‹ Le bilan de l'étatismeChapitre 34 sur 55 · SITUATION DU COMPTE SPÉCIAL AU 31 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

SITUATION DU COMPTE SPÉCIAL AU 31 DÉCEMBRE

Actif réalisable.

Débiteurs divers

Commissariat aux essences (2) . . . . Fr. 36.949.829 17

Passif

Créditeurs divers

Commissariat aux essences 89.373.407 84

Situation du même compte au 30 juin 1919.

Actif réalisable.

Débiteurs divers

Commissariat aux essences Fr. 10.332.969 75

Passif.

Créditeurs divers

Commissariat aux essences Fr. 362 . 500 . 000 ^

Ce qui signifie que le compte spécial avait fait, pour le compte du Commissariat, aux dates du :

Paiements. Encaissements.

31 décembre 1918. . Fr. 36.949.829 17 89.323.407 84 30 juin 1919 10.332.969 73 362.500.000 »

Il résulte des clauses du Consortium, à l'article 3 de la Convention du 29 mars, que celui-ci avait à payer à l'État le

sariat aux essences continuent à être imputées à la deuxième section da Compte spécial. Le contrôle des dépenses engagées est assuré en principe par le contrôleur des dépenses engagées du soussecrétariat du Ravitaillement ; mais en fait celui-ci ne connaît qu'irrégulièrement les contrats passés par le Commissariat et faute de renseignements sur les prix de revient, il ne peut s'assurer que ceux-ci ne sont pas supérieurs aux prix de vente. Son contrôle est donc plus théorique que pratique. » On voit que si la comptabilité privée était inexistante, la comptabilité publique était bien mal assurée.

(2) Le chiffre total du produit s'élève à 1.104.688.750 fr. 44. L'intendance figure dans ce chiffre pour plus de 1.040.000.000 francs

montant des factiiros étaWie» par celui-ci. Les encai9»emi3nlS'

so rapportent donc à pou près exciusivoment aux cefif^ions

faites par TËtat au Consortium. Les paiements Kont en principe

afférents à toutes les dépenses engaj^ée» par le service des-

essences, les frais généraux d'administration exceptés, qui.

sont converts directement par le budget. Ces frais se sont

élevés *

En 1919 Fr. 137,123

En 1920 500.000

En 1921 544.250

Il a été présenté pour l'exercice 1922 des propositions de^ dépenses de 337.068 francs.

Mais la situation exacte du compte des pétroles ne ressort aocnnement des chiffres relevés au 31 décembre 1918 et au 30 juin 1919. Il apparaît en effet que le service paie infiniment moins qu'il n'encaisse et la raison en est siniple. La plus grande l)artie des marchandises est acquise à crédit et leur prix figura j)armi la dette contractée par la France envers l'Amérique et l'Angleterre.

Aussi faut-il renoncer délibérément à tirer au clair l'exacte situation commerciale de l'État pétrolier. Elle ne pourra apparaître qu'au moment du règlement des dettes interalliées,. et l'on doute qu'une discrimination sera faite alors dans les paiements français pour connaître quelle part il convient d'en appliquer à chacun des chapitres de dépenses anciennes. C'est pourquoi les données connues du compte spécial des pétroles sont aussi peu instructives que les précédentes.

La loi du 31 juillet 1920, article 70, avait ouvert ce compte : Il devait être crédité « du solde créditeur au 31 juillet 1920 des opérations afférentes aux essences et pétroles, retracées dans la deuxième section du compte spécial du ravitaillement. » A combien ce solde s'élevait-il ? Nous n'avons pas pris soin de le rechercher à la source officielle. Le renseignement est de peu d'intérêt, dès lors qu'il ne doit pas contribuer à éclaircir la situation finale.

Nous avons pourtant une indication qui résulte de la comparaison des soldes créditeurs successifs, rendus publics pour les arrêtés de compte du 31 mars et 30 juin 1921.

Le 31 mars, ce solde était de 74.477.000 francs.

Il atteignait le 30 juin 1.415.043.000 francs.

Dans l'intervalle, au mois de mai, avait été effectué le virement du premier compte au second. Mais ces chiffres n'ont aucune signification. Ils représentent à peu près le montant des ventes faites par le Consortium pour le compte de l'État, les achats restant à régler.

Au demeurant, la gestion d'État se soldera-t-elle par un bénéfice ou par une perte ? On ne saurait le dire. Il est impossible de savoir ce que vaut le chiffre supposé des bénéfices initiaux, puisque le calcul qui en fut fait repose sur une pure évaluation du prix de revient, compté d'après les cours du change à ce moment. Achetant à crédit, l'État n'a même pas pris soin de se conformer à la règle élémentaire de prudence qu'un commerçant n'eût pas manqué de suivre : se couvrir. Il lui est impossible d'établir aucun compte, même provisoire*

Quelle conclusion faut-il tirer de cette histoire et quelle moralité ? Nous avons vu se manifester tous les signes d'incapacité que l'État multipHe, dès qu'il prétend se mêler d'affaires. Le spectacle nous était connu. Mais il semble qu'il fut ici particulièrement instructif, par l'effet de l'enthousiasme dont les chefs de l'administration du monopole furent saisis, à la vue des premiers bénéfices escomptés, et qui les conduisit à nous découvrir leur orgueil et leur inexpérience. Et nous sommes ainsi conduits à souligner l'une des causes de l'impuissance industrielle de l'État : sous les institutions sont toujours les hommes et l'incapacité de l'État, c'est d'abord et avant tout l'incapacité des hommes politiques. Elle n'est point médiocre déjà dans leur spécialité, qui est la question de gouvernement. Elle est radicale, lorsqu'il s'agit du mode d'activité qui réclame le plus de prudence, d'énergie et de compétence, l'activité du grand chef d'industrie. Si l'homme qui doit sa première qualité au suffrage universel, a tendance à si mal comprendre celui qui gouverne la production ou

réchange, c'est qu'il le tient trop souvent, faute d'être éclairé lui-même, pour un épicier.

Les mots ne peuvent suppléer les faits. Cela parait assez clairement, quand l'homme d'affaires répond à l'homme politique sur les questions de sa compétence. Ce dernier s'étant épanché en considérations ardentes et hâtives: <?; En quoi, réphque l'autre (1), les achats par l'État permettent-ils à la libre concurrence de s'exercer dans l'intérieur du pays ? En quoi l'État est-il mieux placé que les particuliers pour s'adresser à tous les pr^oducteurs grands et petits ? En quoi la fixation d'un prix unique pour toute la France procure-t-elle des économies sur les transports ? Quel avantage y a-t-il pour le pays à ce que l'État obtienne des crédits à long terme ? Où l'État trouve-t-il des crédits à long terme ? »

De tant d'affirmations oratoires, quand on les passe au crible, on voit qu'il ne reste rien. Il ne reste rien non plus des grands projets, éclos dans l'esprit des hommes politiques, gérants de monopoles pendant la guerre, et qui avaient rêvé de les rendre définitifs. La flotte d'État a été liquidée en partie sur chantier, presqu'avant d'avoir navigué. Le Consortium des pétroles a été dissous comme les autres. Si l'État enfin n'a fait que se charger de dettes, l'étatisme du moins a fait faillite dans l'opinion, sous la lumière de l'évidence.

La moralité qui se dégage de tout ceci semble bien être : « Ne point vendre la peau de l'ours... » à moins qu'il ne s'agisse « de la poule aux œufs d'or. »

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