‹ Le bois de Boulogne histoire, types, moeursChapitre 14 sur 16 · LE SPORT · texte numérisé non relu

LE SPORT

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Importations anglaises. — Origine du steeple-chqse. — Le steeple-cha&e au Bois de Boulogne. — M. de Mac-Mahon. — Grandes chasses. — Attbêrive. — Le haras du Pin. — Le steeple-chase de La Marche. — Chevaux et 'turtistes. *— Les -handicaps.' — Leur utilité est constestâhle. — L’Empereur encourage beaucoup l'amélioration de. la race chevaline. — L’art dé l'équitation. — L’Empereur à cheval. — Principes équestres. — Le comte d'Aure. — L’Empereur et la chasse. — Ecuyers veneurs et officiers dos éhasseS de la maison de l'Empereur. — Etudes du cheval. — Le général Damnas.

Si nous avons emprunté à l’Angleterre de nombreux usages dont se ressent heureusement le Comfort de nôtre vie intérieure, nous lui avons aussi emprunté l’art essentiellement aristocratique de nous rompre les côtes, de nous briser les reins, et de nous expédier nous-mêmes- lestement dans l’autre monde. C’èst en effet d’Angleterre que nous est venu le steeple-ehasê. ' - •

A l’origine, le steeple-chàse était une course

improvisée, vers un point saillant de l’horizon, et accomplie par plusieurs cavaliers, partant de fougue, sans tenir aucun compte des obstacles inconnus, fossés, murs, haies, chemins creux ou broussailles que présentait le terrain. Le premier rendu gagnait le prix. Il va sans dire que les trois quarts du temps tout le monde restait en route, ceux-ci sur une hauteur, çeux-là dans un ravin, l’un étendu sur son cheval blessé, l’autre étendu sous sou cheval mort. Ce steeple-chase plein de dangers n’est plus tout à fait ce qui se pratique de nos jours. Notre steeple-chase à nous est encore semé d’aventures, de péripéties émouvantes, grotesques et souvent dramatiques; mais nous laissons beaucoup moins au hasard ; nous traçons à l’avance notre piste de course, et nos, coureurs connaissent tous les obstacles qu’ils peuvent visiter vingt-quatre heures avant la réunipn. . ■

Tels ne furent pas les premiers essais qui eurent lieu au Bois de Boulogne,/ il y a vingt ans. C’est, en effet, en 1833 qu’apparut, chez nous ,/ pour la première fçis , l’importation

anglaise. On se rappelle ces réunions tumultueuses de gentlemen-riders , le courage héroïque que les novateurs montrèrent, les éclatants triomphes de quelques-uns et les cuisantes infortunes de la plupart. Ce qu’il y eut de côtes enfoncées, de membres luxés, de colonnes vertébrales endommagées, de chevaux fourbus, éreintés, désarticulés, désensabottés, on ne saurait le dire. Les vétérinaires , ces médecins des chevaux, et les médecins, ces vétérinaires des hommes, furent hors de prix. Les débuts avaient été trop éclatants pour que la cause du steeple-chase ne fût pas gagnée.

Le Bois de Boulogne eut désormais son chapitre dans les annales chevaleresques du sport, et compta une illustration de plus. Depuis cette époque, le steeple-chase a quitté le Bois de Boulogne. Les terrains de la Croix-de-Berny, la plaine de Coulange, la vallée de Bièvre, les prairies de Garanjoux, Avranches, Saint-Lô, Chantilly, furent pendant plusieurs années les théâtres de ses exploits. La mort si regrettable de M. le marquis de Mac-Mahon, arrivée à Autun, arrêta tout-à-coup

le steeple-chase dans son brillant essor. Cette terrible chute jeta un crêpe sur ces courses effrénées, et pendant plusieurs années, c’est-à-dire jusqu’en 1851, on n’osa pas les recommencer.

C’est qu’il était bien permis de réfléchir et de prendre peur, quand un cavalier de la force de M. de Mac-Mahon s’était tué raide. J’ai connu le marquis ; j’ai chassé plusieurs fois avec lui, et je puis dire qu’il n’avait pas de rival pour l’intrépidité, le bon air et l’habileté. Il venait chasser tous les ans la grosse bête dans les forêts de la Haute-Marne. Àuberive était son quartier général, et quand ses chevaux étaient arrivés, quand ses trompes avaient sonné, le charmant petit village, heureux de cette visite quasi princière, prenait un air de fête et de prospérité qui en faisait le véritable chef-lieu du département.

Les bois frémissaient à quinze lieues à la ronde; les vallons s’animaient de lointaines fanfares que les échos répétaient à l’infini; les sangliers s’avançaient pleins d’effroi et tout sanglants jusqu’aux marges des villages; les lièvres et les lapins mou-

raient de peur, tapisdans les broussailles, — de peur seulement, car on les dédaignait — ; les oiseaux s’enfuyaient à tire d’aile et désertaient le pays; les cerfs faisaient trente lieues en un jour et se laissaient prendre le soir au lancer. M. de Mac-Mahon, l’âme de ces fêtes mémorables, était partout en même temps. Ce n’était pas un homme, c’était un cheval emporté, sans selle, sans mors; il ne connaissait pas d’obstacle, il escaladait les montagnes, il franchissait d’un bond les ravins, il passait comme la balle dans les branches, qui semblaient s’écarter d’elles-mêmes devant cette course frénétique. Et quand venait le soir, la troupe rentrait affamée à Auberive, escortant une lourde charrette pleine de gibier et portant aussi les chiens éventrés par la dent de quelque solitaire en furie.

Le steeple-chase, cette variété utile mais dangereuse des épreuves du cheval, fut donc à peu près abandonné jusqu’en 1851. A cette époque , le haras du Pin l’exhuma pour ainsi dire de l’oubli, et nous voyons ces exercices périlleux se re-

nouveler, non plus au Bois de Boulogne, mais dans plusieurs localités des environs de Paris, et notamment sur le charmant domaine de La Marche. C’est là que se réunit plusieurs fois par an la foule joyeuse et pimpante des courses. Les jours de steeple-chase , le domaine de La Marche est sillonné, envahi par les voitures de toute sorte, calèches, daumonts, berlines, remises, cabriolets, wagons et tilbury. Les équipages à quatre chevaux y sont nombreux, et parmi tous se distinguent ceux de l’Empereur et de sa suite, avec leur livrée vert et or. C’est sur ce terrain gazonné, élastique et pittoresquement entouré, qu’on applaudit aux prouesses de Glenglyon, de Lady Arthur, de Franc-Picard, de Bedford, d’Augustine, de Janthe , d’Augustus, de Simple-Peter, de The-Colonel, de View-Hallow et de tant d’autres bonnes et belles bêtes, dont la souplesse, les poumons et la dextérité ont fait tomber des milliers de louis dans la bourse de leurs propriétaires, MM. Rackley, Delamarre (le sénateur, et non pas le propriétaire de la Patrie, qui ne fait pas courir), de La Motte, de

Coataudon, Chapmeu, le vicomte de Lauriston, Niggins, Thomas, Meyson, etc.

Mais, je le répète, nos steeple-chases présentent aujourd’hui beaucoup moins de dangers. Ces sortes de tours de force nous ont aussi préparés aux handicaps, autre importation anglaise, à laquelle nous consacrons des prix considérables. Je ne vois pas trop, pour mon compte, quel encouragement utile l’éleveur peut trouver dans les handicaps. Placé en présence d’une surcharge impossible et d’un prix de course élevé, il affronte le péril, et s’il perd, son cheval, quelque excellent qu’il soit, est déshonoré dans l’esprit de la plupart des amateurs du turf qui ne se rendent pas toujours suffisamment compte de toutes les fraudes auxquelles le handicap peut donner lieu.

J’ai nommé tout à l’heure l’Empereur ; ce n’est pas assez pour rappeler tout ce que le Sport, — éleveurs, propriétaires de chevaux faisant courir et amateurs,— lui doit. Napoléon III se plaît à encourager tous ceux qui s’occupent d’améliorer la race chevaline. Non seulement il possède au suprême

degré l’art de l’équitation, mais encore il connaît parfaitement le cheval, qu’il a longtemps étudié en Angleterre. Comme écuyer, l’on peut dire qu’il est de sa propre école : ce sont les principes hippiques qui ont illustré le nom du comte d’ Aure, joints à la grâce, au naturel de l’attitude et à la sûreté de la main.

Comme journaliste, j’ai été de la plupart des grands voyages faits par Sa Majesté ; je l’ai vue rester de longues heures à cheval, par la pluie ou sous un soleil ardent, et je n’ai jamais remarqué dans sa personne le moindre signe de lassitude : c’était toujours la même aisance, la même souplesse dans les mouvements.

Napoléon aime donc les chevaux, et il a donné de nombreuses preuves de ce noble goût, bien digne d’un souverain. Président de la République, il avait déjà, on se le rappelle, les plus beaux équipages de Paris, et il consacrait aux courses une partie des sommes qu’il recevait de l’État. Empereur, il a créé un grand-écuyer, un premier écuyer, un écuyer commandant, cinq

écuyers, un grand-veneur, un premier veneur, un commandant des chasses à tir, deux lieutenants de vénerie, un lieutenant des chasses à tir. MM. le maréchal de Saint-Arnaud, le maréchal Magnan, le colonel Fleury, le comte Ney, le marquis de Toulongeon, de Valabrègue, le vicomte de Romans, le marquis dePuységur, le vicomte d’Aure, de Burgh, Bachon, le baron Lambert, le marquis de Latour-Maubourg et le baron Delage, qui remplissent ces fonctions, concourent, pour leur part, à cette protection dont les heureux effets se feront de plus en plus sentir. Des prix considérables sont annuellement consacrés par le Gouvernement, et par l’Empereur lui-même, — toujours prêt à puiser à pleines mains dans sa cassette, — aux chevaux vainqueurs dans nos courses. Ces efforts ont déjà produit leur fruit. Éleveurs, gentlemen-riders, écuyers, veneurs et chasseurs, se sentant puissamment appuyés, s’occupent avec amour du cheval, dans le but de l’améliorer et d’en propager chez nous les meilleures races. Ce noble animal a déjà fait l’objet de plusieurs écrits récents très-remar-

quables , parmi lesquels se distingue le beau travail de M. le général Daumas : Les Chevaux du Sahara.

Ces courtes considérations suffisent, mais elles avaient leur place marquée dans un ouvrage consacré au Bois de Boulogne, c’est-à-dire à la promenade où se montre tout ce que Paris compte de beaux chevaux, et où se sont signalés les premiers vainqueurs de nos steeple-chases.

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