ALTÉRATIONS DU CHENE LIEGE
Comme tous les arbres forestiers en général, le chêne liège nourrit une grande quantité d'insectes, qui vivent à ses dépens sur les feuilles, dans le bois, l'écorce et môme les racines.
Les plus nuisibles sont les suivants :
La chenille, qui dévore les feuilles.
Le ver, qui ronge le bois.
La fourmi, qui perce le liège.
La chenille. — Parmi les nombreuses espèces de chenilles de lépidoptères vivant sur les feuilles du chêne liège, une seule mérite l'attention, à cause des ravages considérables qu'elle exerce ; c'est la chenille d'un papillon do nuit : le Bombyx dispar. Cette chenille, d'assez forte taille, peut atteindre 5 centimètres de long; elle apparaît au printemps en quantités sou vents énormes et principalement dans les jeunes peuplements, dont elle dévore jusqu'à la dernière feuille.
Lorsqu'un arbre est dépouillé,* elles passent sur le voisin et continuent ainsi leur ravage jusqu'au moment de leur transformotion, qui a lieu au commencement de juin. Trois semaines après éclot le papillon dont la femelle est plus grande que le mâle et en diffère en outre par la couleur, ce qui a motivé son nom.
Pendant le jour, la femelle, appliquée contre le tronc des arbres, y dépose, généralement à la naissance des branches, ses œufs agglomérés, en plaques ovales et recouverts d'un épais feutre gris jaunâtre. Souvent l'éclosion a lieu la même année ; il se produit alors un second ravage plus dangereux que le premier.
Les dévastations de la chenille du Bombyx dispar s'étendent parfois sur des étendues très considérables, et on voit souvent, en Algérie, des cantons de 600 à 800 hectares entièrement dépouillés de leur feuillage dans l'espace de quelques semaines ; à une certaine distance, les arbres dénudés présentent alors l'aspect d'une forêt ravagée par le feu.
L'arbre dont les feuilles ont été dévorées par les chenilles ne parait pas en souffrir la première fois, son feuillage se reforme rapidement, mais il n'en est pas de même lorsque le fait se renouvelle Tannée suivante, ou bien, ce qui est plus grave, uue seconde fois dans la même année. Dans ce cas, l'arbre, épuisé, a de la peine à refaire le feuillage de sa cime, la végétation devient languissante, un certain nombre de sujets périssent.
Il est rare que les chenilles se montrent trois ans de suite dans le même canton.
En général, on admet que chaque invasion de chenilles fait perdre au
moins la moitié de la production annuelle de liège et peut faire retarder d'un an la récolte.
La chenille du Bombyx dispar a été quelquefois, mais à tort, confondue avec celle du Bombyx processionnaire dont nous avons précédemment parlé.
Le ver. — Les insectes qui, sous forme de chenilles ou de larves, exercent leurs ravages à l'intérieur des chênes lièges, appartiennent surtout aux ordres des Lépidoptères, des Coléoptères et des Hyménoptères. La chenille d'un lépidoptère, le Cossus gâte-bois et les larves de certains coléoptères de la famille des Longicornes méritent seules d'attirer notre attention.
il arrive souvent que des chênes jeunes et vigoureux, démasclés depuis peu d'années, dépérissent subitement et meurent en peu de temps sans qu'aucun motif apparent puisse justifier cette mortalité. Les liégeurs disent alors, avec raison, que ces arbres ont eu le ver.
Le Cossus ligniperda est un gros papillon nocturne aux ailes gris cendré, au corps épais. La femelle a l'abdomen armé d'une tarière tubulaire au moyen de laquelle ses œufs sont déposés sous l'écorce des arbres. Ce papillon est également très répandu en Europe.
Pendant le jour, la femelle se tient immobile au pied des arbres. Au mois de juillet, elle dépose, à l'aide de sa tarière, ses œufs au fond des crevasses de l'écorce et les y fixe, presque au niveau du sol, au moyen d'une liqueur visqueuse. Peu de temps après, éclosent les jeunes chenilles, qui sont d'un rose vif en dessus. Elles se fraient immédiatement un passage jusqu'à l'aubier et se nourrissent quelque temps à sa surface en détruisant le liber, et creusant des galeries superficielles, étroites d'abord, mais s'élargissant peu à peu. Parvenues à une certaine grosseur, les chenilles quittent l'aubier pour pénétrer dans l'intérieur de l'arbre, où chacune creuse dans le sens de l'axe une galerie principale munie de plusieurs galeries latérales se dirigeant vers la surface de l'écorce,
A l'âge adulte, la chenille du cossus mesure quelquefois un décimètre de long et environ 30 millimètres d'épaisseur. Elle est munie de fortes mandibules qui lui servent à attaquer facilement les fibres du bois.
Lorsque Ton considère la grosseur qu'atteint cette chenille, le développement et la largeur des galeries qu'elle creuse, on se rend compte des ravages que peut exercer à l'intérieur d'un arbre une colonie composée de plusieurs douzaine d'ennemis de ce genre.
Un arbre de fortes dimensions peut résister pendant quelque temps, mais un jeune sujet est promptement tué ; on doit donc considérer la chenille du Cossus comme très nuisible.
Ce papillon attaque plutôt les arbres jeunes et vigoureux. Les vieux troncs sont généralement habités par les larves de plusieurs grands coléoptères de la famille des Longicornes, ou Capricornes. La larve du Cérambyx est la plus commune; elle atteint presque la grosseur de la chenille du Cossus. Cette larve creuse dans l'intérieur des chênes des galeries sinueuses un peu aplaties, dont la largeur atteint 3 centimètres ; elle vit moins longtemps que la chenille du cossus et est beaucoup moins à craindre.
L'insecte parfait sort par une galerie latérale s'ouvrant à l'extérieur par un trou qui a souvent la grosseur du doigt.
On rencontre fréquemment de vieux chênes dont le tronc est entièrement criblé de trous sur les parties dépourvues d'écorce ; de pareils arbres n'ont plus de vigueur et ne produisent qu'un liège mince et peu abondant; ce que Ton a de mieux à faire c'est de les abattre le plus vite possible pour en débarrasser la forêt et faire place au repeuplement.
La. fournil. — En général les fourmis sont considérées comme étant des insectes plus utiles que nuisibles pour les forêts. Mais il en existe une en Algérie, la fourmi ronge-bois {formica ligniperda), qui ne se contente pas des bois morts et qui attaque le liège, où elle s'établit souvent en grandes colonies.
Cet insecte ne travaille pas à découvert, rien de particulier ne signale sa présence à l'extérieur; il faut soulever le liège pour se rendre compte de ses ravages. Sur les arbres démasclés, la fourmi s'introduit par rentre-bâillement qui existe entre l'écorce mâle et l'écorcc de reproduction; tapie sous le liège mâle, elle commence à établir ses premières galeries en profitant des canaux médullaires dont les cellules désagrégées lui offrent un cheminement facile.
Elle s'avance ensuite en creusant, suivant la limite, des couches annuelles, et les différents étages de sa demeure se trouvent ainsi disposés concentriquement. Les chambres ou cellules sont séparées par des cloisons ou colonnes amincies vers le milieu et dont l'épaisseur va sans cesse en diminuant au fur et à mesure que la colonie augmente.
Par ce travail incessant, le liège de certains arbres est tellement criblé de trous qu'il n'a presque plus aucune consistance. Les lièges naturellement poreux dont les nombreux canaux médullaires facilitent le travail sont le plus exposés aux attaques des fourmis.
Les mesures de protection sont les suivantes :
On devra se hâter de faire disparaître tous les mauvais arbres et de faire détruire par le feu tous les vieux bois pouvant servir de retraite aux fourmis. Au moment du démasclage, on veillera à ce qu'il ne soit point laissé de vieille écorce adhérente au pied de l'arbre, et que dans le haut le détachement du liège se fasse de manière à ne pas soulever le liège mâle qui reste au-dessus, car c'est toujours dans cet endroit que vont se réfugier les insectes.
Les insectes vivant sur les racines du chêne liège sont peu importants; on ne peut guère citer qu'une larve de petit hanneton qui, souvent, s'attaque aux racines des jeunes plants.
Enfin, les maladies que l'on observe sur le chêne liège ont pour causes soit un traitement vicieux de la part de l'homme, soit les attaques des insectes, soit des influences atmosphériques.
En général, pour prévenir les ravages des insectes, on multiplie les animaux qui leur font la chasse et dont la présence ne peut être préjudiciable aux forêts. On doit exercer une surveillance très active toute l'année, mais surtout au printemps ; on évite d'abattre les arbres en sève, surtout les résineux ; ou bien on écorce aussitôt ceux qui ont été abattus ou renversés par le vent. On
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était passée en grande partie à l'état de tourbe, et se trouvait imprégnée d'une quantité de matière terreuse de beaucoup supérieure à la proportion de cendres qui généralement existe dans le bois.
D'autres analyses et notamment des dosages établissant la nature des eaux d'épuisement extraites du fond des fouilles où se trouvaient les pieux, ont démontré que ces eaux exerçaient sur le bois des pieux une action destructive. La destruction des bois, dans certaines eaux non courantes, est donc un fait constaté.
On observe souvent sur les bois exposés à l'action d'eaux chargées de sulfate de chaux et à l'abri de l'air, comme cela arrive dans les fondations, une altération rapide et des plus profondes. La matière organique transforme le sulfate en sulfure, se brûle peu à peu et perd toute solidité.
Ajoutons que ces altérations ne se produisent que dans certains cas spéciaux. Dans d'autres, au contraire, la conservation des bois dans l'eau est un fait acquis. L'état, l'âge et l'époque de l'abatage des bois doit influer beaucoup sur cette conservation.
En Espagne, par exemple, on a trouvé des pieux phéniciens d'une incontestable authenticité, et l'on a constaté une altération de la surface de ces pieux, mais seulement jusqu'à une profondeur de 30 millimètres environ. L'axe était intact, et l'on a pu reconnaître que ces pieux étaient des cèdres. La surface était du lignite pur, car, bien que l'aspect fût celui de la tourbe, l'analyse donna les mêmes éléments que pour les lignites de Francfort et de Nassau. L'altération n'était pas la même à tous les niveaux ; des pieux intacts à la partie inférieure étaient très attaqués à la partie supérieure. Cette différence provenait sans doute de ce que les divers niveaux n'étaient pas chargés de la même proportion de sels ferreux qui sont les plus dangereux pour les bois, surtout quand ils renferment un sulfate.