SCÈNE III
Les Mêmes, BERTA.
RKINHOLD.
Mamzelle Berta!... ma jolie fiancée!
BERTA
Elle-même, monsieur Reinhold... (s’asseyant) et horriblement fatiguée, je vous assure.
TOBIAS
Votre demeure n'est pas loin d’ici, cependant...
BERTA
C’est vrai; mais voilà deux heures que je parcours la ville... d’aboi’d pour demander partout des serviteurs sages et fidèles... monsiem- Reinhold m’a chargée de ce soin... il veut que notre maison...
REINHOLD
Soit montée comme celle d’un bon et riche bourgeois... mes moyens me le permettent... Ensuite?
Ensuite, pour ma toilette de fiancée, n’a-t-il pas fallu voir la brodeuse, la couturière, le gantier?... Monsieur Reinhold veut que le jour de notre mariage...
REINHOLD
Ma fiancée soit mise aussi bravement que la fille d’un conseiller aulique... mes moyens me le permettent.
TOBIAS
Oh ! les florins ne te manquent pas.
REINHOLD
Grâce aux économies du vieil oncle Martin... qui voulait nlvsolument me déshériter... quel brave homme!
TOBIAS
Dirj que c’est à cause de sa mauvaise humeur contre toi que tu as aujourd'hui toute sa fortune !
BËRTA à Toliia^.
Comment cela?
TOBIAS
C’est bien simple; il avait déjà mandé le notaire... et comme celui-ci prenait la défense de Reinhold...
REIMIOLD.
Celle du faible et de l’orphelin...
TOBIAS
L’oncle Martin se mita débiter des paroles...
REIMIOLD.
A faire tourner la girouette de la cathédrale... Le notaire, entêté comme tous les notaires qui poitent perruque, se mit à contrarier l'oncle Martin, ..
TOBIAS
Alors la colère du vieil oncle n’a plus eu de boimes... il a donné de grands coups de poing sur la table...
REINHOLD
Et sur le notaire...
TOBIAS
Le sang lui est monté à la tète... il n’a pas eu le temps de lester...
REINHOLD
Et voilà comme il m’a fait gracieusement son légataire universel... '
BERTA , riaot
On assure cependant que l’oncle Martin avait quelque raison. ..
REINHOLD
Calomnie! calomnie!... ma vie a été calme, pure, limpide... un innocent petit oiseau qui se pose sur une branche...
BERTA
Peut-être pour conter fleurettes aux jeunes filles qui viennent se reposer sous l’arbre.
Eh bien! je le confesse, oui, il y a eu un certain Reinhold assez mauvais sujet : u Sortez de ma maison, lui ai-je dit..: je ne veux pas fréquenter un gaillard de votre espèce; sortez ! » Et il est parti... Rassurez-vous, Berta, il ne se présentera jamais devant vos yeux!