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S 6. HABILLEMENT DES DEDX SEXES

1. Observations générales. — Les branches de production se rattachant à rhabillement des deux sexes ont une importance exceptionnelle. Elles correspondent à un chiffre d'affaires de s milliards à 3 milliards et demi, dont 35o millions pour l'exportation.

On sait l'extrême variété des costumes nationaux, dans la première moitié du siècle. La fabrication était alors localisée ; il n'existait pas de grands ateliers; la solidité des étoffes et la stabilité relative de la mode; du moins pour les masses profondes du peuple, assuraient au vêtement une longue durée, et il n'était pas rare de voir certains habits se transmettre dans les familles du père au fils, de l'aîné aux cadets.

Le développement des voies de communication, l'accroissement et la diffusion du bien-être , la substitution du travail mécanique au travail manuel , provoquèrent une véritable révolution en unifiant le costume. Aux petits producteurs se juxtaposa la grande industrie de l'habillement.

Déjà constatée à Londres en i85 1 , la supériorité française s'affirma à Paris en 1 855. C'est d'ailleurs de cette époque que date l'entrée définitive de la machine à coudre dans le domaine des applications pratiques. Depuis, les Expositions universelles successives ont attesté les progrès incessants et l'extension continue de l'outillage mécanique, en même temps qu'elles montraient les grandes maisons plus nombreuses et plus puissantes : certains établissements de l'ancien et du nouveau monde occupent aujourd'hui des milliers d'ouvriers, et leur production se chiffre par millions.

Les traités de commerce de i86o ont été extrêmement favorables à l'essor de l'industrie française, qui, de i865 à 1870, a joui d'une prospérité sans égale. Malheureusement, les événements de 1870- 1871 déterminèrent une crise prolongée, firent passer à l'étranger un assez grand nombre d'ouvriers parisiens et favorisèrent la création d'industries rivales dans d'autres pays. Lors de la reprise des affaires, il y eut bientôt surproduction, et nos fabricants traversèrent une nouvelle période de malaise. Parmi les nations concurrentes, l'une des plus

redoutables était rAHemagne qui copiait les modèles français, imitait ses tissus et, grâce à sa main-d'œuvre économique, livrait à bon marché des articles d'apparence satisfaisante, sinon d'un fini et d'un goût irréprochables.

En présence du danger, nos industriels transformèrent leur outillage et leurs procédés. Ils ne tardèrent pas à se ressaisir complètement. La France garda sa prééminence incontestée dans les articles de choix et put soutenir victorieusement la lutte, pour les articles ordinaires, contre les Anglais, les Allemands, les Autrichiens.

2. Vêtements d'homme. — L'avènement du m* siècle, au lendemain du Directoire, a marqué pour l'homme l'abandon de la parure, qui est restée le monopole exclusif de la femme. A la fin de 1 800, les jeunes gens des villes se contentaient déjà du frac écourté à boutons en métal, du chapeau rond à larges bords et de la culotte courte avec bas blancs ou du pantalon large avec bottes à là russe. Peu à peu , la sobriété s'est accentuée pour conduire à l'habillement banal et sévère de nos jours. Toutes les tentatives faites dans le but de revenir à des costumes plus riches ont échoué.

Au début du siècle, les entraves du régime douanier empêchaient de recourir à des matières étrangères et limitaient les débouchés à ceux du marché intérieur.

Il n'y avait alors que des tailleurs proprement dits, c'est-à-dire des fabricants de détail , faisant sur mesure et alimentant les classes aisées; dans les ménages bourgeois et ouvriers , la maîtresse de maison confectionnait souvent elle-même les effets destinés aux membres de la famille; les pauvres gens se fournissaient chez les fripiers. En 1826, Parissot fonda à Paris le premier établissement de confection , celui de la Belle-Jardinière. Cet établissement et quelques autres, qui le suivirent de près, eurent des débuts modestes et pénibles; confinés d'abord dans les articles consommés par la classe ouvrière, ils éprouvèrent les plus grosses difficultés pour joindre à leur fabrication celle du costume bourgeois. Vers 1 85o , diverses circonstances vinrent modifier la situation; à partir de cette époque , le travail sur mesure ne cessa de perdre du terrain. Bientôt les traités de 1860, favorables tout à la fois à

l'approvisionnement des matières premières d'un prix modique et à l'expansion de nos produits sur les marches étrangers, les perfectionnements apportés à l'outillage, aux procédés, aux méthodes d'exploitation commerciale , l'adjonction d'ateliers sur mesure aux ateliers de confection, les progrès de la coupe, le fini plus satisfaisant de l'exécution élargirent le cercle d'opérations des confectionneurs, dont l'action s'étendit progressivement aux villes de second ordre, aux campagnes, et rayonna même par delà nos frontières.

Dès 1867, l'industrie de la confection avait conquis une place considérable; elle refoulait de plus en plus celle des tailleurs sur mesure, dont les affaires étaient limitées et qui devaient payer à un prix supérieur leurs matières premières, subir des mortes saisons, donner dès lors à leurs ouvriers un salaire plus élevé , se pourvoir d'un stock de marchandises dépassant leur débit, accorder aux acheteurs d'interminables crédits. Ce n'est point à dire que la production annuelle des tailleurs ne se fût pas accrue, grâce à l'augmentation générale du bien-être et au prestige de la fabrication française; mais les confectionneurs avaient marché d'un pas bien plus rapide.

Vers 1869, la concurrence des Anglais, des Belges et des Autrichiens, jointe aux mesures de protection prises par les Américains, engendra pour la confection un état de malaise, que la guerre de 1870 transforma en une véritable crise. Depuis, la situation s'est heureusement modifiée.

Les tailleurs, dont le nombre continue à décroître, se divisent en trois catégories : 1° les grands tailleurs parisiens, qui, par l'originalité de leurs créations, l'habileté delà coupe, la qualité des tissus, la perfection de la main-d'œuvre, le bon goût et l'élégance des produits, accaparent la clientèle de luxe de la capitale et de la province, et fournissent même beaucoup d'étrangers; 9° ceux qui habillent la bourgeoisie de Paris et de la province, et livrent à plus bas priîç des vêtements très soignés; 3"* enfin les petits tailleurs habillant la bourgeoisie modeste et travaillant en beaucoup de cas à façon. Une concurrence peu justifiée et sans doute passagère est faite actuellement par les maisons dites anglaises aux tailleurs des deux premières catégories, surtout à ceux de la seconde, qu'atteint également l'adjonction d'ateliers sur

mesure aux établissements de confection en gros. Quant aux petits tailleurs, ils deviennent de plus en plus rares. Certains tailleurs se consacrent à des spécialités, notamment à celle des uniformes d officiers ou de fonctionnaires; la France jouit, pour ces uniformes, dune réputation universelle et bien méritée. Si les tailleurs sur mesure ont souffert de la fabrication en gros, on doit reconnaître qu ils n'en rendent pas moins encore de réels services, parmi lesquels celui de stimuler les confectionneurs et de leur donner de bons modèles.

Aujourd'hui , les confectionneurs habillent directement ou indirectement plus des deux tiers de la population masculine du pays et leur chiffre d'affaires doit dépasser celui des tailleurs sur mesure. Ils se répartissent en deux groupes principaux, dont les pénétrations réciproques sont d'ailleurs fréquentes : le premier groupe comprend ceux qui font les habits d'ouvriers, et le second ceux qui font les articles de qualité moyenne ou soignée. Les maisons relevant du premier groupe ont leurs centres les plus importants à Lille, Amiens, Rouen, Paris. Celles du second groupe se trouvent à Paris, à Lyon et dans d'autres villes; elles se multiplient peu à peu et gagnent des localités de plus en plus petites; la plupart ont des ateliers sur mesure, dont l'exploitation leur' assure un supplément de revenus et les relève aux yeux du public; quelques-unes travaillent exclusivement pour la France, d'autres pour l'étranger seulement, les autres pour la France et l'étranger. Il existe des établissements consacrés d'une manière spéciale au costume d'enfant : cet article , qui s'use en peu de temps et doit être renouvelé à de courts intervalles, est à peu près monopolisé par la confection. Mentionnons encore, comme relevant dans une large mesure de l'industrie des confectionneurs, l'uniforme militaire des troupes, les livrées, les costumes de chasse, les costumes de sport auxquels l'automobilisme a donné tant de développement vers la fin du siècle.

Parmi les nombreuses matières qui servent au vêtement de l'homme, le drap tient la première place. Il représente en quantité la moitié au moins et en valeur les trois quarts de la consommation totale. À côté des draps de laine pure, on fait des draps de laine et coton, pour remplacer les toiles et cotonnades. Nos fabricants sont parvenus à créer une infinie variété d'étoffes, dont la plupart se recommandent

par leur prix peu élevé, leur bel aspect, leur élégance, ringénieuse combinaison des couleurs et des dessins.

Le personnel ouvrier comprend des coupeurs préposés à la taille, des appiéceurs chaînés de lassemblage et du finissage, des pompiers appelés à effectuer les retouches. Dans certains établissements de confection, la division du travail est poussée plus loin. L élément masculin forme environ la moitié du contingent; mais la proportion de l'élément féminin tend à s'accroître. Jadis, la France occupait beaucoup d'étrangers, surtout des coupeurs allemands et autrichiens: maintenant, elle se suffit presque à elle-même; néanmoins les ateliers de Paris comptent encore d'assez nombreux ouvriers anglais ou allemands, dont la présence se justifie par les exigences de la clientèle internationale; Lille emploie des Belges.

En général, le recrutement des coupeurs est difficile. Quelques-uns doivent être de véritables artistes. Tous ont besoin de goût, d'habileté manuelle, d'esprit inventif. Un bon enseignement professionnel serait extrêmement utile.

Parmi les ouvriers du vêtement, les uns travaillent chez le patron (coupeurs et pompiers), les autres à domicile (appiéceurs). Dans quelques branches de la confection, les chefs d'établissement ou les intermédiaires ont dû, par suite de la division du travail, réunir tout leur personnel en de vastes ateliers.

Le personnel est payé tantôt à l'heure, tantôt à la journée, tantôt aux pièces. Exceptionnellement, des coupeurs sont rétribués au mois ou à l'année. Au cours du siècle et surtout pendant la seconde moitié , le taux des salaires a subi une marche ascendante : cet accroissement a été, pour une certaine part, la suite de grèves successives; les interruptions de travail menacent principalement les tailleurs sur mesure, qui n'ont et ne peuvent avoir d'approvisionnements.

Chaque année amène des mortes saisons et des chômages périodiques, sinon pour les confectionneurs, du moins pour les tailleurs sur mesure.

Des efforts très louables ont été poursuivis en vue d'améliorer le sort des ouvriers par l'organisation méthodique de la prévoyance, par des institutions telles que caisses de secours, de secours mutuels, de

retraite. Sans méconnaître la diflBcultë de l'entreprise, les philanthropes sont unanimes à souhaiter une extension de la mutualité.

Notre importation annuelle moyenne, pendant la période triennale 1898-1900, a été de i,4o/i,ooo francs seulement, tandis que l'exportation atteignait 30,733,000 francs. La France réalise quelques achats en AngleteiTe, en Belgique et en Allemagne. Ses clients sont l'Algérie, la Chine, Madagascar, l'Angleterre, la Tunisie, l'Indo- Chine, le Sénégal, le Chili, la Martinique, le Brésil, la Belgique, la République Argentine, les Etats-Unis, etc.

3. Vêtements de femme. — Quand s'ouvrit le xix^ siècle, l'anglomanie, alors poussée à un haut degré ^ avait corrigé l'audace des merveilleuses. De la même époque date l'avènement du châle, qui fut importé de TOrient lors de l'expédition d'Egypte.

Sous l'Empire, le costume de la femme, tout adhérent qu'il fût, était moins osé que celui du Directoire ; le goût pour l'antiquité régnait alors en souverain maître. La Restauration hérita de ce goût, mais allongea progressivement la taille et lui rendit, vers iSâo, ses proportions normales; le corset rentra en faveur; des manches bouffantes, empruntées à la Renaissance, formèrent une sorte de contrepoids à l'échafaudage de la coiffure ; on doit aussi à la Restauration la blouse et le boa. Tout en acceptant les modes qui lui avaient été transmises, l'élégante de l'âge romantique y ajouta un cachet personnel. Les lionnes de i84o voulurent réagir contre la sentimentalité du romantisme; tandis que les manches se dégonflaient, le bas de la robe prenait plus d'ampleur, soit par la superposition de volants, soit par l'emploi de crinolines, renouvelées des anciens paniers; le costume s'agrémentait d'une mantille, d'un mantelet, d'une pelisse ou plutôt d'une écharpe. Mal inspiré, le second Empire augmenta encore la crinoline, lui attribua un volume ridicule; des étoffes pesantes, de lourdes passementeries, des manches à pagodes aggravaient Tallure disgracieuse du costume.

Après 1870, nous sommes entrés dans une période de goût plus simple, plus pur et plus affiné. Cette période se caractérise moins par l'esprit inventif que par l'érudition. Mais, si la femme glane dans le

passé, elle le fait avec discernement, témoigne de beaucoup d'originalité individuelle et sait imprimer à ses toilettes un véritable cachet de distinction.

L un des* faits les plus marquants du siècle a été la création de l'industrie des vêtements confectionnés. Née des mêmes causes que la confection pour hommes, la confection pour femmes est apparue vers i8/io. Eni8/i7,un fabricant parisien monta, le premier, une maison importante qui eut un développement rapide; d'autres négociants suivirent bientôt son exemple. Grâce aux facilités résultant des conventions commerciales de 1860 pour l'achat des matières premières et l'écoulement des produits , la nouvelle industrie prit un essor merveilleux; lors de l'Exposition de 1867, elle avait déjà à Paris un mouvement d'affaires de 55 millions (supérieur de i5 millions à celui des couturières) et envoyait ses produits dans tous les pays, notamment en Angleterre et en Amérique.

Sur ces entrefaites éclata la funeste guerre de 1870.. Les Anglais et les Américains portèrent leurs commandes à Berlin. Outillés pour une fabrication à très bas prix, les Berlinois gardèrent la clientèle que leur avaient apportée nos infortunes et envahirent même le marché parisien. Un instant, on put redouter l'anéantissement complet de notre industrie de la confection. Il fallut des prodiges d'énergie et d'initiative, des modifications profondes dans l'outillage et les procédés de travail, des efforts considérables dans la production des étoffes à bon marché, pour refouler l'invasion allemande, reconquérir le marché français et reprendre pied à l'extérieur. Le mauvais pas a été heureusement franchi. Néanmoins l'Allemagne est restée une rivale redoutable, en particulier pour les vêtements d'hiver : vers 1900, son exportation de vêtements dépassait 160 millions de francs.

Actuellement, l'industrie des vêtements sur mesure se répartit entre les couturiers, les couturières et certains spécialistes.

Les couturiers ne datent que de la seconde moitié du siècle. Dusautoy, rapporteur du jury de 1867, après avoir rappelé les motifs «rde bienséance et de pudeur;? qui avaient décidé Louis XIV à briser le monopole des tailleurs, s'étonnait de voir les hommes présider de nouveau à la toilette des femmes du plus grand monde, devenir ar-

bitres de la mode, chiffonner de la gaze, placer des rubans et des fleurs sur le corsage d une robe. Il exprimait Tespoir que ce caprice serait éphémère. Ses prévisions ne se sont pas réalisées ; on ne peut méconnaître d'ailleurs que le sexe fort ait montré un remarquable esprit d'invention, substitué le progrès à la routine et donné à la profession une haute valeur artistique. C est à Paris que se sont réunis tous les couturiers; ils créent non seulement les modèles, mais pour ainsi dire chaque costume. Rien de plus complexe ni de plus savant que leurs opérations; celui qui s'attacherait à leurs pas les verrait étudiant avec passion l'histoire du passé, visitant les musées de France et de l'étranger, fouillant les collections d'estampes, inventant les tissus, traçant des croquis d'ajustements, habillant des mannequins, puis des ouvrières, corrigeant sans cesse leur œuvre jusqu'à ce qu'elle soit parfaite, variant les combinaisons pour chaque cliente. A la prise des mesures par la grande première succèdent les travaux du coupeur ou de la coupeuse, de l'apprêteuse, de l'ouvrière aux corsages, de l'ouvrière aux jupes, de la manchière, de la garniçseuse, etc.; des essayages permettent de rectifier les défauts et d'assurer l'adaptation impeccable du vêtement au corps de la cliente. Tout se fait chez le couturier, sauf quelques travaux très simples, n'exigeant pas une surveillance assidue et susceptibles d'être confiés à des entrepreneurs ou à des entrepreneuses. A peine est-il besoin de dire que tant de soins doivent se payer : telle grande première reçoit des émoluments comparables à ceux d'un ténor d'opéra. La robe la plus modeste ne coûte pas moins de 5oo francs; le prix des robes de cérémonie atteint et dépasse parfois â 0,000 francs. Nos couturiers ont des clients sur tous les points de l'Europe et de l'Amérique; le chiffre de leurs affaires est évalué k lio millions par an; ils dirigent la mode, élèvent le niveau du goût, font prévaloir partout l'influence de l'industrie française.

A côté et presque sur la même ligne que les couturiers, on compte un petit nombre de grandes couturières, produisant surtout des toilettes de ville ou de soirée.

Ensuite viennent les maisons de deuxième ordre, occupant en moyenne de a5 à 5o ouvrières, habillant la bourgeoisie aisée de Paris et des grandes villes, livrant des costumes élégants et soignés, pré-

sentant dans un cadre plus restreint une organisation de même nature que celle des couturiers, recourant davantage à la façon au dehors. Les maisons de troisième ordre, dont le persoimel se compose de 20. ouvrières au plus, mettent en œuvre les étoffes que les clientes leur apportent; elles ont une organisation beaucoup plus modeste. Quant aux ouvrières à la journée, elles sont chaque jour plus rires, surtout à Paris.

Le groupe des spécialistes comprend les fabricants de costumes de sport, les tailleurs pour dames, les fabricants de manteaux.

Passons maintenant aux maisons de confection. Certaines d'entre elles produisent le vêtement riche, d'autres le vêtement demi-riche, d'autres encore le vêtement à bon marché; ces trois catégories de vêtements sont souvent réunies dans les grands magasins de nouveautés. A l'article confectionné peut être joint l'article mi-confectionné , que la clientèle achève à son gré et qui, naguère encore, avait du succès en province. Tantôt les établissements de confection travaillent exclusivement pour l'o^cportation; tantôt ils travaillent aussi pour la France et ont alors des magasins de vente au détail.

L'industrie de la confection s'est surtout développée à Paris; elle possède cependant de nombreuses maisons en province. Ses installations sont en général sommaires; sauf la coupe, l'ouvrage est fait par les soins d'entrepreneurs ou d'entrepreneuses , qui le confient soit à des ateliers, soit à des ouvrières travaillant chez elles isolément ou avec quelques auxiliaires. L'existence des petits ateliers constitue un bienfait pour la classe laborieuse; les machines à coudre, à plisser, à broder, à soutacher, occupent du reste si peu de place , qu'elles ont accès dans le plus modeste logis.

À la fabrication des vêtements confectionnés se rattache celle des modèles pour confection. Des maisons parisiennes pratiquent cette spécialité. Les modèles peuvent être livrés, non en grandeur naturelle, mais sous forme d^habillements de poupées : cet expédient fut jadis employé, à l'époque où la France était enveloppée d'une barrière infranchissable; encore soulevait-il de grosses diflBcultés, si l'on en juge d'après les négociations gravement engagées entre les cabinets de Versailles et de Saint-James, pour la délivrance d'un sauf-conduit en

faveur d une poupée qui devait porter au delà du détroit la dernière mode de la cour de France. Sur l'initiative dun comité de défense, des mesures ont été récemment concertées entre les maisons de couture et de confection, afin de limiter la concurrence étrangère, parfois déloyale, à laquelle donnaient lieu les ventes prématurées des modèles et le défaut de marques assurant lauthenticité des créations parisiennes.

La production française se distingue entre toutes par la beauté de la coupe, la grâce, la qualité des tissus, le fini du travail. Ses mérites sont universellement reconnus. Certains concurrents du dehors n hésitent même pas à lui rendre hommage en vendant de prétendus modèles français exécutés à l'imitation des dernières conceptions parisiennes.

On constate dans les tissus mis en œuvre une diversité prodigieuse, une mobilité continue qui leur a valu la désignation bien caractéristique de nouveautés. A chaque saison, 1 étoffe dominante change selon les caprices de la mode; néanmoins, d'une manière générale, ce sont les lainages qui tiennent la plus large place; les cotonnades ont aussi un rôle considérable.

Bien que soumis à des vicissitudes, le rôle des fournitures accessoires dans le costume féminin reste toujours fort étendu. On voit se multiplier les agréments de tout genre, de toute forme et de toute couleur, les passementeries, les broderies, les dentelles, les rubans, les fleurs, les plumes.

C'est l'élément féminin qui forme presque exclusivement le personnel ouvrier. La proportion des étrangers demeure partout insignifiante, sauf dans les départements frontières. Grâce à la préparation que les jeunes filles reçoivent sur les bancs de l'école primaire ou dans leur famille, au goût naturel de la femme française, à son instinct de l'élégance, à son intelligence, à son esprit inventif, aux facilités que donne le travail à domicile, le recrutement se fait sans peine. Les patrons n'ont pas jugé nécessaire de ressusciter l'apprentissage ; mais il existe à Paris et en province des établissements d'éducation professionnelle.

Pour la plupart des ouvrières, le travail est intermittent, et le

d16 CHAPELLERIE.

nombre des journées de travail ne dépasse pas 200 en moyenne par an. Alors que les confectionneurs de vêlements d'homme peuvent se soustraire, en partie, aux chômages périodiques, les confectionneurs de vêtements féminins, comme les couturiers et les couturières, subissent ces chômages dans toute leur rigueur; Tinstabilité de la mode ne se prête pas aux stocks constitués par avance. Il y a lieu toutefois de remarquer que les périodes de travail intensif pour la confection ne coïncident point avec celles de la couture et que , par suite , des échanges temporaires de personnel ont lieu entre ces deux branches d'industrie.

La mobilité du personnel , le peu de rapports des patrons avec les ouvriers, le cercle étroit dans lequel se meuvent les entrepreneurs sont autant d obstacles à Tépanouissenient des institutions philanthropiques. Quelques œuvres d'assistance ou de mutualité ont, pourtant, été créées et continuent à vivre.

Au cours des trois années 1898, 1899 et 1900, notre importation de vêtements féminins n'a pas dépassé une moyenne de 1,908,000 fr. ; les pays de provenance sont l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse, la Belgique. Notre exportation, principalement dirigée vers l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, la Bépublique Argentine, le Brésil, l'Espagne, s'est élevée à yB millions et demi. De 1871 à 1880, les sorties de vêtements des deux sexes n'atteignaient que 33,5oo,ooo fr.

4. Chapellerie. — La fabrication du chapeau de feutre était très limitée au début du siècle : eu égard au prix élevé de cette coiffure, la plupart des consommateurs lui préféraient le chapeau en laine et poil de chèvre mélangés, ainsi que les bonnets et casquettes en étoffe. Vers i84o, la production commença à se développer; en i85o, elle avait acquis une réelle importance. À cette époque, le travail était encore manuel et l'outillage des plus rudimentaires; toutes les manipulations restaient concentrées entre les mains d'un même ouvrier, qui arrivait à confectionner en moyenne deux chapeaux par jour; la profession exigeait un apprentissage prolongé.

Bientôt, les procédés se transformèrent par l'introduction progressive des machines. Grâce à ce changement et aux traités de 1860, l'indu-

strie du chapeau de feutre prit beaucoup d extension pendant la période de i855 à 1867. Jusqu'en 1 86 /i, Paris constituait un vaste entrepôt où venaient se réunir et se finir les articles fabriqués en province; les approvisionnements y présentaient une extrême variété; nous exportions en Europe, aux Etats-Unis, dans toute l'Amérique du Sud et quelque peu dans les pays d'Orient. L'Exposition de 1867 ti'^uva la fabrique française en pleine prospérité; un mouvement de décentralisation commençait d'ailleurs à se dessiner. Malheureusement, la guerre de 1870 nous suscita de vives concurrences; après une courte reprise, ces concurrences, la surproduction qui en résultait, enfin la création de manufactures dans des régions antérieurement tributaires de la France, provoquèrent un malaise persistant. Le chapeau de feutre allait en outre avoir à supporter une lutte difficile contre le chapeau de laine, dont la fabrication avait fait de remarquables progrès. Néanmoins nos industriels se défendirent courageusement, ne reculèrent devant aucun sacrifice pour l'amélioration de leur outillage et tinrent une place très honorable aux Expositions de 1878 et de

L'Exposition universelle de 1900 a montré le degré de perfection et de bon marché auquel est parvenue la production nationale. Nos fabricants ont le matériel le plus complet et le meilleur, sont des teinturiers émérites et cependant résistent avec peine aux assauts de la concurrence qui les enserre.

Une des caractéristiques dé la période contemporaine est l'entrée définitive du mat dans la mode.

Actuellement, notre industrie n'emploie plus guère que les poils de lapin et de lièvre. Son personnel ouvrier se compose d'hommes et de femmes, en nombre à peu près égal.

Pour la confection des chapeaux de laine, on se sert presque uniquement de laines d'agneau ou de déchets fournis par les peignages de laine.

Avant i85o, les chapeaux étaient généralement noirs, épais et lourds; la fabrication en gros n'avait pas encore été organisée. Vers i855, le chapeau devint plus souple et plus léger; les nuances se I?. 37*

IMrBIMIMI HATIOIIALB.

nmltipllèreiit. D'importantes manufactures s'installaient sur divers points du territoire. Deux ans plus tard, les machines comineneèrent à apparaître en France; le travail mécanique élimina peu à peu le travail manuel. L'industrie se développa graduellement de i865 à 188 a; ses [ïroduits, d'un prix modique, refoulaient la casquette et le ctiEipcau de feutre de poil. À partir de 1880, nous eûmes à subir la concurrenco de divers pays, en particulier de l'Allemagne. La surproduction en Europe créa une situation pénible, imposant à nos industriels de vigoureux efforts. Ces efforts ont abouti à de grands projjrès; le bilan du commerce extérieur français est redevenu assez satisfaisant.

L'élément féminin entre pour 35 à 4o p. 100 dans le personnel omrier.

Parmi les chapeaux de paille, on distingue les chapeaux tressés d'une pièce et les chapeaux formés de tresses réunies par une couture. La plupart des chapeaux tressés d'une pièce nous viennent de Chine, des Indes hollandaises, etc. , et subissent en France une transformation avant d^étre mis en vente; cependant nous fabriquons des chapeaux de latanier ou palmier, des panamas, etc. Quant aux chapeaux de tresses réunies par une couture, ils se subdivisent en chapeaux à couture apparente ou chapeaux cousus et en chapeaux remmaillés : ce sont les articles cousus qui occupent la plus large place dans notre production; les tresses viennent d'ailleurs en grande partie de 1 étranger, notamment de l'Angleterre, de la Chine, de l'Italie, de la Suisse,

A d'autres points de vue, les chapeaux de paille se répartissent en chapeaux pour' dames, chapeaux pour hommes et chapeaux pour enfants j ou encore en articles de haute mode et articles de grand courant-

Jadis, l'industrie des chapeaux de paille était très disséminée; il existait toutefois quelques centres importants dans l'Isère, dans le Tarnet-Garonne, à Paris, à Nancy et à Lyon. Vers i84o, naquit à Strasbourg cl dans la Lorraine aujourd'hui allemande la fabrication du chapeau de iatanier ou palmier, qui prit rapidement de l'extension

et à laquelle s adjoignit bientôt celle du panama. A cette époque, Paris constituait un entrepôt général où les produits recevaient leur garniture et leur cachet définitif; la production tendait à se concentrer.

Les traités de 1860 imprimèrent un puissant essor à Tindustrie française. Tout allait pour le mieux, quand survint la grève des ouvriers parisiens en 1867-1868; cette grève porta un coup fatal à la corporation de la capitale , favorisa la province , mais eut surtout pour effet d ouvrir notre marché à l'Angleterre. La guerre de 1870 et la Commune aggravèrent le mal, et c'est à peine s'il y eut, après le rétablissement de la paix, une courte période de prospérité factice. Malgré de courageux efforts, malgré la reconstitution en deçà de nos frontières de l'industrie alsacienne, la crise s'accentua sous l'action de la concurrence allemande, anglaise, puis chinoise. Il fallait d'ailleurs, au milieu de tant d'embarras, substituer au travail manuel l'emploi de la machine à coudre marchant à la vapeur. L'introduction du chapeau de jonc, tressé d'une pièce et envoyé par la Chine, vint encore préjudicier au chapeau de latanier, qui avait jusqu'alors assez bien résisté. L'Exposition de 1878 nous surprit en plein désarroi. Notre exportation était entravée par des droits protecteurs; le marché intérieur subissait une invasion irrésistible. Le chapeau rotin de Java ne tardait pas à entrer en lice. Des ruines multipliées se produisirent. En 1889, ^^ situation était améliorée; la France attestait une fois de plus sa vaillance et sa souplesse industrielle.

Depuis, les fabricants français ont poursuivi leur belle défense, favorisée du reste par la vogue des chapeaux de paille vers la fin du siècle. Leurs produits sont merveilleusement traités, remarquables par le dessin gracieux des tresses, irréprochables au point de vue du dressage, de la garniture et du fini. Nous maintenons nos positions à l'extérieur; le marché intérieur est reconquis pour l'article cousu, et le tressé s'y trouve en meilleure situation. Les principales manufactures ont leur siège dans l'Est, à Lyon, dans le Dauphiné, à Paris.

Le personnel ouvrier se compose d'hommes et de femmes, À l'époque

des mortes saisons, il se livre soit à d'autres professions, soit à la culture des champs.

Au commencement du siècle, le chapeau de soie se composait d'une carcasiie en carton recouverte de peluche. De 1837a 1882, deux faits exercèrent une influence salutaire sur la fabrication : le remplacement de ht carcasse en carton par une galette de feutre; la création de fabriques de peluche à Puttelange, Metz, Lyon, Tarare, l'Arbresle. Mais h'H transformations les plus décisives eurent lieu en 1 8^3 , époque à laquelle les Anglais imaginèrent la galette de toile, et en 1 85 4 , date du brevet pris par Laville pour les chapeaux à coiffe adhérente. De 1860 à 1867, l'iiidustrie du chapeau de soie traversa une ère de prospérité : la France occupait le premier rang; après elle se plaçaient rAng;ieterre et les Etats-Unis. À partir de 1867, ^^^ grèves et les progrès du chapeau de feutre amenèrent une période de décroissance.

Le chapeau de soie continue à lutter péniblement contre le cha- [>eau de feutre. Nos fabricants soutiennent avec succès la concurrence des autres pays et spécialemeirt de TAngleterre. Ils exécutent d une manière parfaite le montage, la tournure et la garniture. Les peluches ne sont plus altérées comme autrefois par lemploi du tour et les galettes offrent, en même temps que la résistance voulue, une légèreté sulVisante, mais susceptible sans doute d'être encore accrue. Jusqu'ici, la fabrication n'a cessé de se faire à la main; le peu d'importance de la consommation et la variété des modèles empêchent qu'il en soit autrement.

D origine fort ancienne, les bonnets et les casquettes sont établis en tissu, en peau, en fourrure. Vers 1860, le travail manuel a été remplacé par le travail mécanique.

La consommation s'était notablement réduite , par suite de l'abaissement du prix des chapeaux de laine et de paille. Récemment, le cyclisme , l'automobilisme et les autres sports l'ont ravivée.

Seuls, les chapeaux de feutre, les chapeaux de laine et les chapeaux de paille donnent lieu à un commerce extérieur d'une certaine

activité. Voici quels ont été les mouvements annuels moyens pendant la période 1898-1900 :

IMPORTATION

Chapeaux de feutre (Angleterre, Belgique, Allemagne) 9,090,000 francs.

Chapeaux de laine (Allemagne, Italie, Angleterre). 1 53, 000

Chapeaux de paille (Chine, Indes hollandaises, Allemagne, Italie, Angleterre, Suisse, Indes anglaises, etc.) 4,245,000

EXPORTATION

Chapeaux de feutre (Angleterre, Haïti, Algérie,

Allemagne, Guadeloupe, etc.) 490,000

Chapeaux de laine (Angleterre, Algérie, Colombie,

Allemagne, Belgique, Suisse, Chili, etc.). . . . 924,000

Chapeaux de paille (Angleterre, Algérie, Belgique, Brésil, Madagascar, Chili, Mexique, Martinique, République Argentine, Egypte, etc.) . . 7,478,000

Il y a vingt ans, les importatipns oscillaient autour de 1 million pour les chapeaux de feutre , un million et demi pour les chapeaux de laine, ao millions pour les chapeaux de paille. Les valeurs d'exportation relatives aux mêmes articles approchaient respectivement de 10 millions 200,000 francs et 12 millions.

5. Fleurs artificielles, plumes, modes. — Les fieurs artificielles comprennent: les fleurs, feuillages et fruits, pour la coiffure et la toilette des femmes; les fleurs, plantes, arbustes et arbres, pour la décoration des appartements et parfois des espaces extérieurs; .les fleurs et bouquets d'église; les couronnes funéraires.

Jusqu'en 1826, les produits furent assez grossiers; il fallait souvent une forte dose de bon vouloir pour y reconnaître une imitation quelque peu approchée des fleurs ou des plantes naturelles. Le progrès ne s'est manifesté qu'avec la division du travail et la spécialisalion des genres. Aujourd'hui, nos fabricants réalisent des merveilles de grâce, de légèreté et de vérité.

La diversité des matières premières est infinie : ce sont les tissus de soie, les tissus de fil, les tissus de coton, le papier, la baudruche, la plume, le verre, la cire, les gommes, les fils métalliques ou végé-

taux, le caoutchouc, la gutta-percha , la baleine, la gélatine, le coton brut, la porcelaine, le verre, les métaux ouvrés, les fleurs naturelles desséchées ou préparées, les matières colorantes, le' vernis, la colle de poisson, Tamidon, la dextrine,la glycérine , les huiles, les poudres brillantes ou colorées (paillon, bronze, brocart, poudre étincelle, poudre diamantée), etc.

Parmi les principaux perfectionnements , on peut citer lemploi des tiges flexibles en caoutchouc, la mise en œuvre de tissus simulant ceux des plantes, l'invention d'apprêts spéciaux, ladoption des couleurs d'aniline, la préparation de papiers nouveaux, la transformation des presses à découper et à mouler. Les procédés ont été simplifiés et les prix se sont notablement abaissés. On pousse à ses dernières limites le principe de la spécialisation.

L'industrie des fleurs artificielles a son siège le plus important à Paris et s'y exerce avec plus d'habileté que partout ailleurs; elle s'adapte bien d'ailleurs aux aptitudes de l'ouvrier parisien. Des commissionnaires centralisent les produits et effarent ainsi à la clientèle un choix aussi complet que possible.

C'est dans l'élément féminin que le personnel ouvrier se recrute pour la plus large part. Presque tous les travaux sont eff*ectués en atelier. La plupart des établissements subissent des mortes saisons; en outre, ils souff'rent périodiquement des fluctuation^ de la mode.

Il existe à Paris une société pour l'assistance paternelle des apprentis et apprenties de l'industrie des fleurs et plumes. Cette institution a été fondée en vue d'instruire et de moraliser les jeunes ouvriers des deux sexes ; elle rend les plus grands services.

Nos achats à l'étranger restent minimes; à peine l'importation de Belgique, d'Allemagne et de quelques autres pays a-t-elle atteint une moyenne annuelle de 1 89,000 francs pendant la période 1898-1 900. Les sorties, à destination de l'Angleterre, des Etats-Unis, de la Belgique, etc., se sont élevées à 26 millions; de 1871 à 1880, elles ne dépassaient pas 15,700,000 francs.

On divise les plumes en deux catégories, plumes d'autruche et plumes de fantaisie provenant des dépouilles d'oiseaux indigènes ou

d oiseaux exotiques autres que 1 autruche. L'industrie du plumassier comprend d'ailleurs deux branches, celle de la plume pour modes et celle 4^8 fourrures en plumes.

Avant 1870, les plumes d'autruche convergeaient vers Paris, qui monopolisait presque le travail de ces plumes pour la mode. Cette situation a été modifiée par un déplacement des centres de production. Depuis longtemps, des symptômes de dépeuplement se manifestaient en Afrique et en Asie, Vers i85o, sur l'initiative de la Société d'acclimatation de France, Hardy, alors directeur de la pépinière du Gouvernement général d'Algérie, entreprit des essais d'élevage; il les mena à bien et obtint en 1862 un prix fondé par M. Chagot, négociant parisien. Comme je l'ai déjà rappelé, les colons anglais et hollandais du sud de l'Afrique s'emparèrent aussitôt de l'idée et réussirent au delà de toute espérance; dès 1880, grâce à des procédés habiles d'incubation artificielle et d'élevage, ils n'avaient pas moins de 5 0,0 00 autruches domestiques, Londres devint le marché dominant et se livra bientôt au travail relativement facile de la plume. Puis, à la faveur de là protection douanière, d'autres centres de fabrication se créèrent à New-York, Berlin, Vienne, Varsovie, Milan, Bruxelles.

L'industrie des fourrures en plumes d'autruche est récente. Elle a débuté à Paris en 1 884, au moment où la matière première subissait une énorme dépréciation et où le prix du kilogramme descendait de 3,oooài,ooo francs. Plusieurs pays fortement protégés, notamment les États-Unis, imitent la fabrication française en s'inspirant de nos modèles.

Paris reste le marché principal , des plumes de fantaisie , hormis celles que fournissent les colonies anglaises et qui vont à Londres. À Paris aussi appartient la première place, en ce cpii concerne le travail de ces plumes pour la mode. Tantôt les plumes sont montées en forme d'aigrette par les procédés du fleuriste; tantôt on les frise ou on les ondule au fer; dans d'autres cas, on les accole de manière à reproduire le plumage varié des oiseaux; elles peuvent aussi être groupées en ailes fantaisistes ou en oiseaux factices. Ayant indiqué dans un précédent chapitre les manipulations auxquelles les plumes sont soumises avant leur mise en œuvre, je m'abstiens d'y revenir.

Devançant l'industrie des fourrures en plumes d'autruche, celle des fourrures en plumes de fantaisie est née à Paris, vers 1877. ^^^ ^P^ rations essentielles consistent à débarrasser les plumes duveteuses de leurs côtes au moyen de métiers spéciaux et à retenir le duvet dans une solution de caoutchouc et de benzine. Nous avons trouvé des imitateurs à l'étranger, spécialement à Varsovie et à Berlin.

La main-d'œuvre est presque uniquement confiée à des femmes; les hommes ne sont occupés qu'aux opérations mécaniques. En général, les ouvrières se spécialisent :. il y a, pour les plumes d'autruche, des assortisseuses, des couseuses, des friseuses, et, pour les plumes de fantaisie , des trieuses, des monteuses, des colleuses. Le travail est fait soit à l'atelier, soit à domicile. Chaque année amène une morte saison; les fluctuations de la mode éprouvent en outre le personnel ouvrier.

Pendant les trois dernières années du siècle, les mouvements d'importation et d'exportation se sont équilibrés : à l'entrée, /il, 577, 000 francs ( provenances d'Angleterre , des Etats-Unis , d'Allemagne,de Russie, etc.); à la sortie, /ii, 099, 000 francs (destinations d'Angleterre, des Etats-Unis, d'Allemagne, etc.). Il y a vingt-cinq ans, les échanges n'avaient pas autant d'importance, mais le bilan se soldait par un excédent des sorties.

La France et plus particulièrement Paris ont une renommée universelle pour les articles de modes. Nulle part ailleurs, on ne rencontre autant d'habileté de main, d'art délicat, de grâce , d'aptitude à l'arrangement des étoffes et des couleurs, de sens esthétique, de fertilité d'imagination, d'esprit d'invention.

Au premier rang sont les grandes maisons parisiennes, qui jouissent d'un prestige sans égal, fournissent des modèles au monde entier, contribuent puissamment à la vente extérieure de nombreux produits nationaux indispensables pour l'imitation fidèle de leui^ modèles. Ensuite viennent les maisons de second ordre , puis les petits ateliers de la capitale et de la province. Certains établissements fabriquent en gros pour la France ou pour l'étranger. Presque toutes les grandes maisons de nouveautés ont des ateliers spéciaux démodes.

Les matières premières consistent en formes (carcasses, feutres, pailles, etc.) et en accessoires (velours, soies, rubans, tulles, gazes, lainages, dentelles, broderies, passementeries, plumes, fleurs, fourrures, perles, jais, etc.). Elles proviennent généralement des manufactures françaises ou du moins y sont soumises à des préparations avant de pouvoir être mises en œuvre.

Jamais, le personnel n'est très considérable; il comprend au plus 5o à 60 personnes, même pour les établissements qui ont la plus vaste clientèle : ces établissements recourent en effet à des entrepreneurs intermédiaires. Le travail reste presque uniquement manuel.

L'industrie des modes n emploie, pour ainsi dire, que des ouvrières. Celles-ci sont dirigées, dans les ateliers de luxe ou de gros, non seulement par la maîtresse de maison, mais aussi par des premières, qui créent lés modèles; elles ont souvent telle ou telle spécialité. Au personnel se rattachent les apprenties : il n existe pas d'écoles professionnelles. Par suite des variations incessantes de la mode, les travaux sont très irréguliers; néanmoins l'assistance et la mutualité n ont pas encore été organisées : la dissémination des ouvrières constitue un obstacle sérieux aux institutions de ce genre.

Notre commerce est prospère. 11 conserve ses débouchés à l'étranger, malgré la concurrence, malgré les droits de douane, malgré le sans-gène avec lequel nos modèles sont copiés et même nos marques empruntées dans certains pays '^'. Les maisons parisiennes sont parvenues à un bon marché étonnant pour les articles ordinaires d'exportation.

La valeur des articles importés a toujours été minime : pour la période 1898-1900, la moyenne annuelle ne dépasse pas •79,000 francs. Pendant la même période, les sorties à destination de l'Angleterre et, dans une bien moindre mesure, de la Belgique, de l'Allemagne, etc., se sont élevées à 88,700,000 francs environ; de 1871 à 1880, elles étaient inférieures à 18 millions.

(*) Des concurrents du dehors vont jusqu'à noms de nos modistes les plus connues. L'inemployer, pour des produits de basse qualité, délicatesse se double ainsi d'une injure aux des coiffes de chapeaux de femme portant les maisons dont la marque est usurpée.

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