mécaniques dans celte branche d'industrie. Presque tous les cordages exposés en 1867 étaient encore produits à la main. Il faut arriver à 1878 pour voir la transformation se dessiner nettement et pour constater les véritables origines du mouvement qui allait ensuite s'accuser avec tant de force, sous
rinfluence dominante de raméricain Good et des constructeurs anglais.
Les nombreuses recherches poursuivies en vue de fabriquer mécaniquement le fil de caret avaient enfin abouti à un appareil pratique, la fileuse Lawson, qui, après un certain nombre d'étirages analogues à ceux du lin , faisait subir au ruban de filasse la torsion voulue sur des broches à ailettes de grandes dimensions, au lieu des pots tournants jusqu'alors en usage. Dans cette fileuse, le ruban amené par une toile alimentaire sans fin garnie de dents traversait, avant de se rendre sur la bobine, un organe fort original, Yentonnoir condenseur : imitant le travail du fileur à la main, l'entonnoir accélérait spontanément, ralentissait ou même arrêtait entièrement la marche de l'appareil alimentaire, suivant la grosseur du ruban de préparation.
Néanmoins l'outillage mécanique pour le filage du fil de caret n'acquérait pas en France la même vogue qu'en Angleterre; peu de nos établissements comportaient la production importante nécessaire à l'installation et au fonctionnement économique d'un tel outillage; nous n'avions pas à cet égard les conditions favorables des grands ateliers britanniques. Bien qu'assez actives pour satisfaire aux exigences de la consommation nationale, la corderie et la ficellerie françaises reculaient devant des dépenses que n'appelait point le chiffre de cette consommation; la multiplicité et la variété des produits constituaient d'ailleurs des obstacles à l'utilisation des machines.
Des motifs semblables s'étaient opposés à la généralisation du câblage automatique. Sauf d'assez rares exceptions, les appareils servant à l'ourdissage et à l'assemblage des fils de caret, puis au câblage des torons entre eux , continuaient à n'être que partiellement mécaniques.
Il y a lieu, du reste, de remarquer qu'en France le prix élevé des machines et de la force motrice concourait à permettre la lutte de la corderie à bras contre la corderie mécanique, tandis qu'en Angleterre la cherté de la main-d'œuvre et le bon marché relatif du charbon faisaient à cette dernière une situation bien plus avantageuse.
Enfin le préjugé s'était longtemps refusé chez nous à admettre que le travail de la machine pût équivaloir à celui d'un cordier expérimenté, au point de vue de la qualité des produits. Pour convaincre
et décider nos fabricants, il a fallu toute la perfection des machines anglaises, qui, entre les mains d'un bon praticien, règlent presque mathématiquement les tensions et le degré de torsion voulu, fournissent des mélanges bien homogènes, donnent aux câbles le maximum de force et assurent la régularité de la fabrication, mérite essentiel et capital dans cette industrie spéciale. À la suite d'expériences comparatives, notre marine militaire a enfin adopté les câbles fabriqués automatiquement et n'en emploie plus d'autres.
D'ingénieuses machines effectuent la mise en pelote de la ficelle.
4. Appareils d'épreuve et de vérification. Conditionnement. Ventilation, humidification. — Il est nécessaire, pour le contrôle du travail des manufactures, comme pour les transactions, de soumettre les fils à des épreuves et des vérifications fréquentes. L'une des opérations les plus essentielles consiste à titrer le fil, c'est-à-dire à constater le rapport entre le poids et la longueur d'un échantillon; elle se fait au moyen d'instruments très soignés, tels que dévidoirs échantillonneurs, romaines ordinaires, romaines micrométriques, balances de précision. On doit aussi se rendre compte de la résistance du fil à la rupture, de son élasticité, de sa régularité, de son degré de torsion, etc. : los appareils créés à cet effet (dynamomètres, torsiomètres, etc.) constituent tout un petit arsenal.
Le poids d'une matière textile varie suivant l'état hygrométrique de l'atmosphère et la faculté d'absorption de l'humidité par les fils atteint des limites élevées. Dès lors, les pesées laissent subsister une grande incertitude sur le poids utile que le vendeur livre à l'acheteur. Un haut intérêt s'attache donc aux établissements d'ordre scientifique et industriel institués sous la dénomination de rr Conditions ff publiques ?j pour la constatation officielle de ce poids ou du moins pour une constatation offrant toutes les garanties voulues d'exactitude et de sincérité. Les conditions publiques de France relèvent dos chambres de commerce ou des municipalités; celles de l'étranger sont gérées tantôt par l'État, tantôt par des chambres de commerce, tantôt et plus généralement par des syndicats ou des sociétés. Au premier rang se place la condition de Lyon, véritable modèle; elle est admi-
nistrée par la Chambre de commerce. Ses opérations portent principalement sur la soie, mais s'étendent aussi à la laine et au coton. Pour effectuer le conditionnement, on dessèche d une manière absolue les échantillons de fil dans des étuves chauffées par un calorifère ou par l'énergie électrique, à lâo degrés s'il s'agit de soie et à loo ou 110 degrés s'il s'agit de laine ou de coton; puis on pèse ces échantillons , on en établit le poids unitaire et on le majore pour tenir compte (le l'eau normale de constitution; en ce qui concerne la soie, la majoration est de 1 1 p. 1 00. Au service du conditionnement s'ajoutent celui du décrousage de la soie, celui des analyses chimiques de ce textile, un bureau public de titrage, un laboratoire d'études. Le décreusage a pour but de dépouiller la soie du grès (enveloppe extérieure) et des matières étrangères, afin de fixer l'industriel sur le déchet qui se produira à la teinture. Pendant les trois dernières années du siècle, le poids moyen annuel des soies conditionnées à Lyon a atteint 6,688,000 kilogrammes. De son côté, Milan a une condition publique très réputée , qui est même parvenue récemment à prendre une légère avance sur celle de Lyon, au point de vue du poids des soies conditionnées. Presque tous les textiles exigent que la température et l'état hygrométrique des ateliers soient convenablement réglés dans les ateliers; le meilleur travail du coton, par exemple, se fait à 9 5-28 degrés du thermomètre et 70 degrés de l'hygromètre. D'autre part, l'hygiène du personnel exige un renouvellement périodique de l'air. Il existe des appareils perfectionnés pour satisfaire à ces conditions : calorifères, aérosaturateurs, humidificateurs à pulvérisation, ventilateurs, régulateurs automatiques consistant en thermomètres ou psychromètres qui agissent sur les valves du chauffage ou de l'humidification, etc.
5. Statistique commerciale. — La fabrication des machines de filature est fort peu développée en France, et nos manufacturiers sont obligés d'acheter une grande partie de leur matériel à l'étranger. C'est à peine si l'exportation atteint le dixième de l'importation.
Pendant les années 1898, i8;99eti90o, l'excédent moyen annuel de la valeur des entrées sur celle des sorties a dépassé 1 1 millions de francs. L'Angleterre et l'Allemagne sont nos principaux fournisseurs.