EXPLOITATION DE LA FORÊT
et à l'exploitation des peuplements, afin d'assurer leur bonne conservation.
Capital forestier. — La propriété forestière est une propriété rurale toute particulière, qui demande la possession de grandes étendues boisées, sauf le cas particulier où le propriétaire consomme directement et ne vend pas. Pour cette raison, les forêts de France étaient des biens de mainmorte, possédés par les seigneurs, les grandes communautés, et elles sont encore ^apanage des riches particuliers. Une propriété forestière est en effet un placement de fonds à un taux très bas, à moins qu'elle ne prenne une valeur spéciale due à sa situation ou à la faune qu'elle abrite.
Le capital forestier comprend deux éléments :
1° Le fonds de terre, c'est-à-dire le sol, avec son assouchement, sa couverture d'humus et les travaux qui facilitent l'exploitation.
2° Le capital superficiel ou capital ligneux, constitué peu à peu par l'épargne et essentiellement variable avec la nature et l'âge des arbres.
Revenu forestier. — L'ensemble des arbres existant, à une certaine époque, dans une forêt représente à la fois capital et revenu; ainsi, dans la futaie modèle, où nous avons admis trente parcelles portant des arbres dont les âges sont échelonnés de un à trente arîs, le revenu est la parcelle des arbres de trente ans à réaliser de suite, tandis que les vingtneuf parcelles restantes forment le capital générateur. On comprend que l'estimation du revenu soit, dans les divers régimes, difficile à déterminer et laisse une certaine latitude au delà de laquelle il y a abus de jouissance et diminution du capital, ou réserve exagérée et diminution du revenu.
Dans une forêt normale, bien aménagée, la possibilité annuelle est équivalente à la moyenne des accroissements annuels du capital ligneux, celui-ci résultant de l'augmentation naturelle des ligneux. De plus, la série d'exploitation doit comprendre autant de parcelles que le nombre d'années de la révolution choisie; et celle-ci se détermine par la nature des emplois des arbres, par leur exploitabilité.
Rente forestière. — Si l'on déduit du revenu ou rente
brute les dépenses faites, on obtient le revenu net ou rente. Le taux du placement s'en déduit par comparaison avec le capital; quelques exemples feront comprendre les grandes variations de ce taux.
Dans la forêt de Bercé (Sarthe) appartenant au Domaine, la futaie régulière en Chêne pur est aménagée à deux cent dix ans, elle renferme de 800 à 900 mètres cubes de bois à l'hectare, et donne un rendement moyen de 6 mc ,35, plus des produits détachés du sous-étage des Hêtres. L'hectare est estimé à 40 000 francs (capital superficiel) et la rente (brute) à 280 francs, ce qui donne un taux de 0,7 p. 100. Il est vrai que les produits obtenus sont de toute beauté, les arbres atteignant 25 à 30 mètres sous un diamètre à la base de l ra ,20.
Au contraire, nous voyons des bois aménagés en taillis pour lacharbonnette ou le menu bois d'industrie fournir un revenu important, en raison de la courte révolution adoptée, et surtout du petit capital engagé ; le taux du placement peut alors avoisiner celui des autres propriétés rurales.
Le terme de l'exploitation des bois est pour le forestier la détermination et la réalisation de la possibilité; pour cela, il procède par contenance, en exploitant chaque année une surface égale, ou par volume, c'est-à-dire en abattant les arbres jusqu'à concurrence d'un volume fixé à l'avance, ou bien encore par nombre de pieds en supposant ceux-ci arrivés au terme de rexploilabilité. Ces trois méthodes sont d'application comante, la première aux taillis, la deuxième aux futaies régulières, la troisième aux futaies jardinées et aux réserves (baliveaux, modernes, anciens) des taillis sous futaie.
Ainsi le forestier détermine une étendue pour y abattre le bois, c'est la coupe. Dans cette coupe, on peut abattre tous les arbres (coupe à blanc-étoc), ou laisser des réserves.
Vente des coupes. — En France, on vend les coupes sur pied, en bloc. Les produits façonnés sont classés et empilés, le volume de chaque catégorie est déterminé et le prix convenu appliqué. Le contrat préalable de vente ne peut spéci-
fier que les prix de vente de l'unité et il ne donne qu'une indication approximative sur les quantités de chaque produit. Cependant, les quantités doivent être déterminées aussi exactement que possible, cela dans l'intérêt de la forêt et aussi dans celui du marchand de bois ; ce résultat est atteint par le cubage et l'estimation, soit d'un arbre, soit d'une coupe.
Cubage d'un arbre. — L'évaluation d'un arbre est l'élément de l'évaluation d'une coupe; elle comprend son cubage et son estimation, c'est-à-dire l'application des prix fournis par les mercuriales ' locales. Le cubage seul sera étudié, car l'estimation est variable avec les régions et les marchés, tout en appliquant cette règle : la variation du prix d'un arbre est proportionnelle au cube de son diamètre, en raison de la meilleure utilisation des belles pièces. Les unités adoptées pour base sont les suivantes :
Le stère, pour le bois de chauffage et la charbonnette.
Le mètre cube, pour la charpente, l'industrie.
Le cent, pour les fagots et les bottes d'éeorces.
Cubage d'un arbre abattu. — On cube l'arbre en grume, c'est-à-dire tel quel. Pour cela, on mesure la longueur, puis la circonférence moyenne (ou la moyenne des deux circonférences terminales) et on procède comme pour un cylindre :
Volume = surface de section moyenne X hauteur, „ v ., ■
V = Î37?ÛÏ6 XH -
Pour tenir compte de la partie utilisable seule» ce qui équi- r, #v
vaut à défalquer lecorce, on emploie la méthode du quart 4 ' sans déduction qui consiste à prendre le quart de la circonférence moyenne, à élever ce quart au carré et à multiplier ce carré par la hauteur de l'arbre :
C 2 Volume V^ — IL
Cela équivaut à l'emploi d'un facteur de réduction égal à *
0,78, que donne le rapport de (4X 3, 1416) à 16. *
Pour certains bois, qui, comme le Chêne, comportent un aubier important, le cubage doit fournir le volume approxi-
E. d'Hubert. — Le Bois. 4
matif qu'aura la pièce après équarrissage, ce qui nécessite l'emploi de la méthode du cubage au cinquième^ déduit, quelquefois seulement au sixième déduit. On retranche de la circonférence moyenne le cinquième ou le sixième de cette circonférence, et sur cette dimension réduite on opère comme précédemment, en prenant le quart, élevant au carré, puis multipliant par la hauteur.
Volume V= \ — -^ ) xH
ou Volume V = \ / X H
Ces deux méthodes équivalent à l'emploi de facteurs de réduction égaux respectivement à
0, 50 pour le cubage au cinquième déduit,
0, 55 pour le cubage au sixième déduit;
Une autre méthode, dite cubage à vive arête, consiste à remplacer la section moyenne par le carré inscrit ; pour cela, on prend comme côté de ce carré la circonférence mesurée multipliée par 0, 225; cela équivaut à l'emploi d'un facteur de réduction égal à 0, 63.
Pour les arbres abattus etéquarris, on multiplie la section moyenne (mesurée au milieu de la pièce) par la longueur.
Cubage d'un arbre sur pied. — L'appréciation, dans ce cas, ne peut être rigoureuse; elle comporte une mesure de grosseur et une mesure de hauteur.
La hauteur d'un arbre est celle de la partie utilisable, comptée de la limite de découpe, près du sol, jusqu'à la partie non susceptible d'œuvre. On l'évalue à l'œil, en s'aidant d'une perche légère dressée contre la tige et donnant une unité de mesure pour la comparaison ; le recul favorise l'évaluation. Quelques instruments, tels que planchettes, dendromètres, fournissent des indications plus précises. Le dendromètre est un limbe gradué que l'on place près de l'œil, dans le plan vertical de visée contenant l'arbre; la visée horizon-
taie du pied de l'arbre et la visée du sommet forment un angle dont on apprécie la grandeur par la division inscrite ; la division indique les angles. dont les tangentes sont 1, 2, 3, etc., et comme ces tangentes sont des réductions de la hauteur de l'arbre, il suffit de se placer toujours à une même distance des arbres à mesurer pour traduire la lecture du limbe en une mesure réelle; par exemple, à 10 mètres de distance, un dendromètre indiquera 2, 3, pour des arbres de 20 ou 30 mètres de hauteur.
La grosseur d'un arbre est déterminée, soit au moyen du compas forestier qui donne le diamètre, soit au moyen d'un décamètre flexible qui donne la circonférence. Cette mesure se fait à hauteur d'homme, soit l m ,30 ou l m ,50, quelquefois plus. L'approximation requise est de 5 centimètres sur les diamètres, 10 seulement sur les circonférences. Ces deux éléments de mesure, la hauteur et la circonférence, permettent de considérer l'arbre comme un cylindre parfait, dont on réduit le volume à l'aide d'un facteur de conversion obtenu par l'étude d'un arbre bien mesuré. Les facteurs employés varient avec les essences et l'âge des arbres, ils sont voisins de 0,5 ou 0,6.
Cubage des branches et de la cime. — Une évaluation précise est ici impossible, aussi a-t-on établi des rapports -4e volume entre la cime et le fût, pour les principales essences et dans les diverses régions. Ce rapport dépend surtout de l'état isolé ou avoisiné de l'arbre ; il est d'environ 60 p. 100, quand le fût est le quart de l'arbre total (hauteur), mais il s'abaisse à 30 et même 20 p. 100, quand le fût atteint ou dépasse les trois quarts de l'arbre total. Ainsi, un Chêne de Lorraine donnera 55 p. 100; un Sapin des Vosges, 20 p. 100 et un Sapin du Jura, 10 p. 100 seulement.
Cubage d'une coupe. — En pratique, le cubage d'une coupe est différent selon qu'il s'agit d'une futaie ou d'un taillis, plus exactement s'il s'agit d'arbres assez gros ou simplement de brins nombreux et petits.
Dans le premier cas, pour les feuillus, on réunit les arbres par catégories de grosseur, on leur suppose une hauteur moyenne et on estime chacun d'eux pour passer de là à leur
cube total. Le cubage est fait en grume ou au cinquième déduit qui donne un résultat moitié ; il est exprimé en mètres cubes, sauf pour le bois de chauffage qui est mesuré en stères, le stère comptant pour l m ,55 de bois, en raison des vides. La cime ou houppier fournissant du bois de chauffage, on considère qu'elle donne 1/3 de chauffage et 2/3 de charbonnette.
Pour les résineux donnant du bois d'œuvre, on cube en grume ; s'ils donnent du chauffage, on évalue en stères. Le houppier des résineux est seulement 15 à 20 p. 100 du fût, et sa conversion en stères se fait sur la base de 2 stères pour un mètre cube.
Dans le cas d'un taillis, le mode d'évaluation le plus simple est le cubage jjar places d'essai qui consiste à prendre comme modèle quelques ares de la coupe et à évaluer son rendement après abatage et façonnage des produits. Une expérience pratique seule peut remplacer en partie ces essais.