SCENE IV
mj^tÂZILE, VO\IS.
Doris.
Tu /n'appelles ?
Mnazile, en délire.
Merci!
Je vivais sans savoir pourquoi, fauve, transi, Dans ma grotte sauvage et mon bois solitaire;
Alais tu m'as recelé l'ineffable mystère Qui fait que le mortel devient pareil aux dieux! Vois ma joie éclatante et folle, vois mes yeux Eblouis. 0 Doris! j'aime! j'aime! te dis-je.
Do ris, triomphante.
Enfin!
Haut et railleuse.
Comment cela s'est-il fait? Quel prodige A pu fondre ton cœur , 6 satyre? Comment! Mnajile est amoureux . lui! le rustique amant De la forêt sonore! Et que vont dire l'orme Et le hêtre à l'aspect de cette chose énorme? Mna\ile roucoulant comme un ramier, au mois De la sève! L'histoire est fantasque!
Mnazile.
Ta voix Fit ce miracle.
Doris, .i put.
Allons!
M nazile.
Ta voix, 6 mon amie!
Comme un réveil d'où eaux en mon âme endormie
Al' a fait voir un printemps dans le printemps encor.
Au bruit du vent dans V arbre, aux fanfares du cor
Se mêle maintenant } intérieure et douce.
Une lente chanson qui chante sans secousse
Je ne sais quoi de doux et dont on pâmerait.
Pendant que tu parlais. 6 Dorisf la jorèt
Faisait taire les nids et paraissait jalouse.
J'oubliais les rochers, la source, la pelouse.
Et je voyais briller dans l'enfoncement noir
Du taillis redoutable, asile où dort le Soir,
Une apparition, un fantôme, une femme,
Dont le regard disait : riens donc! je te réclame!
Doris.
Mais c'est à n'y pas croire! Et quelle est la beauté . Dis, qui soumet ton cœur de la sorte?
Mnazile.
lanthe.
La vierge blonde aux yeux divins, aux bras d'ivoire.
Doris.
Ah! voilà pour le coup une bien autre histoire!
Mnazile.
N'est-ce pas qu'elle est belle ? Elle a, pareille à toi, Le regard qui fait naître et l'amour et l'effroi;
La joue en fleurs, riante et telle qu'un caprice De rose quand Avril a dit : Que tout fleurisse! La lèvre charmeresse et les cheveux divins Qui tremblent au soleil, lumineusement fins! Comme toi} comme toi courant dans la clairière, Elle a le pas hardi de la jeune guerrière... Mais tu parais fâchée?
Do ri s. Ah! laisse-moi . méchant!
Mnazile.
Moi, méchant!
Doris, à part.
Ainsi donc: lorsque j'allais cherchant Le trait vengeur, c'était contre moi que la pointe Se tournait.
A Mnazilc.
Ianthé n'est pas encor rejointe. ' Mais cours donc! Que J'ai s- tu près de moi?
M n a z i le.
La pâleur Naît sur tonj'ront. Doris.
Le Bois. 2j
Doris.
Adieu } bel enjôleur!
Mnazile.
Que t'ai-je fait?
Doris.
Va-t'en!
Mnazile.
Dis-moi qui te courrouce ?
Cette heure de ma vie. inexprimable et douce. Où l'amour m'a parlé, Doris , je te la dois...
Doris.
C'est pour cela, sans doute, aussi, que je te vois Porter à d'autres, traître! un cœur que j'ai fait naître. Et sur qui je pensais devoir compter peut-être. Ingrat !
Mnazile.
Doris!
DoriS, furieuse.
Je suis donc laide, dis? Mon front De la ride précoce a-t-il subi l'affront? Mes cheveux n'ont-ils plus cette couleur vermeille Qu'on disait aux rayons de l'astre-roi pareille? Mes yeux sont-ils éteints?
Avec douleur.
0 dieux! Je me berçais De ce rêve : animer une âme! Je pensais Que le premier aveu de ce cœur vierge encore S'adresserait à moi! Malheureuse! dévore Tes pleurs silencieux ! Courbe sous le mépris. 0 nymphe! ton front pâle et tes attraits Jlétris ! Cache dans l'antre sourd ta défaite suprême! Il n'a rien deviné. C'est une autre qu'il aime!
M nazi le, éperdu.
Non. c'est toi, ma Doris! c'est toi seule!
Doris.
Tu mens!
Tout à l'heure. lanthé! — Ne fais pas de sarments. J'ai vu ton cœur à nu lorsque tu variais d'elle. Aime-la . tu fais bien. Elle est jeune, elle est belle. Expert» ./ bien lancer un regard provoquant!
Oh! tu seras heureux avec elle! Mais quand Plus tard, désabusé, tu la verras, frivole, Rire au premier venu, causer à l'air qui vole. Tu songeras peut-être à l'amour dédaigné De celle dont le cœur sous tes doigts a saigné!
M nazi le.
C'est toi seule que j'aime, enfant, et que j'adore!
Doris, heureuse.
/ rai? Tu rusais donc'.'
M nazi le.
Non! j'étais sincère encore.
Ma voix trompait mon cœur. Lorsque l'aube, levant Ses voiles gris et froids sur le dôme mouvant Du bois qui se réveille, apparaît, on hésite. Le jour sort lentement de l'ombre parasite; Tout est confus encore, et dans nos yeux troubles Luttent péniblement les mes envolés Avec les vrais objets qu'effleure la lumière! Moi , cette aube d'amour, Doris, est la premu re Dont les rayons charmants soient venus m'eblouir! C'est le jour triomphal . l'obscurité va fuir. Tout est confus encore et trouble dans mon être, Mais, tu le sais, l'amour n'est pas longtemps à naître:
Il est né! le voilà qui vient, je me soumets. Je nommais Ianthé, mais c'est toi que j'aimais . Et tu le savais bien, puisqu'en te parlant d'elle Je subissais ton charme éclatant qui m'appelle.
Doris.
Amour! Je me suis prise à ce jeu hasardeux ; J'avais voulu ruser. Pardonnons-nous tous deux. Je suis restée au piège en t'y voulant seul prendre : Tu m'as appris l'amour, que je voulais t' apprendre !
Maazile.
Marchons donc confiants et la main dans la main.
Et toi. bois enchanteur, préside à notre hymen
M nazi le . au public.
Mesdames et Messieurs, notre chanson est vieille; Nos fils la rediront pourtant toute pareille : C'est celle que l'on fait sous les rameaux flottants. Aux brises (/(• l'Eté, quand sonnent les vingt ans.
Les premiers vers en sont tombés des lèvres d'Eve, Nous la continuons éternelle et sans trêve : Pour la chanter chacun est asse\ bon chanteur! Excuse\, s'il vous plaît } les fautes de l'auteur!
Le rideau tombe.
Achevé d'imprimer le 20 novembre mil huit cent soixante -neuf