CLASSIFICATION DES BOIS
Dens.
E. Sycomore..
Saule
Marron n i e r d'Inde
/• -Kl
Merisier.,. .. .
Cornouiller
Buis*
Prunier. J?^.*r.
AliziertlMltft Amandier. '/*r>.
Couleur.
Blanc fade.
Jaune tendre
Jaune pâle.
Blanc.
Qualités.
Fin , se coupe bien, rappelle le hêtre.
Nerveux, flexible, bien veiné.
Grain serré, joli.
Blanchâtre.
Blanc.
Très joli, ondulé et veiné.
Souple (osier).
Emplois.
Moulures.
Chaises, meubles, chevilles.
Meubles, manches d'outils.
Filandreux, sans résistance.
Souple.
Blanc.
Bois fins.
Brun-rouge.
Brun-rouge.
Ébénisterie, tournage.
Peu employé.
Menus ouvrages.
Charron nage.
Brun-rougc.
Roussâtre.
Blanc-rouge.
Jaune-paille.
Beau blanc.
Jaune.
Très fin,
très dur, résiste à l'usure.
Outils, sculpture.
Fin, serré, doux, liant.
Menus ouvrages, tour, sculpture.
Plus joli, moins bon que le poirier.
Idem.
Assez dur, beau poli.
Idem.
Dur, serré, solide. %
Peu employé.
Dur , très fin , liant.
Tournage.
Rappellent le poirier et le pommier.
Peu employés.
Dur, très fin, rappelle l'ivoire.
Marqueterie.
Beau poli, joli.
Tabletterie.
| Dens. | Couleur. | Qualités.
Bois résineux.
Sapin *
Pin *
Pitchpin
Mélèze
Cèdre
Cyprès
If
Thuva
Acajou*
Palissandre. .
Ébène
Gaïac
Bambou
Blanc ou rouge.
Léger, élastique, sonore.
Jaune ou rouge.
Un peu plus dur que le sapin, odorant.
Variété de pin.
Blanc.
Plus fin que
le sapin,
moins de nœuds.
Rougeâtre.
Mou, se fend, très odorant.
Rour pâle.
Serré, compact, odorant.
Beau rouge.
Dur et compact, après teinture imite l'ébène.
Rosé.
Grain fin, durable.
Emplois.
Menuiserie, bâtiment, layeterie.
Idem, travaux publics,
Idem,
Peu employé.
Menuiserie.
Ébénisterie, marquette rie.
Ornementation
Bois exotiques.
Jaune-rouge.
Brun violacé.
Vert ou noir
Jaune clair.
Jaune et brun.
Solide, compact, se travaille bien.
Dur, serré, odorant.
Dur, beau poli, très joli.
Très compact , dureté métallique, éclate.
Dur et ferme, nœuds.
Ébénisterie.
Idem, marqueterie.
Idem.
Menus ouvrages, roulettes de lits.
Petits meubles.
PRINCIPALES ESSENCES
Teck
Dens.
Couleur.
Gris-brun.
Qualités.
Solide, grain serré, inaltérable.
Emplois.
Écluses, navi-
res.
Santal
Aromatique.
Petits ouvrages coffrets.
Dur, beau poli.
Marqueterie.
Bois de rose..
Idem., résineux odorant.
Idem.
Bois de violette
Sorte de palissandre.
Idem.
PRINCIPALES ESSENCES
Chêne. — Le bois des Chênes est l'un des plus estimés, ses fibres sont droites et serrées, sa section est jaune-brun et de teinte uniforme, son grain est fin ; le travail en est assez facile.
Les Chênes végètent dans les régions tempérées et même quelques-uns dans les régions tropicales. Ce sont des arbres robustes, d'une grande longévité, mais ne pouvant supporter le couvert des autres arbres ; la multiplication se fait par semis. Dans les terrains mous et humides, la croissance en est rapide, mais le bois est peu serré et peu durable. En outre de leur bois, ces arbres fournissent une écorce à tannin, des galles, du liège pour quelques-uns, et des glands.
Les principales espèces sont :
Le Chêne pédoncule, arbre des sols frais et profonds, pouvant atteindre 30 à 35 mètres de haut et 5 mètres de diamètre ; c'est une espèce de tempérament robuste, presque exclusivement européenne ; il forme, seul ou avec le Chêne rouvre, des forêts très étendues en France. Son bois ass^z nerveux est employé dans les constructions; le Chêne pédoncule de Hongrie donne du merrain apprécié.
Le Chêne rouvre (de robur, fort) est un arbre rappelant le précédent, mais ses rameaux sont plus nombreux et tortueux, son feuillage plus vert ; il vit sur les collines, plateaux ou contreforts de montagne. Son bois est moins nerveux et reçoit les
mêmes emplois que celui du Chêne pédoncule. Ces deux bois fournissent un bon chauffage, on les vend sous le nom de peard, quand ils ont été N écorcés.
Le, Chêne tauzin atteint seulement 20 mètres de haut sur 1 mètre de diamètre; il aime lessols siliceuxet son aire s'étend des Pyrénées à la Loire, entre l'Océan et le méridien de Toulouse (fig. 6). On J'emploie pour traverses de voie ferrée et comme bois de feu. Son écorce est très riche en tannin.
Le Chêne yeuse ou Chêne nerh habitant la Provence et le nord de l'Afrique, est un arbre des sols calcaires, trapu; son bois est très dur, compact et peut prendre un beau poli. 11 est peu employé (il abrite les truffières de Vaucluse).
Le Chêne de Champagne, le Chêne de Hollande, et le Chêne des Vosges sont les plus employés en construction et les plus recherchés par les menuisiers.
Noyer. — Les Noyers sont de beaux arbres des régions tempérées de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique du Nord; ils réussissent sur les sols frais, substantiels, même peu profonds, car les racines sont superficielles, ils préfèrent l'isolement. Le bois en est excellent, ses couches annuelles sont accentuées par la ligne foncée du bois d'automne ; le grain est fin, le travail facile, la coupe se faisant bien dans tous les sens. Ce bois résiste peu aux efforts de" flexion. On recherche la loupe de Noyer pour sa couleur et ses veines. Les emplois sont en ébénîsterie, pour les meubles riches, et pour la confection de placages. Le Noyer d'Auvergne est plus estimé que le Noyer blanc.
Hêtre ou Foyard. — Le Hêtre est un arbre très important, pouvant atteindre 30 mètres de hauteur et plus d'un mètre de diamètre. Son aire géographique est très étendue, mais il ne dépasse pas la Méditerranée au sud (fig. 7); tous les terrains lui conviennent, cependant il préfère les sols calcaires et redoute les terres mouillées ; c'est un arbre de plaine dans le nord et il arrive à 1 300 mètres dans les Vosges, 1 ;>00 dans le Jura et 1 600 dans les Alpes, recherchant la fraîcheur. Le bois de Hêtre est rosé, à couches annuelles peu distinctes, à mailles bien dessinées ; il se conserve très bien dans les endroits secs. On l'emploie pour ouvrages ordinaires de menuiserie, ébénis^
PRINCIPALES ESSENCES-
BIM dominant U?i-y ra/v
■■ subordonné I — J //« m/w f« ««/ Fig. 6. — Distribution du Chêne Tauzin |Boppe et Jolyet). Fig. t. — Distribution du Hêtre Boppe et Jolyet).
terie, tournage, layeterie, et pour les sièges communs. Il est un des meilleurs bois de feu et donne du charbon estimé.
Le Charme dont Faire de végétation est assez étendue en France (fig. 8) est moins employé que le Hêtre.
Peuplier. — Les Peupliers sont des arbres de grande taille habitant les régions tempérées et froides de l'hémisphère boréal ; ils recherchent les endroits humides et le bord des cours d'eau. Ils ont une croissance rapide, et vivent rarement plus de cent ans; leurs racines sont traçantes et leur fût élan- > ce. Le bois de Peuplier a un grain grossier, il est léger, un peu mou, peu élastique ; il ne résiste pas bien aux intempéries. Le charbon de Peuplier est léger, médiocre. ^
Tous donnent ce qu'on nomme le bois blanc, dont les usages sont nombreux : clôtures temporaires, caisses d'emballage, meubles grossiers, voliges pour toitures, jouets, etc. Les principales espèces sont : le Peuplier blanc; le Peuplier de Hollande, qui fournit le meilleur des bois blancs; le Peuplier grisar+t, dont les veines sont rouges et le cœui rose, qui est un bon bois pour boiseries; le Peuplier tremble, dont les panneaux sont plaqués pour meubles ; le Peuplier noir, employé pour menuiserie et charpentes légères ; le Peuplier d'Italie, très léger et très bon marché, qui est un bois de layeterie.
Poirier. — Les Poiriers habitent les forets ou les lieux incultes des régions tempérées de l'hémisphère boréal ; ils croissent lentement et peuvent vivre plusieurs siècles. Ils recherchent les sols siliceux et redoutent les sols calcaires. Les couches annuelles ligneuses sont peu distinctes, et ne comportent pas de mailles ; le grain du bois est d'une excessive finesse, très homogène ; le bois est doux, liant, il se coupe bien dans tous sens, prend un beau poli et imite lébène par teinture en noir. Le Poirier cultivé est le plus recherché pour la sculpture, le tournage, l'ébénisterie de luxe, les règles et équerres.
Buis. — Le Buis est un petit arbre de 6 à 8 mètres de haut, végétant principalement sur les sols calcaires ; on le trouve très abondant dans les Pyrénées, le Languedoc, le Dauphiné, le Jura, la Corse, aussi dans l'Europe tempérée et l'Afrique du Nord. Son bois est jaune-citron, de grain serré,
PRINCIPALES ESSENCES
■ dominant E ■■ ; i l rare
■ suierdonné I 1 très rare ou nul
Pi({. 8. — Distribution ilu Clial-im.- (I)o|)|ik et Jolyel|.
Fig. il. — DistribulioD du Kûjjin (lloppu et Jolyct)i Ê. D'IH'dBBt. — Le Bois. 3
uniforme; les couches annuelles sont très petites et à peine visibles. C'est le premier des bois de gravure et de tour (billes, jeux). On recherche le bois de souche et surtout les loupes, dont on détermine la formation pour avoir des pièces d'un grand diamètre. Le buis de France est rabougri ; celui d'Espagne (Pyrénées) est droit et sans nœuds, mais sans loupe.
Sapin. — Les Sapins forment des vastes forêts, pures ou mélangées, dans les régions froides et tempérées de l'hémisphère boréal ; ils croissent assez vite à partir de la dixième année, et vivent plusieurs siècles.
Ils prospèrent dans les Vosges jusqu'à 1 100 mètres, 1 300 dans le Jura, 1 700 dans les Alpes et 2000 dans les Pyrénées (fig. 9) ; ils acceptent tous les terrains, s'ils sont meubles, frais et profonds ou fissurés. Les dimensions maxima de l'arbre sont 40 mètres de hauteur et 2 mètres de diamètre. Le bois de Sapin est peu résineux, très élastique, très résistant comme bois debout, aussi est-il recherché pour la charpente et les constructions ; il brûle avec flamme, mais donne peu de chaleur. Les principales espèces sont :
Le Sapin commun, blanc, noueux, dont les nœuds sont faciles à détacher; il sert en grosse menuiserie et en layeterie.
Le Sapin du nord ou Sapin de Norvège, se présentant sous deux variétés : le Sapin rouge, le plus estimé, solide, beau, serré, se coupe bien ; il fournit la menuiserie de bâtiments ; le Sapin blanc, dont les veines sont rouges, moins bon.
Le Sapin de Lorraine et le Sapin d'Auvergne, que Ton emploie par économie.
Pin. — Le Pin est un arbre des régions tempérées et froides de l'hémisphère nord ; il est une essence de lumière, robuste. On distingue :
Le Pin Sylvestre dans les Vosges, le Plateau central, les Alpes, les Pyrénées ; il aime les sols meubles, sablonneux. 11 peut atteindre 30 mètres de hauteur, et l m ,05 de diamètre ; son bois est d'autant plus recherché que la croissance a été plus lente, d'où la préférence accordée aux Pins du Nord. Ce Pin n'est pas gemmé pour résine.
Le Pinmaritime, qui forme les pineraies de la Sologne et pignadas des Landes de Gascogne, est un arbre de littoral, et
PRINCIPALES ESSENCES. 35
il a été introduit dans les Vosges et en Lorraine. Il ne vit que sur les sols siliceux et donne un bois lourd, sans souplesse, dont on fait les poteaux télégraphiques, les traverses de chemins de fer, les pavés, etc. Il donne un bon bois de feu. Son importance est dans la production de la térébenthine, par le gemmage,que nous étudierons dans le fascicule relatif aux résines et aux vernis. Rappelons son rôle dans la fixation des dunes.
Le Pin de montagne, le Pin d'Alep, le Pin laricio sont moins employés. Le Pin cembro sert à la confection des menus objets en bois sculpté dans les hautes vallées de la Suisse.
Acajou. — Le bois d'Acajou provient d'un arbre indigène de l'Amérique tropicale, le Sivietenia Mahogoni, voisin des arbres donnant le bois de cèdre (ne pas confondre avec le vrai Cèdre), de la famille botanique des Méliacées. Le Swietenia est un très grand arbre des Antilles, de Cayenne, dont le bois jaune rougeâtre prend une belle teinte rouge en vieillissant ; le prix du bois augmente avec l'âge ; il est compact, bien veiné, il se travaille et se polit bien. La culasse des arbres fournit l'acajou ronceux; l'acajou moucheté et le chenille sont très recherchés pour placage. On nomme acajou mâle ou vrai et acajou femelle ou faux les bois dont les vaisseaux sont obstrués par des matières incrustantes noires ou blanches. L'acajou est employé en ébénisterie, en placage, pour les meubles de luxe.
Parmi les végétaux qui croissent à la surface du sol, les uns conservent des dimensions restreintes et forment un tapis de verdure, les autres s'élèvent au-dessus des herbes, ils portent leur feuillage dans les airs et, sous le nom d'arbres, constituent les forêts. Les premiers végétaux sont surtout cantonnés dans les plaines, les derniers garnissent les plateaux, les collines et les pentes des montagnes.
Sous le couvert des arbres existants, la reproduction des essences forestières est assurée, et ce caractère, joint à la rusticité des arbres, est cause de la grande extension des forêts, à l'état sauvage, dans toutes les contrées. Ainsi abandonnée à elle-même, la forêt s'est constituée au moyen des essences les
mieux adaptées au sol, aux conditions climatériques, elle est formée d'espèces végétales placées dans leur aire naturelle de végétation : de plus, aux formes arborescentes se sont unies des formes plus petites, vivant sous le couvert des premières, et le sol a acquis des qualités particulières. Parsuite, on peutdireque la forêt est tout un ensemble harmonieux intéressant le sol, sa couverture de mousses, de ronces et de morts-bois, d'arbustes et d'arbres. Si l'on joint à cela l influence de la foret sur le climat, on a quelque idée de la diversité de l'étude d'une forêt sauvage ; or, cette étude est nécessaire, car la création, l'entretien et l exploitation des forêts artificielles ne peuvent être qu'une imitation des créations spontanées de la nature.
La forêt sauvage ne se rencontre plus guère que dans quelques contrées du Globe, l'homme ayant été amené à découvrir de grands espaces pour y établir des exploitations agricoles, et ce même besoin a fait reculer les forêts aménagées sur les sols pauvres ou trop accidentés pour un travail agricole important. Des raisons particulières, telles que l'influence des enracinements profonds sur les sols ont conduit l'homme à couvrir de bois des espaces sableux trop meubles, ou des pentes raides soumises aux actions torrentielles, et cela en dehors de toute idée de rémunération par les produits végétaux.
Les éléments de la forêt primitive sont très nombreux et divers, et pour les connaître, nous allons assistera l'établissement idéal dune forêt.
Des graines, provenant de sujets fertiles déjà existants, se disséminent sur la terre; elles germent et fournissent des pousses vigoureuses nommées des « brins de semence -; suivons le développement de l'un deux, un Chêne par exemple. Tandis que sa racine s'enfonce de plus en plus, sa tige principale, à peine ramifiée, développe un gros bourgeon terminal qui l'élève rapidement; bientôt la lige m* garnit de rameaux, forts et nombreux, et ceux-ci se garnissent d'une abondante frondaison ; la vie du sujet se répartissant sur une plus grande masse, l'importance relative de la tige diminue, son bourgeon
terminal végète peu et elle ne grandit plus. Le sujet est, ' devenu un arbre, il porte des fleurs, et par ses graines, fertilise l'espace qu'il couvre.
L'aspect d'un arbre dépend beaucoup de son état d'isolement ou de son voisinage, aussi distingue-t-on la forme spécifique de la forme forestière. La forme spécifique d'un arbre est celle qu'il développe dans les conditions normales, à l'état isolé; elle varie avec les essences, avec les sols, mais présente une moyenne. La tige principale, ramifiée dès le jeune âge, a perdu ses branches basses, celles qui sont dominées de bonne heure, et cela alors qu'elles étaient assez petites pour ne laisser que des cicatrices insignifiantes sur le tronc; à cette portion de la tige, du sol aux premières branches, on donne le nom de fût (fig. 9). Les parties supérieures de la tige, entourées des maîtresses branches et de leurs rameaux, se nomment la cime ou houppier ; les branches qu'il contient sont assez puissantes pour résister au couvert des branches supérieures et elles vivent aussi longtemps que l'arbre. Arrivé à cet état, le sujet a une hauteur d'au moins 5 à 7 mètres, et son fût a environ un pied de diamètre (un mètre de tour), à hauteur d'homme. Si les dimensions du sujet sont inférieures aux mesures précédentes, on le nomme arbrisseau.
La forme forestière d'un arbre est celle qu'il développe au milieu d'autres végétaux; elle varie avec les essences et avec la nature des arbres voisins. Si le sujet est entouré d'arbris- • seaux de hauteur moyenne, il se dégarnit des branches de hauteur inférieure et son fût s'allonge, tandis que sa cime s'élève en restant bien développée. Si le sujet croît dans un massif serré formé d'arbres de sa taille, il s'allonge de plus en plus, son fût dégarni prend des dimensions exagérées et sa cime reste grêle.
Sous le couvert des grands arbres, qui sont ordinairement des essences de lumière, se développe toute une flore qui comprend les jeunes végétaux de même espèce et aussi des essences différentes, de dimensions plus réduites, des arbrisseaux appartenant surtout aux essences d'ombre. L'établissement de celte végétation se fait de diverses manières; les gruines tombées sur le sol fournissent les jeunes arbres, les
38 PHODUCTION DES BOIS.
rejets et les drageons fournissent les arbrisseaux. Ces dernières productions prennent naissance dans des conditions particulières; lorsque le tronc d'un arbre est brisé, accidentellement ou par le fait de l'exploitation, il s'organise sur les parties restantes des bourgeons de rajeunissement qui donnent des rejets de souche, ces derniers formant une sorte de couronne ou ccpèe (iig. 10). Les drageons résultent du développement de bourgeons nés sur les racines saines de certaine arbres (Orme, Peuplier tremble, quelques Chênes) et perçant le sol plus ou moins loin de la souche d'origine.
L'ensemble des arbres et des arbrisseaux forme un peuplement, et celui-ci peut être pur ou mélangé selon qu'il comporte une seule ou plusieurs essences constituantes. L'unité supérieure au peuplement est la forêt, dont la composition est souvent très complexe.
A l'abri des essences arbustives, le sol porte tout un ensemble de végétaux qui forment le tapis végétal (fig. 10), dont la composition dépend surtout de la nature du sol. Ainsi, dans les sols siliceux, s'établira un tapis de Genêts, d'Ajoncs et de Bruyères ; dans les sols argileux, on trouvera des herbes telles que Graminées, Carex, et quelques Mousses ; mais la flore herbacée la plus riche s'établira dans les sols calcaires, où elle luttera contre les broussailles, les toulFes de Huis ou d'Épines. Toutes les plantes du tapis végétal sont des espèces dites sociales, c'est-à-dire plantes vivant dans les mêmes conditions, acceptant le même milieu, luttant ensemble en s'accommodant du contact des voisines et excluant toute plante étrangère.
Sous ce triple abri formé par la frondaison des arbres, le feuillage épais des arbrisseaux et le tapis végétal, il est souvent difficile d'apercevoir le sol ; or celui-ci n'est pas nu, il porte une couverture morte (fig. 10), formée des débris végétaux tombés à sa surface, principalement de feuilles mortes, de brindilles, de débris et déchets animaux.
La couverture a un double rôle, physique et chimique; elle constitue peu à peu le terreau, puis la terre à bois, dont la fertilité est permanente. Par son origine, la couverture forme*, un revêtement souple, très aéré, susceptible d'arrêter les eaux k de ravinement, d'absorber les eaux de pluie et aussi de retenir res
eaux d'évaporation ; elle est le régulateur de l'état d'humidité et de température des sols forestiers. Dans l'épaisseur de la couverture s'établit une florale d'infiniment petits, tels que
/—" • som-sot «iKu.
Fig. 10. — Éléments do la forût.
ceux qui fixent directement l'azote de l'almosphère, tandis que d'autres microorganismes dégage ni l'acide carbonique aux dépens duquel les minéraux du sol sont solubilisés; de plus, des animaux de diverses sortes, larves d'Insecles, Vers de terre.
déterminent un brassage des particules du sol, favorable au mélange de ses parties et à son aération. Ainsi, par ces actions complexes, se constitue un sol élastique, meuble, toujours fertile; on peut dire que la forêt fait elle-même sa fumu re.
FORÊT AtKÉMAGÊt
La forêt spontanée, composée de un ou plusieurs peuplements, renferme un mélange d'essences diverses, d'âges différents, dont l'exploitation est souvent difficile, et toujours assez irrégulière. Considérée comme capital, cette forêt donne donc un revenu très variable, faible, tandis que le capital subit des variations difficiles à connaître, dues par exemple à des conditions climatériques modifiées ou à des abus de jouissance. Ces raisons ont conduit l'homme à aménager les forêts par une série de traitements, comportant surtout la régénération et l'amélioration des peuplements.
Que le peuplement soit pur, c'est-à-dire formé d'une seule essence, ou mélangé, c'est-à-dire comportant plusieurs essences, le traitement comprend la détermination et le maintien du régime et de la forme du peuplement.
Le régime désigne le mode de régénération ; il se nomme régime de la futaie, si les arbres naissent de semis ; régime du taillis, si les drageons et les rejets sont leur origine. Le terme de futaie était autrefois employé pour désigner un ensemble de beaux arbres, ayant à hauteur d'homme un diamètre d'un pied (environ 3 pieds ou un mètre de tour) ; la définition actuelle concorde assez bien avec cette dernière, comme nous le verrons en étudiant l'évolution d'un semis.
Le régime du peuplement étant adopté, la conduite de son exploitation détermine sa forme. Étant donnée une série d'exploitation, vaste surface délimitée dans une forêt, découpons-la en surface plus petites, trente par exemple, et entretenons dans chacune d'elles des arbres de même âge, la première parcelle portant des arbres de un an, la deuxième de deux ans, et ainsi de suite; nous exploiterons chaque année la parcelle des arbres âgés de trente ans, suivant une révolution de trente ans ; la parcelle découverte sera ense-
mencée. Nous aurons créé une futaie régulière. A la vérité, le couvert des grands arbres étant favorable à l'avenir des jeunes brins, l'ensemencement précède l'exploitation sur une parcelle.
Entretenons, au contraire, sur une même surface, des arbres de plusieurs âges tous nés de semence, et nous aurons la futaie jardinée. Nous jardinerons en enlevant chaque année les arbres de trente ans, au milieu des arbres d'âges très variés placés dans son voisinage.
Le régime du taillis comporte aussi celle double forme; il est une sorte de futaie, que l'on peut nommer, à cause de son origine, une futaie sur souche. Au taillis régulier ce terme est surtout applicable, tandis que le taillis fureté rappelle la futaie jardinée.
La difficulté de créer des dispositions types, futaies ou taillis, la nécessité de produire des bois destinés à des usages différents ont fait adopter assez généralement un mode de traitement mixte, le taillis sous-futaie, encore nommé taillis composé ; dans ce cas, des semis convenablement disposés dans un taillis (né de rejets), fournissent quelques unités de plus haute valeur et spécialement recherchées ; ce mode, très élastique, est suivi sur plus de 6 millions d'hectares de forets en France, c'est-à-dire sur plus de deux tiers de la surface boisée.
L'aspect d'un peuplement, en partie déterminé par le régime qui lui est appliqué, dépend encore, d'autres facteurs. Ainsi, un peuplement peut comprendre un seul étage, s'il est formé d'arbres de même essence et de même âge; il peut être formé de deux étages, l'un étage dominant constitué par les essences de lumière (fig. 10), l'autre le sous-étage, ou sous-bois, renfermant les essences qui s'accommodent de l'ombre ; c est sous ce double couvert que se constitue la couverture morte, dont l'utilité pour la forêt est si grande. Si, ne tenant plus compte de la hauteur atteinte par les arbres^ nous remarquons leur espacement, nous déterminons la densité, la consistance du peuplement; les forestiers qualifient cet état du peuplement en le nommant massif plein, massif serré, massif clairière.
Le régime appliqué à une forêt est moditiable, par conver-
sion, mais la durée toujours fort longue de cette opération, la diminution ou même la suppression de revenus qu'elle entraine pendant un certain temps, ne permettent pas de l'employer dans les exploitations particulières; seules les forets domaniales se prêtent à cette modification profonde du peuplement. Le changement de forme, ou transformation, est plus aisé et plus souvent appliqué : ainsi un taillis régulier peut être peu à peu amené à l'état de taillis fureté.
Nous examinerons successivement les cinq modes de traitement applicables aux peuplements, dans les cinq paragraphes suivants.
Futaie régulière. — Mieux que tout autre régime, la futaie régulière ou futaie pleine se prête à l'étude méthodique; son évolution présente les états caractéristiques suivants :
Le semis est formé des jeunes plantes nées de graines, sur un terrain découvert; le fourré renferme des sujets encore jeunes, appartenant à de bonnes essences et aussi à des essences secondaires. A ces formations font suite le gaulis et le perchis, dans lesquels les sujets de choix s'élèvent ensemble au-dessus des autres, perdant leurs branches basses et fournissant, avec ces dernières et les morts-bois, une production très grande en bois.
Peu à peu, les perches, dont le diamètre est d'un décimètre, deviennent plus fortes, en même temps moins nombreuses ; leur diamètre atteint deux décimètres, la cime qui les surmonte est déjà large, le perchis est devenu une demi-futaie. Bientôt, par l'élagage naturel, les fûts se constituent, tandis que les cimes se développent, les sujets sont adultes, ils forment la futaie ou haute futaie; à leur abri apparaissent de jeunes semis, destinés au remplacement graduel des éléments que perdra le peuplement par le fait de l'exploitation. Dans une vieille futaie, les sujets de choix sont de moins en moins nombreux, ils sont d'âges divers et de valeur inégale; leur conservation ne parait pas avantageuse, car leur isolement relatif est souvent la cause de leur dégradation, ce qui contraint à les réaliser.
La futaie est un régime artificiel, volontairemeut créé et entretenu, et sa conservation demande des attentions spé-
ciales, ayant surtout trait à la régénération. Elle présente des avantages, parmi lesquels la production "de sujets d'élite très recherchés comme bois d'œuvre, surtout pour les chantiers de l'État (marine), maiselle a le grand inconvénient de créer à chaque ensemencement une période critique, susceptible de compromettre l'avenir de l'exploitation et aussi d'exiger un capital forestier très important ; aussi est-elle presque exclusivement suivie dans les forêts domaniales. Il est naturel que les résineux, ne donnant pas de rejets de souche, c'est-à-dire ne formant pas taillis, soient soumis au régime de la futaie, et la simple observation des belles pineraies du sud-est, de la Sologne, des pignadas du sud-ouest peut suffire à donner une idée des produits sains et vigoureux qu'on obtient par ce régime.
La régénération d'une futaie régulière comprend deux opérations : l'abatage et l'enlèvement des arbres à réaliser, d'une part; Pensemencement des surfaces ainsi découvertes, d'autre part.
Deux manières de procéder réalisent ce résultat; dans l'une, dite « coupe unique », la parcelle à exploiter une certaine année est entièrement démunie de ses arbres, et le sol nu reçoit le semis; dans l'autre, dite par « coupes successives », les arbres sont enlevés en plusieurs opérations réparties sur un espace de vingt ans environ, et comprenant : une première coupe d'ensemencement qui est l'enlèvement de quelques arbres choisis de telle sorte que les voisins en pleine maturité puissent ensemencer l'espace découvert et où l'état du sol favorise la germination des graines ; des coupes secondaires, destinées à faire place peu à peu aux jeunes brins de semence les plus vigoureux ; enfin une dernière coupe définitive qui réalise les unités conservées jusque-là.
La coupe unique donne des facilités d'exploitation en groupant les travaux à faire sur une petite étendue, en facilitant la gestion et l'évaluation du revenu forestier, mais elle présente l'inconvénient d'exposer la terre dénudée à toutes les grandes causes de destruction des jeunes semis, après avoir rendu difficile l'ensemencement; ce procédé ne peut donc être employé que dans des conditions spéciales, soit pour les rési-
neux, dont les graines légères et les semis rustiques assurent toujours la réussite de l'ensemencement, soit pour les feuillus dont les peuplements sont disposés à cet effet en bandes étroites dirigées vers les vents dominants et vers les sommets, ce qui assure l'ensemencement par les bandes voisines (Allemagne).
Les coupes successives, en outre de l'avantage qu'elles présentent de conserver le sol couvert, fatiguent beaucoup moins les jeunes semis préexistants car l'enlèvement des arbres sur une même surface y est beaucoup moins intense que dans la coupe unique et les dégradations plus réduites. L'inconvénient de ce procédé réside dans la distribution sur une grande étendue des travaux d'exploitation, ce qui nécessite un aménagement assez parfait de la forêt et de sa viabilité.
Futaie jardinée. — Le jardinage est un mode de traitement dans lequel, étant donné un peuplement, on réalise chaque année, et sur toute la surface boisée, un certain nombre d'arbres, déterminé par la moyenne des années précédentes et constituant le revenu ou possibilité. Ce mode de traitement est naturel, il produit l'enlèvement progressif des sujets défectueux, les premiers comptés dans l'évaluation de la possibilité, et des sujets arrivés au terme du développement assigné à toutes les unités du peuplement. 11 est d'un emploi commode pour les forêts d'aménagement difficile, pour les forêts de protection, dans lesquelles le revenu a une importance secondaire ; mais il a pour principal inconvénient de fournir des sujets moins beaux que ceux de la futaie, et d'exiger une exploitation annuelle sur la surface entière de la forêt. En pratique, on applique le jardinage aux forêts de montagne et surtout à celles peuplées de Conifères.
Taillis régulier. — La définition du taillis provient, nous le savons, du mode de régénération ou plutôt de rajeunissement des essences par rejets ou drageons ; ce traitement assure la formation d'un peuplement régulier , car le printemps qui suit la coupe développe à chaque souche une cépée analogue. L'assouchement étant conservé, quelles que soient les perturbations de la végétation superficielle, la reconstitu-
tion du fourré et par suite du taillis est facile, et c'est là un avantage de ce régime, d'autant plus appréciable que les revenus du taillis sont relativement élevés. Cependant, les inconvénients de ce régime sont importants; ainsi la^fatigue < elXépuisement du sol de la foret résultant d'une révolution trop courte; la crainte de perdre les souches, c'est-à-dire le capital forestier, à la suite de quelques années insuffisamment chaudes pour la lignification des rejets de l'année ; enfin et surtout la faible qualité des bois obtenus, qui ne peuvent guère servir qu'au chauffage, à quelques industries, ou à l'utilisation des écorces. D'autre part, l'application au taillis régulier d'une révolution longue ne donne jamais des produits de valeur égale à ceux que fournit la futaie.
L'une des principales raisons du maintien des taillis sur des millions d'hectares en France est l'emploi des bois menusqu'ils fournissent : eharbonnette; bois de moulée pour le chauffage, la carbonisation et surtout la distillation.
Taillis fureté. —«Le furetage dans un taillis correspond au jardinage dans une futaie, ce qui l'a fait nommer jardinage sur souches. Il consiste dans l'enlèvement périodique, tous les dix ans par exemple, des perches qui, dans chaque cépée, ont atteint une grosseur suffisante, environ un décimètre de diamètre à hauteur d'homme. Par ce moyen, le sol n'est jamais découvert, et les nombreux rejets de tout âge qui naissent sur les bourrelets cicatriciels des souches tourmentées forment un fourré épais. Ce régime est surtout appliqué pour le Hêtre en raison de la difficulté de sa régénération sous les climats assez rigoureux où il végète. Le remplacement des vieilles souches condamnées à mourir de vieillesse est assuré par quelques brins de semence, dont on assure le développement de place en place.
Taillis sous-futaie. — L'applicalion de ce mode de traitement à une foret a pour but l'obtention de produits divers, depuis le bois de chauffage jusqu'au bois d'oeuvre; cette application est assez facile et présente les avantages réunis de la futaie et du taillis. Une foret ainsi aménagée comporte deux étages principaux : l'étage dominant formé de la réserve ou futaie, et l'étage dominé formé par les cépées du taillis. La
futaie est formée d'essences à feuillage léger : Chênes rouvre et pédoncule, quelques Frênes, Érables ou même Trembles et Bouleaux, que l'on réalise en jardinant, tous les dix ans par exemple. Ces arbres, qui ont tout d'abord grandi avec les rejets du taillis, sont ordinairement des brins de semence, et on leur applique le nom de baliveaux dès qu'ils dépassent le sous-étage. Quoique moins beaux que des arbres de futaie, ils sont d'excellents bois d'œuvre.
Le taillis est formé de Charmes et de bois tendres, qui maintenant se vendent aussi bien que les autres, soit pour le chauffage, soit pour l'industrie (pâte à papier). Cette combinaison du taillis et de la futaie permet une utilisation rationnelle du sol par les racines superficielles des souches, et par celles plus profondes des baliveaux ; un assolement très long est ainsi réalisé, si Ion a soin de modifier l'emplaceineut des réserves par rapport à celui des cépées. La régénération du peuplement est aisée, le sol n'étant jamais découvert, mais tous ces avantages sont en partie compensés par la difficulté de conserver le peuplement tel qu'on l'a établi et de déterminer la possibilité qui constitue le revenu forestier.
EXPLOITA TiON DE LA FORÊT
11 semble que l'exploitation d'une forêt soit chose aisée, si Ton se reporte aux anciennes coutumes qui permettaient la jouissance en nature (coutume de l'affouage) dans les forêts communales; alors, chacun se rendait en forêt et coupait son bois, de la façon la plus sommaire, sans respecter sur la coupe mal faite l'écorce de la souche, ce qui rendait impossible la formation du taillis. L'art du sylviculteur n'existait pas; les exploitants étaient les « bons cousins des bois », formant un petit monde de charbonniers, f en de urs, sabotiers, dont la forêt était la demeure pendant les deux tiers de l'année ■ l'aménagement de la forêt leur importait peu, ils détruisaient.
Aujourd'hui, et tout particulièrement dans les forêts du Domaine, la science et l'économie président à l'aménagement