‹ Le bois de Boulogne histoire, types, moeursChapitre 9 sur 16 · A * ^ SP · texte numérisé non relu

A * ^ SP

-•jftyfë. J! ■ i

' : L * ’ià

♦ ■ jjüf Ç®

JfTi'-l À

^Êt*

aû* . ’jl^â 1 I ■& \

vjl gf-

Ar 4jwyp.^**

.^pfT -

Jfcft

. Vf

Wte

§*ljâ ÉL v*

1 Mï ; * i

• «f * £ JW':' .

fV

É Vy.

* • JlURt UÊÈkT ,.

>»£■ .V îjjMp ,a

HpCrr

1 JL -

Digilized by Ggogle |

Singulières contradictions. — tin écrivain démocrate. — Le grand monde et la charité. — Il ne faut pas être jaloux. — Une fugue. — Être ou paraître. — Un drame de famille. — Types. — La Fœdora de Balzac. — Une célébrité du Sport. — Autres types. — Lo monde officiel. — La Finance. — La haute Banque. — La Spéculation. — Écrivains et artistes. — Le Bois de Boulogne est le grand salon de Taris. — Étude du coeur humain. — Balzac a soulevé le rideau. — Prédilection de l'Empereur pour le Bois.

Le suprême bon ton, à Paris comme ailleurs, à Paris plus qu ailleurs, consiste, pour un petit nombre de privilégiés, à faire ce que le vulgaire ne peut pas faire, à se distraire quand il travaille, à veiller quand il dort , à dormir quand il se lève, à se promener quand il reste à l’atelier ou dans sa boutique. Voilà pourquoi le monde élégant ne paraît pas dans les théâtres le dimanche, et pourquoi il ne se montre guère au Bois

que six jours sur sept. Les diamants, les belles robes , les cachemires sont très-recherchés par la femme riche, parce qu’ils coûtent fort cher; mais tpie leur prix tombe assez bas pour que la bourgeoise puisse en jouir à son tour, et vous verrez les femmes du monde affecter dans leur toilette la plus grande simplicité. Les révolutions ne peuvent rien contre ce besoin de se distinguer, qui a sa source dans notre nature même, dans la vanité. Nous avons bien vu, il est vrai, à diverses époques, en 1848 , par exemple, quelques membres du Jockey-Club fumer avec affectation sur leur balcon doré, la modeste pipe du prolétaire; nous avons bien vu les armoiries s’effacer sur les voitures, et les livrées disparaître ; mais combien de temps cela a-t-il duré ? Avec des instincts démocratiques, nous sommes un peuple essentiellement orgueilleux. Nous divisons l’humanité en deux parts : l’une qui comprend tout ce qui n’est pas nous-même, et pour laquelle nous faisons de beaux discours au parlement et de superbes articles dans les journaux ; l’autre qui ne se com-

vt

pose que de notre chétif individu, mais pour laquelle nous sommes pleins de tendresse et d’indulgence. Je connais un écrivain démocrate qui a passé sa vie à réhabiliter les sans-culottes et la carmagnole; à le lire, on se le représente libéral comme Dieu et mal vêtu comme Diogène. Quelle erreur étrange! C’est un des élégants du Boulevart : Dussautoy l’habille, Jouvîn le gante, et feu Sakoski le chaussait ! Il est frisé comme un chérubin, son mouchoir exhale les extraits les plus purs de Chardin, de Guerlain et de Lubin ; il monte à cheval, affecte les grands airs, joue le lansquenet, et perd quelquefois dans une soirée assez de louis pour nourrir toute une famille pauvre pendant un an. Que voulez-vous? nous sommes ainsi faits; est-ce un bien, est-ce un mal? Qui osera répondre et prétendre qu’il répond avec certitude? Si ce besoin incessant de se distinguer est un travers, il faut bien convenir qu'il a son bon côté, puisque nous lui devons le luxe, qui donne du travail à tant de bras, les arts, qui portent si

haut la renommée d’un peuple. Et puis, cette va-

nité n’est pas toujours l’indice d’un mauvais cœur. La charité se montre souvent en robe de soie et de dentelle ; la pitié a plus d’une fois chanté pour les pauvres avec le front ceint de brillants ; que de mains fines et bien gantées font l’aumône'au coin de nos rueè! que de pauvres diables, effleurés par un coupé blasonné, ont dû à cet accident une haute protection et le repos de leur vie ! Prenons donc la société parisienne pour ce qu’elle est : brillante et légère, mais bonne; jalouse de ses titres, fière de sa fortune, mais charitable et pleine d’humanité.

Tenez, nous sommes au Bois, il est quatre heures et c’est vendredi. Voici un riche équipage qui se distingue par son élégance parmi tous les autres. Une femme de grand nom, jeune et belle à ravir tous les cœurs , est assise dans le fond du coupé. Devant elle est une petite fille qui joue avec une levrette blanche, mince et frileuse , aux formes les plus aristocratiques. Deux valets en grande livrée sont debout derrière la voiture; sur le siège est un cocher gras comme un chanoine, galonné,

poudré et frisé ; les chevaux sont deux merveilles qui supporteraient l’examen de tous les turfistes réunis. Les panneaux de la voiture portentun large écu surmonté d’une couronne ducale. Il n’est pas possible de voir un ensemble plus riche, plus élégant, plus imposant et de meilleur goût. Que vient-il donc d’arriver ? pourquoi la voiture s’est-elle arrêtée ? Que veut ce petit enfant en haillons, qui arrive tout haletant et se place entre les deux roues? il a jeté dans le coupé un bouquet de violettes et il en demande le prix. Sa figure est intéressante, son front es^ couvert de sueur, ses grands yeux bleus sent pleins de larmes. Il attendait un sou, on lui donne un louis; on lui donne aussi une carte pour sa maman, qui devra venir demain à l’hôtel de la duchesse. Devinez-vous ce qui se passera demain ? Vous vous dites qu’un autre louis sera donné et que la grande dame ne pensera plus à ses protégés. Eh bien! non; ce n’est pas assez ! Quand on a fait un pas dans le chemin de la charité, on en fait deux, on en fait dix, on en fait cent. La charité est si lionne au cteur !

' — 128 la joie quelle cause est si pure ! Demain, la belle dame recevra la mère du pauvre petit, la ques donnera, s’informera de son domicile et promettra d’aller la voir; et après demain, entre une heure -et deux, une voiture de remise s’arrêtera dans une rue bien obscure, devant une maison bien misérable où la duchesse entrera. Cette fois, elle aura quitté ses atours, elle n’aura ni .bijoux, ni robe éclatante, car son cœur lui a révélé les susceptibilités du malheur. Elle a laissé ses diamants, comme elle a laissé sa voiture et ses valets. Elle est venue seule, seule avec l’ange de la charité qui lui dit : Tu vas remplacer cette paille par un lit, ces haillons par des hardes propres, ces lambeaux informes par du linge blanc; tu vas donner du travail à cette malheureuse mère et tu prendras soin de son enfant. Quand l’ange de la charité parle, on l’écoute, ses conseils sont des ordres, on les entend, on les exécute et on est béni.

Les journaux disent fidèlement tout le mal qui se fait à Paris, ils racontent avec complaisance les crimes qui s’y commettent.. Mais savent-ils la

dixième partie du bien qui s’y accomplit? Non, car la charité aime le mystère, et les aumônes les plus efficaces sont aussi les plus ignorées.

Regardez donc sans jalousie et surtout sans haine ces belles voitures qui passent, repassent et se croisent dans cette longue avenue du Rois que la fashion a adoptée (1) , Regardez-les sans haine, parce que beaucoup de riches que vous voyez là se sont ennoblis par leurs bienfaits ; regardez-les sans jalousie, parce que beaucoup d’ autres ne doivent la fortune dont ils jouissent qu’à leurs travaux, à leurs lumières, aux services qu'ils ont rendus. Quant à ceux qui n’ont eu que l’embarras de naître, qui, de tout temps, ont vécu dans l’abondance, et dont la vie se résume par un seul mot : — jouir, — laissez-les en paix et ne les blâmez pas non plus. Peut-être qu’ils feraient mal ce qu’ils essayeraient de faire, et, dans tous les cas, leur oisiveté n’est pas stérile puisqu’ils aiment les beaux chevaux, les belles voitures, tout ce luxe enfin si nécessaire à la prospérité d’un pays.

(1) L’Allie {les Fortifications.

« Tout ce qui brille n’est pas or, » dit un proverbe vulgaire. Cela yeut dire que les apparences sont souvent trompeuses ; que tel parait riche et ne l’a jamais été ou ne l’est plus, et que tel paraît heureux dont la vie est un enfer.

Le notaire infidèle, qui envoie sa femme à l’O pér^, couverte de faux diamants, le jour même où il passe la frontière, ne manque pas, s’il a voiture et s’il est d’un certain monde, de se montrer au Bois quelques heures avant son départ. Là, il salue ses clients, le spéculateur qui lui a confié ses titres, le rentier qui a déposé son capital chez lui. Les pauvres victimes ne se doutent pas du coup terrible qui va les frapper. Comment ne pas avoir confiance dans un homme qui vient aujourd’hui même de renouveler ses chevaux ?

Être ou paraître, voilà les deux mots qui résument la société. Ce sont les deux pôles, l’alpha et l’oméga de ce monde que nous avons en ce moment sous les yeux,' qui passe dans ces voitures, galope sur ces chevaux, se promène lentement sous ces contre-allées. Ceux qui sont, ont peu d'efforts

à faire pour prouver qu’ils sont; ils se laissent simplement aller à la vie comme le liège se laissé aller au courant. Mais quelles minutieuses précautions ne sont pas obligés -de prendre ceux qui, n’étant pas ou n étant plus, veulent avoir l’air d’être, quand même, par vanité ou par intérêt ! Que de soins pour éviter l’immersion ! Quelles violences intérieures pour ne pas se trahir !

Voici trois personnes dans une calèche splendide. Le père et la mère occupent le fond de la voiture, une jeune fille de quinze ou seize ans est sur le devant, c’est leur enfant. Un beau jeune homme, monté sur un superbe anglais pur sang, caracole à la portière. Le mari , jeune encore , a toutes les apparences d’un homme heureux: il sourit à sa femme et détache du bouquet qu’ elle lui présente une magnifique rose moussue qu’il place négligemment à sa boutonnière. I)e son côté, la femme, belle comme on l’est quelquefois à trente ans, lui sourit sans affectation. La jeune fille semble rêver; le jeune homme s’étudie à paraître gracieux sur son cheval. « Voilà le vrai bonheur! disent ceux

qui passent o , et ils rêvent d’ineffables joies intérieures, des fêtes sans fin !...

Menteuse et cruelle apparence! ce n’est pas le bonheur qui passe, c’est le drame ! le drame dans la famille, le drame intime, poignant, qui commence au foyer domestique et se dénoue en cour d’assises! Le beau jeune homme qui caracole à la portière, c’est l’amant de madame. Le mari le sait, et il a dit à sa femme qu’il le savait. Epouvantée, elle a imploré Son pardon à genoux. Il a paru pardonner, mais il a mis pour condition à son indulgence, non pas qu’on éloignerait le jeune homme, mais qu’on reviendrait à ses devoirs, tout en gardant près de soi l’objet aimé. L'éloigner, en effet , n’était-ce pas donner raison aux propos perfides qui commençaient déjà? En le traitant comme par le passé, en se montrant avec lui en public, l’honneur était sauf, du moins pour le monde, et le mari outragé pouvait accomplir ses desseins. Complètement ruiné par de fausses spéculations, il n’avait plus d’espoir que dans le mariage de sa fille. Ce mariage était à la veille

de se faire ; le futur, un autre beau jeune homme, apportait des millions, tout était sauvé !...

Tout était perdu, au contraire, si le scandale devenait public, car la famille dont on souhaitait si ardemment l’alliance, ne permettrait pas une tache à son blason. Voilà pourquoi l’on se

montrait au Bois avec cette apparence d’union et de parfait bonheur qui trompait tout le monde... Le mariage se fera, les millions seront encaissés, et le pauvre innocent qui caracole à la portière sera invité à rester chez lui. Ce sera le signal de la catastrophe : des lettres, trop tendres, hélas! seront surprises, et le mari, dont l'indulgence n’était qu’apparente, s’adressera aux tribunaux pour obtenir une séparation de corps.

Cette histoire, ne la connaissez-vous pas, ne l’avez-vous pas déjà lue? Mais hier encore elle était écrite tout àu long dans la Gazette des Tribunaux!

Quelle est cette femme languissamment étendue sur les moelleux coussins de sa calèche? Avec quelle grâce les flpts de sa robe retombent autour

d’elle ! Quelle harmonie, de toilette S Quelle recherche savante et pleine de simplicité ! En vérité, cette femme vous fascine! on voudrait détourner les yeux , mais son regard vous brûle et attire le vôtre! que de séductions dans ce visage incomparable, dans l’attitude de tout ce corps frémissant! Pauvre jeune homme ! as-tu donc oublié les malheurs de Raphaël? Oui, c’est elle, c’est Fœdora, la femme sans cœur. Passez, passez, Fœdora, retournez bien vite à Paris, votre agent de change vous attend !

Maintenait , attention !

Voici lord X., l’une des célébrités du sport en France et en Angleterre; on peut dire que le noble lord passe sa vie à cheval. C’est un habitué

du Bois de Boulogne , mais il est du petit nombre de ceux qui s’ y rendent pour leur plaisir et leur sauté, et ne tiennent nullement à être vus. Lord X. déjeune de bonne heure et arrive au Bois avant midi. Il a gagné des sommes folles à faire courir, et c’est à lui que nous devons l’importation des handicaps. 11 a publié plusieurs brochures très-

remarquables sur le dressage des chevaux, et il connaît à fond les races d’Europe. Il répète souvent , avec amertume , que le cheval de selle n’existe plus : « On ne voyage plus, on ne chasse plus à cheval, dit-il, le seul cheval de selle de notre époque est le cheval de guerre.... » Et il fait les plus louables efforts pour rendre à l’animal déchu les hautes perfections qui le distinguaient autrefois : la souplesse, l’énergie, le liant, la vigueur. Nul mieux que lui ne ramène et ne rassemble un cheval difficile ; nul mieux que lui ne sait vaincre, par l’assouplissement, les résistances de l’encolure. Ainsi monté et conduit , le coursier lé moins docile répond aussitôt aux effets de force, d’opposition et d’impulsion du cavalier. Lord X. rivaliserait, je crois, avec Baucher pour le passage instantané du piaffer lent au piaffer pré* cipité; pour le travail au galop sur les hanches, pour le galop sur trois jambes, le recul au trot, le recul au galop avec et sans rênes, les changements de pied au temps, le changement de pied sur place, et mille autres exercices qui témoignent de la puis-

sance, de la patience et de 1^ volonté de l’homme. Le cheval que monte en ce moment Lord X. est un pur sang du Galloways. Il fait l’admiration et le désespoir de tous les turfistes. Black-Eagle n’a jamais été monté que par son maître.

Le nombre des équipages augmente, tout Paris élégant est là. C’est une collection de femmes belles à tourner toutes les têtes, à ravir tous les cœurs. C’est un vivant parterre des fleurs les plus rares de tou? les pays. 11 n’est pas un point connu du monde civilisé qui n’y soit représenté par quelque merveilleuse créature, aux cheveux blonds, châtains ou noirs, aux yeux de turquoise ou de jais, aux regards vifs ou languissants, au teint pâle comme le camélia blanc, ou rosé comme le chèvrefeuille. Ouvrez les yeux vous tous qui avez l’amour de la beauté et de la grâce; mais prenez garde à votre cœur ! Voici, dans ce coupé, la belle comtesse de P. , dont la vertu est une forteresse intacte. Cette petite brune mignonne, qui vient après, dans cette calèche sans armoiries, c’est M mï B., M mc B. tout court, veuve à vingt ans, et qui compte

autant de raillions que de printemps. Cette blonde Anglaise, qui passe à cheval et qu’accompagne un vieux monsieur, c’est lady F. ; vous connaissez sa biographie. Elle était l’année dernière à Néris, et c’est en son honneur que le brillant colonel de V. s’est battu avec le prince Titatchoff, qu’il a cruellement blessé. Dans la contre-allée, ce couple qui vient à pied de votre côté, c’est tout simplement la duchesse de S. et son mari ; le duc est, dit-ori, le plus fin diplomate de notre temps, et la duchesse a une réputation d’esprit européenne. Un peu plus

loin, la mélancolique baronne de F., qui passe

l’été à Auteuil, se promène avec ses enfants. Sa jeune fille se compose un bouquet de fleurs du Bois, et son petit garçon s’amuse à faire galoper un grand valet doré sur toutes les coutures, qu’il tient au bout d’une ficelle, et dont il frappe cruellement les mollets avec son petit fouet. Cet enfant promet ; on voit qu’il a du sang de colon dans les

veines. Malheureusement le baron son père est parti pour vendre ses plantations de la Guadeloupe, beaucoup nioins productives depuis l’alïranchis-

sement des noirs. Son fils l’eût dignement remplacé !

Le monde officiel est là, représenté par des ministres, de hauts fonctionnaires et des ambassadeurs. Ces personnages viennent assez irrégulièrement au Bois. La politique a des exigences si nombreuses ! mais leurs femmes ne manquent pas de s’y montrer tous les jours, et plus d'un doux visage qui vous fait rêver paraît dans la voiture d’une Excellence. ,

La finance, la haute banque aiment le Bois; elles y viennent après la Bourse. Voici la livrée bleu et or du plus célèbre banquier du monde. Inclinez-vous devant la majesté rayonnante du capital. Ce financier richissime compte les millions par < centaines, ce n’est pas assez dire, il a mille millionSi H a un milliard ! Plus riche à lui seul que toutes les sociétés financières , il sème l’or par tonneaux dans toutes les terres dont il connaît la bonne qualité. Sa moisson est immense, elle s’étend du nord au midi et de l’est à l’ouest. Plus d’un roi est son débiteur» et plus d’un peuple lui doit son industrie

et son crédit. Vous dire les Chemins <le fer, les

usines, les mines, les forêts qu’il possède, ou sur lesquels il a les plus sûres hypothèques, serait impossible. 11 est le Pactole, et il peut ce qu’il veut; c’est quelque chose comme un Etat dans l’Etat.

Inclinez-vous encore devant ce petit homme maigre, au teint bronzé et à l’oeil vif, qui passe dans ce tilbury rapide comme l’éclair. C’est le prince de la finance aventureuse, c’est plus, c’est le Voyageur intrépide qui a découvert le premier filon doré' du Sacrainento. Il y a quelques années à peine, il errait pauvre et ignoré, dans là Californie déserte, lorsque ses regards s’arrêtèrent sur les paillettes brillantes d’un ruisseau tari. C’était de l’or ï 11 y en avait là pour quelques mille francs à peine, mais un peu plus loin il y en avait pour des millions. Il recueillit ces richesses, revint en France, publia sa découverte et se fit banquier ou plutôt spéculateur. Aujourd’hui, c’est, dit-on, le plus heureux joueur de la Bourse, et il marche de pair avfec les gros bonnets du lieu, il est vrai que

sa fille vient d’épouser le duc de Cholérapoulos, et que ses salons, fréquentés par toutes les illustrations littéraires et artistiques, sont les plus gais de Paris.

Talent n’est pas toujours synonyme de richesse, et plus d’un artiste de mérite, plus d’un écrivain distingué ne paraissent au Bois de Boulogne qu’en voiture de remise ou ne s’v montrent pas du tout. Mais il faut jouer de malheur pour ne pas y rencontrer quelques-unes des notabilités que la foule a consacrées et que le succès a enrichies. Auber, Lamartine, Scribe, Horace Vernet et beaucoup d'autres qui portent des noms chers au public, aiment le Bois et s’y promènent souvent, llachel, qui nous a quittés, l’ingrate! pour déclamer nos plus beaux vers à des oreilles russes, ne manquait pas de se montrer au Bois tous les jours quand elle était à Paris. Lamartine avait dernièrement encore un appartement à Madrid ; Auber et Scribe ont composé au Bois, j’en suis sûr, plus d’un air et plus d’un couplet d’opéra comique. Et quant à Horace Vernet, son goût pour les chevaux en a depuis

- Ml -

longtemps fait un habitué de cette promenade aristocratique. ...

Telle est l’ébauche du tableau que présente le Bois au printemps, avant le départ de la société

riche pour la campagne* Il n’est pas un autre lieu,

dans le monde entier, qui soit aussi digne de fixer

l’attention de l’observateur. Le Bois de Boulogne c’est le grand - salon de Paris, qui est lui-même la * capitale de l’univers. On écrirait un nombre infini de volumes sur les scènes intimes, les intrigues,

les drames ou les comédies dont il est le confident discret ou indiscret. Spectacle toujours de bon ton, mais varié à l’infini, il présente sans cesse des personnages nouveaux à l’œil du physiologiste. Connaître à fond la société qui se croise, s’examine, passe, cause, pose, rit, fume, médit, se déchire, se salue, s’amuse ou bâille sous ces arbres touffus,

ce serait connaître la société de Paris; bien plus!

' ce serait connaître le cœur humain.

Balzac, de glorieuse et douloureuse mémoire,

l’avait compris. Que sa grande ombre me par-

donne d’être entré Sur la scène par le coin du ri^ deau qu’il. a lui-même soulevé. ' '

J’ai parlé de la prédilection de l’Empereur pour

le Bois de Boulogne. Je ne puis terminer ce cha-

pitre sans dire que S. M. s’y montre souvent avec l’Impératrice. La présence de LL. MM. donne un attrait déplus à ces charmantes allées, qui v semblent faites pour la réunion de toutes les aristocraties : — talent et richesse, — puissance, beauté et bonté.

Digitizec

Page 1