BOIS EXOTIQUES D*IMPORTA.TION
Ce sont, en premier lieu, le Pimis palustris L. ou Pinus australis (1) ou pin de Boston et le Pinus cubensis Grîsebach, essences du sud-est des Etats-Unis qui ne réussissent pas en France.
En seconde ligne viennent^ pour les Etats de rÂtlantique,le Pinus mitis ou pin jaune et le Pinus taeda^ le premier de croissance lente et médiocre dans nos pays, le deuxième d'une rusticité très relative et donnant d'ailleurs un bois un peu inférieur ; et, pour les Etats du Pacifique, le Pinus ponderosa (bull pine des Américains), arbre de grande taille, rustique sous nos climats^ et, surtout le sapin de Douglas, Abies Douglasii qui réussit très bien chez nous et produit un bois très rouge et très fort.
Les Américains désignent souvent ces pins h. pitchpin sous le nom générique de Yellow pine.
Donnons quelques détails sur le Sapin de Douglas (Abies Douglasii Lindlcy), qu'il y aurait tout intérêt à multiplier chez nous étant données la valeur de son bois et la facilité avec laquelle il réussit sous nos climats.
Cet arbre, que l'on désigne encore sous le nom de Psendo^ Tsuga Douglasii Carrière, est la principale essence des immenses forêts qui s'étendent depuis la Colombie britannique jusqu'au Nouveau-Mexique. Son bois mûri est de toute première qualité, il est fort, élastique, à grain fin, très résineux, de couleur foncée comme celle du bois de l'if; il entre pour une grande partie dans les importations du bois de pitchpin. Le Douglas est le seul arbre cultivable en France sur une grande échelle (2), qui puisse produire ce bois, les autres étant incapables de supporter nos hivers, ou bien difficiles à élever en raison de la rareté de leurs semences ou de la délicatesse de leurs jeunes plants.
Le bois de Douglas, long, droit, avec peu de nœuds, est également employé pour la mâture. Le jeune bois, tout en étant de qualité moindre, a été utilisé avec avantage en Allemagne et en Ecosse.
Cet arbre croit rapidement, il lui faut des terres légères,
( 1) Cette dernière déDomination est préférée par Michaux, la première donnant, suivant cet auteur, une idée fausse de l'habitat de l'arbre.
(2) Détails empruntés à M. Cannon. Compte-rendu du Congrès internaiional de Sylviculture, Paris, 1900. Annexe 7, p. 257.
un peu fraîches ; on le dit calcifuge. Il ne peut guère être exploité avant Tàge de 120 à 150 ans, il convient donc de le traiter à longue révolution ; il n'y a que les gouvernements qui puissent faire un placement à si long terme et c'est aux agents de l'Etat qu'il appartient surtout d'introduire dans nos forêts l'essence en question (de Vilmorin).
Bois. Usages. — Le bois de pitchpin est, avons-nous dit, un bois d'une couleur rougeÀtre assez foncée souvent aussi d'une nuance jaune, mais zébrée de fortes veines rougeàtres ; son .grain est fin, il est dur, élastique, plus ou moins résineux suivant l'espèce dont il provient, grâce à cette résine il se conserve bien, même sous Teau, ce qui a permis de l'utiliser dans la construction des portes d'écluses, barrages, etc. ; sa densité est 0,809 à 0,841. 11 a Tinconvénient de se fendre facilement et de jouer d'une façon très sensible.
Les variétés qui sont le plus répandues dans le commerce sont : le pin à courtes feuilles (Short leaved pine) qui est le Pinus mitis et le pin à longues feuilles {Long leaved pine) qui est le Pinus aiistralis appelé encore Pinus palustris. Ce dernier est le plus commun, on remploie pour les traverses de chemins de fer, la construction des ponts, des charpentes de maisons, les travaux hydrauliques tels que pilotis, la construction de navires aux Etats-Unis, le pavage, et, en un mot, partout où il faut un bois fort et résistant. L'autre variété a un grain plus (in, on la réserve pour des travaux plus délicats, meubles d'hôtel ou do résidences d'été pour lesquels le désignent son élégance et son prix peu élevé, les revêtements intérieurs, les caisses de voitures, les wagons de chemins de fer, les parquets, les lambris, les jalousies, etc. Le pitchpin se prête moins facilement que le noyer et le chêne à la sculpture; aussi donne-t-on généralement aux meubles faits de ce bois, désalignés droites et sobres. Le mobilier de pitchpin est d'un aspect gai et élégant, pour un prix modique, et d'une solidité supérieure à celle des meubles en plaqué.
Une troisième variété, moins appréciée que les précédentes, est celle désignée sous le nom de fat pilch^pin ou pitchpin gras^ elle est saturée de résine et brûle facilement. On la demande beaucoup moins. 11 s'agit sans doute, dans ce cas, du bois du Pinus rigida, dont nous avons parlé en tête de ce paragraphe.
BOIS noTiQura b importation
Rappelons qae tous ces bois sont généralement désignés sous le nom de Yellow Fine.
La résistance des bois de pitchpin à Técrasement par compression parallèle aux fibres est supérieure à celle de nos résineux: pins, mélèze, sapin, épicéa, etc., ainsi qu'à celle du chêne, etc. Il est aussi parmi les bois les plus résistants à la traction et au cisaillement.
Ce bois nous arrive en poutres dressées, soit à la hache et ayant parfois 60 centimètres d*équarrissage à la base et 20 à 22 mètres de longueur, soit h la scie et mesurant alors 8 à 15 mètres de long sur 28 à 40 centimètres d'équarrissage.
Il se fait de ce bois d^énormes expéditions du Mississipi par le port de Pascagoula, de la Floride par le port de Mobile, en Europe et notamment en Angleterre et surtout en Allemagne, lorsque le fret est bas et le chargement de retour difficile, comme c^la se produit généralement en été.
Il en est envoyé aussi une quantité considérable du Texas par la ville de Beaumont, près de la frontière de la Louisiane. Le pitchpin de cette province est cependant le moins estimé, il est trop résineux et sujet à se fendre. Les chiffres suivants donnent une idée de la rapide progression de l'exportation de ce bois. En 1892, TEtat du Texas en expédiait pour 17.000 dollars; en 1891, pour 70.000; en 1895, pour 231.000; 1896, 291.000; 1897, 791.000. Le chiffre baisse cependant en 1898, savoir : 528.000. Les principaux pays destinataires sont, par ordre décroissant : le Mexique, TAngleterre, les Pays-Bas, rAllemagne et enfin la France avec un chiffre beaucoup moins considérable que les nations précédentes.
Les poutres et poutrelles de pitchpin, sciées suivant les dimensions commerciales, sont de 2 pouces d'épaisseur sur 4 de largeur ou de 6 sur 8, 8 sur 8, 10 sur 10, 2 sur 12, 12 sur 12. Les longueurs peuvent varier jusqu'à 24 pieds ; le pouce équivaut à Om. 0254 et le pied à Om. 3048. Le prix est de 9 dollars pour 1.000 pieds superficiels (le pied superficiel est de : un pied de long sur un pied de large et un pied d'épaisseur). Lorsque les longueurs dépassent 24 pieds, ce prix s'accroît de 50 centimes (0 fr. 50) par pied en sus ; pour les épaisseurs au delà de 12 pouces, de 50 centimes par pouce en sus.
Ces bois servent encore, aux Etats-Unis, à l'extraction de la résine et à la fabrication du goudron.
988 CHAPITRE lî. — ÉTUDE SPÉCIALE DES BOIS UTILES
tiO. Le Teek. — Syn. : allem. : Teak holz ; angl. : Teakwood] ital. : Legno teak.
Le bois de Teck est fourni par le Teciona grandis L. f.
C'est un bel arbre de la famille des Verbénacées. L'importance de ce bois fameux nous oblige à entrer dans quelques détails à son sujet :
Caractères botaniques, — Le Tectona grandis est un arbre qui a à peu près les dimensions du chêne, il atteint 30 à 35 mètres de hauteur sur 4 à t) de tour.
Le tronc en est droit, élancé ; les feuilles sont grandes et larges, très entières; les fleurs sont petites, groupées en cymes dichotomes disposées en vastes panicules terminales ; le fruit est une petite drupe enfermée dans le calice.
Caractères de la végétation du Tectona grandis. — Cet arbre se propage avec la plus grande facilité et peuple rapidement de vastes espaces quand il se trouve dans son aire naturelle de végétation et dansde bonnes conditions, savoir tune température moyenne de 20 degrés, un sol argilo-sablonneux alluvionnaire ; il peut se contenter d'ailleurs, comme la plupart des essences vigoureuses, d'un sol maigre et d'une autre nature, il ne vient pas au bord de la mer. Les montagnes arrêtent ses graines, qui sont lourdes et donnent peu de prise au vent ; ce fait entrave parfois la dissémination de cette essence.
Le Tectona se développe avec une extrême rapidité pendant ses premières années, ce qui explique sa facile extension dans un pays donné, lorsque les circonstances lui sont favorables ; il prend alors aisément le dessus sur les autres végétaux.
Dès la première année, les graines donnent des sujets qui peuvent atteindre 5 à 15 décimètres et sont déjà robustes. Pendant assez longtemps cette croissance rapide se maintient, et chaque année les jeunes sujets croissent d'un mètre au moins. C'est seulement vers la 30° année que cette végétation étonnante se ralentit ; vers 70 ou 100 ans elle ne continue plus qu'en grosseur.
Avant la fin de cette période, qui est généralement la plus longue que puissent atteindre des arbres en pays chauds, le tronc se creuse souvent à la base de sorte que le meilleur moment pour exploiter parait être entre 50 ou 60
BOIS ESOTJQUES D IMPORTATION VOV
. A ce moment, l'arbre a seulement 60 à 80 centidiamètre, mais il estparraîtement sain, sa hauteur on 25 mètres, son tronc est cylindrique, très droit, t plus gros à la base et dépourvu de branches jusne qui est globuleuse.
i, à l'état spontané, ne forme pas des forêts à lui , associé & d'autres arbres, bien souvent dans la pro- I 10/100, notamment avec des bambous; ou bien il . forêts clairières, car il est exigeant vis-à-vis de la il croit souvent sur les pentes des collines et dans s montagneuses.
tion géographique. — L'aire de dispersion de cette assez limitée.
sonnait d'arbres k teck qu'en Birmanie, au Siam, ihine (Cambodge, Laos, Gochincbine), k Malacca et
. — Le bois de teck est d'une belle couleur brunie, il se prête bien au polissage, ce qui le rend préc l'industrie du meuble ; il est dur et très résistant
et malgré cela il est facile à travailler ; ni la sécheresse, ni Thumidité n'ont de prises sur lui; il est rarement attaqué par les insectes ; il ne se fend, ni ne s'éclate. Il doit sa grande durabilité à une huile résineuse contenue dans ses tissus.
La densité du teck varie de 0,632 à 0,850 (moyenne 0,760); elle est de 10 p. 100 inférieure à celle du chêne.
Ce bois est surtout renommé pour la construction des navires de guerre et les constructions navales en général ; les marines de divers pays en font une énorme consommation. Il est propre à beaucoup d'autres usages, et des industries très diverses tendent de plus en plus à remployer : matériel roulant des chemins de fer, fabrication des escaliers, portes cochères, installations de magasins, d'écuries, etc.
L'Angleterre a reconnu avant nous les avantages très considérables de ce bois quand il y a séjour forcé dans un milieu humide. Il n'est pas rare de trouver dans ce pays des immeubles dont toute la menuiserie extérieure : portes, fenêtres, etc., est en bois de teck.
Depuis quelques années^ le Jarrab et le Karri font une sérieuse concurrence au teck, des qualités duquel ils se rapprochent.
On étudie actuellement la possibilité de faire rentrer le bois de teck dans la construction des bâtiments, et la Société centrale des architectes a examiné les qualités de ce bois considéré à ce point de vue.
On peut tirer de l'arbre des pièces ayant jusqu'à 12 mètres de long et de 0 m. 30 à 0 m. 60 d'équarrissage. Il faut noter que l'emploi de ces grosses pièces doit être fait avec prudence, car elles ont parfois, à l'intérieur, des cavités produites par certains vers et que rien ne trahit à l'extérieur.
Les qualités de résistance dont nous parlons plus loin, jointes à la légèreté (10 p. 100 moins dense que le chêne) et à la belle apparence du teck employé comme revêtement, ont déterminé la Société centrale des architectes à recommander ce bois dans la construction. Toutefois son prix, supérieur de 25 à 35 p. 100 à celui du chêne, en restreindra l'emploi à des cas particuliers : les charpentes apparentes exposées à l'humidité ou ayant à supporter un poids considérable ; les parquets exposés à la chaleur ou à l'humidité, le teck étant insensible à l'une comme à l'autre^ et enfin les escaliers, panneaux, plinthes, lambris.
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Pour les escaliers, on peut obtenir, avec le teck, des plateaux assez larges pour avoir toutes les marcbes d'une seule pièce ; leur surface restera plane et l'usure se fera moins vite qu'avec le chfine ; le prix de revient est d'environ 30 à 35 p. 1 00 plus élevé que celui d'un escalier en chêne.
La ville de Paris s'est aussi servie des bois de teck pour le pavage des rues ; une partie de la rue de ChMeaudun a été ainsi pavée.
Résistance du bois de teck. — Voici les résultats des essais de résistance faits sur ce bois aux laboratoires d'essais ptiysiques et mécaniques de l'Ecole nationale des ponts-et-cbaussées. Us nous sont communiqués par M. Thil.
A. — Compression parallèle à la direction des fibres : Pour des bois pesant 719 et 603 kilos par mètre cube,
les charges d'écrasement ont été respectivement, en kilos et par centimètre carré, de 750 et 600, Le Teck mis en expérience était le Teck de Java.
Le Teck de l'Indo-Chine (Laos), d'une densité de 976, s'est écrasé sous 710 kilos.
B. — Résistance A la rupture par traction ;
Teck de Java après plusieurs années de dessiccation : La charge en kilogrammes par millimètre carré a été en moyenne de 12,6.
Teck de l'Indo-Ghine : La charge de rupture est un peu plus faible, soit de 8,6 à 11,6.
En somme, ce bois arrive aux premiers rangs des divers bois pour la résistance à l'écrasement par compression parallèle ; il est surpassé cependant par le liem du Tonkin, mais il est généralement supérieur au charme, à l'hîckory, au karri, au jarrah, à l'orme, etc., qui sont cependant parmi les bois les plus résistants.
11 se comporte un peu moins bien à la traction, à laquelle il résiste moins facilement que l'hickory, le robinier, le frêne, le jarrah et le karri, le charme; il est un peu inférieur au chêne, etc.
Exploitation du teck. — Nous donnons, au cours des paragraphes suivants, des détails sur la manière dont l'exploitation se pratique dans les pays où le teck est le plus abondant.
Quand l'arbre a atteint l'Age que nous avons indiqué anté-
ùi
rieurement, il est abattu ; mais auparavant, on lui fait subir généralement une opération spéciale qui a pour but de le rendre plus sec, plus léger, et de prévenir la pourriture de Taubier ; elle se pratique 1 année ou 2 avant le moment prévu pour Tabatage. Elle consiste à faire autour du tronc une large incision affectant Técorce et Taubier. Le développement de Tarbre s'arrête, il meurt bientôt ; on le laisse ainsi sur pied pendant le laps de temps que nous venons d'indiquer; cette opération est appelée parfois girdling (ceinturage). Il doit se passer dans ce cas des phénomènes analogues à ceux que produit Tannélation des chênes préconisée pai*M. Maire (voir p. 613 et s. et 621).
Le teck une fois abattu est flotté ou transporté à dos d'éléphant au lieu de destination ou au port d'embarquement
Le teck dans les divers pays de production. — Le Siam. — Le Siam est le pays qui produit la plus grande quantité de teck réputé de la meilleure qualité. Celui de Java est de moindre valeur; quant au Teck exporté par la Birmanie, qui fait partie maintenant de l'Inde anglaise, il provient, pour une large part, du Siam de la façon suivante : les bois descendent au port de Moulmein par le Salouen, ils arrivent même au port de Rangoon, où ils sont achetés par les Anglais.
Le teck est l'objet d'un commerce très considérable au Siam où il entre pour 10/100 dans le total des exportations.
Il s'en expédie annuellement 35 à 40.000 tonnes de Bangkok, soit pour une valeur de 7 ou 8 millions de francs par an.
Tableau des quantités de teck exporté de 1893 à 1900 :
Tonnes
Voici le détail des exportations en 1897 et en 1898, le picul pesant 60 kilos et la piastre valant 2 fr. 50 :
BOIS EXOTIQIES D 1M1»0RTATI0N
Bois de Teck
Teck en planches
Teck carré