‹ Le bilan d'un siècleChapitre 47 sur 69 · IT · texte numérisé non relu

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A partir de Tépoque où Breton revêtit en quelque sorte la mécanique Jacquard de sa dernière forme, les améliorations constamment poursuivies, surtout en France, eurent pour objet principal d accélérer le lisage des dessins, ainsi que le piquage et le perçage des cartons, par un arrangement méthodique des fils, des armures, etc. ; d assurer le jeu parfait des organes ; d'accroître le nombre d aiguilles des cartons ; de varier et d'enrichir l'application du métier aux tissus les plus ornés.

En 1816, Belly, de Lyon, construisit la première machine pour lire, percer et reproduire les cartons à un nombre quelconque d'exemplaires. Marin y adapta, en 18/12, un clavier à touches; mais cette disposition, de même que celles de Tranchât et de Dioudonnat, qui parurent à l'Exposition de i844, ne furent jamais appliquées qu'au lisage des dessins de faible étendue ^^K

Des combinaisons ingénieuses, créées surtout en vue du tissage des châles imitant ceux des Indes, ont eu pour résultat de réduire la dépense des cartons, dont le nombre, primitivement égal à celui des coups de trame, atteignait dans beaucoup de cas 3o, 000 à /io,ooo. Par un mode de plus en plus savant à'empoutage ou groupement systématique des fils de suspension, par un accouplement plus habile de ces fils sur les divers crochets, on a su mettre à profit les répétitions dues à la symétrie des dessins ; le dédoublement des boucles d'aiguilles a permis de déplacer deux crochets à la fois et de mieux utiliser les lames de lisses accessoires, qui, dans certains façonnés à trames nombreuses, ont pour but principal le tissage en armure unie et le liage dès brides de trame, détachées de la chaîne è l'envers et dans l'intervalle des dessins. 11 faut citer aussi les mécanismes dits de déroulage ou de détoumag€y qui, en vue de certaines combinaisons, font revenir les cartons sur eux-mêmes, pour reproduire périodiquement, avec ou sans inversion , les mêmes séries de mouvements des fils de chaîné.

^^^ Plus tard, l'industrie des grands façon- L'adaptation aux métiers à piquer de mécanés a eu recours à des ~ machines beaucoup niques armureuses, dites <fe retient, a permis plus puissantes, imitées des appareils de en outre de faire presque toujours le lisage Falcon et de Breton, susceptibles de percer et la mise en carte elle-même par surfaces et simultanément un nombre considérable de sans détails , et d'abr^r beaucoup les opératrous et pouvant fonctionner très rapidement, lions préparatoires, une fois le lisage préalablement effectué.

Plusieurs inventeurs cherchèrent à substituer aux anciens et onéreux cartons de simples feuilles de papier : tel Âcklin, dont le système, rappelant les essais antérieurs de Skola (1819), plaçait la bande de papier continu entre deux plaques de cuivre locomobiles, à trous resserrés; tels encore Michel (1 84a) et Marin, qui s'efforçaient de diminuer la pression des aiguilles sur le papier. On tenta même, sans grand succès d'ailleurs, la suppression complète des papiers et des cartons : dans le métier Pascal, exposé en i8/i4, les cartons étaient remplacés par une toile sans fin, figurant le canevas du dessin au moyen de reliefs dont la saillie repoussait directement les aiguilles de la jacquard.

3. Métiers à la barre ^ métiers à navettes changeantes , jusqu'au milieu du XIX' siècle. — En même temps qu on simplifiait ainsi l'ancien métier h la tire, servant aux tissus ornés, et que le travail automatique prenait la place du travail à la main dans le tissage des étoffes unies, on s'occupait également de multiplier et de diversifier les résultats déjà obtenus par les anciens procédés de tissage, d'y adapter les nouveaux éléments de succès mécanique, ou d'en assujettir déplus en plus les organes à des mouvements automatiques. Les principes des Bouchon, des Falcon, trouvaient de nouvelles applications; ils permettaient d'obtenir économiquement et rapidement des tissus façonnés d'une nature spéciale, sur des métiers anciens ou plus récemment imaginés : métiers à la barre, pour la fabrication simultanée de plusieurs rubans ou tissus étroits; métiers à navettes changeantes; battantsbrocheurs; métiers à roquetins, à chaîne double, triple, etc.

Les métiers à la barre doivent leur dénomination à une longue barre horizontale, qui est placée en avant du bâti et dont le mouvement se transmet au battant, ainsi qu'aux pédales des diverses lisses et aux ' navettes à coulisses. Ils sont intéressants, tant à cause de leur ancienneté que parce qu'ils ont été le point de départ de la plupart des combinaisons modernes de métiers à plusieurs navettes localisées, pour rubans et bandes d'étoffes étroites. D'origine suisse ou allemande, ces métiers paraissent avoir été introduits en France, à Saint- Etienne et à Saint-Chamond, dans la seconde moitié du xviii'' siècle.

Bientôt, on leur appliqua les procèdes lyonnais propres au tissage des étoffes de soie façonnées; une série de perfectionnements successifs les mit en état de produire des rubans à rebords dentelés, à fonds et franges diversement façonnés, par l'emploi de cylindres garnis de touches et figurant les dessins en relief. Puis, vers 181 5 ou 1819, la jacquard vint couronner le succès de l'industrie i;ubanière.

Jusque-là, le battant à navettes multiples n'était, à moins de rechange à la main des navettes, applicable qu'aux tissus dune seule couleur et non brochés. On ne tarda pas à comprendre combien il serait utile d'adapter au métier k la barre les procédés ingénieux déjà imaginés, pour changer à volonté la couleur du fil de trame sur les métiers ordinaires.

Dans le travail à la main, le tisserand chassait successivement sur toute la largeur de l'étoffe, et suivant l'ordre réclamé par le dessin, lies navettes garnies de fils de couleurs différentes. Mais ce travail, qui exigeait une attention soutenue, était payé plus cher que celui du tissage à une seule couleur. Aussi des recherches avaient-elles été entreprises dès la fin du xviii*' siècle, en vue d'éviter ce surcroît de main-d'œuvre par des mécanismes présentant à chaque coup de taquet la navette voulue pour réaliser un effet de couleur. Ce fut l'origine des boîtes à navettes multiples. La première en date est la lanterne ou botte-revolver, boîte cylindrique à compartiments, placée sur le côté du battant et dont la rotation offrait les diverses navettes , les unes après les autres, à l'action du taquet. Cet appareil, attribué à R. Kay, paraît s'être peu répandu. Il fut bientôt remplacé, en France, par une boîte à étages et à mouvement de va-et-vient vertical, disposée également à l'une des extrémités du battant, et dont la manœuvre verticale, pour chaque changement de couleur, était produite d'abord par un cylindre à touches, plus tard par une mécanique à cartons troués. F. Louis, de Nîmes, semble avoir, le premier (1837), employé la jacquard à choisir automatiquement les fils de trame, c'est-à-dire à opérer le changement des navettes dans l'ordre requis.

L'application des navettes changeantes au métier à la barre, pour la fabrication des rubans façonnés à plusieurs couleurs, fut inaugurée en Suisse. Mais c'est aux fabricants de Saint-Etienne et de Lyon que

revient le mérite d avoir utilisé la jacquard pour le déplacement vertical du battant porte-navettes. Après des recherches persévérantes, ces fabricants réussirent à vaincre les difficultés que soulevait la commande automatique des navettes, étant donné le mécanisme de lancien métier à la barre; grâce à leurs efforts, le tissage des rubans brochés put être réalisé, vers i83o, au moyen de combinaisons exclusivement mécaniques.

4. Batlanls-hrocheurSy métiers à espolins et à roquetins multiples, etc., jusquau milieu du xix* siècle. — L'ingénieux battant des métiers à rubans a ouvert la voie au battant-brocheur , dont Tinvention est venue combler une lacune dans le brochage des tissus larges. Toutes les fois quun effet façonné et localisé doit être obtenu par la trame, le brochage, qui n'emploie les fils de couleur qu'aux points où ils doivent apparaître, offre une économie de matière et une solidité particulières; en l'employant, on évite le découpage des brides, à l'envers de l'étoffe, opération que nécessite le travail du lancé et de laquelle résultent à la fois un déchet sérieux et un affaiblissement du tissu. Mais le brochage à la main présentait l'inconvénient d'être lent et cher; aussi un grand progrès fut-il- réalisé dans le travail des façonnés, par l'introduction du battant-brocheur, qui facilitait et régularisait la main-d'œuvre du tisseur, en permettant de brocher simultanément tous les effets d'une même ligne. L'honneur de ce progrès revient surtout à P. Meynier, inventeur du premier battant à espolins brocheurs. Associé à Godmard, Meynier ne cessa d'apporter à son appareil des simplifications et des perfectionnements, dont les mérites valurent à ces deux constructeurs une médaille d'or, lors de l'Exposition de iSig. Cet ingénieux instrument, applicable aux battants ordinaires, portait deux rangées parallèles à'espolins, garnis de fils de trame diversement colorés, qui fournissaient chacun une course limitée dans un châssis à coulisses et exécutaient ainsi le broché de place en place. L'impulsion simultanée de toutes les navettes d une rangée était produite à la main par le jeu d'une tringle à manettes; d'autres tiges à crampons pousseurs abaissaient ou soulevaient les espolins, comme l'exigeait le dessin du broché.

Si le battant-brocheur était un appareil précieux pour le travail des étoffes à dessins symétriques, il ne pouvait réaliser les tissus larges à figures ou couleurs perpétuellement changeantes : les espolins nécessitant entre eux, pour opérer leur course, un espace libre égal à leur longueur et ne pouvant, dès lors, agir que de place en place, à des distances assez sensibles, ne convenaient pas à Texécution des effets continus, comme ceux des châles de Tlnde par exemple. L'industrie française d'imitation de ces châles orientaux, industrie contemporaine des premières applications de la jacquard, dont elle devait tirer des ressources inattendues, se vit, en conséquence, obligée de recourir au système ordinaire du lancé, pour l'ornementation de ses tissus. Mais, dans la fabrication des châles français, de même que dans celle des étoffes d'ameublement et de tous les tissus façonnés obtenus par le lançage, on s'ingénia à diminuer les déchets dus au découpage des brides, en économisant les couleurs et en dégradant les tons au moyen du mariage rationnel d'un nombre minimum de teintes : c'est ainsi que les châles français se tissaient à sept couleurs et non à seize comme ceux des Indes. L'ourdissage en fils de couleurs différentes aida d'ailleurs à la solution du problème, en multipliant les moyens et par suite les effets. Enfin, à plusieurs reprises, notamment vers i84o, des tentatives furent faites afin de supprimer entièrement le déchet au découpage, en tissant deux châles à la fois, de manière à utiliser les brides de l'un pour former la fleur de l'autre, et en séparant ensuite les deux tissus à l'aide d'une machine spéciale ; le système ne fut pas adopté, mais les tentatives ne restèrent pas stériles et inspirèrent d'autres inventions, notamment pour le tissage à deux pièces des gazes blanches et des velours.

En ce qui concernait l'imitation plus parfaite des châles de Cachemire, on avait dû renoncer à tout travail mécanique et se servir de la broche ou de l'espolin manœuvré à la main, suivant le mode employé de temps immémorial pour l'exécution des tapis, tapisseries et broderies à sujets d'imitation.

Les indications fournies dans un précédent chapitre au sujet du matériel des tapis et des tapisseries me dispensent d'y revenir ici. Je dois, au contraire, insister sur les velours. Le tissage des étoffes

veloutées exige la combinaison dune chaîne inférieure, tendue entre deux ensouples ordinaires, avec une ou plusieurs autres chaînes à fils lâches, ourdies sur des séries de bobines indépendantes (roquetins), qu on adapte à un cantre. Ces derniers fils sont successivement levés ou abaissés, soit pour laisser passer la trame, soit pour lecevoir les tringles en fer servant à former les boucles. Après un certain nombre de coups de battant, on retire progressivement les tringles du tissu; les velours destinés à être coupés le sont, à ce moment, par un rabot spécial qui tranche les sommets des boucles en passant sur les fers. Pendant longtemps, toutes les variétés de velours furent exclusivement tissées au métier à bras. Cependant on réussit à fabriquer certains velours unis par des procédés expéditifs, en imaginant, comme le fit P. Meynier (i833), des moyens mécaniques ingénieux et simples pour trancher les poils au cours du tissage; on arriva aussi à mouvoir mécaniquement les fers à laide desquels s'obtenaient la frisure ou le coupage du poil. W. Wood, deWilton, employa, le premier, la machine à vapeur et créa un métier automate, dont j ai déjà parlé à propos des moquettes; pour les velours coupés, le tranchage des boucles était opéré simultanément par les fers servant à former les boucles; ces fers portaient, à leurs extrémités, des lames tranchantes et obliques.

Une machine spéciale à couper le velours de coton fut également inventée en Angleterre. Dans ce genre de tissus, le coupage destiné à former le duvet s'effectuait, après le tissage, au moyen d une lame qui tranchait certains fils de trame perpendiculairement à leur direction. Tandis qu'en France l'opération se faisait encore à la main et constitU(Etit une des spécialités de la ville d'Amiens, les Anglais avaient imaginé une machine actionnant à la fois plusieurs lames sur toute la largeur de l'étoffe et diminuant en même temps les chances d'accident.

5. Progrès des métiers pour tissus pleins pendant la seconde moitié du xix^ siècle. — Si, pour le tissage des étoffes unies et notamment des calicots, le travail mécanique avait pris beaucoup d'extension, il en était autrement du tissage des étoffes façonnées, qui continuait, en

France du moins, à rester presque exclusivement dans ie domaine du travail manuel. Bien qu'à l'Exposition universelle de Londres (i85i), les Anglais eussent présente quelques métiers produisant les façonnés d'une manière entièrement automatique, leurs tentatives ne pouvaient encore rivaliser avec la multithde de combinaisons et de perfectionnements qui s'étaient succédé chez nous depuis les premières années du siècle, dans le but d'économiser le temps et la main-d'œuvre, de varier le dessin et d'abaisser le prix de revient des plus beaux tissus.

En i855, les constructeurs français ne jugèrent pas à propos d'exposer les améliorations accomplies par eux dans les machines usuelles. Quant aux Anglais, ils n'encouraient pas le même reproche; leurs métiers automates, à tisser les étoffes unies ou rayées, fonctionnaient avec une admirable précision, à raison dei3oài6o coups par minute.

La section française montrait une foule de modifications plus ou moins heureuses, apportées aux métiers Jacquard, aux battantsbrocheurs, et de dispositions tendant à substituer le papier au carlon, à simplifier le lisage et le perçage , à diminuer le nombre des cartons, etc. Néanmoins la fabrication des soieries façonnées paraissait slationnaire, et les industriels de Lyon semblaient, depuis plusieurs années, viser plutôt au certain qu'au progrès, redouter les chances des essais qu'appelle toujours une innovation. Gomme preuve de cette indifférence, le jury citait le fait suivant: Meynier ayant imaginé en i85o un nouveau mode de montage des métiers, très avantageux pour les grands dessins, la Chambre de commerce de Lyon avait acheté le brevet, de concert avec 26 fabricants, afin de faciliter la diffusion du procédé; cependant en i855, trois ans après cette acquisition, on ne comptait que deux maisons mettant en pratique le montage Meynier; les autres établissements s'en tenaient aux vieux errements.

Parmi les constructeurs anglais, W. Wood préb'entait, avec divers perfectionnements, son métier automate à lisser les velours et les tapis moquettes. MM. Parker exposaient un métier à tisser les toiles à voiles, qui avait déjà mérité les suffrages de l'amirauté anglaise en i85i et qui venait heureusement combler la lacune existant en

France sous ce rapport: aucun des comptes rendus de nos Expositions nationales, jusqu'en 18/19, '^'^^^^'^ mentionne de métiers mécaniques pour la fabrication des toiles à voiles.

Lun des faits saillants de l'Exposition de 1867 consistait dans le soin tout spécial apporté par Tindustrie anglaise aux machines à préparer les fils pour tissage. Déjà les membres français du jury à l'Exposition de Londres, en 1869, avaient insisté sur la perfection de ces machines, sur l'avance qu'elles donnaient à nos voisins dans toutes les branches du tissage automatique, sur les dispositions ingénieuses des dévidoirs, des ourdissoirs et surtout des encolleuses à tambour sécheur {jsizing machines)^ qui remplaçaient partout, au delà de la Manche, pour les tissus ordinaires, les anciennes pareuses à brosse et à ventilation, et qui réduisaient notablement les frais du matériel et de l'opération.

C'était l'excellence de la préparation des fils pour le tissage qui expliquait en grande partie les vitesses considérables imprimées aux métiers automatiques à faire les tissus unis, les rayés, les carreaux et les façonnés, ainsi que l'emploi de plus en plus répandu des métiers à navettes multiples et des métiers Jacquard : pas plus, en effet, que l'Exposition de i86â, celle de 1867 ^^ présentait de dispositif nouveau bien original.

Pour le métier à calicot notamment, c'est-à-dire pour le métier le plus anciennement appliqué au tissage automatique , les préparations plus parfaites de la chaîne, jointes à l'exécution de plus en plus soignée de tous les détails de construction, à l'accroissement de stabilité des points d'appui, à l'allégement des organes mobiles, avaient permis d'atteindre des vitesses de 3oo duites à la minute, pour des largeurs de o m. 60 à o m. 70.

Gomme conséquence de l'augmentation de vitesse réalisée dans les métiers mécaniques, l'usage des casse-trame et autres appareils de sûreté s'était généralisé, en même temps que s'amélioraient leurs dispositions. Il y' avait là un progrès sérieux: c'est, en effet, grâce aux appareils de ce genre qu'on tire de l'emploi d'un moteur toute l'économie possible de main-d œuvre, en confiant à chaque ouvrier un

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plus grand nombre de métiers. Le jury signalait particulièrement un casse-trame anglais, qui, au lieu d arrêter le métier en cas de rupture du fii de trame ou d'épuisement de la navette, jetait celle-ci dans une boite disposée ad hoc et fournissait une autre navette placée en attente: de là une économie de temps deâ5à/(op. loo sur le rattacbage de la trame à la main.

Jusqu'alors, dans la catégorie des velours et des tissus analogues, le travail mécanique avait été limité aux velours à grosses boucles, aux tapis veloutés et au)t peluches de la chapellerie. On voyait pour la première fois, en 1867, un métier tissant automatiquement les velours les plus fins. Ce métier, dû à M. Joyot, appartenait au système dit à la barre; il produisait les rubans cannelés et veloutés, ainsi que les rubans sans envers, nouveaux dans la rubanerie.

Aux précédentes Expositions, les métiers à navettes changeantes ne s'étaient montrés qu'avec réserve. Peu répandus dans l'induslrie anglaise, ils avaient à peine été essayés en France. Lors de l'Exposition de 1867, leur emploi semblait plus étendu; le nombre des fils de trame employés dans les divers systèmes marquait un pas en avant: certains métiers pouvaient même produire les duites impaires et, par suite, éviter la juxtaposition de deux trames de même couleur.

Quant aux métiers Jacquard à faire les façonnés, qui figuraient au Champ de Mars , leur fonctionnement dépendait des conditions dans lesquelles ils étaient destinés à travailler. En principe, la substitution de l'impulsion mécanique à celle du pied ne présentait aucune difiicullé; mais, en application, elle ne convenait pas à tous les tissus. La commande automatique était avantageuse toutes les fois quil s'agissait d'articles courants, dont la fabrication en tissu uni supportait déjà le travail mécanique. Elle exigeait d'ailleurs le groupement, dans l'atelier, de nombreux métiers du même genre : aussi le lissage mécanique était-il plus particulièrement adopté en Angleterre, pour les façonnés simples et de consommation courante, tels que le damas; les métiers lourds à fabriquer certains tapis de Roubaix et d'Amiens avaient été de même automatisés. Au contraire, le travail à la main conservait les préférences de l'industrie de luxe, comme celle de Lyon ou de Tarare, où la machina* n'ayant pas encore reçu une spécial!-

sation assez parfaite, eût été impuissante à remplacer rintelligence et l'habileté de main : nos manufacturiers portaient leurs efforts vers la simplification et le perfectionnement du montage et des organes du métier, bien plutôt que vers son automatisation complète.

Pendant longtemps, Tétendue des effets du tissage s'était trouvée limitée par la dépense des cartons et la complication des crochets, inséparables de la grande dimension de certains dessins. Sous l'impulsion de P. Meynier et de R. Rouze, lart du montage venait de progresser au point de doubler ou de quadrupler la puissance des métiers; loin de réduire la variété des effets, cette transformation permettait au tisserand d'obtenir des entrelacements nouveaux, d'imiter plus fidèlement la taille-douce, la broderie, la dentelle. Les recherches, en vue de diminuer la dépense occasionnée par les cartons, avaient été poursuivies avec ardeur, et, après un demi-siècle d'études, le problème de la substitution du papier à ces cartons pouvait être considéré comme résolu, tout au moins en principe.

Des perfectionnements, ayant pour but de supprimer les brides produites au lancé, se manifestaient en 1867 dans la fabrique des châles français. On arrivait à imiter le travail oriental par l'espoulinage mécanique : l'idée mère de la solution reposait sur une amélioration du battant-brocheur combiné au métier de tissage; les espolins* étaient manœuvres pair un moteur, au lieu de l'être à la main, et des dispositions avaient été imaginées pour en mettre le plus grand nombre |>ossible sur la largeur du tissu.

En 1878, le nombre des métiers à bras était encore, chez nous, de beaucoup supérieur au nombre des métiers mécaniques: 3 â 8,000 contre 1 3 1 ,ooo. L'Angleterre avait une forte avance : dès 187/1, elle comptait 665,0 00 métiers automatiques.

La lenteur avec laquelle ces métiers se répandaient en France tenait, non à des difficultés techniques, mais à des raisons économiques, à l'importance des frais de construction et d'installation du nouveau matériel, au coût de la force motrice, à la variété de notre production; cette variété, source de succès poUr plusieurs de nos grands centres de fabrication, nécessitait des modifications fréquentes dans le montage et

se prétait mal à l usage des métiers mécaniques, qui exigent la continuité et la rapidité de fabrication. II n en fallait pas davantage pour expliquer l'extrême vitalité du tissage à bras, surtout dans les campagnes où le prix de la main-d'œuvre demeurait relativement modique. Le travail manuel gardait même la prépondérance dans les villes, pour le tissage des façonnés, dont la jacquard constituait le facteur essentiel et qui réclamait non seulement l'expérience de l'ouvrier, mais aussi l'inspiration du dessinateur et l'habileté du monteur : les fabriques urbaines de soieries continuaient à employer près de 1 00,000 métiers à bras.

Tout autre était la situation en Angleterre et en Amérique : les constructeurs s'efforçaient d'y faire prévaloir de plus en plus l'élément mécanique. Dans la Grande-Bretagne, notamment, les manufactures, ayant des débouchés vastes et nombreux, pouvaient se consacrer exclusivement à des produits déterminés, mettre constamment les mêmes matières en œuvre, fabriquer invariablement les mêmes articles, utiliser ainsi les métiers automatiques sans perte de temps, sans discontinuité : le terrain était donc éminemment propice au travail de la machine, que favorisait en outre la cherté du travail manuet

Les efforts faits en vue d'accroître la puissance mécanique des industries textiles se traduisaient par un perfectionnement des machines préparatoires : ourdissoirs munis de casse-fils débrayeurs; encoUeuses, substituant le séchage par rayonnement et ventilation au séchage par contact; dévidoirs et canetières améliorés, comme la canetière Honegger.

Malgré les causes retardant l'expansion du tissage automatique, son développement se manifestait par la production à la machine de certains tissus jusqu'alors réservés au travail à la main.

On signalait principaleoient la transformation du tissage des soieries, dans lequel la mesure, le tact de l'ouvrier habile avaient toujours paru défier la concurrence des procédés automatiques. Les difficultés semblaient vaincues pour la faille , grâce à des inventions telles que celle de la navette Honegger : au lieu d'être chassée d'une lisière à l'autre en glissant ou en roulant sur les fils, cette navette était portée alternativement d'un côté du battant au côté opposé par deux pinces articulées, de façon à éviter tout frqissement, toute usure de la chaîne.

De nouveaux métiers avaient été adaptés à la fabrication mécanique des velours unis, spécialement du velours d'Utrecht, et des velours de soie double pièce.

Les constructeurs anglais se préoccupaient de remplacer entièrement les substances hygrométriques par le métal dans les transmissions de mouvement; ils employaient des tringles métalliques de préférence aux cordes de lisse et aux cordes d'empoutage de la jacquard. Ils s'étaient également attachés à l'amélioration et à la simplification des mécaniques d'armures.*

Parmi les systèmes proposés pour substituer le papier aux cartons Jacquard, l'un des plus remarquables était celui de MM. Verdol et C'*', dérivé du système Acklin; il réduisait le rôle du papier à la déviation d'aiguilles auxiliaires très légères, qui déterminaient l'enlèvement des crochets. Enfin on remarquait, comme susceptible de quelques applications avantageuses aux simples damassés, le système Sparre, imitation du cylindre de Dresde; le comte Sparre, voulant supprimer la mise en carte, reproduisait le dessin par une gravure en relief, puis plaçait la planche gravée contre les touches correspondant aux poinçons d'un Usage spécial pour percer les cartons.

Le soin apporté aux détails de construction des métiers était plus accusé encore à l'Exposition de 1 889 qu'aux Expositions antérieures.

D'une manière générale, les vitesses avaient été augmentées, sans que la qualité des produits en eût soufl'ert, toutes les précautions voulues ayant été prises pour assurer la régularité et la sûreté de la marche, pour faciliter les manipulations et éviter les erreurs. L'emploi d'appareils débrayeurs, destinés à arrêter le métier en cas d'accident, soit à la trame, soit aux navettes, était devenu courant. Afin d'échapper aux chances de confusion, on solidarisait habituellement les mécanismes de commande des lames et ceux qui opéraient le changement des navettes. Certains constructeurs avaient fait avec succès des mécaniques Jacquard à lève et baisse^ dans lesquelles les crochets laissés s'abaissaient pendant que les crochets pris se relevaient.

Depuis 1878, le tissage mécanique de la soie avait réalisé des progrès considérables; son développement se manifestait par le

nombre des métiers exposés. On était parvenu à produire mécaniquement des articles pour lesquels il eût été naguère impossible de se passer du métier à bras ; les tentatives entreprises cinq ou six ans auparavant, en vue de sauver le tissage à domicile, n'avaient abouti qu'à imprimer une plus vive impulsion au travail automatique. Les métiers à soie présentaient des formes stables ; ils se caractérisaient par leur largeur restreinte, par la grande longueur donnée à la chaîne afin de ménager davantage les fils, par les mouvements particuliers dont le battant était souvent animé et qui imitaient lé coup sec du battant mû à bras. En employant un cylindre- frein pour l'enroulement, on eût risqué d'érailler l'étoffe : cet enroulement était produit par le mouvement même de l'ensouple , dont la rotation se ralentissait sous l'action d'un mécanisme régulateur, à mesure qu'augmentait son diamètre.

Un autre type distinct, celui du métier à draps, accusait des perfectionnements spéciaux et*sensibles; la largeur de la chaîne et la grosseur de la navette avaient conduit à accroître la puissance du chassenavette. Le bâti tout entier offrait de fortes dimensions et une structure robuste. Les métiers pour nouveautés étaient pourvus d'un nombre considérable de lisses, généralement mues par une mécanique à armures du système Crompton, et de plusieurs navettes. Dans ces métiers, les boîtes à navettes étaient plus ordinairement montantes que tournantes.

En dépit de la stabilité de principes et de formes qu'attestaient les appareils de tissage automatique, quelques conceptions originales avaient été mises au jour. La plus intéressante se trouvait dans le métier à tisser circulaire Wassermann. Ce n'était pas que l'idée fût absolument neuve : la grande production des métiers circulaires à bonneterie devait nécessairement provoquer des recherches analogues pour le tissage proprement dit. Mais le métier Wassermann n'en constituait pas moins le premier appareil de ce genre réellement apte au tissage; il jalonnait une voie nouvelle, où l'on rencontrerait peut-être certaines solutions utiles.

A l'Exposition de 1 900 , le fait dominant pour le tissage des cotons a été le succès du métier Northrop. Ce métier possède une énorme

puissance de production. H réalise deux perfectionnements d'importance capitale : changement automatique de la trame dans la navette sans arrêt du métier et sans changement de navette; mise en œuvre d un casse-chaîne automatique , très sûr et très pratique , déterminant Tarrêt du métier. L ouvrier est ainsi dispensé de la surveillance incessante qu exigent les types antérieurs et peut soigner un plus grand nombre de métiers, avec une bien moindre dépense de fatigue, puisque la machine effectue automatiquement les opérations les plus laborieuses du tisserand.

Des deux dispositifs qui viennent d'être signalés, le premier se résume ainsi : un casse-trame à petits leviers, dont un des bras s'appuie sur le fil de trame et tombe quand ce fil manque, porte à son autre bras une encoche qui arrête alors un cran à va-et-vient ; l'accrochage déclenche un revolver armé de canettes pleines, qui sont fixées d'un seul côté entre deux ressorts à rainure; en même temps, un doigt s'abaisse et pousse une canette pleine sur la vide ; celle-ci se trouve chassée de la navette, dont l'œil reçoit le nouveau fil. Tous ces mouvements se produisent presque instantanément ; le levier du casse-trame se relève et le travail continue. Pour les tissus fins, le casse-trame se double d'un doigt tâteur, agissant avant l'entière disparition du fil, quand le diamètre de l'enroulement sur la canette a suffisamment diminué; la perte de fil ne dépasse pas iài.5p. loo.

Aux deux améliorations principales s'en ajoutent d'autres : fouets dans le battant, avec déplacement rectiligne des taquets; régulateur positif avec mouvement de recul , agissant à chaque remplacement de trame; frein relié au buttoir; régulateur automatique du rouleau d'ensouple , sans poids de pression.

Depuis 1896, date de l'introduction du métier Northrop dans le tissage des Etats-Unis, plus de 3 0,000 exemplaires en ont été installés. Bien que son prix de revient dépasse le double de celui des anciens métiers, l'économie est cependant Considérable. Sa largeur varie de om. yoàim. 5o, mais pourrait être augmentée. Un ouvrier soigne couramment 1 6 métiers à la fois.

Jusqu'ici, le northrop limite son domaine aux calicots, aux cretonnes, aux coutils croisés et aux satins.

La fabrication des cotonnades a bénéficié d'autres progrès. Parmi ces progrès, il y a lieu de citer la création du mouvement positif dans les métiers à quatre navettes, grâce auquel les différentes positions des boites sont obtenues par le moyen d'excentriques permettant tous les sauts de boîtes avec une très grande vitesse, sans choc et en douceur. Cette invention a porté le nombre des coups de i3o ou i/io à 180 et accru de 2 5 p. 100 la production de certains articles.

Pour les lainages, on a pu voir en 1900 une mécanique marchant sur un métier à nouveauté sans lui imposer de ralentissement et procurant, dès lors, avec une accélération de la vitesse, un accroissement sensible du rendement.

De nombreux perfectionnements ont été apportés aux détails des métiers pour soieries : disposition du régulateur différentiel , avancement de ce régulateur, compensation des inégalités de la trame, chasse à sabre, mécanisme à changer les boîtes de navettes, etc.

Le matériel de fabrication du velours a subi des modifications plus profondes. Un constructeur français exposait en 1 900 de remarquables métiers tissant à la fois quatre pièces en velours de soie ou deux pièces en peluche de soie pour chapellerie, à la vitesse de 1 3o ou 1 4o coups par minute. La disposition la plus intéressante était celle de la coupe ' du poil, réglée avec une précision pour ainsi dire mathématique; travaillant toujours dans le même sens, le couteau s'armait à gauche sur un taquet à ressort, se désarmait au bout de sa course à droite, puis revenait sans toucher le tissu.

Un nouvel appareil brodeur s'applique à tous les métiers de tissage, marchant avec ou sans jacquard , et permet de broder en tissant sans diminuer la production du métier. Les effets sont obtenus au moyen d'excentriques ou cames à profils variés. On fait ainsi des articles qui ne pouvaient jusqu'ici être obtenus qu'à la main et au battant* brocheur*

De cet appareil, il est naturel 'de rapprocher une machine réalisant à bon marché l'application automatique de la broderie perlée sur les tissus.

Si les machines de préparation n'accusent pas de réforme profonde, elles ont cependant bénéficié de perfectionnements multiples.

2. Métiers pour tissus à jours ou à mailles. — i . Métiers pour tulles et dentelles mécaniques. — L'industrie des tulles et dentelles mécaniques a son origine première dans l'invention du métier à bas par le Révérend William Lee, de Calverton près Nottingham, au xvi* siècle.

D'après des récils quelque peu légendaires, un fabricant de bas au métier, Hammond de Nottingham, serait parvenu en 1768 à produire une sorte de tricot à mailles coulantes , dit tricot de dentelle. Ce qui est certain, c'est que, dès cette époque, la fabrication automatique de tissus à jours, comme le tulle, imitant d'une façon plus ou moins parfaite la dentelle è la main, commençait à provoquer de nombreuses recherches, notamment en Angleterre.

Lyon parait être la première ville de France où aient été employés des métiers mécaniques propres à fabriquer les tulles de soie et fondés sur Taddition d'une chaîne à la trame de l'ancien métier à bas. Bientôt, les appareils lyonnais furent perfectionnés dans la Grande-Bretagne, où leur usage présentait plus d'intérêt encore, eu égard au prix élevé de la main-d'œuvre et à la moins grande habileté des ouvriers dans cette spécialité. Malgré les perfectionnements ainsi réalisés au delà de la Manche , les produits français conquirent une très grande vogue et purent longtemps soutenir la lutte contre les tulles anglais, grâce aux ingénieuses combinaisons par lesquelles les fabricants lyonnais étaient parvenus à les orner de dessins ou broderies, pendant le tissage même : ces combinaisons dues pour une large part à Calas etDenomplès, de Lyon, ainsi qu'à Grégoire, de Nîmes (iSâi), reposaient sur l'application de la mécanique Jacquard aux métiers à tulle de chaîne, afin de conduire les fils brodeurs.

Entre temps et après une longue série d'essais tendant à améliorer le métier à chaîne, les Anglais arrivaient à faire mécaniquement un tulle très analogue au vrai réseau de dentelle. John Lindley de Nottingham inventa ou plutôt réinventa en 1799 '^ bobine plate, qui est restée le principal élément des métiers à imitation de dentelle et qui remplit le même oflBce que les fuseaux dans la main de la dentellière. Je viens d'écrire le mot de cr réinventions? : en effet, dès 1776, Laplace avait présenté à l'Académie des sciences un métier dû au professeur

IBPIIVtRIl mnOIALK.

Leturc et comportant 700 bobines minces, chargées de trame et enfilées sur des rangées de pointes horizontales ; ces pointes garnissaient 7 traverses, dont 3 étaient mobiles de façon i réaliser Tenlacement et le croisement des fils. Le célèbre Heathcoat, utilisant la bobine plate de Lindley, réussit à tisser un tulle dit tulle-bobin^ ayant la plus complète similitude avec notre dentelle aux fuseaux, et contribua puissamment à établir l'industrie tullière dans son pays, le Nottinghamshire. Son métier, patenté en 1809, était extrêmement ingénieux. Les fils de chaîne se trouvaient tendus parallèlement sur deux ensouples placées lune au-dessus de lautre; quant aux fils de trame, ils étaient disposés sur des bobines rondes, plates et très minces, dont les deux rangées encadraient la chaîne, de part et d autre, et pouvaient en traverser de champ les interstices. Pour réaliser ce mouvement, les chariots de très faible épaisseur portant les bobines glissaient sur les branches de deux peignes à lames transversales courbes, situés en regard l'un de lautre de chaque côté an fossé , qui livrait passage aux fils de chaîne ; ces peignes se déplaçaient parallèlement à eux-mêmes et au fossé, de manière à avancer ou reculer exactement d'un rang, et à faire ainsi enlacer et croiser horizontalement les fils des bobines autour des fils verticaux de la chaîne. Chaque fil des bobines effectuait ainsi un tour sur chacun des fils successifs de la chaîne. Les jours ou treilles prenaient d'ailleurs leur forme hexagonale caractéristique, grâce à l'entre-croisement des déplacements d'évolution des bobines (dont les unes allaient vers la gauche et les autres vers la droite) et à l'obliquité que l'avancement du tissu imprimait à leur translation fil par fil.

Quel que soit le mérite des prédécesseurs de Heathcoat, ce mécanicien ne doit pas moins être placé en tête des inventeurs de métiers à tuUe-bobin; on retrouve dans sa machine graduellement perfectionnée le germe du métier à double barrey plus commode et plus fécond en ressources.

Au métier primitif de Heathcoat, Lacy et Lindley ajoutèrent les deux peignes mobiles à pointes croisées qui devaient produire le serrage des treilles, déjà ébauchées par le croisement réciproque des fils (1816). Puis on parvint à rendre le fonctionnement de l'appareil

tout à fait automatique. J. Levers apporta de grandes simplifications au mécanisme, en laissant fixes les peignes des chariots h bobines et en déplaçant les fils de chaîne, mis en barres, de telle sorte que chaque bobine enveloppât alternativement deux fils voisins (i8s8, i83o et i835). La bobine donna du reste naissance à une foule de métiers, qu'il m'est impossible de décrire même sommairement : straight-bolt, Iraverse-warp, pusher, circulaire, levers ou leavers, etc.

La production mécanique du tuile s'était développée en Angleterre. Malgré les mesures de rigueur prises par le Gouvernement anglais pour empêcher la sortie des métiers britanniques, Thomassin, de Douai, réussit à importer, en 1816, une machine complète. En 1 8 1 7, une autre machine à tulie-bobin échappa à la surveillance de l'Angleterre et fut installée à Calais par des ouvriers de Nottingham. Saint*- Pierre-lez-Calais devint le grand centre de la fabrication française ; les nouveaux métiers ne tardèrent pas d^aiileurs à gagner Grand-Couronne ^ près de Rouen, Lyon et Saint-Quentin. Pour la région lyonnaise notamment, l'introduction du métier à bobines date de 1828, et le mérite en revient à Dognin.

Cependant 6n n'était arrivé qu'imparfaitement, avant i83o, à imiter les broderies à la main et à l'aiguille sur le tulle uni; les longues recherches d'Heathcoat, pour ce genre de travail, n'avaient pas été très heureuses. On ne savait guère mieux imiter les mats et les entoilages de fleurs antérieurement à i835 ou i836. Vers cette époque, les cartons et la mécanique Jacquard se répandirent dans la fabrication du tulle-bobin ; on les employa à mouvoir des Jines-barres , pour produire les mat-chaîne ou les mat-bobine et pour réaliser les effets de guimpe par le déplacement des fils brodeurs, qui allaient se lier* en dessins capricieux aux enveloppements des fils de chaîne par les bobines. Rien n'empêchait plus dès lors de produire des tulles en coton et en soie, imitant les malines, les valenciennes, etc., variés è l'infini suivant le goût et les tendances de la mode. Ce progrès, à propos duquel il est juste de rappeler les noms d'Isaac (Calais) et de Jourdan (Cambrai), entraîna la diparition des métiers à chaîne lyonnais.

Depuis, les métiers à tulle ont été améliorés au double point de vue des ressources en combinaisons et de la simplicité des organes. Ils

n'en restent pas moins des appareils complexes et délicats. Aujourd'hui, le type dominant est celui des leavers k barres indépendantes, pourvus de jacquards puissantes : son prix varie de 16,000 à 3o,ooo francs. Les constructeurs français et allemands ont engagé vigoureusement la lutte contre les constructeurs anglais; ils exposaient en 1900 des modèles remarquables, dotés d'améliorations sérieuses (navettes à réglage automatique de la tension du fil ; frein pour le cylindre de la chaîne , réglant automatiquement la tension des fils; mécanisme actionnant les chasse-navettes à l'aide de leviers doubles placés en bas; dispositif permettant de lever les chasse-navettes et de remplacer les navettes à tout point d'arrêt de la machine ; autre dispositif empêchant la mise en marche de la machine pendant que les chasse-navettes sont levés; montage et enfilage automatiques des bobines dans les navettes; enlèvement automatique des bobines vides; etc.). Un de ces modèles avait 4,8 4 o navettes.

9 . Métiers pour bonneterie. — Si l'on en croit la plupart des auteui's, le premier métier mécanique à bas aurait été construit par l'anglais William Lee, pasteur à Woodborough, vers iSSg; l'inspiration serait venue au digne clergjman , à la vue d'ouvrages de tricot qu'exécutait sa fiancée : c'est pour perpétuer ce souvenir que la Compagnie de Londres a placé dans ses armes un métier avec un ecclésiastique et une jeune fille présentant à ce dernier une aiguille à tricoter. D'abord accueillie avec faveur en Angleterre, l'invention ne tarda pas à inspirer des craintes pour le travail manuel; Lee, découragé par l'indifférence de ses concitoyens, accepta les propositions de Sully, vint s'établir à Rouen, mais, après des alternatives de succès et de dures épreuves, mourut dans la misère vers 1620. Les ouvriers qu'il avait formés retournèrent à Londres, et cette ville devint bientôt un centre très important de fabrication, alors que le passage de Lee sur le sol français n'y laissait pas de trace.

Appréciant mieux cette fois le nouveau métier, l'Angleterre en interdit l'exportation sous peine de mort. Un Français courageux, Jean Hindret, pénétra cependant dans les ateliers de Londres et y recueillit assez de renseignements pour créer, en i656, au château de Madrid

(bois de Boulogne), une manufacture de bas pourvue de métiers mécaniques et spécialement destinée au travail des articles de soie.

Une obscurité assez profonde entoure les premiers développements du métier de William Lee. On sait néanmoins qu'il est parvenu depuis longtemps à un état relatif de perfection. Ses aiguilles rangées parallèlement dans un même plan horizontal et recourbées à leur extrémité en forme de crochet flexible; ses platines à double échancrure, maintenues dans des ondes à bascule, dont Tabaissettient replie en feston le fil étalé sur les aiguilles; son chariot mû à la main, portant réquipage entier des platines et des ondes à bascule, et permettant de pousser un feston formé sous les crochets pendant que le précédent passe au-dessus et va tomber en avant pour constituer une rangée de mailles, tous ces organes témoignent d une sagacité et d'une profondeur de conception vraiment merveilleuses. Leur complication même semblerait indiquer une longue élaboration par plusieurs générations successives. Bien que les détails du mécanisme aient subi plus tard de nombreuses modifications, le principe fondamental na pas varié.

Jusqu'en 1768, la machine primitive ne subit aucune transformation essentielle. À cette époque, le mécanicien anglais Strutt lui ajouta une mécanique à bascule, portant un second rang d'aiguilles, en avant du premier, de manière à adapter le métier au tricotage des bas à côtes. Cette addition est devenue le point de départ de toutes les combinaisons nouvelles d'aiguilles et de platines mobiles, qui se sont greffées postérieurement sur l'appareil ancien, pour pei mettre de pratiquer dans le tissu, pendant sa fabrication, des vides, des nœuds, des côtes imitant plus ou moins la broderie à la main. Les constructeurs anglais de la seconde moitié du xyiii*" siècle paraissent avoir devancé les nôtres dans la voie de ces perfectionnements; en 1780, le Gouvernement français dut même faire venir d'Angleterre des métiers pour bas à côtes en laine et en coton, métieis qui ne se répandirent guère au Nord de Paris avant 1789.

La première tentative de fabrication des tricots à jour ou ornementés semble avoir été entreprise par l'écossais Brotherston, qui, en 1774, appliqua le système de la tire lyonnaise au métier à bas ordinaire, afin d'opérer le basculement des ondes et des platines suivant

l'ordre réclamé par le dessin. Mais les embarras causés par Taddition de la tire firent préférer le système plus simple des cylindres d'orgue à dessins en relief, soulevant isolément, par Imtermédiaire de tiges glissantes, le bec antérieur des aiguilles à crochets. Au commencement du XIX* siècle, et malgré le blocus continental, la Grande-Bretagne inondait notre marché de tricots à jour, unis ou façonnés, et les efforts de la bonneterie française demeuraient impuissants contre cet envahissement.

Le§ métiers à tricot ne fonctionnaient pas automatiquement, puisqu'ils exigeaient l'intervention de l'ouvrier pour faire mouvoir l'équipage à chariot des platines à ondes. Des recherches persévérantes furent engagées, surtout en France, pour réaliser une marche parfaitement continue. Elles ne devaient pas être suivies de succès avant l'invention du tricoteur circulaire sans Jin, dont Decroix (1798), Aubert (1802), Leroy (1808), puis Andrieux (1821), imaginèrentles premiers éléments et où le système des platines à ondes cueillant, plissant le fil par leurs chutes successives, faisait place à une roue mailteuse^ dont la rotation abaissait progressivement le fil sur le corps des aiguilles. Le tricoteur circulaire fut plus tard modifié dans ses organes fondamentaux par un grand nombre de mécaniciens français, notamment par Jacquin (1 833) et par Berthelot, et perfectionné au point de produire sans difficulté les dessins ou ornements les plus divers. Tandis que la France établissait ses métiers circulaires, l'Angleterre en faisait aussi , mais de systèmes entièrement différents : après des essais remontant à 1 769 et dus à Samuel Wise, Brunel (auteur du tunnel sous la Tamise) construisait en 1816 un tricoteur circulaire, repris et amélioré ensuite par William Paget et Arthur Paget; Moses Melior transformait de son côté l'idée primitive de Brunel ; les deux types ainsi imaginés avaient l'avantage d'un petit diamètre correspondant à celui du bas et permettaient à l'industrie britannique de produire des bas tubulaires à des prix jusqu'alors inconnus. Mais on reprochait k la fabrication des tricots en nappes cylindriques l'inconvénient d'exiger, dans la plupart des cas, un découpage, alors que le métier ancien n'entraînait ni la même sujétion, ni les pertes correspondantes : aussi les fabricants de bas s'en tenaient-ils encore, vers 1 85 1 , au métier droit.

Ce métier avait reçu plusieurs améliorations. En France, Delarothière s'était distingué par l'invention du métier à chaîne ou k maille fixe et par i^elle de la mécanique à pieds; dès i83/i, le métier à chaîne, commué avec la jacquard, fournissait des produits de fantaisie recherchés à cause de leur prix de revient modéré. En Angleterre, Luke Barton (iSSâ) et Moses Mellor (i8/i3 à i85o) avaient réussi à faire des métiers presque entièrement automatiques, fabriquant à la fois deux, trois, quatre et même six bas; Tannée 1 854 vit apparaître l'automatisation complète, y compris les mouvements do diminution, avec les métiers Hine et Mundella, d'une part, Hine, Mundella et Onion^ d'autre part.

Le fonctionnement automatique du métier rectiligne à tricoter les bas constitua une des grandes nouveautés de l'Exposition de Londres, en 1862.

Dès lors, le progrès fut rapide. En 1867, grâce à l'application de la double fonture au métier mécanique , grâce aussi à l'heureuse combinaison des transmissions de mouvement, la production du métier rectiligne simple était centuplée. Le métier circulaire ne restait pas en arrière; à sa puissance de fabrication (jusqu'à 5 00,000 mailles par minute, au lieu de 5 0,000 comme sur le ipétier rectiligne le plus complet) , était venue se joindre la confection de tricots tout à fait comparables aut produits des métiers droits ; il réalisait parfois des effets analogues à ceux du métier Jacquard. Parmi les innovations relatives an métier circulaire , on remarquait un changement profond des systèmes antérieurs, la suppression des platines et de la roue mailleuse, l'adoption d'un nouveau type d'aiguille self-aeting^ qui effectuait ellemême le cueillage et qui avait été inventée en i853 par Townsond. Ce type d'aiguille apportait au métier une simplification extrême. L'une des conséquences de son emploi était l'apparition du tricoteur omnibus, Lamb et Buxtorf, rectiligne par sa forme, mais réunissant les qualités maîtresses des deux systèmes, c'est-à-dire la grande production unie à la variété de forme des pièces.

L'Exposition de 1878 fit ressortir l'usage de plus en plus général des aiguilles self-acting et l'automatisation complète des métiers, même pour la diminution et l'augmentation du nombre des mailles, qu'exigent

les rétrécissements et élargissements du bas tricoté. On constatait 1 accroissement de production dû à la division du travail, spécialement dans la fabrication des bas. Plusieurs emprunts directs avaient été faits au matériel du tissage proprement dit, par exemple l'application de larmure pour les dessins ajourés.

En 1889, le fait saillant était l'extension du domaine des tissus à mailles. Jusqu'alors, le métier à mailles n'avait guère d'autre ambition que de remplacer Taiguille à tricot; mais, depuis quelques annéeS, les tissus sortant de ce métier empiétaient sur le domaine des tissus à fil rectiligne; des tricots en laine étaient parvenus dans certains cas à se substituer aux draps, après avoir subi le foulage, le lainage et le tondage. La propagation de ces étoffes s'expliquait par la perfection do l'outillage, qui permettait de produire désormais sur le tricot des dessins de diflFérentes couleurs, d'y tracer des rayures ou de lui donner un aspect velouté, tout en lui conservant ses propriétés caractéristiques d'élasticité. Suivant le rapporteur des industries accessoires du vêtement, le métier Paget et ses similaires avaient épuisé leur carrière et allaient s'effacer devant le métier Cotton , vraie merveille de cinématique, dont l'introduction en France remontait à 1867.

L'Exposition de ,1900 a montré les anciens métiers, avec des perfectionnements plus ou moins notables : métier-cbaîne, founiissanl à la ganterie ses meilleurs tissus; métier circulaire à platines ou à mailleuses, outil principal de la bonneterie coupée; métier Cotton, producteur par excellence de l'article diminué ; métier rectiligne Onion ou Cotton à côte, pour les articles à côte; tricoteuse rectiligne. Un dérivé du métier à chaîne, également d'origine allemande, prévalait sur le Drekketen; entre autres mérites, il avait celui de faire seul dos tissus à double face, pouvant être laines des deux côtés. Parmi les progrès du métier Cotton , se rangeaient : l'augmentation du nombre des têtes porté à 12, 1 5 ou 18 ; l'adoption d'un système de passe-fils donnant des imitations de broderies ; l'habile utilisation de la jacquard , seule ou combinée avec les passe-fils, pour l'exécution des dessins à jour; etc. La tricoteuse rectiligne était rendue entièrement automatique et pourvue de 2, 4 ou 6 têtes. D'une manière générale, les machines à tricoter apparaissaient capables de produire les articles

façonnés comme les métiers hollandais ou Gotton. On remarquait une tricoteuse circulaire américaine pour maille carrée, ainsi qu un métier Jacquard, d'Emmanuel Buxtorf, dans lequel le dessin s exécutait au moyen de cylindres reproducteurs et par contact électrique.

3. Statistique commerciale. — La situation de la France au point de vue de la fabrication du matériel s'est sensiblement améliorée vers la fin du siècle. Nous avons maintenant, pour les métiers de tissage proprement dits comme pour les métiers à bonneterie , des spécifilistes expérimentés et sûrs d'eux-mêmes. Cependant notre pays reste tributaire de l'étranger.

Pendant la dernière période triennale du siècle, l'excédent annuel moyen des importations sur les exportations a été le suivant : métiers à tisser, i,5&3,ooo francs; métiers à bonneterie, 2 28,000 francs; métiers à tulles et à dentelles, 1,067,000 francs. Nos achats de métiers 4 tisser se font en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en Belgique; ceux de métiers à bonneterie, en Allemagne et en Suisse; ceux de métiers à tulles, en Angleterre, en Allemagne et en Suisse.

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