‹ Le biscuit de Sevres au XVIIIe siecle (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · MOI · texte numérisé non relu

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LE REGNE DE LA PATE TENDRE

aimer l’officier qui l’aime, à un mariage clandestin. K 1 1 e a fui avec le mari de son choix. Quand, brisée de douleur de l’avoir vu déserter pour elle et se tuer de honte, elle parut sur la scène en costume de savoyarde ; quand elle dit la douceur de la paix retrouvée dans la nature, auprès des pâtres de la montagne, son infortune et sa sagesse lui gagnèrent tous les cœurs. Combien le spectateur approuvait le jeune Fonrose, fils d’un marquis piémontais qu’un accident de voiture au pied des Alpes avait mis sur le chemin de la bergère, de quitter Turin, de se faire berger à son tour pour approcher la belle infortunée et se faire aimer d’elle ! Le berger a joué du hautbois, la bergère a chanté. Ce concert de l’instrument champêtre et de la voix prépare et célèbre le concert des âmes.

Le ciseau de Falconet a fixé le moment où Mademoiselle Doligny, l’héroïne mélancolique, a reçu les aveux du gentilhomme qui la rend au monde et au bonheur, le dénouement du roman, qui doit se terminer par un mariage. Le berger est éloquent, la bergère sensible, le mouton intelligent et discret, la pastorale complète et spirituelle.

Rien n’égale la variété de ces figurines, créations d’un art toujours en éveil, que l’étonnante mobilité des formes théâtrales dont elles s’inspirent.

11 n’y avait alors pas de lendemain, même pour les œuvres et les scènes qui faisaient fortune. C’était pour une pièce un grand succès que douze représentations, et, pour un genre produisant des pièces à la douzaine, un sort inespéré qu’une ou deux années de faveur assurée. Dans cette carrière mouvementée, les petits théâtres semblent donner le branle : à peine la Comédie Italienne et l’Opéra-Comique, théâtres de la Foire d’abord, ont-ils conquis une place, que la Comédie-Française et l’Opéra se refusent à leur abandonner, qu’à la Foire déjà leur naissent des rivaux.

Le public, heureux de cette concurrence faite pour lui plaire, court chez Nicolet, à la Foire, aux boulevards, où il trouvait chaque fois de nouvelles merveilles, « de plus en plus fort », en fait de danses sur la corde raide, d’animaux savants, de pantomimes et de farces salées. La piquante soirée, pour les dames de la plus haute distinction, qu’une escapade à la Gaieté, dans un auditoire de laquais, de soldats querelleurs, que le plaisir

d’entendre l’inimitable Taconet, savetier ivrogne, auteur et acteur dans son répertoire du plus pur genre poissard ! Plus piquant encore, le biscuit de Sèvres que Falconet n’hésitait pas à leur offrir, en souvenir des farces à la mode renouvelées de Vadé !

Ce n’est pas une raison parce qu’un soir, vers 1760, les belles darnes se seront attendries aux aventures de l'Ecossaise, comédie en prose de M. de Voltaire dans le genre larmoyant, pour que le lendemain elles ne rient pas franchement chez Nicolet, de la parodie imaginée par Taconet ; qu’importent le langage et les gestes des petites Ecosseuses, filles de la Halle ! Ou plutôt, la saveur n’est-elle pas dans le contraste ?

Enfant du peuple, Falconet a saisi et crânement dessiné cette pochade foraine qui n’est, après tout, qu’un coin du Paris populaire. On croirait, tant le tableau est vivant, entendre le dialogue des deux femmes autour de l’éventaire, et la riposte vive de l’écosseuse assise sur sa hotte, le poing sur la hanche, sa réplique aux propos qui l’irritent, de Marianne son interlocutrice. H y a dans cette œuvre, souvenir durable d’une heure de théâtre et d’une plaisanterie oubliée, un mélange de réalisme et de grâce qui ne peut se comprendre que dans l’esprit du xvme siècle.

Cet esprit, il est à la fois le produit du terroir français et d’une culture artistique très raffinée. 11 vient de Rabelais par La Fontaine :

La bagatelle, la science,

Les chimères, le rien, tout est bon ; je soutiens Qu il faut de tout aux entretiens.

Sur le Théâtre de la Foire comme dans les ateliers de Sèvres, à l’école du poète dont les contes et les fables demeurent un réservoir intarissable d’inspirations et de modèles , la verve française « fait du miel de toutes choses ». Trois groupes de Falconet, fort gaulois comme les farces de Taconet, lestes et gracieux comme du Fragonard, paraissent des illustrations de La Fontaine dans le goût d’Eisen. Les Trois Contents, exécutés pour le biscuit, en 1765, reproduisent une scène de conte mise au théâtre forain par Taconet, sous le nom des « Rivaux heureux » en 1763, et qui fit rire tout Paris. Assise entre deux galants très gourmands, la gentille et complai-

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santé dame a une façon de faire à chacun sa part, sans dédaigner la sienne, qui ne manque pas de piquant. Ce qu’il pourrait y avoir de trop hardi dans le tableau s’efface dans la délicatesse des attitudes, dans la pose de la femme, dont l’ample déshabillé aux plis harmonieux dégage la gorge fine et dessine le geste d'abandon. Les deux autres groupes qui forment réplique, sont d’allure plus osée encore que l’historiette de La Fontaine redite par Taconet : « De plus en plus fort, comme chez Nicolet. » C’est bien là le baiser donné par le seigneur à la jeune femme de son fermier Guillot, le baiser pour lequel, selon le propos du conteur.

Le monsieur fait son office En appuyant.

Et voilà bien le baiser rendu à Guillot par la femme du seigneur, qui, laissant là son droit de maître, s’est engagé à payer de retour : dette d’honneur acquittée de bon cœur. Cette double silhouette, qui aurait pu être brutale, n’est que gaie, d’une gaieté tempérée par le souci et le respect de l’art.

Si, à Sèvres, Falconet, chef d’un atelier vivant, comme toute industrie, du public et sacrifiant à ses goûts, prodigue sans compter son talent à ces œuvres qui ne porteront pas même son nom, à Paris il n’oublie pas qu’il est académicien, et il le prouve. Les amateurs l’attendent aux rendez-vous des Salons qui ont consacré sa réputation, où il la doit soutenir. L’artiste répond à leur attente par de nouveaux efforts qui marquent dans l’évolution de sa pensée, de sa manière, et, peut-être d’une façon décisive, dans la tendance générale du goût à cette époque.

Avec les découvertes d’Herculanum se révèlent, à la société du xviii* siècle, les formes et les sujets antiques; entre 1750 et 1700, et par la propagande des amateurs et des artistes, de Caylus , de Gochin, de Bouchardon, la réaction qui se préparait parmi les gens de goût contre les modes et l’esprit de la décoration française s’accentue et s’accélère. Dès 1765, Grimm signalait cette réaction à ses correspondants de l’étranger, que son devoir était d’avertir à temps : « La bizarrerie dans les ornements, les décorations et les formes des bijoux était arrivée à son comble en France. Depuis quelques années, on

a recherché les ornements et les formes antiques, tout se fait aujourd’hui à la grecque. Les décorations extérieures et intérieures des bâtiments, les meubles et les étoffes, les bijoux, tout à Paris est à la grecque. »

Dans ce mouvement d’art, Falconet a eu sa part, une part en sculpture au moins égale à celle qu’il faut attribuer à Vien, le maître de David. Ses Réflexions sur la sculpture, antérieures de trente ans à l’école caractéristique du maître peintre, lues, en 1760, à ses collègues de l’Académie, furent une façon de manifeste.

Il suffit de comparer à son œuvre antérieure la statuette exposée en 1761, la Douce Mélancolie, pour comprendre ses intentions nouvelles.

Sèvres a tout gardé de la première manière de l’artiste. Outre les figurines déjà citées, ce sont des groupes animés, spirituels et vivants, une h’rigone, en nymphe voluptueuse qui, le corps renversé au pied d’un cep, cueille l’amour de Bacchus, changé en grappe de raisin ; une Hèbé, qui verse le nectar au petit Cupidon, mollement appuyé sur elle, ou ces groupes de Silènes et de Satyres, qu’on dirait de Clodion ; ou encore la silhouette des Deux Naïades à la cot/uille. Tous ont été exécutés par l’artiste à la fin de 1759 et vers 1760. Quelques-uns ont été gravés par son fils, et la gravure atteste, comme la façon, I inspiration et l’esprit de Boucher dans cette mythologie amoureuse et spirituelle.

Ce fut une œuvre tout à fait différente que Falconet présenta au public en 1761, commande d’un amateur célèbre, La Live de Jully. La réduction en biscuit, exécutée plus tard à Sèvres, a conservé une image classique et sentimentale de jeune fille en costume antique qui, tristement appuyée sur un fût de colonne, contemple sa colombe. Quels changements dans les attitudes et le costume, dans cette recherche de la noblesse et de la dignité qui annonce un art tout nouveau! A cette figure, l’artiste a modelé pour Sèvres un pendant analogue, la Tendresse, exécuté en 1768, cpii eut, auprès des contemporains, le même succès.

Les sujets, comme la manière, marquent une orientation nouvelle que le biscuit, fidèle à toutes les nouveautés, permet de saisir à ses débuts. La mythologie, les scènes d’amour ne suffisent plus à une société blasée

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de ses plaisirs coutumiers et pour laquelle le goût de l’antique est une façon de retour à l'innocence et à la. vertu. Elle demande à l’art des sensations nouvelles, comme des frissons de tendresse, de mélancolie.

A ces exigences imprévues, Falconet répondait encore par une figurine destinée au libraire Prault, l’ami des philosophes, et que nous ne connaîtrions pas sans la réduction en biscuit exécutée en 1764, un des plus francs succès de ce temps, que Gustave 111 voulut avoir à Stockholm. Dans cette Amitié au cœur drapée à l’antique, couronnée de roses, qui dans ses deux mains tendues présente son cœur, chef-d’œuvre au jugement de Diderot, quelle différence avec Y Amitié que Falconet ou que Pigalle offraient dix ans plus tôt à Madame de Pompadour! Un genre d'art, un « idéal » de noblesse, de sentiments nouveaux, conduisent l’artiste à des formes, à des sujets qui bientôt s’imposeront à tous les altistes.

A voir cet autre biscuit, exécuté en 1786 seulement, mais d’après un modèle de Falconet toujours, Y Amitié qui offre son cœur au flambeau de l'Amour, dissimulé sous sa draperie, on note la même influence. Le geste d’abandon que l’Amitié dessine de sa main droite, prenant le ciel à témoin de sa sincérité ; sa démarche de déesse, accusée par les plis du voile (pii laisse à découvert les jambes et la gorge; l’attaque prochaine de Cupidon, le petit dieu descendu d’une fresque de Pompéi, toute la composition indique une égale recherche de l’art antique et du sentiment.

Dans le même esprit, Falconet modelait encore pour Sèvres deux figures de biscuit qu’on dirait imitées de statuettes grecques , une Flore et une Hébé dans l’attitude pensive et la pose correcte de divinités admises aux honneurs de l’Olympe et conscientes de leur dignité.

De cette série, ajoutée par le professeur de l’Académie à la galerie si riche de ses créations en tout genre, l’œuvre principale, et peut-être le chefd'œuvre, fut celle qu’il présenta au Salon de 1763, en marbre d’abord, repésentant Pygmalion au pied de sa statue à l'instant où elle s'anime.

On dirait qu’en cet effort décisif pour réaliser et faire revivre la beauté, le sculpteur eût pris à dessein le symbole du célèbre mythe antique, qu’il eût voulu affirmer, par cet acte de foi, son culte pour la légende et l’art grecs.

Peut-être l’idée lui vint-elle aussi du grand succès qu’une actrice des Italiens, Camille Véronèse, venait de remporter, en 1760, dans un ballet de Pygmalion.

Dans le regard étonné et l’allure de la statue hésitant à se dresser, incertaine encore du miracle auquel elle doit la vie, on pouvait retrouver l’intention de la danseuse finement notée et recueillie par Favart : « File a peint la surprise de la femme, sa curiosité, son amour naissant, tous les mouvements subits et gradués de son âme. .le crois que l’art des anciens pantomimes grecs ne pouvait aller au delà des talents de Camille en ce genre. » Cette évocation de l’antiquité, c’était alors précisément le souci de Falconct.

On le sent non seulement au choix du sujet, mais dans l’exécution même de son Pvgmalion. La statue qui s’anime est sœur de la Baigneuse du Louvre, sœur d’un autre lit, par le retard de sa naissance. Elle se distingue de son aînée, dont elle rappelle la pose, sinon la finesse et la grâce, par la plénitude d’une forme plus classique, des modelés plus gras, une facture plus sévère encore, mais déjà plus lourde.

Dès 1763, Falconet préparait une reproduction de ce groupe en sèvres. Ce fut pour l’œuvre, dont le modèle en marbre est demeuré dans des collections particulières, une bonne fortune, et pour le biscuit une nouvelle consécration. Malgré la difficulté de mouler en pâte tendre une pièce de celte importance, les artistes de la Manufacture royale s’applaudissaient de l’honneur fait à leur industrie. Peut-être avaient-ils tort : les morceaux de grand style devaient, par la suite, plutôt dénaturer le biscuit que le servir.

Mais alors tout était, pour l’équipe artistique de Sèvres, promesse d’avenir: la faveur accordée par le Boi, la Cour et le public à la sculpture en porcelaine, l’abondance des modèles, les progrès des sculpteurs formés par Falconet, et, plus encore, la présence à la tête des ateliers d’un académicien tel que lui, capable de disputer à Pigalle la première place, que la mort de Bouchardon laissait vacante. « Ce sont deux grands hommes, écrivait Diderot, qui, dans quinze ou vingt siècles, lorsqu’on retirera des ruines de la grande ville quelques* pieds ou quelques têtes de leurs statues, montreront que nous n’étions pas des enfants, du moins en sculpture. »

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Nul n'a plus contribué que Diderot à la réputation, à l’évolution artistique, et même à la fortune de Falconet. Entre tous les écrivains du temps, critiques d’art et amateurs qui se réunissaient pour juger et disserter chez Madame GeolïYin, Caylus, Marmontel, Grimm, et les encyclopédistes, Diderot fut vraiment le chef de chœur qui applaudit, encouragea, excita les artistes dans ce retour au style noble, à la recherche d’un idéal nouveau. 11 dénigrait Boucher, et parfois Lemoyne, pour exalter Falconet.

Et vraiment, à ce point de vue, il n’y eut pas, après les bustes du Roi et de la Reine, de manifestation plus décisive dans l’histoire du biscuit que l’apparition du buste de Diderot lui-même, en pâte tendre, vers 1767.

Encore une royauté à laquelle la Manufacture de France a résolu d’associer sa fortune, celle des philosophes, au moment où, protégée par Choiseul, recherchée du public, elle devient un pouvoir dans l’Etat et dans l’art ! Du buste qu’elle a d’abord consacré à Diderot, il ne restait qu’un exemplaire à la bibliothèque de Versailles, et traité jusqu’ici comme l’image de Montesquieu. Une fouille heureuse dans les collections de Sèvres m’a permis de retrouver, avec sa véritable attribution, le moule vénérable qui désormais doit sauver cette œuvre de l’oubli.

Drapé d'une large toge dont les plis harmonieux s’écartent pour découvrir le cou trapu et plébéien, Diderot, le front haut, l’œil clair, la bouche parlante, est bien, sous le costume antique, l’homme qui a regardé en face les hommes et les choses de son temps, l’ouvrier robuste d’une œuvre de clarté et de beauté, le penseur qui, selon le mot de Taine, a autant de cœur que de génie.

De qui cette effigie ignorée que le biscuit seul nous a conservée ? On peut penser à une terre cuite que Falconet, à la demande de Madame Geoffrin, modela vers 1765 et qu’il brisa, dit-il, par dépit d’y avoir moins réussi que son élève, Mademoiselle Collot, ou au buste même de cette artiste, égaré depuis la Révolution française. Il faut songer aussi à une œuvre de Lemoyne, dont Caffleri, plus tard, fit don à l’Académie. Ce fut peut-être le motif du cadeau offert par la Manufacture à Lemoyne, en 1768, pour le remercier d’avoir prêté un modèle. Pièce unique, en tout cas, le buste de

Diderot est bien celui d’un homme tel qui s’est peint lui-même, « un grand front, des yeux vifs, d’assez grands traits, la tête tout à fait du caractère d’un ancien orateur, un bonhomme qui touchait de près à la bêtise et à la rusticité des anciens temps ». Il inaugura à Sèvres une galerie des grands hommes qui, désormais, fera pendant à celle des personnes royales.

Cet hommage au philosophe si audacieux dans ses propos contre la religion n’excluait pas sans doute le souci de fournir aux missionnaires de l’Orient une série de Saints et de Saintes en biscuit, qui commencèrent à s’exécuter en 1704 et en 1765 : saint Louis, saint François, saint Antoine, sainte Glaire, sainte Clotilde, sainte Madeleine. Mais ce n’était, après tout, qu’une commande officiellement ordonnée par le commissaire général Bertin, de par le Roi, Très Chrétien quoique brouillé avec les jésuites.

Revenons à Falconet : des œuvres comme Y Amitié et le Pygmalion, et les éloges des littérateurs devenaient désormais la règle de son talent, toujours docile au goût de ses contemporains. Il va dire, en 1766, adieu au

biscuit, à l’industrie d'art : les Salons de l’Académie, et plus encore la

réputation que les comptes rendus de ces expositions, les Salons de Diderot, écrits pour Grimm, lui ont faite à l’étranger, l'ont désigné pour de plus hautes destinées. Le Salon de 1765 a été pour lui un triomphe. Il a quitté sa chaumière de la rue d’Anjou.

Pigalle, après Bouchardon et Lemoync, avait eu l’honneur d achever une statue équestre du roi de France ; Catherine II alors voulut offrir à Falconet, recommandé par les philosophes à son attention souveraine, l’occasion d’une grande œuvre, lucrative et glorieuse. Aux honoraires de 200,000 francs, elle l’a chargé d’exécuter, à Saint-Pétersbourg, la statue équestre du fondateur de l’État russe, de Pierre le Grand. Le traité a été passé entre Falconet et le prince Galitzin le 27 août 1766.

Ce devait être la consécration et comme le terme de sa carrière artis-

tique à Sèvres : de retour en France quinze ans plus tard, il ne se sentit plus guère ni d’âge ni d’humeur à rechercher les faveurs du public.

Quand on compare les deux époques de cette carrière, coupée brusquement par l’appel de Catherine II, on ne sait laquelle a été la plus

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favorable à la réputation de l’artiste : de la dernière tout entière employée à une œuvre unique, colossale, durable comme le bronze, mais qui fit de lui, après tout, un étranger en son pays, ou du temps de sa jeunesse laborieuse et féconde, prodigué à cet art du biscuit, fragile, mais varié à 1 infini, si étroitement lié aux goûts et aux mœurs de la France qui s’y reconnut et lui fit fête. Le contraste, en tout cas, est saisissant.

Après cette revue des biscuits de tout genre exécutés de 1756 à 1766, silhouettes populaires, groupes de comédie ou de danse, statuettes, bustes ou objets d'art véritables, on peut assurer qu’avec Falconet la sculpture française a donné à Sèvres une moisson d’œuvres précieuses, et qu’en échange Sèvres et la nation sont demeurées les héritières et les gardiennes de la oloire d’un tn-and artiste français.

LK IUCIIK, DA i*ii es CAIWiK YAXI.OO

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