BOIS FOSSILES
On trouve souvent dans la nature des échantillons minéralogiqucs qui, bien que présentant toutes les apparences physiques et chimiques d'une pierre, ne sont que des bois fossilifiés. Les troncs d'arbres que Ton rencontre à cet état, tout en conservant la texture fibreuse, sont la plupart du temps ou carbonisés ou mieux sil ici fiés.
Un des exemples les plus remarquables de cette altération des bois nous a été fourni à l'Exposition universelle de 1889 par les admirables spécimens de bois pétrifiés de la forêt d'Arizona.
Dans le pays des Apaches, sur le territoire d'Arizona, à 40 milles sud-est d'Olbrook (États-Unis d'Amérique), se trouve une plaine où fut autrefois une forêt vierge, aujourd'hui changée en un vaste amas de pierres.
Ces arbres, transformés en pierre d'une dureté dépassant celle du quartz, sont à moitié enfoncés dans la lave et les cendres provenant d'éruptions volcaniques.
Les troncs sont généralement couchés sur ces cendres et ces laves, qui sont couvertes de sables sous une profondeur de 10 mètres environ.
La transformation s'est produite lentement, le silicate se substituant à la
matière organique de façon à ce que les moindres sinuosités, le grain du bois, les anneaux fussent conservés absolument intacts.
Les couleurs des troncs qui sont des plus variées et des plus belles nous ont paru surpasser en beauté celles des plus célèbres marbres, des agates les plus renommées.
Dans plusieurs cas, la conservation de l'arbre est parfaite, y compris l'écorce et le cœur avec ses lignes régulièrement rayonnantes.
Les naturalistes qui ont cherché à déterminer à quelles essences pouvaient appartenir ces bois fossiles n'y sont pas arrivés. Les opinions les plus diverses ont été manifestées.
Les uns disent y avoir signalé le cèdre, le pin, le palmier; d'autres, le chêne, le noyer, le cotonnier, etc.
Ce dépôt merveilleux couvre une surface de mille acres (environ 400 hectares); on peut estimer qu'il renferme un million de troncs.
Quant à la façon dont ce remarquable phénomène se produisit, on peut supposer seulement que la forêt tout entière fut brusquement renversée et couverte entièrement de cendres et de laves. Les eaux chaudes chargées de silice jaillissant de sources, ou poussées par l'action volcanique percèrent ces cendres, les rafraîchirent et vinrent au contact des arbres; de là, des conditions favorables à la silicification.
On peut croire aussi que l'altération a été causée par le séjour dans le tut volcanique. Les eaux très siliceuses pénétrèrent alors lentement dans les bois ensevelis, en déposant peu à peu leur silice dans les cellules, le jaspe et l'agate prirent la place des cellules et des fibres.
L'étonnante variété de couleurs présentée par ces bois pétrifiés fait supposer que les eaux siliceuses renfermaient aussi des oxydes métalliques. La couche géologique renfermant ces bois est le sable du Chinarump, groupe de la période tertiaire. Le nom de Chinarump est la dénomination locale indienne des pointes de flèches; les Indiens désignent ainsi le bois agatisé, avec lequel ils avaient l'habitude de fabriquer leurs flèches.
Sur toute la surface de l'emplacement, les arbres gisent couchés etépars dans une infinité de positions différentes; leurs dimensions sont des plus variées. Un échantillon entre autres, d'une longueur dépassant 50 mètres, se trouve brisé en sections de grandeur uniforme, comme s'il avait été scié avant la catastrophe.
Un autre arbre a été trouvé brisé en une multitude de fragments. On peut supposer que ces fractures diverses ont été le résultat d'alternatives de froid et de chaud agissant sur les eaux qui avaient pénétré dans les arbres eux-mêmes.
Nous avons dit que ces arbres se présentent dans les positions les plus diverses. Certains ont des longueurs dépassant 60 mètres avec des troncs de 3 mètres de diamètre.
Sur un point de ce parc antédiluvien, on admire un pont naturel en bois agatisé formé par un arbre immense en longueur et en largeur, dont les deux bouts repliés sont enterrés dans le sable. Ces bois sont magnifiquement nuancés et présentent toutes les teintes du spectre. Souvent, la couleur apparaît [par places distinctes formant comme des taches, ou bien, au contraire, les teintes
sont imperceptiblement mélangées, souvent aussi entremêlées de blanc, de noir ou de gris.
Les sections brisées de ces troncs sont souvent bordées intérieurement par de l'améthyste ou de la calcite diversement nuancée. Au microscope, on se rend compte encore mieux de la beauté des couleurs, et l'on constate que la structure des plus petites cellules se trouve parfaitement conservée. La structure de ces cellules montre que ces arbres ont poussé sous un climat doux et uniforme. Les parois des cellules sont d'épaisseur presque constante. Enfin, dans certains spécimens, le microscope a permis de constater la présence de champignons destructeurs.