ACTE I
' TORIAS, soupirant comiquement.
Enfin ! nous arrivons à Marguerite !
PEINHOLD.
Oui, c’était elle, ami Tobias, c’était Marguerite!.. Elle portait gentiment ses deux jolis petits seaux... Elle approche, essaye de tirer la maudite corde!... Impossible !... Alors, je m’élance, et avec l enei gie que donne l’amour, je dépose gracieusement aux pieds de M irguerile unseau tout plein d’une eau limpide... Elle me remercie avec une voix encliantercssc, et moi, je m’écrie avec transport : « Madeiiioiselle , vous venez de fixer ma destinée... Désormais, je vous consacre mon existence... A toute heure du jour et de la nuit, venez près du puits, je serai là... j’en fais le serment... je serai là !... »
TOBIAS
Alors, que prétends-tu faire?... Rester ici ?...
REIMIOLD.
Oui, mon ami... Partez., moi, ma vie est sur ces bords...
(n montre le puits.)
TOBIAS
Trêve de folies, Reinhold !... N’est-ce pas déjà assez malheureux pour toi d’avoir perdu l’espoir de toucher la succession de ton oncle, maitn* Martin, le plus riche tonnelier de la bonne ville de Bamberg?...
REINHOLD
Oui, il veut me déshériter... c’est son idée fixe...
TOBIAS
A cause de tes continuelles amours, de ta paresse au travail... Mais qui sait?., en apprenant que tu as fait avec nous le tour d’.Mlemagne, que tu us enfin rudement manié le maillet de tonnelier, peut-être reviendra-t-il sur sa funeste résolution... Allons, allons, tu seras des nôtres... et, là-dessus, comme nous mettons, selon l’usage, notre argent en commun, et que je suis trésorier de la bande, j’ouvre mon escarcelle et je te dis :«Verse, verse, compagnon Reinhold, l’escarcelle est grande, et elle attend qu’on la remplisse!... »
REINHOLD, retournant ses poches.
Rien, rien!...
TOBIAS, riant.
Ah! ah! ah! te voilà comme les autres... Regarde... ils ont versé là-dedans tout ce qu’ils pos.«édaient... (secouant rescarceiie, qui est Yide.) Voilà... je suis le plus riche; il me reste ceci... (il montre une pièce d argent qu'il a tirée du ^a poche.)
REINHOLD
Un florin...
Oui, pour nous défrayer dé tout dans l'è voyage...
REINBOLD.
Bah! bah !... quoique tu n’aies qu'un florin^ tu es riche^ ami Tobias...
TOBIAS
Et quelle est ma richesse, s'il te plaît?
REINBOLD.
Tes chansons, parbleu!... C'est une fortune dans notre bonne Allemagne... Et, si quelque porte se ferme, sur la route, devant les honnêtes compagnons tonneliers, alors, Tobias, le maître chanteur, Tobias, dit le Chardonneret, que voici, entonnera joyeusement des complaintes ou des ballades, et les verroux céderont bien vite à sa voix.
DüO.
Oui, grâce à la mélodie,
En joyeux maîtres chanteurs.
Vous saurez, je le parie.
Attendrir partout les coeurs;
Vous serez toujours vainqueurs !
Toujours vainqueurs !
> Oui, grâce à la mélodie.
En joyeux maîtres chanteurs,
Nous saurons, je le parie.
Attendrir partout les cœurs.
Nous serons toujours vainqueurs !
ENSEMBLE
Toujours vainqueurs !
REINBOLD.
L*hôte le plus intraitable.
Grâce à vos chants, s’adoucit...
11 vous offre, dans l’étable.
Lit de paille pour la nuit.
TOBIAS
Mais c’est trop peu que le gîte !
Nous voudrions... à crédit...
Nous procurer, au plus vite.
Un souper simple et petit.
REINBOLD, à Tobias.
Allons, chante, mon maître,
Pour obtenir cela.
Et l’hôtelier peut-être Bientôt s’attendrira.