BASQUE
— I- E TAMBOUR |)E iQroupe Je côte du Surtout de Bacclius) P.'ile tendre (1772)
! Petit Tria non. - Exemplaire pâte dure)
LES DERNIÈRES ANNÉES DU BISCUIT LOUIS XV
quoique un peu lourds, comme tout ce cortège où l’on trouverait plus de mouvement que de vie.
Qui dessinait cependant, à la manière de Pigalle, ces groupes, ces figurines? Bachelier peut-être, ou un sculpteur du dehors, qui, précisément, exposait au Salon de 1773 une bacchante dansant et portant des cymbales, — l’académicien Félix Lecomte, élève de Falconet. Bacchanales d’enfants, tètes de ménades, groupes de Bacchus et du dieu Pan, paraissent avoir été les thèmes favoris de cet artiste, à qui la faveur de M. de Marigny et de Madame Du Barry procurait alors de nombreuses commandes du Roi, pour l’hôtel des Monnaies, l’Ecole militaire et Louveciennes.
De Louveciennes, la demeure luxueuse de la dernière favorite, à Sèvres, il y avait plus d’écart qu’entre Bellevue et la Manufacture assurément. Cette différence n’empêcha point Madame Du Barry de rendre à la porcelaine de France la protection et l’appui qui auraient pu lui manquer depuis la mort de Madame de Pompadour.
Dès qu’elle eut triomphé de l’opposition des Choiseul, soit par amour du luxe élégant, soit par désir de faire sa cour au Roi, soit par dessein arrêté d’imiter la première favorite, la dame de Louveciennes prétendit en 1770 à son tour au rôle de Minerve, ou d’Aspasie. Les inventaires de ses collections, les comptes de ses commandes aux artistes ont permis de noter tous les détails de ces libéralités, que solda le Trésor royal, ciselures d’or et d’argent demandées à Roettiers, bronzes travaillés par Gouthière, meubles de Riesener, bas-reliefs de Lecomte et Monnot, statues de Vassé et d’Allegrain, peintures de Fragonard, de Drouais, de Vien : tout un musée d’art, dont l’aquarelle de Moreau, à défaut de la réalité, nous a conservé l’image vivante.
En quatre années, de 1771 à 1774, qui ont suffi à l’éclosion de cette moisson d’art, malgré les efforts de l’abbé Terray contre la dépense de la Cour, la Manufacture de Sèvres a fait porter à Louveciennes et à Versailles pour plus de 50,000 livres de services, de vases, de figurines et de groupes. Une clientèle si précieuse valait les hommages et les égards que Sèvres
ne marchanda point, dédicaces à la Du Barry de vases, de couleurs même, attentions particulières aux artistes qu elle recommandait.
Cet échange de bons offices entre la favorite et la fabrique royale s’affirmait aux ateliers du biscuit, de 1771 à 1 773, comme s’étaient marquées les faveurs de la Pompadour et du Hoi, dans des bustes modelés par les artistes du temps en l’honneur de la maîtresse royale.
Deux bustes de la Du Barry en pâte tendre, qu’il ne faut pas confondre avec les biscuits fabriqués aujourd’hui à Sèvres au moyen de surmoulages récents, ont survécu aux destructions de l’époque révolutionnaire.
L’un est conservé au musée de Sèvres, celui qui a servi de type aux éditions modernes, avec sa date et le nom de son auteur : Pajou sc. regius f'aciebat 1771. Il y est arrivé en 1869 par le zèle de Massue, qui l’obtint d’un collectionneur, M. Houanet de Gouville. Le propriétaire, qui le céda, l’avait acquis du fils de l’acteur Armand, à qui Madame Du Barry, par testament, l’avait laissé. Peu d’objets d’art ont un état civil et une histoire aussi bien établis.
Nous savons non seulement la série des maisons où il a passé, mais l’époque précise où il est entré aux ateliers de Sèvres. C’était en l’année 1771. Pajou, qui, comme Falconet, avait trouvé auprès de Lemoyne des leçons décisives pour l’avenir et la forme de son talent, s’imposait depuis dix ans au public par son habileté à traduire l'expression et la grâce des physionomies françaises. 11 se classait déjà comme le successeur de son maître, dont nous le voyons sur le beau pastel de Madame Guiard occupé avec une gratitude attendrie à fixer le visage distingué et mobile. Le buste du grand dauphin, commandé après la mort de ce prince, en 1767, par le précepteur de ses fils, le duc de la Vauguyon, la statue de Marie Leczinska exécutée en 1769, recueillie par le Louvre, désignaient Pajou, après Lemoyne, comme le sculpteur officiel des personnages en vue. Et nulle, certes, n’était plus en vue que Madame Du Barry en 1770.
La jolie femme qu’elle était alors, « elle est jolie, j’en suis content », disait Louis XV à Choiseul, « rien d’une dame de Maintenon », ajoutait-il; la beauté blonde dont les contemporains ont loué la riche chevelure, l’air
LES DERNIERES ANNEES I)U BISCUIT LOUIS XV
de vierge, la gorge et les bras si parfaitement arrondis, vint en 1770 s'offrir au ciseau du sculpteur désigné par sa réputation, par ses relations avec le fameux roué Jean Du Barry, auteur intéressé de la rare fortune de la sœur. Ce fut l’occasion d’un premier buste en terre cuite, très différent du marbre du Louvre, qui lui est postérieur de deux ans.
Quand ce premier essai parut au Salon de 1771, les critiques saluèrent cette œuvre de volupté et d’élégance, l’arrangement harmonieux de la chevelure retenue par une bandelette qui laissait pourtant retomber des deux côtés du visage hardi et joli les boucles d’or, le décolleté assez audacieux de ces épaules et de cette gorge découverte jusqu’aux seins dissimulés par les plis drapés de l’étoffe. Haute et puissante dame, Jeanne- Bénédicte comtesse Du Barry, d’abord satisfaite, obtint aisément des directeurs de Sèvres le privilège d’en faire exécuter en biscuit une épreuve réduite de moitié : aussitôt Pajou, avant 1771, livrait pour moitié prix de l’autre portrait, le modèle aux artistes de la Manufacture.
Les grandes beautés à la mode, surtout quand elles se savent distinguées par les rois, ont des caprices. Au moment où l’œuvre de Pajou allait être donnée aux mouleurs de Sèvres, Madame Du Barry la refusa ; en 1774, le buste restait encore à l’artiste pour compte. Le biscuit se perdit. Le pauvre sculpteur dut se remettre au travail et, en 1771, produisit un nouveau modèle, qui, cette fois, plut et fut exécuté en porcelaine.
Entre les deux portraits, Pajou a lui-même, dans un mémoire curieux, retrouvé par le baron Pichon, marqué les changements : « Ajustée et coiffée différemment », dit-il. Sur le buste de 1771, conservé à Sèvres, une coiffure savante, faite de rouleaux rapprochés comme sur la tête d’une impératrice romaine, a remplacé le bandeau et les boucles à la grecque. C’est la mode de l’année que l’on retrouve sur le médiocre tableau de Versailles, inspiré par l’estampe en couleurs de Dagoty, Madame Du Barry prenant son café des mains de son nègre Zaïnor. Le biscuit de Sèvres signé Pajou et l’estampe sont contemporains. Décidément le coiffeur faisait la loi aux artistes. Le sculpteur l’apprenait à ses dépens : l'année suivante encore. Madame demanda à être coiffée dans le goût de la Baigneuse de
Falconet : d’où un nouveau buste, qui, « après avoir été fait et m’avoir employé de mon temps, obligé à plusieurs voyages à Versailles et dans les autres maisons royales, n’ayant pas eu l’avantage de plaire », finalement resta pour compte encore au sculpteur.
De quatre modèles que Pajou modela ainsi de la célèbre et exigeante dame, un seul, le biscuit de 1771, avait trouvé grâce devant les arrêts changeants du coiffeur Legros, le conseiller en vogue des grâces féminines. Ce n’est pas le règne de Louis XVI, c’est le règne plus fameux du coiffeur de la femme, de Léonard, qui s’approche. Les doléances de Pajou ne présentent pas moins d’intérêt que l’histoire de son biscuit : et ne serait-ce que pour établir la position relative d’un académicien et d’un artiste en cheveux sous le gouvernement et au service de la Du Barry, les épisodes de cette sculpture en porcelaine ont leur prix.
La Manufacture de Sèvres, comme l’artiste, d’ailleurs, s’était prêtée aux fantaisies de sa cliente. Le biscuit de Pajou n’était pas un de ses modèles, destinés à la vente : contrairement à la règle absolue de la maison, il était signé et daté. Sèvres avait seulement, pour ce travail dont les prix ne figuraient pas sur ses comptes , fourni au désir de la Du Barry ses ateliers et ses fours. Bientôt, pour mieux marquer leur empressement, les directeurs mirent en fabrication, à la fin de 1771, un autre buste de la comtesse qu’ils payèrent alors au sculpteur le plus qualifié, au maître de Pajou, Jean-Baptiste Lemoyne.
Par une rare bonne fortune, un exemplaire unique de cette œuvre en pâte tendre, sans date ni signature, celui-là, est demeuré à la bibliothèque de Versailles. Bien qu’à le voir, on comprend le propos de Grimm : « Cet artiste réussit parfaitement aux portraits de femmes par les grâces inimitables de son ciseau. 11 est ce qu’on peut appeler un très joli sculpteur. » Le biscuit aura rendu à Lemoyne les mêmes services qu’à Falconet. Il aura sauvé plusieurs de ses meilleures œuvres.
Quand on rapproche ce buste de la Du Barry du biscuit de Louis XV exécuté en 1759, on ne résiste ni à l’analogie, ni au charme de ce couple en porcelaine. Voilà bien, consacrée par le ciseau d’un maître, la double