‹ Le boisChapitre 30 sur 140 · BOIS EXOTIQUES D'IMPORTATION · texte numérisé non relu

BOIS EXOTIQUES D'IMPORTATION

serré. Ils paraissent atteindre leur taille maximum vers quatre-vingts ans, après quoi ils s'accroissent seulement en diamètre. Ces arbres sont' les géants du règne végétal et ils ont détrôné comme tels les Séquoia ou Wellingtonia de la Californie. Ils atteignent souvent 60 à 80 mètres de hauteur et parfois beaucoup plus, on cite des pieds ayant jusqu'à 130 et même lio mètres et 132 mètres. Qu'on se représente, comme terme de comparaison, nos édifices les plus élevés et on se rendra compte de ce que cette hauteur a de colossale. Un Eucalyptus, mesuré en Tasmanie, avait 9 m. 15 de diamètre près du sol et 3 m. 66 au niveau de ses premières branches, c'est-à-dire à 70 mètres au-dessus du sol, la hauteur totale était de 91 m. 50. On évaluait approximativement à 446.886 kilogrammes le bois qu'aurait pu fournir un tel arbre.

A 64 kilomètres de Melbourne se trouve une forêt, peuplée de ces géants, constituant une des curiosités pour les touristes qui visitent la ville. Des excursions en voiture y sont régulièrement organisées.

Localisation et exploitation, — Le Karri et le Jarrah croissent exclusivement sur le territoire de TAustralie occidentale et y couvrent 485.000 hectares, soit le 1/20 delà superficie forestière de cette colonie anglaise. On y évalue à 15.000.000 de mètres cubes la quantité, actuellement sur pied, bonne à être sciée. On a demandé au gouvernement australien à exploiter 105.000 hectares par concession de 100 à 40.000 hectares ; 40 scieries, ayant une force collective de 2.600 chevaux, sont en action et 400 kilomètres de voies ferrées ont été établis.

Des forêts particulièrement belles se trouvent près des sources de la rivière Watts, affluent du Yarra-Yarra, à Tembouchure duquel est construit Melbourne ; tous les arbres y atteignent 75 à 90 mètres de haut, tous droits comme un I avec quelques feuilles à leur extrémité.

Les principaux centres de coupe sont, au bord des rivières : Warren, Shannon, Douelly, Walpole et Gardner ainsi que Denmark et Karridale; ils se trouvent donc dans la partie sud-ouest de la grande division sud-ouest de la colonie, comprise entre le cap Hamelin à Touest et le district de Torbay près d'Albany à Test.

Des charrettes à chevaux ou à bœufs amènent le bois aux

voies ferrées intérieures, qui le transportent aux ports d'embarquement dont les principaux sont : Bumburq, Port- Augusta, Busselton, Rockingham et Fremantle.

On abat le Karry lorsqu'il atteint 60 mètres de hauteur totale, soit 40 à 50 mètres jusqu'à la première branche.

Le Jarrah, qui est naturellement moins élevé, est abattu quand il atteint sa hauteur moyenne, savoir 30 mètres.

Bois, — Le bois d'eucalyptus (Jarrah et Karri) est brunrouge tirant un peu sur l'acajou, dur, compact, très serré, facile à fendre. La densité varie de 1,12 après l'abatage à 0,96 quand il est aussi sec que possible ; cette densité dépasse celle du chêne et du teck. Il contient en notable proportion une huile éthérée, il a la réputation d'être presque incorruptible et respecté beaucoup mieux par les insectes que le teck qui est quelquefois attaqué par la fourmi blanche et détruit par le taret Avec le temps il devient extrêmement dur et d'un travail presque impossible. Des traverses de chemins de fer, en service depuis 18 ans, ont paru aussi solides qu'aux premiers jours de leur emploi (t). On attribue cette durabilité à l'existence dans le tissu ligneux d'une oléo-résine rouge. La présence de cette substance donne à ce bois un toucher onctueux.

Le Karri et le Jarrah se distinguent très difficilement l'un de l'autre, leurs qualités paraissent d'ailleurs identiques.

Résistance. — a. A la compression parallèle, la charge d'écrasement a été de 702 kilos par centimètre carré, pour le Karri pesant 1 .000 kilogrammes le mètre cube, et de 594 kilogrammes pour le Jarrah pcsant93l kilogrammes (2). Parmi les bois qui se sont montrés plus résistants que le Karri, citons le liem du Tonkin, le teck, le charme et l'hickory, ces deux derniers pour certaines éprouvettes seulement. Par contre, il s'est montré supérieur au chêne, au hêtre, etc.

I). A la compression radiale ou tangentielle, la charge d'écrasement a été, par centimètre carré, pour le Jarrah, de 132 kilos; le chêne s'est montré plus résistant, ne cédant qu'à 151 kilos.

(i) Annales des Travaux p\ib lies de Belgique ^ octobre 4901. ('2j Résultais des expériences laites aux laboratoires d essais physiques et mécaniques de l'Ecole nationale des ponts-et-chaussées, 4894-1900.

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c. Résistance à la traction : la rupture pour le Jarrah s'est effectuée sous un poids allant de 12 kil. 7 à 18 kil. 3 par jnîllimt^tre carré de la section; pour le Karri, de 1 1 kil. 3 à 1 8 kilos. Celte résistance est supérieure à celle du chêne et du teck.

Usages. — Toutes les qualités que nous venons d'énumérer rendent le bois de ces végétaux très utile pour une foule d'usages.

On l'emploie fréquemment dans la construction des ports et de la marine en général : navires, pilotis, digues, jetées, ponts, etc. On en fait des traverses de chemins de fer très durables, des wagons de chemins de fer, des travaux de charpente tels que colonnes et poutres, de riiine, de menuiserie tels que parquets, etc. ; des rayons et jantes de roues et même de Tébénisterie, ce qui explique qu'il ait parmi ses noms vulgaires celui A' Acajou {Mahogaiiy en anglais). Il existe d'assez nombreux magasins à Paris, notamment dans les quartiers que fréquentent les Anglais, munis de devantures en Jarrah poli qui rappellent assez l'acajou.

Un des emplois importants de ces bois est le pavage des villes; on en a importé en Europe, ces dernières années, une assez grande quantité pour cet objet. Le Karri est plus employé pour le pavage que le Jarrah, la circulation ne le rendant pas aussi glissant. Depuis longtemps Melbourne, Adélaïde, et de nombreuses autres villes d'Australie pavent leurs rues avec ce bois. La voirie de Londres en consomme beaucoup. En France, Paris en utilise aussi une grande quantité ; une partie de la rue Lafayette et du faubourg Montmartre, etc , a été pavée avec ce bois, bien reconnaissable à sa couleur ; plusieurs autres villes ont suivi l'exemple de ces deux capitales.

Le pavage en bois fait avec le Jarrah revient à 20 francs le mètre carré, non compris le bétonnage, c'est-à-dire moitié en plus environ de ce que coûte actuellement le pavage en bois ordinaire de pin créosote. Il faut ajouter que ce prix de revient élevé sera compensé dans la suite par la durée qui sera doublée, d'après les probabilités.

•19. Mem et Trae da Tonktn. — On a commencé récemment h utiliser h Paris, pour le pavage, certains bois

1004 CHAPITRE IX. — ÉrUDË SPÉCIALE DES BOIS UTILES

durs du Tonkin, qui répondent, aussi bien que possible, aux qualités à exiger d'un bois pour un tel emploi. On les comprend parfois sous le nom collectif de bois de fer du Tonkin ; les plus réputés sont :

a. Le Uni ou liem produit par des Baryxylum (Légumineuses) tels que le B, inermis Pierre, en annamite : Lim vang ; le B, Tonkinense Balansa, en annamite : Lini xan ; le B, dasycharis Pierre, en annamite : Lim xe. Il faut sans doute y joindre le sen du Tonkin, désigné aussi, vulgairement, sous le nom de lim et qui appartient également à un Baryxylum.

b. Le Trac, produit par des Dalùergia (Légumineuses] : le Z>. Cochinchinensisj bois de fer, en annamite : Trac den, trac vang, trac bong^ etc., suivant les variétés ; le D, Cambçdiana^ Pierre, ou tra nhung, La première espèce vient d'Annam surtout, la deuxième, du Cambodge principalement. On trouvera au chapitre douzième, § 8, traitant des bois de ITndo-Chine, des détails concernant ces divers bois.

La classification des bois par ordre de résistance au choc et à Tusure par frottement, adoptée par les ingénieurs de la ville de Paris, est la suivante :

V Bois de fer de llndo-Chine 2° Karri.

3° Jarrah.

4° Pitch-pin.

3^ Teck.

6^ Pin des Landes.

7« Pin du Nord.

8® Sapin des Vosges.

9° Sapin de TOrne.

On voit que les bois de fer de Tlndo-Chine occupent le premier rang. Le pin des Landes représentait, jusqu'à ces dernières années, les 9/10 du total des bois employés pour le pavage à Paris. La préférence lui est donnée uniquement par raison d'économie. Le pin des Landes coûte en madriei's à Paris (en gare) 60 fr. le mètre cube, plus un droit d'octroi de 9 francs ; ce pin dure, en moyenne, 9 ans. Le Karri coûte, à Paris, 133 francs le mètre cube environ. Ces faits sont très importants à connaître pour les exportateurs indo-chinois.

11 résulte des essais faits au laboratoire de TEcole des ponts-et-chaussées, que le liem du Tonkin se place au premier rang des bois indigènes et des bois exotiques d'importation, pour la résistance à la compression parallèle et à la rupture par cisaillement.

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