CHAUSSURES
serait sans intérêt de suivre ici pas à pas l'évolution de ces procédés. Passons donc immédiatement à l'Exposition de 1867, qui marqua un progrès considérable. La chaussure sur mesure se distinguait alors par une main-d'œuvre des plus soignées; grâce à l'outillage nouveau et au\ traités de 1860, la fabrication en gros avait pris un grand essor; toutes les tiges, excepté celles des bottes, étaient piquées mécaniquement; Tune des vitrines contenait des chaussures entièrement faites à la machine. Notre commerce d'exportation prospérait; les produits français en cousu-main, en cousu-machine, en cloué ou en vissé s'expédiaient vers tous les pajs du monde.
Lors de l'Exposition de 1878, on put constater une nouvelle étape franchie dans la voie du travail mécanique; beaucoup de fabricants exposaient des chaussures confectionnées soit en partie, soit en totalité, à la machine. Mais il était réservé à l'Exposition de 1889 de montrer des chaussures parfaites de confection et de qualité, obtenues par l'emploi exclusif de moyens mécaniques et dans des conditions remarquables d'économie. Les formes et les patrons avaient d'ailleurs été sensiblement améliorés. Malgré la concurrence de divers pays, la chaussure française continuait à être justement appréciée, et nous exportions partout où ne se dressaient pas des barrières de douane infranchissables. Le rapporteur du jury évaluait la production nationale à 900 millions, dont un tiers absorbé par les salaires, et le chiffre d'affaires de Paris à î^îoo millions.
En 1900, la France s!est montrée incontestablement digne du premier rang pour les articles dits à la main. Sans posséder encore la maîtrise des Etats-Unis dans le maniement des procédés mécaniques, elle y a cependant fait preuve de progrès rapides et d'une véritable habileté.
Paris a des chausseurs incomparables, qui travaillent exclusivement sur mesure et sont les instigateurs de la mode. Ces artistes du genre survivront, surtout pour la chaussure féminine, à l'invasion du machinisme. Au-dessous d'eux se placent les cordonniers sur mesure de valeur secondaire, dont les jours sont comptés et que tuera fatalement la confection.
Deux industries accessoires, mais intéressantes, méritent d'être
citées : celles des chaussonniers et des galochiers. La tendance de la fin du siècle est d'embellir autant que possible les chaussures et les galoches, d'en faire parfois des chaussures luxueuses.
Nous sommes tributaires des Américains pour l'achat des machines et il nous faut subir, de ce chef, des exigences draconiennes. C'est une cause de faiblesse, qui, d'ailleurs, pèse également sur les autres peuples.
• Les États-Unis ont poussé la chaussure mécanique à un tel degré de perfection , que la chaussure sur mesure n'y est pour ainsi dire plus connue. Ils offrent l'assortiment de formes le plus complet qu'on puisse désirer; les longueurs et les largeurs sont presque graduées par infiniment petits.
Avec la France et l'Angleterre, l'Autriche compte parmi les pays d'Europe où la fabrication de la chaussure a pris le plus de développement. Les Autrichiens travaillent encore pour une très large part à la main; ils semblent s'orienter de préférence vers la chaussure féminine.
De 1898 à 1900, notre importation annuelle moyenne n'a pas dépassé 1,170,000 francs; les pays de provenance sont l'Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique, etc. Nos ventes à l'Algérie, à l'Angleterre, à la Suisse, à la Belgique, à l'Allemagne, à la Guadeloupe, à Madagascar, à la Réunion, etc., ont été de 19,296,000 francs. En 1881, l'exportation avait atteint 98,880,000 francs; son affaissement s'explique par l'accroissement de la production locale dans les pays qui formaient notre clientèle, par l'élévation des droits protecteurs contre lesquels nous nous heurtons et par l'expansion des produits américains.
10. Articles divers. — Au commencement du siècle, la mode était aux cravates à flots avec broderies ou jours. Puis vint le carcan militaire de la Restauration, bientôt remplacé par des cravates longues ou courtes. En i8â5 paraissait à Paris un ouvrage traduit de l'anglais et définissant quatorze manières différentes de mettre la cravate.
L'année i83o fut fatale à la cravate longue, faisant deux fois et
plus le tour du cou et formant un gros^ nœud sur le col de la chemise. C'est en effet à cette date que naquit le col-cravate, plus facile à revêtir et moins coûteux.
En i86a, l'Exposition de Londres montra l'extension considérable du col-cravate et marqua l'apparition des cols ou cravates pour dames, ensuite délaissés par la mode. Cinq ans après, lors de la deuxième Exposition universelle internationale de Paris, la fabrication s'était notablement développée. La production française de tissus et d'articles confectionnés occupait le premier rang, au point de vue des mérites et de la quantité; notre chiffre d'affaires atteignait 3o millions, non compris la vente des étoffes de Lyon et de Saint-Etienne destinées aux fabricants étrangers. Vers cette époque, l'application des fermetures mécaniques métamorphosa la fabrication et, sans éliminer complètement le col noué à la main , le relégua peu à peu au second plan.
Un changement défavorable se manifesta dans notre situation, de 1870a 1880. La disparition des cravates de femme et l'invasion des tissus ou articles confectionnés à bas prix engendrèrent en France une crise pénible. Depuis, nous avons regagné le terrain perdu, grâce aux efforts des Lyonnais qui n'ont pas hésité à faire des tissus économiques, moins coûteux même que ceux d'origine allemande.
Les matières mises en œuvre sont nombreuses. Mais la soie pure ou mélangée domine; elle figure pour près des neuf dixièmes dans la valeur des articles importés et pour six dixièmes dans celle des articles exportés.
Presque toute la fabrication des cols-cravates de France est concentrée à Paris et à Lyon. Elle se fait à la main et au moyen de la machine à coudre. Tantôt les producteurs organisent des ateliers spéciaux, où sont formées des apprenties; tantôt ils recourent à des entrepreneuses, qui appliquent très largement la division du travail.
Il existe maintenant peu de pays qui n'aient une production assez active. Aussi avons-nous perdu une forte part de notre clientèle étrangère, notamment aux Etats-Unis. Les mouvements du commerce extérieur sont restreints; notre exportation reste un peu supérieure à l'importation; le courant d anglomanie qui se dessinait récemment en France semble enrayé.
Le corset proprement dit remonte à François P'. Sous le Directoire, le retour au costume antique avait fait naître un petit corselet dit à la paresseuse, qui était dépourvu de baleines, s'attachait dans le dos par des rubans et n'exerçait qu'une pression modérée. Ce sacrifice au bon sens ne fut pas de longue durée; les élégantes de la Restauration portèrent des corsets rigides, lacés à l'arrière.
À partir de i8âo, l'industrie du corset prit un grand développement : de 1838 à i848, le nombre des brevets atteignit 64. En 1 83 2, un Suisse, Jean Werly, établit à Bar-le-Duc la première manufacture de corsets tissés, dans lesquels les poches y augmentations ou rétrécissements, étaient obtenues mécaniquement. Bientôt, la fabrication française acquit à l'étranger une réputation méritée au point de vue de la coupe, de la façon et des mesures propres à éviter tout danger ou toute gêne. Lors de l'Exposition de i84^, la production parisienne occupait 6, 5 00 ouvrières et s'élevait à 7 millions de francs, dont cinq sixièmes pour la vente en province ou l'exportation.
Notre supériorité s'affirma aux Expositions suivantes.. En i855, Paris restait au premier rang pour le corset cousu et avait un chiffre d'affaires de 10 à lâ millions, avec 10,000 ouvrières; Bar-le-Duc, Thizy et Lyon fabriquaient le corset tissé.
L'apparition de la machine à coudre contribua puissamment au progrès de Tindustrie corsetière, qui ne cessa de croître, surtout après 1870. De 1867 à 1878, la production du corset en gros avait plus que doublé : le rapporteur du jury de 1878 l'évaluait à 1 1 millions, dont 7 pour la fabrique de Paris, et son estimation péchait sans doute par insuffisance ; le corset tissé ou sans couture était demeuré presque stationnaire ; la concentration de la vente dans les grands magasins de nouveautés portait une sérieuse atteinte au corset cousu sur mesure.
Pendant la période de 1878 à 1889, beaucoup de fabricants de Paris et de la province modifièrent profondément leurs moyens d'action, en créant de véritables usines, en y réunissant tous les perfectionnements de la mécanique moderne, en y employant la vapeur pour mettre en mouvement les machines à couper, à coudre, à plisser, à ganser, à poser les œillets, etc., ainsi que pour apprêter et repasser lea corsets. Les ateliers par entreprise encore existants tendaient à
diminuer. On évaluait, en 1889, ^^^^^ chiffre d'affaires à 5o ou 55 millions, somme dans laquelle la main-d'œuvre entrait pour 30 à 22 p. loo. Dix-huit à vingt mille ouvrières y trouvaient des moyens honorables d'existence. L'exportation française atteignait 1 ,5 00, 000 fr. ou 2 millions; ses principaux débouchés étaient aux États-Unis, dans l'Amérique du Sud, sur les diverses places de l'Europe (sauf la Russie qui se protégeait par des droits prohibitifs) et dans les colonies anglaises.
Comme ses devancières, l'Exposition de 1900 a été tout à l'honneur de la France, qui s'y distinguait par la variété de genres, de coupes et de formes, par un judicieux emploi des tissus les plus divers, par le bon ajustage et l'élasticité, par les qualités hygiéniques, par la liberté de mouvements laissée au buste. Malgré le préjudice que lui causent les grands magasins de nouveautés, le corset sur mesure a gardé des adeptes et même reconquis des positions perdues. La fabrication du corset tissé ne se maintient que dans les anciennes et importantes maisons de Bar-le-Duc. Nos industriels sont en mesure de lutter contre leurs concurrents étrangers, pour les articles à bas prix. Paris conserve le monopole de la clientèle riche et élégante; Lyon, Laigle, Meaux, Orléans, Trojes, Toulouse, Blois, Marseille, Bordeaux, Le Mans, Lille, Alençon, Rouen ont d'importantes manufactures.
Dans presque tous les pays, en Allemagne, en Angleterre, en Autriche-Hongrie, en Belgique, aux Etats-Unis, en Italie, etc., l'industrie corsetière a progressé et amélioré son outillage , son organisation, ses méthodes de travail. Plusieurs gouvernements l'ont d'ailleurs favorisée, par exemple en accordant aux matières premières le bénéfice de l'admission temporaire.
On sait que les corsets actuels sont d'une seule pièce, dont les bords s'agrafent sur la poitrine, ou de deux pièces, qui s agrafent de même sur le devant et se réunissent à l'arrière par un lacet simple ou un lacet à âme en caoutchouc : ce dernier type est le meilleur pour l'hygiène.
Ambroise Paré, attaquant la mode du corset comme funeste à la santé de ses clientes, rapportait qu'il avait vu sur sa table de dissection de jolies. femmes à taille fine, fleurs côtes chevauchant les unes par-
ff dessus ies autres 'j. En i855, le rapporteur du jury définissait le corset ffun instiniment de gêne et de mensonge, destiné à déformer la ir femme 7>; il lui reprochait de déplacer les organes, d'en gêner les fonctions et de déterminer les maladies les plus graves, surtout chez les jeunes filles. L'un et Tautre prêchaient dans le désert; ils ne pouvaient avoir raison de la coquetterie féminine. Des palliatifs ont été étudiés à diverses époques. L'une des inventions récentes les plus marquantes est celle du corset scientifique, qui peut être Torigine d'une évolution profonde.
L'industrie du corset a pour annexes celles des buses en acier, des haleines de corne et des haleines véritables. Nous n'importons pas de biiscs en acier; mais notre exportation représente un demi-million. Les haleines de corne sont tirées de cornes de huffle des Indes, dont la préparation exige lemploi de presses hydrauliques, de scies à ruhan, de machines à doler, de tours à poncer et à pofir, de rabots perfectionnés; c'est une fabrication en décadence. Malgré la concurrence de l'Allemagne, les fanons de baleine font encore, sur notre marché, l'objet de transactions assez actives.
Les mauvais plaisants ont souvent dit que t les premières bretelles savaient été portées par les sans-culottes t^. Cet atroce jeu de mots a du moins le mérite de nous apprendre que l'invention de la bretelle remonte à la période révolutionnaire.
Jusqu'en i83o, on employait la bretelle ouvrière, formée de deux lisières en drap, avec une boutonnière à chaque extrémité, et la bretelle bourgeoise, dans laquelle la lisière était remplacée par des étoffes superposées ou par du cuir et de l'étoffe, avec partie rendue élastique au moyen de petits ressorts à boudin. L'une et l'autre se faisaient à la main.
Cependant deux Rouennais, Duval et Gosse, avaient déjà entrepris la confection des bretelles à l'aide de métiei*s primitifs en bois et, en 1826, leur compatriote Antheaume, simple ouvrier tisserand, avait imaginé les tissus tubulaires. Après divers essais, Antheaume réussit à construire un métier à six bandes; son invention, combinée avec l'emploi du fil de caoutchouc que la maison Rattier et Guibal de Paris importait d'Angleterre, marqua l'origine des tissus élastiques.
Vers i836, apparurent la bretelle russe, bientôt perfectionnée par le va-et-vient, ainsi qu'un autre système désigné du nom de chevalet.
La période de i84o à i85o fut exceptionnellement féconde. Baron, de Rouen, inventa la bretelle rétrécie ; l'outillage fit de grands progrès; la vulcanisation donna au caoutchouc des qualités qui lui manquaient jusqu'alors. Il en résulta une telle poussée qu'entre i85o et 1860 la production dépassa de beaucoup les besoins de la consommation et ({ue nos fabricants subirent une lourde crise.
Après 1860, la fabrication avait repris une allure normale. Son chiffre d'affaires, évalué à 9 ou 1 o millions en 1 867, pour les bretelles, les ceintures et les jarretières, s'était accru de plus de 5 o p. 1 00 en 1878. Il ne parait pas avoir sensiblement progressé depuis cette dernière date.
En dehors de Rouen, Saint-Etienne et Saint-Chamond sont des centres importants de production, le premier pour les bretelles, jarretières et ceintures, le second pour les élastiques de chaussures. Rouen emploie des tissus de coton ; la Loire met en œuvre des tissus à trame de soie. La Somme a quelques manufactures importantes. Paris fournit des articles de luxe et de fantaisie.
[^'industrie des tissus élastiques est très développée aux Etats-Unis.
^us le premier Empire, la canne était déjà ce que nous l'avons vue de notre temps, une tige en bambou, en jonc, en rotin, en ébène, en laurier, en épine, en poirier, etc., couronnée par une pomme ou une poignée plus ou moins riche. Les variations du diamètre, de la longueur, de l'ornementation, suivant les caprices de la mode, n'en ont pas altéré le caractère.
On ne peut non plus constater que des modifications d'ordre secondaire pour les cravaches et le» fouets de chasse.
Le parapluie date , en Europe , du xvii* siècle. Il paraît être issu du parasol à l'orientale, usuel avant cette époque, et avoir pris naissance en Angleterre, pays particulièrement pluvieux. Ses débuts furent pénibles; ceux qui le portaient se voyaient en butte aux lazzi intéressés des cochers. C'était du reste un instrument fort incommode, ne pesant pas moins de 1,600 grammes : son poids a progressivement diminué
HABILLEMENT. ARTICLES DIVERS. Uh
et, vers i85o, ne dépassait plus aBo à ooo grammes. A l'origine, le parapluie avait une couverture en soie gommëe ou en coton ciré, des extenseurs en jonc, des baleines également en jonc ou en fanon de baleine , des articulations très primitives ; on le tenait par un anneau , le manche renversé; un autre anneau maintenait les plis de Tétoffe enroulée. Peu à peu , il s est transformé et perfectionné : les anciennes attachés ont fait place aux disques à encoches et aux fourchettes ; Taçier en u a remplacé le jonc et la baleine ; le ruban, l'élastique et, naguère, le godet se sont substitués à l'ancien anneau de fermeture, etc. Ai-je besoin de rappeler que le parapluie a eu ses heures de célébrité, notamment sous Louis-Philippe, et qu'il a vaillamment résisté aux sobriquets de riflard, de pépin et de robinson, dont on s'était plu à l'accabler.
D'abord très lourde , Vombrelle est devenue plus légère et plus élégante, surtout à partir du règne de Louis XIV. On a successivement fait la couverture en peau de daim , en paille , en toile cirée , en taffetas, en satin , en moire, en blonde, en dentelle, en guipure, avec des broderies, des flots de rubans et d'autres ornements variés; certaines ombrelles de grand luxe étaient jadis décorées de miniatures. Le manche, la pomme ou la crosse, tout a servi de motif pour enrichir le parasol et flatter la vanité des femmes. Deux variétés d'ombrelles ont eu leur période de vogue : la marquise et la pompadour à manche brisé, que beaucoup d'entre nous ont encore connues aux heures de la jeunesse. Bien que le beau sexe n'ait pas eu le monopole des ombrelles, l'homme n'en a fait qu'un usage discret.
L'industrie des cannes, parapluies, ombrelles, a dû, comme les autres, réduire le travail à la main, irrégulier, lent, incertain, et recourir aux machines, balancier, tour, banc à tréfiler, scie circulaire, etc. Dès 18/19, ^^ révolution dans les anciens procédés était presque accomplie; le chifl*re d'affaires de la fabrique française, pour les parapluies et les ombrelles, atteignait 20 millions. En 1878, ce chiffre était passé à 45 millions, dont 97 fournis par les articles de soie, i3 par les articles d'alpaga, 5 par les articles de coton. A la même époque, Paris, principal centre pour les cannes, les fouets, les cravaches, avait une production de 5 millions. La France occupait le
premier rang dans la fabrication des articles de pri\; après avoir lutté péniblement contre d'autres pays, en particulier contre l'Angleterre, pour les parapluies et ombrelles à bon marché, elle était parvenue, sinon à les surpasser, du moins à les égaler. Jamais exposition n'avait été aussi brillante ni aussi riche que celle de la section française en 1889; Paris gardait la prépondérance au point de vue du goût et de la variété des modèles, mais la décentralisation s'accentuait nettement; une innovation consistait à courber sur pied les bois destinés aux cannes et aux manches de parapluies ou de parasols.
Notre situation est restée excellente à la fin du siècle. Les seules concurrences sérieuses sont celles de l'Angleterre, pour les cannes, et de l'Italie , pour les parapluies.
Les bouttms sont faits de matières très diverses : métal , passementerie, étoffe, nacre, verre; céramique, corne, os, corozo, papier, etc.
C'est vers la fin du wiii® siècle que la mode, délaissant les boutons d'étoffe, se porta sur les boutons en métal, souvent ciselés, sculptés, émaillés, décorés de miniatures. Longtemps, ces boutons conservèrent une forme plate ; garnis de mastic et sertis , ils laissaient beaucoup à désirer. Après i83o, la forme ronde prévalut et la fabrication reçut de notables perfectionnements. Paris a une réputation méritée poui' les boutons en métal, spécialement pour les boutons artistiques, dont les patines et le coloris sont traités de main de maître ; le bouton parisien en acier est inimitable; des améliorations successives ont été apportées à l'estampage, au reperçage, à l'ajourage. Une catégorie spéciale de boutons métalliques est celle des boutons pour pantalons, dont la fabrication mécanique a pris un développement considérable.
Les boutons de passementerie sont confectionnés à l'aiguille et au crochet ; bien que fortement concurrencée , la France l'emporte toujours grâce au fini de l'exécution.
Autrefois, le bouton d'étoffe ou bouton cousu était formé d'une étoffe et d'un moule en bois. Ce modèle a fait place au type à queue de fil imaginé en 1 844.
Encore dans l'enfance en i83o, le bouton de nacre n'a réellement
progressé qu'à partir de iSAy, date à laquelle le découpage manuel fut remplacé par le découpage mécanique et où naquirent la machine à percer ainsi que la machine à graver. Aujourd'hui . le polissage s'effectue soit au tour, avec du tripoli et de l'acide sulfurique, soit à la planche, soit au tonneau. Les départements producteurs sont l'Oise, la Somme, le Pas-de-Calais, Tlsère, les Vosges, le Lot-et-Garonne. Des procédés nouveaux de teinture ont puissamment contribué au développement des articles de nacre.
Gablonz et les environs (Bohême) monopolisent presque la fabrication du bouton de verre et y emploient le procédé du mou-
De l'Angleterre, où elle avait eu son origine en i84o, l'industrie des boutons de porcelaine est passée à Briare. Son importateur l'avait d'ailleurs profondément modifiée. Un outillage remarquable permettait de mouler à la fois plusieurs centaines de boutons, de fixer les anneaux, d'en vérifier automatiquement la solidité, d'arracher les pièces défectueuses ou mal soudées. Cette fabrication s'est implantée en Allemagne, en Italie et aux Etats-Unis, sous la protection des droits de douane.
Pour faire les boutons de corne, on ramollit la matière dans l'eau bouillante, on la découpe en rondelles, on la moule et on procède au finissage. D'habiles fabricants sont parvenus à revêtir ces boutons d'un aspect nacré, à les incruster, à leur donner le caractère d'articles de deuil. C'est une industrie parisienne.
Le département de l'Oise, celui du Nord et Paris produisent les boutons de corozo. Entreprise en France vers 18 7 5, la fabrication dispose d'un bon outillage.
Créés en 1 844, les boutons de papier ont trouvé leurs premières applications dans la cordonnerie et la carrosserie. La production française est monopolisée par des établissements de Paris et de Pontà-Mousson. Elle exige un matériel compliqué (tours, étaux limeui^s, fraiseuses, machines à percer, cisailles circulaires, machines à découper, presses, balanciers, tours à arrondir et à polir, encarteuses, cylindres trieurs, cylindres à vapeur pour le mouillage des vernis, étuves).
L'Autriche-Hongrie est un des principaux pays producteurs. Elle excelle dans les articles de nacre et de verre.
Deux types caractéristiques se dégagent de Timmense variété des éventails : celui de Téventail à tige , ne se repliant pas sur lui-même ; celui de Téventail pliant. Le premier comprend non seulement les petits éventails-écrans tenus à la main ou suspendus à la ceinture, mais aussi les éventails plus grands que des serviteurs spéciaux avaient et ont encore dans certains pays la mission de porter et d'agiter devant leurs maîtres, enfin ces gigantesques appareils qui se susj>endaient au plafond des vieux palaié assyriens et que Ton continue à rencontrer dans l'Extrême-Orient.
Il serait oiseux de retracer ici les formes si diverses de l'éventail à manche, de dresser une nomenclature des matières si multiples employées à la confection des éventails de tout genre.
Pour le décor, on a eu recours à la broderie, au découpage, à la ciselure, à la sculpture, à la gravure, à l'émaillage, aux ornements d'or, d'argent, de verroterie, de rubans, de fleurs, de pierres précieuses, de perles. Les éventails ont servi de thème à des peintures exquises, à de légères aquarelles, à des gouaches séduisantes ; on y a représenté des idylles, des allégories, des faits politiques ou scientifiques, des scènes patriotiques, des caricatures ou des satires; dans un genre plus prétentieux, on y a reproduit en miniature des tableaux de maître ; beaucoup d'artistes en renom ont consacré leur talent à fournir des compositions spéciales. La lithographie en noir ou en couleurs a été mise à contribution. Des inscriptions, des devises, des sentences, des refrains populaires, des autographes, ont souvent illustré les feuilles de l'éventail.
Au temps de l'ancienne monarchie, les éventails français étaient réputés pour leur goût et leur élégance. Notre industrie subit une éclipse lors de la Révolution, puis traversa une période assez prolongée de malaise sous le premier Empire. Sa renaissance date de 1829. En i844, l'usage de l'emporte-pièce, du découpoir, du balancier, de la presse lithographique, était déjà fort répandu. Bientôt le développement de l'outillage mécanique, l'emploi des machines pour le débi-
tage des bois, pour le découpage des montures, pour l'impression des feuilles, pour la broderie, pour le plissage, la diffusion du sens artistique, la mise en pratique de bonnes méthodes d'apprentissage et la démocratisation du luxe donnèrent un nouvel essor à la fabrication; notre chiffre d'affaires atteignit 1 2 millions.
Les grandes Expositions universelles ne cessèrent d'attester le goût élégant, la fantaisie, l'invention, la verve, la conscience irréprochable* des fabricants français et de leurs collaborateurs. Elles montrèrent de véritables objets d'art, remarquables par la finesse des sculptures, le mérite des peintures, la beauté des dentelles et des broderies, le travail des plumes, de l'ivoire et de l'écaillé. Paris et le département de rOise avaient une prééminence incontestée.
Depuis quelques années, la France a dû se cantonner dans les articles de luxe et, par suite, restreindre sensiblement sa production. En effet, le Japon, toujours à l'affût des nouveautés et de leurs reproductions possibles, inonde l'Europe d'éventails légers et bien finis, d'un bon marché étonnant. D'autre part, l'Espagne et l'Italie, profitant du bas prix de leur main-d'œuvre, ont créé de grandes manufactures pour les articles de consommation moyenne. Les effets de la concurrence se sont, d'ailleurs, fait sentir plus lourdement encore que chez nous dans d'autres pays, comme l'Autriche qui éveillait en 1889 ^^^ P^^^ belles espérances.
Nos éventails de luxe et de fantaisie restent universellement appréciés. Ils sont aujourd'hui composés de manière à faire partie intégrante de la toilette et à s'y marier étroitement.
Pendant la période triennale 1898-1900, les mouvements annuels moyens d'importation et d'exportation ont été les suivants, pour les cravates, les corsets, les parapluies, les boutons et les éventails :
IMPORTATION
Cravates (Angleterre, Allemagne, Suisse) 670,000 francs.
Corsets 1 5,ooo
Parapluies (Angleterre, Allemagne , etc.) i&5,ooo
Boutons (Allemagne, Autriche-Hongrie, elc.) .... 820,000
Eventails (Japon, Espagne, etc.) 33o,ooo
lUI'RIMtKlK «ATlOIAbB.
EXPORTATION
Cravates (Angleterre, Algérie, Mexique, Belgique,
Suisse, Allemagne, Chili, etc.) 670,000 francs.
Corsets (Angleterre, Suisse, Belgique, Algérie,
États-Unis, Pays-Bas) 1, 3 10,000
Parapluies (Indo-Chine, Madagascar, Algérie, Indes
anglaises, Japon, Chine, Mexique, etc.) 3,3 10,000
Boutons (Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Etats- Unis, Allemagne, Espagne, RépvJ)lique Argentine, Egypte, etc.) 8,620,000
Éventails (République Argentine, Angleterre, Belgique, Brésil, etc.) i,2/i5,ooo