SONDAGES
réglable à volonté, avec injection d'eau système Fauvel; des dispositifs élastiques équilibrent à chaque instant le poids de la colonne; l'ouvrier règle sans peine la course et la vitesse suivant les roches à traverser; grâce aux injections d'eau, 1 élimination des débris s'accomplit automatiquement, les pertes de temps inhérentes à l'emploi des cuillers sont évitées et le trépan agit toujours sur la roche nette. On réalise ainsi des avancements de i â à â o mètres dans les terrains ordinaires et de 8 à 1 o mètres dans les terrains durs. Habituellement, les appareils sont combinés de manière à permettre de passer du battage rapide au battage à chute libre ou au forage par rotation.
Dès 1854, les inventeurs tentèrent d'utiliser le diamant dans le travail des roches dures. Les essais échouèrent longtemps par suite de difficultés tenant au prix du diamant et à l'imperfection de ses attaches sur les outils. Ces difficultés ont pu enfin être vaincues; on a réussi à employer le diamant noir ou le boort (diamant cristallisé) et à obtenir un sertissage convenable ; bien que pouvant être fait à froid, le sertissage donne un serrage plus parfait à chaud ; moyennant certaines précautions , le carbone et surtout le boort supportent sans altération la chaleur, pourvu que l'opération soit rapide. Dans les types actuels, l'avancement de la couronne et sa pression sont facilement réglés d'après la dureté de la roche, ce qui prévient les ruptures de la tige ou le bris des diamants. Outre l'avantage d'un travail rapide dans les bancs les plus durs, la sonde au, diamant agissant par rotation offre celui de fournir des témoins cylindriques faciles à étudier, au lieu des débris souvent trop fins dus au trépan. Elle s'adapte aussi bien aux explorations à des profondeurs dépassant 1,000 mètres qu'aux recherches superficielles.
M. Michel Lévy, dans son introduction aux rapports du jury de 1900, cite un forage de 2,00 3 mètres exécuté àParu8chowitz(Haute- Silésie), au travers d'un terrain houiller, et achevé en 189 5. Le maximum antérieurement atteint était de 1,768 mètres (sondage de Schladebach). De tels chiffres constituent le meilleur témoignage des progrès accomplis ^^\
^*^ Récemment, le sondage d'Olhain, au sud des concessions houillères du Pas-de-Calais, a été pousse jusqu à i ,5o^ mètres.
PONÇAGE DES PUITS. 7
Un des bienfaits de l'art du sondeur a été Touverture de forages artésiens dans le Sahara d'Algérie et notamment dans TOued Rir . Entreprise par les ateliers militaires du colonel Desvaux en 1 8 5 6 , l'œuvre s'est vaillamment poursuivie. À partir de 1878, l'industrie privée y a consacré des ressources importantes. Certains puits ont pu débiter jusqu'à 6,000 litres en une minute. De superbes oasis artificielles sont ainsi nées dans des régions jadis désolées: la culture du dattier y a pris un magnifique développement et produit d'abondantes récoltes; en même temps, la distribution d'eaux pures et saines faisait disparaître l'ancienne insalubrité locale. Il est inutile d'insister sur les services rendus par la création de ces oasis pour l'accroissement de la richesse algérienne et la pacification du pays.
3. Fonçage des puits. — Les sondages ne se limitent plus aux petits diamètres. Transformé par les progrès des arts mécaniques, l'instrument, si simple et si modeste encore vers i84o, a pris les dimensions gigantesques qui lui permettent aujourd'hui de réaliser le forage de puits à grande section.
On sait tous les obstacles que présente la traversée des terrains aquifères. La solution a été longtemps demandée au cuvelage ordinaire en bois, en fonte ou en maçonnerie, exécuté par reprises successives dans toute la hauteur des couches perméables. Mais ce moyen , tel qu'il était appliqué, ne suflSsait pas toujours à vaincre les difficultés; souvent aussi, il donnait lieu à des dépenses absolument excessives. Les ingénieurs ont dû chercher en conséquence de nouveaux procédés, d'une application plus générale et plus facile, avec lesquels le fonçage pût être pratiqué à niveau plein, ou du moins comme si on travaillait à niveau plein ^^'.
De nos jours, le système le plus ordinairement en usage est celui qui a été imaginé par Kind, puis perfectionné par Chaudron, inventeur d'un excellent cuvelage en fonte et de la boîte à mousse (1855-1857). H consiste à foncer le puits comme un trou de sonde de grand diamètre, puis, lorsqu'on est arrivé au terrain pouvant
(*) On est à niveau plein, quand Teau atteint la même hauteur à Tintërieur et autour du puits.
8 PONÇAGE DES PUITS.
servir de base au cuvelage, à introduire celui-ci, en l'allongeant à mesure qu'il descend. Appliqué pour la première fois au puits de Péronnes (Belgique), le procédé Kind et Chaudron constitua Tune des attractions de la classe du matériBl minier à l'Exposition de 1867^*^
Ce procédé laissait bien loin derrière lui les méthodes antérieures, telles que la méthode Triger à l'air comprimé, dont la première application avait été faite, en 1889, à un puits foncé dans une île de la Loire : le système Triger s'est, depuis, révélé comme un instrument d'une admirable fécondité pour les travaux du génie civil; mais, dans les mines, l'emploi en était limité aux terrains aquifères voisins de la surface. Une autre méthode, publiée en i856 par Guibal et analogue en principe à celle du bouclier employé par Brunel pour le premier tunnel sous la Tamise, avait le défaut d'exiger des installations assez complexes; l'expérience a montré qu'elle était d'un usage difficile.
Le système à niveau plein de Chaudron a permis, au contraire, d'aborder des gisements qui, sans lui, n'eussent probablement jamais été mis en valeur; grâce à son emploi, le creusement des puits ne rencontre pour ainsi dire plus de difficultés insurmontables.
Toutefois il peut être tenu exceptionnellement en échec par les sables boulants, quand l'épaisseur de ces sables dépasse quelques mètres. 11 y avait là une lacune qu'est venu combler un système plus récent. Sortant des sentiers battus, M. Poetsch a eu l'idée de congeler le terrain dans lequel le puits doit être foncé ; des trous de sonde sont, à cet effet, pratiqués sur la périphérie du puits et garnis de tubes destinés à recevoir une solution saline à très basse température. La première application date de i883; dès l'achèvement du puits de Jessenitz (Mecklembourg), percé à travers une couche aquifère de •y 5 mètres, le procédé si original de M. Poetsch avait sa place assurée dans l'exploitation normale des mines. Quelques succès éclatants ont confirmé depuis la valeur de ce procédé. Un exemple célèbre est celui du puits d'Auboué (Meurthe-et-Moselle), ouvert dans des calcaires durs et fissurés où circulait la nappe aquifère. Les déviations possibles des sondages sont à surveiller de près; une méthode ingénieuse et
^'^ Les puils de THôpital (MoseBe), où il avait été, employé, venaient de réussir au delà de loulo espérance, quand fut ouverte l'Exposition de 1867.