C. sanguin
La plus commune de ces deux espèces est le cornouiller sanguin, tjue l'on trouve souvent dans les haies et en forêt. Le bois des coinotiillers est lourd, homogène, compact, dur (le mot Cornif^fait allusion à la dureté de ce bois, comparable k celle de la corne). Rayons égaux, 6ns. Vaisseaux nombreux, égaux, petits, isolés ou rarement réunis en petit nombre, uniformément répartis, cependant plus rares sur le bord tout-à-fait externe. Tissu fibreux très dense, à parois très épaisses, mélangé d'un peu de parenchyme, non apparent.
Voici commentM. Thil résume les caractères distinctifs des bois desdeux espèces de cornouillers :
Bois gcncralemenl blanc, dur, avec une zone plus dense, dessinant les limites d'accroissement, tige de pcUle dimcDsioD Cornouiller tanguin
Bois très dur, blanc ou faiblement coloré, les accroissements se distinguent difficilement, tige quelquefois de dimension moyenne . -. . Cornouiller mâle
Cornouiller mâle {Cornus mas. Lin.).
C'est un des bois les plus tenaces et les plus homogènes de nosiorôts; il est aussi très dur et pesant. Densité: 0,943- 1,014. Le cœur de ce bois est brunâtre et Taubier blanc légèrement teinté de rouge. On en fait des pièces de mécanique : dents d'engrenage, coussinets, chevilles. Il sert, en général, aux mêmes usages que le sorbier domestique.
Comme il est très rigide et difficile à rompre, on en fait des manches d'outils pour le travail des métaux. On en fait encore des échalas, fourches, bâtons d*échelles, gaules, piquets, cercles. Ce bois est particulièrement recherché pour la confection des cannes et manches de parapluies. Il doit être bien sec au moment de la mise en œuvre, car il est sujet à se gercer et à se tourmenter, il se contracte beaucoup en se desséchant, soit 30 0/0 du volume à l'état vert.
La fabrication des cannes, des manches de parapluies et d'ombrelles, des manches d outils et des garots de-chemins de fer sont les industries auxquelles donne lieu l'exploitation du cornouiller, particulièrement dans la Côte d'Or.
Les brins de cornouiller mâle de 8 à 15 centimètres de tour avec crochets servent à la confection des cannes ; ceux de 6 à 10 centimètres, sans crochets, à la fabrication des manches d'ombrelles et de parapluies ; ceux de 12 à 16 centimètres, à la confection des manches d'outils ; leur prix s'élève à 20 et 130 francs le mille suivant les dimensions ; ceux de 15 à 20 centimètres servent à la fabrication des garots de chemins de fer. On expédie les brins à Paris par bottes de 25,50 ou 100. Le stère de bois à crochets, pouvant donner 500 cannes à poignée, se vend 25 francs ; le stère de bois droits, propres à la fabrication des cannes, peut donner 700 à 900 cannes et se vend 20 francs. Les prix de ces bois ont sur place, comme bois de charbonnette, une valeur qui ne dépasse pas 2 francs.
On le recherche encore, dans la Côte d'Or notamment, dit M. Mouillefert à qui nous empruntons ces détails, pour la fabrication des cercles et des échalas de vigne ou « paisseaux », Pour le cerclage des emballages qui réclament une grande
solidité, le cornouiller mâle est bien préférable au coudrier. Comme « paisseau » il a la réputation d'être plus durable que le chêne.
Un mètre cube de cornouiller contient 740 à 750 paisseaux de 1 m. 50 de longueur, valant 12 francs le mille à Tétat brut, et 20 francs préparés. Le cornouiller est souvent vendu à l'état de perches ayant 5 à 6 mètres de long et 12 centimètres de grosseur moyenne, à raison de 30 à 35 fr. le mille.
Ce bois était réputé jadis pour la confection des flèches : Homère et Virgile mentionnent cet usage.
Le bois de cornouiller est excellent pour le chauffage et donne un très bon charbon.
Cornouiller sanguin, Cornus sang idnea^ Lin. — Syn. : fraisillon (Nancy) ; bois punais.
Cet arbrisseau, de taille moindre que le précédent, donne un bois aussi moins estimé. Densité 0,871-0,900.
Les usages sont à peu près les mêmes que ceux du cornouiller màle, mais les produits sont de qualité inférieure. Passé dans un bain de teinture rose, il imite fort bien le bois des Indes^ désigné sous le nom de pimiento^ qui passe pour le plus recherché des bois destinés à la fabrication des parapluies de luxe.
Il est très apprécié dans certaines localités pour servir de bâti aux ouvrages de vannerie ; les fleuristes et jardiniers emploient les jeunes tiges à faire des tuteurs ; le bois des grosses tiges sert à faire des manches, des objets tournés et de la tabletterie.
f 90. lie Bais «•mmaii, Bnxus sempervirens^ Lin. — Syn. étr. : Bnchsbaum^ allem. ; Box-Tree, angl.
Caractères, — Cet arbuste, toujours vert, appartient à la petite famille des Buxacées, voisine des Euphorbiacées, mais dont les représentants n'ont pas, comme ceux de cette dernière, du suc laiteux.
Ce végétal varie singulièrement de grandeur suivant les climats et la culture : dans le Levant il est assez grand et fort pour présenter un tronc de 30-40 centimètres de diamètre ; dans nos climats c'est un arbrisseau de 12 à 15 pieds que Ton peut réduire à l'état nain (il est alors stérile), pour en constituer des bordures dans les jardins. Le buis a une végétation
très lente, c'est une espèce sociale, c'est-à-dire qu'elle couvre souvent à elle seule de grandes étendues. On le trouve habitant les terrains arides des coteaux et montagnes calcaires (plante calcicole). Il manque dans le Nord-Ouest. Il est très rare en Algérie où on Ta observe dans la région des cèdres.
Bois. — C'est un des plus denses et des plus homogènes de nos contrées. Il est jaune, avec quelques zones plus foncées, légèrement brunâtres dans certains échantillons ; il se tache de jaune verdàtre par suite d'un commencement d'altération. Le cœur est généralement altéré dans les échantillons un peu fort de ce bois qui, d'ailleurs, ne devient pas gros.
C'est un bois précieux d'un prix très élevé ; il est particulièrement recherché par les graveurs, tourneurs, pour le tour de premier ordre, tourneries de Saint-Claude, confection des mesures linéaires, tabletterie ; on en fait encore de menus placages teints pour la marqueterie. Le bois des souches est très finement noueux ; on en fait, entre autres objets, des tabatières, dites improprement de racines de huis.
Toutes ces qualités donnent lieu, trop souvent, à une exploitation abusive de cet arbuste que l'on arrache pour avoir la souche, aussi devient-il de plus en plus rare.
Le bois de buis est quelque peu sujet à s'échauffer, c'est-àdire à subir un commencement de décomposition, qu'on retarde ou empêche en l'employant bien sec et en le conservant à Fabri de l'humidité.
On emploie parfois dans le Jura et la Haute-Marne un procédé spécial en vue d'obtenir des loupes de buis, qui sont très belles. Pour cela on passe, sur la branche qu'on veut transformer en loupe, des anneaux en fer ; chaque année on coupe les petites branches qui ont poussé entre les anneaux et, pour que la branche principale ne souffre pas, on conserve les pousses des extrémités. A mesure que la branche se développe, les douilles deviennent trop étroites et la sève, s'extravasant sur les branches coupées, vient former des loupes rondes et à peu près régulières.
Les acides colorent assez mal le buis parce que le grain en est trop serré, mais on peut le teindre avec les teintures des bois d'Inde.
Le buis d'Espagne (Pyrénées) pousse droit, mais sans loupes ; il est recherché par les luthiers.
Le bois du buis est très sujet à se crevasser en séchant ; pour prévenir cet inconvénient les tourneurs ont parfois l'habitude, en France, de placer le bois qu'ils destinent à des travaux délicats dans une chambre obscure ou une cave, où ils le laissent trois ou quatre années suivant les circonstances. A l'expiration de ce temps, ils enlèvent, avec une hachette, le bois d'aubier et replacent le bois de cœur dans la cave jusqu'au moment où il doit être tourné. Pour les articles les plus délicats, le bois est immergé pendant 24 heures dans Teau froide, puis soumis pendant quelque temps à TébuUition ; après quoi il est essuyé, séché et conservé à Tabri de Tair et de la lumière, dans du sable ou du son, jusqu'au moment où il doit être mis en œuvre.
Les petites branches, bien qu'elles brûlent avec lenteur, sont fort estimées comme bois de feu pour les fours à chaux, briquetteries, etc., pour lesquels une chaleur intense et durable est requise.
Le bois de buis, très dur et à grain très fin, convient très bien à la gravure. En France, les arbres indigènes sont rarement d'une valeur suffisante pour servir à cet usage ; aussi une grande quantité de buis était-elle autrefois importée d'Espagne. On sait qu'actuellement ce mode de gravure est très délaissé, encore qu'on y soit revenu ces derniers temps pour l'illustration de quelques ouvrages de luxe.
La gravure sur bois est cependant fort ancienne et même antérieure à l'imprimerie ; on la pratiquait dès les années 1400-1430, au cours desquelles on l'employait à des usages très divers, tels que livres de dévotion ou cartes à jouer. Ces premières figures étaient rudement taillées à l'aide du canif dans la direction du grain ; l'impression était obtenue par simple friction, sans l'aide de la presse. On sait que plus tard Albert Durer porta l'art de la gravure sur bois à un degré de perfection qui n'a jamais été surpasse ; Holbein y excellait aussi ; mais bientôt après lui, on découvrit la gravure sur cuivre et sur acier, et plus récemment les modes photographiques de reproduction. Ces inventions nouvelles ont relégué à l'arrière-plan la gravure sur bois. Nous reviendrons sur ce sujet en traitant de Tutilisation des bois.
Caractères anatomignes. — Accroissements assez visibles, bopds irrégulièrement circulaires et concentriques, souvent très Qexueux et contournés. Rayons très nombreux, presque égaux, très fins. Vaisseaux égaux, nombreux, très tins, isolés ou en files radiales, à peu près unifortnéaieni répoi'tis dans la zone d'accroissement, mais manquant au bord exierne qui est exclusivement fibreux et délimite la zone d'une façon visible. Tissu fibreux très dense à parois épaisses et cavités très réduites.
Kg, *3t. — Buis commun, section Iransvorsale {40 rilamûlres) (A. Thil).
Buts EXOTIQUES. — Lcs buis du Levant : buis de Russie, de Turquie, d'Asie-Mineure, de Perse et de l'Himalaya sont encore plus estimés que celui de France. Ils pèsent jusqu'à 1,328, tandis que celui de nos pays pèse souvent moins que l'eau, soit: 0,907-1,162.
Ils sont exportés des pays de production en bûches de 60 à 120 centimètres de long cl 5 A 30 ccnlimètrcs de diamètre.
Le buis d'Afrique vient du Cni> en bûches de 100-120 centimètres sur 7-20 centimètres ; le buis d'.\inéii(|uc arrive du golfe de Maracaibo, où on ledésigne sous le nom de Zapatero, (bois de cordonnier) ; il est d'importation iccente et nous parvient sous forme de rondins ayant la belle taille de 2 m. 50-4 m. de long sur 13-30 centimètres de diamètre; son grain est moins serré et moins dur que celui des autres buis. 11 est employé spécialement pour In confection des mesures pliantes et navettes à tisser.
Tous ces buis se vendent au poids, au prix de 15 à 70 fr. les 100 kilos, rendus en port français.
199. Hoam eotnmno, Ilex aqiiifolium^ L. (Fam. des Aquifoliacées). — Syn. : gemeine Stechpalme^ gemeiner Hnlsen^ allem.; the common Holly. the prickly-leaved^ angl.
Le houx est un arbuste ou un arbre toujours vert qui peut atteindre jusqu'à 10 mètres de hauteur ; tout le monde en connaît les feuilles coriaces à dents aiguës. Il croit dans les régions montagneuses peu élevées de l'Europe moyenne et méridionale. On le trouve en Algérie.
Le bois de houx est le plus souvent blanc comme l'ivoire, excepté vers le centre des troncs très âgés où il devient brun ; il est finement maillé. Il est très dur, nerveux, souple, à grain fin et susceptible d'un poli remarquablement beau ; on peut facilement le peindre en noir (il ressemble alors à rébène),vert, bleu ou rouge. Sa densité est de 0,764 à 0,952. Les veines du bois et les accroissements annuels sont difficilement visibles à cause de leur petitesse. Il est employé pour le tour, la marqueterie, le placage coloré, la mécanique, les manches d'outils, les cannes et les fouets. On en fabrique des instruments de mathématique et on Ta utilisé pour la gravure sur bois.
Ce bois est assez riche en eau et éprouve beaucoup de retrait. Il faut l'employer bien sec pour qu'il ne travaille plus. Il retient d'ailleurs son eau avec beaucoup de force à cause de la finesse de ses pores.
Caractères analoniiques. — Accroissements peu distincts. Rayons inégaux, nombreux, assez étroits et très minces, I ces derniers non distincts; ils produisent une maillure appa-
f: rente. Vaisseaux peu inégaux, nombreux, très fins, en grou-
\- pes radiaux de 5-12 ou plus, formant un cercle d'un ou
^ plusieurs rangs sur le bord interne, assez uniformément dis-
l tribués dans le reste de l'accroissement, formant de petites
bandes par places. Parenchyme ligneux visible autour des groupes de vaisseaux. Tissu fibreux très dense.