BOIS DURS
IMI. làcm CËÈénem {Quercus L.). — Syn. : Eiclie^ allem. ; oak^ angl.
Caractères anatomiques des bois de chêne. — Les fibres sont serrées, à parois épaisses, plus abondantes sur le bord externe des couches annuelles. Les vaisseaux sont inégaux, plus gros et abondants dans le bois de printemps, c'est-à-dire sur le bord interne des couches annuelles, ils forment à ce niveau une couche poreuse très facilement visible. Il résulte de ces faits que les couches annuelles du bois sont bien distinctes. Les vaisseaux sont, en outre, disposés sur des lignes radiales, parfois flexueuses, cette disposition étant particulièrement apcentuée dçms le bois d'automne. Les rayons médullaires
sont inégaux; ils donnent, par le débit sur mailles, ces plaques nacrées qui se détachent sur le tissu fondamental et contribuent pour une si large part à la beauté de ce bois mis en œuvre.
Le parenchyme ligneux, riche en amidon, est abondant surtout au voisinage des vaisseaux, et forme, en outre, des
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Fig. 358. — Coupe transversale d*un bois de chône.
zones claires, quelquefois ondulées, qui subdivisent les couches annuelles en petites bandes plus ou moins circulaires.
La couleur de Taubier est blanche, celle du cœur est jaune-brun. Ces deux parties du bois sont nettement distinctes, Faubier est assez abondant.
Ces bois sont lourds, durs et nerveux.
Certaines espèces ont des caractères spéciaux que nous signalerons.
Qualités et usages des bois de chêne. — Le bois de chêne est le plus utile des bois indigènes, aussi bien pour les grandes constructions que comme bois de travail. Il possède réunies toutes les qualités qui font un bon bois : il est lourd, dur, souple, nerveux ; il peut acquérir de grandes dimensions. Aussi le bois de chêne est-il le bois par excellence pour les constructions civiles et militaires, les constructions navales et hydrauliques, les traverses de chemins de fer, les pièces de machines, les instruments agricoles, etc., et si on lui préfère actuellement, dans certains cas, d'autres essences, c'est simplement par raison d'économie, le bois de chêne, de
tout temps très employé, étant devenu rare et forcément d'un prix élevé.
Il est aussi fréquemment usité en menuiserie et charronnage pour les rais des voitures, meubles, parquets, etc. L'ébénisterie en tire parti pour le placage, après Tavoîr débité sur mailles. C'est encore un bon bois de fente : à Vétat de merrain, il est utilisé pour la tonnellerie ; on en fait des échalas, des lattes, des treillages.
L'alternative de sécheresse et d'humidité est une cause lente d'altération de ce bois. Il est peu attaqué par les vers, et, lorsque le fait se produit, il doit être le plus souvent attribué à cette circonstance, que l'on a conservé l'aubier de ce bois, qui doit être, d'une façon générale, rejeté, à moins toutefois qu'on n'ait préalablement injecté au moyen de substances antiseptiques la bille qui le renfermait. Il est moins sujet que beaucoup d'autres bois, notamment les résineux, aux atteintes des filaments de champignon ; néanmoins, lorsqu'il a été mal desséché ou lorsqu'il se trouve dans des lieux trop humides, il peut être attaqué à son tour et se détruire sous l'action du il/^r///i;/5 lacrymans, par exemple.
Pour qu'un bois de chêne soit bon, il ne doit point provenir d'un arbre ni trop jeune, ni trop vieux. Dans le premier cas, l'aubier a trop d'importance relative et le déchet est considérable ; dans le second, le bois devient cassant et perd plusieurs de ses qualités.
Les qualités qui rendent le bois plus ou moins bon et le désignent plus spécialement pour un usage déterminé, tiennent beaucoup aux conditions dans lesquelles a crû l'arbre. Nous avons antérieurement insisté sur ces faits. Les conditions de climat, de sol, l'état isolé ou l'état de massif influent sur les caractères anatomiques du bois et, par suite, sur ses qualités. Le chêne ayant crû isolé ou sur taillis donne un bois plus lourd, dur et nerveux, que celui qui a poussé en futaie pleine ; par contre, la fibre est dans ce dernier cas plus régulière et plus droite : le bois sera alors meilleur pour la fente, le premier étant meilleur pour la construction.
L'épaisseur des couches annuelles et leur composition varient aussi avec les conditions de végétation ; si la végétation est lente, il se forme à peu près exclusivement ce qui correspond au bois de printemps, c'est-à-dire un bois riche
en vaisseaux, le bois d'automne est très réduit, Tensemble est poreux; il en résulte que les chênes à couches minces donnent un bois poreux, un hois gras, comme on dit en terme de métier. C'est le cas des chênes de montagne et, en général, des chênes végétant dans les contrées froides. Le bois gras de chêne est peu sujet à se déjeter, il est d'une fente facile et convient particulièrement à Tébénisterie, à la fabrication du merrain et, d'une manière générale, comme bois de travail.
Lorsque la végétation est au contraire très active, et que Tanneau ligneux est par suite plus large, au bois de printemps poreux vient s'ajouter un bois d'automne compact, d'autant plus important que la zone est plus large. Le bois est, dans ce cas, particulièrement lourd et nerveux.
Le bois nerveux de chêne est très solide, sujet à se fendiller par la dessiccation ; il convient surtout pour les grandes constructions civiles et navales, les pilotis, traverses de chemins de fer, etc.
Pouvoir calorifique du bois. — Les bois de chêne sont de bons bois de chauffage, car leur pouvoir calorifique est élevé ; il est proportionnel à leur densité. La valeur marchande de ces bois dépend non seulement de ce pouvoir calorifique, mais encore de leur mode de conibustion ; c'est ainsi que certains, comme le bois des chênes rouvre et pédoncule, présentent les inconvénients d'éclater, d'exiger un fort tirage, de produire une braise qui noircit trop facilement. Ces qualités varient non seulement avec les diverses espèces de chêne, mais encore, pour une même espèce, suivant les conditions, les régions de sa végétation.
Quoi qu'il en soit, les charbons des bois de chêne sont toujours de la meilleure qualité.
Evaluation de la production ligneuse d'une futaie de chênes. — On peut estimer que, dans des conditions moyennes, une futaie de chêne exploitée suivant une révolution de cent quarante ans donne de 500 à 560 me. de bois à la coupe définitive, dont les 2/3 environ comme bois d'œuvre et 1/3 en bois de chauffage.
D'autre part, les coupes d'éclaircie, faites au cours de la révolution, donnent une quantité de bois qui peut être évaluée h environ la moitié de ce que donne la coupe définitive ;
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un tiers ou même la moitié de ces bois, provenant de coupes d'éclaircie a pu être employé comme bois d'œuvre.
Voici, emprunté à M. Thil, un tableau qui permet de distinguer entre eux les bois des difiérentes .espèces de chêne :
Tableau distinctif des différents bois de chêne.
Vaisseaux formant une zone poreuse plus ou moins
apparente sur le bord interne S
^ Vaisseaux ne formant pas de zone poreuse sur le
bord interne 6
Zone poreuse bien continue où la base des alignements radiaux de vaisseaux ne se reconnaît ^ i qu'avec difficulté 3
Zone poreuse où la base des alignements radiaux est bien apparente 4
Vaisseaux décroissant lentement au sortir de la zone poreuse, les alignements radiaux très souvent élargis sur le bord externe Chêne pédoncule
Vaisseaux décroissant généralement brusquement après la zone poreuse, les alignements pas ou peu élargis sur le bord externe Chêne rouvre
Vaisseaux assez gros ou moyens à décroissance très lente, les moyens s'étendent sur les deux tiers de l'accroissement. Rayons médullaires très gros et très nombreux Cbône tauzin
Les plus gros vaisseaux s'éloignent peu du bord interne 5
Un seul rang de vaisseaux un peu espacés dans les alignements radiaux Chêne chevelu
Plusieurs rangs de vaisseaux serrés dans les alignements radiaux Chêne Zeen
Vaisseaux à peu près égaux, flammes composées
6 \ de plusieurs rangs de vaisseaux Chêne Kermès
Vaisseaux franchement inégaux 7
Alignements composés d'un seul rang de vaisseaux rarement et irrégulièrement doublés. . . . Chêne liège
Alignements composés d'un, deux ou trois rangs de vaisseaux Chêne jeuse
Caractères botaniques des chênes. — Les chênes constituent le genre Qtiercus de Tournefort, appartenant à la famille des Cupulifères, subdivision de Tancienne famille des Amentacées ; elle est caractérisée par ce fait que les fleurs sont monoïques, autrement dit les fleurs mâles et les fleurs femelles sont dans des inflorescences difiérentes. Les fleurs
734 CUAFITRK IX. — tniIlE SPÉCIALE DES BOIS liTILES
Fig. 3!jy, — Lu clicue, Quercu» peduiiculala, hhrli.
BOIS INDIGÈNES OU NÂTURi^LISÉS 735
mâles sont disposées en chatons pendants, les fleurs femelles sont en épis courts et elles sont entourées de bractées qui formeront au fruit une cupule caractéristique. Ce fruit est appelé gland.
Le tableau de la page suivante résume les caractères des différentes espèces et permet en même temps d'arriver aisément à leur détermination. Nous nous limitons à l'énoncé des caractères facilement discernables pour quel, qu^un ne possédant que des connaissances rudimentaires en botanique.
Répartition géographique. — Les chênes végètent dans les régions tempérées de ^hémisphère nord, sur les deux continents. On ne les trouve en Afrique que dans la région méditerranéenne ; ils manquent dans TAmérique méridionale et l'Australie. L'Amérique du Nord est la partie du monde la plus riche en espèces : elle en compte jusqu'à 185 ; l'Asie possède 62 espèces connues ; l'Europe, 70 espèces seulement ; l'Afrique, une dizaine tout au plus.
Station et soi. — Ils viennent le mieux dans les pays de plaine et de coteaux et ne s'élèvent, en France, dans les montagnes^ qu'à une faible altitude ; dans les pays plus chauds, comme en Algérie, on retrouve encore le chêne Zeen à 1.400 mètres et plus.
Les préférences, concernant le sol, varient avec les espèces et sont généralement sous la dépendance de la consistance du feuillage. Les chênes à feuilles tendres, provoquant par suite une forte évaporation, réclament un sol particulièrement frais (chêne pédoncule) ; ceux à feuilles coriaces sont moins exigeants en eau, comme cela a lieu pour le chêne rouvre et surtout le chêne yeuse.
Tempérament, — Ces arbres sont des essences de lumière, ils ne peuvent supporter le couvert d'autres arbres.
Caractères végétatifs. — Les chênes possèdent un long pivot et sont fortement enracinés.
Ils sont pourvus de nombreux bourgeons provcntifs qui demeurent sous l'écorce, à l'état d'œil dormant, jusqu'au moment où des circonstances extérieures, telles que des éclaircies faites dans le massif où ils végètent, viennent permettre leur développement ; à partir de ce moment, le tronc se couvre de gourmands. Si des branches viennent à être suppri-
ce *
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