pour les autres pays
Laos, Cambodge et Cochinchine. — Le Tectona grandis se trouve à l'état sporadique dans certaines forêts du nord de la province de Kompong-Thom, au Cambodge (1) ; sur le territoire de Luang-Prabang, il existe des pieds de teck suffisamment développés pour être abattus, soit 25-30.000, représentant un volume industriel de 150.000 à 180.000 mètres cubes; d'^année en année ce chiffre s'accroîtra au fur et à mesure que de nouveaux pieds auront atteint Tâge où ils doivent être abattus.
Des plantations de tecks ont été entreprises par le service forestier de Cochinchine, dans la province de Baria, dès 1898; les résultats ont été satisfaisants, les jeunes plants obtenus en pépinière ont été transplantés en forêt et la plupart ont bien repris. On a essayé des semis directs en forêt ; malgré quelques échecs, éprouvés au début, tenant à la mauvaise qualité des semences, il y a lieu d'attendre les meilleurs résultats de ceux qui ont pu être effectués dans de meilleures conditions.
(I) Il porte le nom de Dom-Maysac, au Cambodge (Moura).
998 CHAPrTRE IX. — ÉTUDK SPÉCIALE DES BOIS UTILES
Enfin, nous avons fait remarquer déjà quelle source de prospérité pourrait être pour nos possessions d'Indo-Chine, le transport par le Mékong des tecks provenant des magnifiques forêts du nord-est du Siam et arrivant par la voie du Mékong à Phnom-pcnh et à Saigon. Le Mékong aurait besoin d'être amélioré dans son cours pour qu'on y puisse lancer des trains de bois. Néanmoins des tentatives ont été faites qui ont réussi. En 1889, grâce au concours de l'administration supérieure du Laos, 170 pièces de bois de teck furent transportées de la région de Pak-lay (Siam) à Rhône, sur le Mékong, et de là expédiées à Saïgon. La tentative a été renouvelée en 1900 par M. Lussan, qui, de la même région, expédiait plus de 600 mètres cubes de billes de teck; la traversée de la région de Khône, occupée par une île entourée de rapides, était effectuée au moyen d'un chemin de fer Decauville traversant Tlle, et permettant d'éviter ainsi ces derniers. Les bois étaient liés par 3 ou 4 seulement et lâchés au fil de l'eau, ils étaient suivis de loin par quelques pirogues légères repoussant dans le courant les petits radeaux échoués. Tous les bois étaient arrêtés en amont des rapides par des postes d'observation, judicieusement placés aux étranglements du fleuve, et abandonnés à nouveau, mais par pièces séparées pour la traversée des rapides; au bas de ceux-ci on les recueillait par le même système de surveillance localisé en deux points des biefs d'aval, dont la distance était calculée pour que les billes passant la nuit devant le premier poste fussent recueillies 12 heures plus tard, c'est-à-dire de jour, Il s'est, de cette façon, perdu fort peu de bois.
En 1902, une passe a été aménagée à Tile de Khône, point le plus difficile de la navigation du Mékong, dans le but de permettre aux radeaux de teck de franchir les rapides sans qu'on ait à les disloquer ; c'est la passe dite « des Chinois» [Ho Sadam). De hardis voyageurs ont pu traverser cette passe avec de petites chaloupes à vapeur. Elle est fort accessible à des chaloupes de 13 à 20 mètres de longueur, 60 centimètres de tirant d'eau et un poids de 7 tonnes. Cette question de la navigation sur le Mékong est du plus haut intérêt pour l'avenir de nos colonies d'Extrême-Orient, particulièrement en ce qui concerne le commerce du bois de teck.
BOIS EXOTIQUES d'importation 999
•il. Jfarrali et Karrl. — Ces bois oat été iatroduits récemment dans le commerce, mais ils y ont vite pris une place importante. Ils proviennent d*arbpes d'Australie qui sont véritablement les géants du règne végétal.
Caractères botaniques. — Le Jarrah et le Karri appartiennent à la famille des Myrtacées, genre Eucalyptus. Ce sont de très grands arbres à feuillage souvent glauque, à feuilles coriacées, longues, parfaitement entières. Les fleurs sont groupées en ombelle ou en Cripitule par trois ou un plus grand nombre. L'inflorescence est portée par de courts pédoncules axillaires. La fleur est très spéciale, .elle est enveloppée d'abord complètement parle périanthc qui se partage en son milieu transversalement et circulairement à maturité, isolant ainsi une sorte d'opercule qui, en tombant, découvre les étamines; c'est cette disposition qui a valu au genre son nom d'Eucalyptus qui vient du grec eu bien et calypto je couvre. Les étamines, très nombreuses, à filet filiforme, s'étalent librement après la chute de la coiffe. L'ovaire est infère et divisé en 3 ou 4 loges multiovulées. Le fruit est une capsule renfermée dans le calice induré; il contient de nombreuses graines qui s'échappent par le fait de la déhiscence loculicide da fruit.
Découverte, — En 1791, le naturaliste La Billardière, qui faisait partie de l'expédition envoyée à la recherche de La Pérouse sous le commandement de d'Entrecasteaux, fut frappé de l'aspect très spécial des forêts des côtes de la terre de Van Diemen (Tasmanie). 11 se fit débarquer et se trouva au milieu d'arbres géants dont les premières branches étaient à. plus de 60 mètres du sol ; le naturaliste, ne pouvant arriver à. établir quelque caractère de ces végétaux colossaux à l'aide de sa longue vue, dut recourir aux balles de sa carabine pour en abattre quelques rameaux fleuris. 11 nomma Tarbre Eucalyptus globulus. Nous en avons parlé autre part (p. 874).
Espèces principales, — A côté, et au-dessus même de YE.globtilus pour les qualités du bois, il faut placer deux espèces, australiennes également : à) VEucalyptus marginata (1),
{\) Eucalyptus marginata Smith. Syn. : E. floribunda Hueg., E~ hypoleuca Schau. — E. Mahogani? . Muell. On le désigne vulgairement en Australie sous les noms de ; Bastard Mahogany, Bloodwood^ Jarrah ou Djaryl,
Jarrah des indigènes, acajou de Jarrahdale ou acajou d'Australie (qu'il ne faut pas confondre avec Tacajou à meubles des Swietenia) et b) ÏEiicalyplus diversicolor ou E, colossea^ Karri des indigènes. Ce dernier atteint une taille plus forte que le premier, il est lui-même dépassé par VE.amygdalina. Outre le caractère de la taille, VE, marginata se dislingue de r^*. diversicolor par Fexistence d'une nervure bien marquée qui fait le tour de la feuille très près du bord ou marge, le nom spéciûque fait allusion à ce caractère. Citons encore VE. rostrata ou red gum, très voisin du Jarrah (1).
Distribution géographique. — Il existe plus de 150 espèces d'Eucalyptus, presque tous indigènes d'Australie. C'est là, et surtout au Sud-Est et en Tasmanie, que se trouvent les plus beaux représentants du genre^ ils y sont soumis à une active exploitation. On croyait les Eucalyptus confinés, à l'état naturel, dans rOcéanie, lorsqu'une espèce en a été signalée au ïonkin ; c'est un arbuste que les indigènes nomment Ydisi et cultivent volontiers à cause de ses propriétés réputées assainissantes en pays marécageux.
Il a fallu pour attirer sur les Eucalyptus l'attention qu'ils méritent, la 'fondation de la colonie de Victoria, l'improvisation de la ville de Melbourne et la création de son superbe jardin colonial. Aujourd'hui, de nombreuses espèces et notamment VE. globulus sont cultivées en Europe et eu Algérie pour leurs propriétés ornementales ou assainissantes ainsi que pour leurs produits : le bois et un kino, résine riche en tannin fournie par l'écorce et comparable au Kino des Pterocarpus dont il a les propriétés qui le font utiliser en teinture et pour le tannage.
Le Jarrah et le Karri restent confinés au sud-est de l'Australie.
Végétation et croissance. — Ces arbres ont une croissance rapide, ce qui n'empêche pas que leur bois soit dense et
(l) Voir, pour rétude des caractères bolaniques et la synonymie des nombreuses espèces d'Eucalyptus, les ouvrages suivants :
F. V. Millier, Eucali/ptographia, a descriptive atlas of the Eucalyptus of Aus traita and the adjoining islands, Melbourne et Londres, 1879-1884.
J. H. Maiden, A criti cal revision of the genus Eucalyptus y Sydney,