LE LIÈGE
Syn. lat. : stiber ; angl. : Cork ; allem. : Kork ; esp. : Coàcho ; ital. : Sughero ; holl. : Kurk ; port. : Seveiro ; arabe : Kerrauch, Seman.
Mt9. Généwmlîtém. — On réserve dans la pratique le nom de liège au tissu épais et léger fourni par Técorce d'une espèce de chêne, le chêne-liège ou Quercus suber.
Au point de vue botanique, le liège est un tissu protecteur qui se constitue dans la zone périphérique de la tige ou de la racine, notamment dans Técorce. Il remplace Tépidermeet les tissus les plus externes déchirés par suite de l'accroissement en épaisseur du membre. Nous avons expliqué, dans la partie générale, comment se produit le liège dans la plante^ par le jeu d*une assise génératrice située plus ou moins profondément dans Técorce (p. 32). Il se forme du liège chez de nombreuses plantes ; il recouvre, par exemple, les tubercules de pommes de terre d'une couche brune, protectrice et imperméable ; il est déjà très accusé dans le pin, l'orme Âgé, où il forme des c^tes saillantes de plus d'un centimètre d'épaisseur, mais il n'est assez important et beau pour être exploité que chez le chêne-liège et quelques espèces très voisines. C'est celui-là que nous aurons en vue dans la suite de cette étude.
9t4. Mraeiure «nfi(oiiil<iae do liège. — L*examen d'une coupe transversale d'une écorce de chêne montre deux parties : la portion externe, crevassée et brunâtre, que Ton désigne vulgairement sous le nom de croûte ou rogne et la
portion interne, considérée comme la fleur de Técorce. La croûte est prépondérante chez le chêne-liège et constitue le liège proprement dit, tandis que la fleur contient beaucoup de tannin, que Ton peut extraire pour le tannage des peaux.
Si Ton examine au microscope une coupe mince faite dans cette écorce, on voit à l'extérieur le liège ou snber, qui peut être très épais puisque Ton arrive à en détacher parfois des plaques de plus de 10 centimètres d'épaisseur. Le liège est constitué par des cellules tabulaires, aplaties tangentiellement, unies les unes aux autres sans laisser aucun 'Vide ; elles sont disposées en assises concentriques et radiales très régulières, par suite même du mode de formation de ce tissu, qui provient du cloisonnement rapide d*une assise génératrice, cloisonnement qui s'effectue toujours par des cloisons dé directions bien tangentielle et radiale et non oblique. La paroi des cellules subéreuses est jaunâtre ou brune, surtout dans la partie médiane du tissu ; elle est tantôt mince et élastique, {^liège mou), tantôt épaisse et plus ferme {liège dur) ; ces deux variétés de cellules se rencontrent chez le chêne-liège. Immédiatement au-dessous du liège se trouve la zone génératrice qui Ta produit ; plus intérieurement on rencontre le parenchyme cor/îca/ correspondant à la /leur, elle est formée de cellules polygonales allongées tangentiellement, renfermant de la chlorophylle et une matière colorante brune. Cette portion de Vécorce est très riche en éléments scléreux le plus souvent réunis en groupes, plus ou moins importants et possédant des parois épaisses et canaliculées. Dans la partie moyenne de ce parenchyme, les éléments scléreux constituent une zone épaisse, interrompue dans sa continuité par la présence de faisceaux de fibres. La partie la plus interne de l'écorce est constituée par le liber^ à cellules plus petites, assez régulièrement superposées ; il présente aussi des éléments scléreux et des fibres à parois très épaisses, disposées dans leur ensemble en couches fibreuses alternant avec des bandes de parenchyme un peu plus larges. La disposition des éléments scléreux a permis à Wiesner de différencier les écorces de diverses espèces de chêne. Cette écorce est caractérisée encore par la présence de nombreux cristaux affectant deux formes distinctes : les uns sont étoiles et répartis dans toute l'épaisseur du tissu en question^ les autres sont prismatiques
C0.NST1TUTI0N CHIMIQLË DU LIÈGE
et localisés dans les cellules internes. On reconnaît ces cristaux dans la poudre de tan.
C*est dans les cellules du parenchyme que se trouve surtout le tannin. On exploite parfois Técorce de chêne-liège comme écorce à tan, quoiqu'on préfère remployer, le plus souvent, exclusivement pour son liège. Nous reparlerons de cette question.
995; OonsUtailon ehimlqne da lièse. — Les cellules jeunes du liège renferment du protoplasma, un noyau et d'autres produits différenciés qui résultent de la vie même de la cellule. La paroi est de nature cellulosique. Bientôt, cependant, par un phénomène analogue à celui que nous avons signalé pour l'incrustation des parois des cellules du bois au cours de la lignification, les membranes du suber se convertissent en .une substance élastique, jaunâtre ou rongea tre, appelée subérine. En même temps le contenu des cellules se résorbe, elles ne tardent pas à se remplir d'air.
La suhérine est analogue à la ciitine ou ciilose qui imprègne les faces libres de l'épiderme, ou assise superficielle de la tige et des feuilles, constituant la cuticule^ que l'on peut comparer à un vernis protecteur. Le liège a d'ailleurs un rôle absolument analogue à la cuticule, il la remplace fonctionnellement, lorsque Tépaississement du membre a entraîné la rupture de l'épiderme.
Subérine et cutinesont peut-être des substances identiques, dans tous les cas leurs propriétés connues sont les mêmes.
Elles sont moins oxygénées que la cellulose et jouissent d'une grande imperméabilité. Leur formule peut être exprimée ainsi : (C'H^^O)**. Voici, d'après Fremy et Urbain, la composition de la cutose en carbone, hydrogène et oxygène, comparée à celle de la cellulose et de la vasculose.