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F Révolution française, dès 1790, fit un tort considérable à la Manufacture de Sèvres, qu’elle faillit ruiner, et au biscuit. En vain, Louis XVI affrmait-il son intention de « soutenir la fabrique royale à ses frais ». La sculpture, qui faisait tant d’honneur à la Maison, avait perdu sa clientèle : « Tout ce qui tient au luxe est sabré. Les gens opulents vont planter des choux dans leur terre. Les seigneurs et la cour sont ruinés ». L’émigration de la noblesse, la ruine de la monarchie précipitèrent le désastre. :
Les sculpteurs de Sèvres essayèrent de tenir tête à l'orage. Bon citoyen et bientôt bon républicain comme beaucoup d'artistes alors, L. Simon Boizot mettait son ciseau au service des idées nouvelles et de la nation. Il modelait les traïts du ministre populaire Necker en 1789, dont le buste faisait pendant à celui de Louis XVI, présentait aux Parisiens la figure de Lafude, le prisonnier de la Bastille, celle des grands hommes d'Etat, comme Âirabeau; des philosophes : Rousseau, Descartes, Voltaire; des citoyens illustres, héros de la liberté : Guillaume Tell, Brutus. En 1791, quand la Constitution s'établit, Sèvres s’associa aux hommages de la nation par une grande plaque du genre Wedgwood où s’inscrivit la
Déclaration des Droits; des groupes : La France gardant sa Constitution, la Force guidée par la Raison, la Liberté présentant les vertus civiques; des médaillons de la Liberté et de l'Egalité. La vente ne répondit pas à l'effort ; et bientôt les troubles qui bouleversérent Paris et la
nation atteignirent la Manufacture, livrée, en 1793 et 1794, à une véritable anarchie. Les ouvriers, mal payés, à peine nourris, se dispersérent. Quelques bustes, quelques médaïllons des martyrs ou des héros républicains, Marat, Lepelletier, Bara, Viala, des bas-reliefs charmants d’ailleurs de la main de Boizot qui représenta par des allégories d’enfants les victoires de la liberté et le retour aux vertus antiques ne constituaient pas une production d’art suffisante. s
Mais aussitôt que le luxe reparut avec le Directoire, la faveur, sinon immédiatement les subventions nécessaires, revinrent aux porcelaines de Sèvres. Pour orner leurs tables, en grands seigneurs du xvini° siècle, les Directeurs, les Ministres, Barras et Talleyrand, puisèrent dans les magasins de biscuit, offrirent, pour se faire bienvenir de l'Europe, des surtouts aux ambassadeurs et souverains même de l'étranger. Sèvres reprit comme eux la tradition, interrompue quelques années, du goût Louis XVI, les petits sujets badins, les allégories d'amour ou de mythologie, les bas-reliefs antiques destinés à la décoration des meubles, fabriqua des pendules en biscuit, des sujets de lampes, des porte-montres. Bien entendu, elle ft fête, comme c'était sa coutume, aux héros du jour, au ministre de l'Intérieur qui la protégeait, François de Neuchäâteaux, aux généraux vainqueurs, Joubert, Marceau, Bonaparte surtout dont Boizot infatigable modelait les traits pour la postérité. Mais surtout, pour plaire à cette société entichée de l’antique, elle imposait à ses sculpteurs une imitation chaque jour plus étroite des modèles, des costumes, des attitudes classiques qui faisaient pressentir l’art de l’Empire et, ruinant peu à peu la tradition du biscuit libre et délicat, allait dénaturer et conduire à sa perte, pour de
longues années, cet art charmant, création de l'esprit et du goût français.
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