REINHOLD, TOBIAS
TOBIAS, apercevant ReinlioM qui reste en scene.
Eh bien ! ami Reinhold, tu ne viens pas?...
REIMIOLD.
Tout à l'heure... ami Tobias... j’attends quelqu’un.
TOBIAS
Un camarade?...
REINHOLD
Non... mieux que cela.
TOBIAS
Ah! Je comprends... quelque amourette...
REINHOLD
Une amourette... Oh ! dis la passion la plus vraie... la plus durable... un ange, mon ami... le plus gracieux visage...
TOBIAS
Bien... nous y voilà... et dans huit jours, si je te parle de l’ange au gracieux visage, tu m’enverras au diable, comme d'habitude, en me disant que tu n’y songes seulement plus...
REINHOLD
oh! cette fois, je suis pris!... attaché!... Figure-toi un pied, des mains...
TOBIAS
Mais, mon pauvre ami, voilà la vin^-cinauième fois que tu rencontres des pieds, des mains... Tu devais les aimer toute la vie... tu le jurais...
REINHOLD
Oh ! cette fois, ami Tobias... c’est pour toujours!... Vois-tu, Marguerite et moi, mêmes goûts, mêmes penchants... Et puis, notre première rencontre a eu lieu d’une façon si inattendue, si touchante...
TOtU.\S^ jouant le Mintiment.
Au bord du ruisseau de la prairie?...
REINHOLD
Non... au bord d’un puits... Celui-là... (ii montre lepuUs au milieu du théâtre.)
TOBIAS^ riant.
En effet, c’est touchant !...
REimiOLD.
Oh ! ne plaisante pas... Le soir même de mon arrivée dans ce village, où je suis à vous attendre depuis trois jours...
TOBIAS
Oui, pour commencer joyeusement notre tour d’Allemagne...
REINHOLD
Ce soir-là, dis-je, j’entends au loin la voix fraîche de quelques jeunes filles. . . Tu sais l’effet que ça produit toujours sur moi...
TOBIAS, secouant la tète.
Oui, oui!...
REINHOLD
J’accours sur cette place... Oh! Tobias, qu'est-ce que je vois?... des amours... des nymphes !... Une entre autres... Dorothée !...
TOBIAS
Tu viens de me dire Marguerite?...
REINHOLD
Attends donc... j’aperçois Dorothée, et je m’écrie tout ému : «Oh ! celle-là, c’est fini, c'est pour la vie! »
TOBIAS
Et Marguerite?...
Attends donc... elles étaient venues là pour puiser de l'eau... elles riaient... caquetaient... Dorothée surtout... Je m’approche d’elle... tu sais comme je m’approche des femmes... Je la regarde... tu sais comme je regarde les femmes... Elle lève les yeux sur moi; moi, je baisse les miens, comme par modestie... et j’allais entamer ma déclaration, lorsque le gracieux babil des jeunes filles cesse tout à coup, et les voilà qui montrent du doigt, en ricanant, une pauvre petite qui venait aussi chercher de l'eau au puits.