AUTRES USAGES DU LIEGE
liëgc produit un gaz plus éclairant que le gaz de houille et qui n'a pas Tinconvénient de noircir les plafonds et les dorures. Il est très léger et il n'affecte pas l*odorat. Des essais ont été faits dans les sous-sols de TOpéra : l'éclairage était produit simultanément par des becs alimentés par du gaz de houille et par des becs alimentés par du gaz de liège. La clarté que distribuait le gaz de liège était plus intense, et la comparaison mettait en valeur les qualités ci-dessus mentionnées.
Malheureusement il ne faut pas songer à utiliser dans les grandes exploitations le gaz au liège, à cause de la rareté de la matière première, dont les déchets eux-mêmes sont avant tout utilisés à la fabrication des agglomérés ou du linoléum. Il faut compter aussi avec la difficulté que Ton éprouve à loger les copeaux qui demandent beaucoup de place.
Des villes, comme Nérac, ont essayé de s'éclairer au gaz de liège, mais elles ont dû abandonner Tusage de ce gaz qui ne présente d'avantages pratiques que pour les cas d'une fabrication ne dépassant pas 12 mètres cubes par jour. Mais, dans ces conditions, il permettrait des économies sérieuses en évitant l'installation d'épurateurs, de colonnes à coke, de barillets à siphon.
On s'est étonné que le gaz de liège, qui est d'une grande pureté, ne fût pas employé par les aéronautes pour gonfler les aérostats. Il est certain que la force ascensionnelle en serait supérieure à celle du gaz de houille. Cette abstention tient sans doute à ce qu'il n'existe guère d'usines à gaz de liège.
Noir d'Espagne ou de Francfort. Noir de fumée. — Les rognures de bouchons peuvent, par combustion en vase clos, fournir un très beau noir, très résistant, qui sert à la fabrication de certaines encres typographiques et notamment de l'encre de Chine, et à la peinture fine.
Usages divers. — A côté des usages que nous venons d'étudier, et qui présentent au point de vue industriel une importance spéciale, il en est d'autres, très nombreux, que nous rappellerons.
Le liège naturel sert à façonner, dans les régions où croît Tessence productrice, une foule d'ustensiles de ménage et même des sortes de tuiles pour la couverture des maisons.
On s'en sert encore pour faire les bouées en usage dans
la marine, les chapelets flotteurs destinés à soutenir des engins de pêche^ des engins de sauvetage, des semelles imperméables. On l'utilise aussi pour faire des dessous d'enclume destinés à amortir le bruit ; on en construit des ruches d'abeilles ; on en confectionne des chapeaux ; on s'en sert aussi pour faire des plaques pour les collections entomologiques, des bouts de cigarettes, etc On l'utilise parfois dans la construction des navires pour remplir les espaces vides au moyend'une substance légère. Une industrie artistique, la /)A^/loplastique^ s'en sert comme matière première. Tout récemment on en a construit des fûts et même des foudres de vin.
Les déchets de liège sont eux-mêmes fréquemment utilisés pour de menus emplois, qui sont très variés. Réduits en menue poussière, ils servent à garnir des matelas, les ceintures de sauvetage, les selles de cavalerie, les corps des poupées, les balles, etc.
Un emploi assez notable est celui du liège granulé qui sert à la conservation des fruits en les mettant à Tabri de Tair et des agents de décomposition.
On place des raisins sur un lit de liège granulé, en ayant soin de saupoudrer chaque couche. On plonge les grappes dans Teau lorsqu'on veut manger ces raisins, et les grains ainsi traités gardent l'apparence des fruits fraîchement cueillis.
On compte, en général, 20 kilos de liège pour 400 à 500 kilos de fruits.
On a employé la poussière de liège pour faire des pierres arlifîcielles poreuses, du papier d'emballage ; pour remplir les caisses contenant des objets fragiles, tels que : œufs, verreries, fleurs, etc.
On Ta employée également en pyrotechnie et pour remplacer la poudre de lycopode des pharmaciens. Enfin, autrefois on brûlait souvent le liège, quoique ce soit un mauvais combustible, faute de pouvoir mieux Tutiliser
Pavage en liège. — On a essayé, en J892 et 18%, à Londres et à Vienne une sorte de pavage en liège, qui avait déjà été appliqué antérieurement en Australie. Les pavés sont constitués par du liège granulé mélangé d'asphalte ou autres matières agglutinantes. Quoi qu'il en soit, certains entrepreneurs vendent des pavés en liège aggloméré très
PATS PRODtJGTEUKS DE LIÈGE ET COMMERCE DU LIÈGE 1059
convenables pour les sols d'écuries, les écoles, etc. Le mètre revient, tout posé, à environ 25 francs.
9SS. Pays pr«Mlii«teaiHi de llès« et conmieree du lièse. Généralités. — La production actuelle du liège dans le monde entier est d'environ un million de quintaux, dont la fabrication des bouchons absorbe les 9/10 (soit 13 milliards de bouchons). Les applications du liège sont chaque jour plus nombreuses, aussi est-on en droit de prévoir un avenir brillant pour les producteurs.
Fig. 480. — Pays producteurs de liège (d'après d'Hubert).
Les principaux pays qui fournissent le liège appartiennent surtout à la partie occidentale du bassin de la mer Méditerranée, ce sont : le Portugal, TEspagne et l'Algérie ; viennent ensuite la France, la Tunisie, Tltalie, la Dalmntie, le Maroc, les lies situées à Touest de la Méditerranée ; il fait h peu près défaut en Grèce et en Asie Mineure.
Au point de vue de la répartition des chênes k liège, on peut distinguer deux régions, Tune méditerranéenne où domine le chêne-liège, l'autre en bordure de TOcéan, c'est-àdire occidentale, occupée par le chêne occidental qui n'est peut-être d'ailleurs, comme nous Tavons dit plus haut, qu'une forme légèrement modifiée de la première espèce.
Passons en revue les différents pays producteurs en indiquant leur production.
Algérie. — Ce n'est guère que vers 1846 qu'on découvrit le chêne-liège en iMgérie où Ton constatait, notamment aux environs de B6ne^ à Edough, l'existence d'une magnifique forêt presque entièrement constituée de cette essence. Dès
cette époque le gouvernement français commença à affermer ces terres et actuellement plus de 250.000 hectares appartiennent à l'Etat. Il exploite avec discernement, mélangeant dans les lots de vente les qualités les plus diverses, et consentant des prix très faibles qui s'imposent aux autres producteurs et assurent l'écoulement des produits et l'extension de la culture. Celte culture a été un véritable bienfait pour notre colonie, elle occupe un nombre considérable d'indigènes et donne une grande valeur à des sols jusque-là en friches.
Il existe en Algérie plus de 430.000 hectares occupés par cette essence, y compris les 250.000 qu'exploite TEtat. Le surplus de ce dernier chiffre appartient aux particuliers européens ou indigènes. Voici approximativement la répartition des forêts par province.
Province d'Oran 10.000 hect.
— d'Alger, de la limite ouest
à Dellys 18.000 —
ï* Kabylie et province de Constantine 399.000 —
f Depuis le Maroc jusqu'à Dellys, les forêts se composent de
^; peuplement de chênes-liège, mélangés de chênes verts et de
V pins. De Dellys à Tcxtrémité orientale de la Kroumirie, en
l Tunisie, le liège constitue, à l'état pur, de beaux massifs qui
): sont appelés à donner une production considérable.
Le chêne-liège occupe, dit M. Lefèvre (1), une zone caractérisée pour une quantité de pluie annuelle supérieure à 60 cm. et s'étendant du niveau de la merà 1300 m. d'ahitude. Cette zone porte le nom de région du chêne-liège, elle s'étend sur une largeur maxima de 60 à 70 kilomètres entre les 36« et 37« degrés de latitude nord.
La production, en 1899, a été de 159.000 quintaux de liège brut, dont 7.000 consommés dans la colonie ; soit, à raison de 30 francs en moyenne le quintal, la somme de 4.776.300 francs.
Cette production est ainsi répartie :
45.000 quintaux pour les forêts domaniales ; 108.000 — pour les forêts particulières ; 6.000 — pour les bois communaux.
(1) H. Lefèvre, Les forêts de r Algérie^ Alger, 4900. Ouvrage inléressanl à consulter.