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CHAPITRE XXI

STSTÈÏE EOUGHEIIE FOIDÉ SBI LE DÉN.ACEIEIT DE LA IÈÏE

H. Boucherie s'est adressé au bois vert en grume; il est parti de ce principe qu'il faut introduire le liquide conservateur en profitant du mouvement naturel de la sève. Ce mouvement peut être aidé par une aspiration ou par une pression, de manière à chasser toute la sève et à permettre la combinaison dans toutes les parties du bois de l'antiseptique avec les éléments putrescibles. Il s'ensuit que, dans ce procédé, on n'a pas besoin du vase clos employé par les systèmes précédents. Il suffît d'une simple aspiration ou pression hydrostatique pour favoriser la filtration du liquide dans les pores du bois. Ce système a été successivement perfectionné. A une certaine époque, en 1856, on était en France si enthousiasmé par cette découverte qu'une loi spéciale prorogea le brevet Boucherie à titre de récompense nationale.

Pour pratiquer ce système d'injection, on plonge l'arbre coupé dans une cuve renfermant le liquide que le bois doit absorber. Pour que cette absorption

ait lieu, il n'est pas nécessaire que l'arbre soit debout; l'expérience réussit avec un arbre couché {fig. 16Î), pourvu qu'il soit en contact avec. le liquide; on peut

même pratiquer à la base de l'arbre tenant encore par ses racines un trait du scie circulaire et en l'entourant d'une espèce de bassin contenant le liquide, ce dernier ne tarde pas à être complètement absorbé et à pénétrer tous les tissus.

Un second procédé consiste à percer à la tarière des cavités au pied d'un arbre (tig- 163) encore planté dans le sol; le liquide préservateur s'introduit dans ces trous, et son ascension, dans ce cas, est rapide et complète.

Fig. 163.

On peut, pour cette opération, supprimer toutes les branches et les feuilles latérales de l'arbre, pourvu qu'on réserve à son sommet une touffe de feuilles qui détermine l'ascension.

En 1841, H. Boucherie a imaginé un autre mode fondé sur le déplacement et l'expulsion de la sève au moyen de la pression et de la filtration du liquidera injecter. On opère de la manière suivante : Les pièces de bois, après avoir reçu à chaque extrémité un coup de scie pour en rafraîchir les surfaces, sont étendues parallèlement sous une légère inclinaison (fig. 164). On applique sur la section du gros bout, qui sera la surface de pénétration, un plateau de cœur de chêne, après toutefois avoir placé, sur le pourtour de la surface, une corde sèche d'étoupe de chanvre. On serre fortement le plateau contre l'arbre et on l'y maintient à l'aide de crochets en fer. Un espace vide de quelques millimètres est ainsi ménagé, qui sert à loger le liquide antiseptique qu'on veut mettre en présence de la section tout entière du bois. Le plateau est percé de part eu part d'une ouverture circulaire dans laquelle on introduit de force l'extrémité d'un ajutage en bois dur appelé robignole (fig. 165), qui transmette liquide que lui envoie un réservoir placé à S ou 10 mètres de hauteur (fig. 166). Lorsqu'on

Fig. iea.

ouvre le robinet de ce réservoir, la pesanteur du liquide pousse bientôt devant lui l'eau de végétation et les principes azotés qu'elle contient. Cette eau s'écoule par l'un des bouts du tronc de l'arbre et le liquide conservateur la remplace. L'opération est terminée quand il ne sort plus du tronc que de la solution saline au lieu de sève*

Les liquides employés varient avec les résultats que Ton veut obtenir. S'il s'agit de préserver les bois de la carie sèche ou humide, d'augmenter leur dureté et d'assurer leur conservation, M. Boucherie a proposé d'employer le \

pyrolignite de fer, ou plus communément le sulfate de cuivre. Les chlorures terreux peuvent être employés quand il s'agit de conserver aux bois leur souplesse.

L'introduction des substances salines dans l'intérieur des bois présente le grand avantage de les préserver du voilage, des retraits, et les rend en quelque sorte incombustibles. Le déplacement de la sève par les dissolutions salines est très prompt. Ainsi, un peuplier ayant un diamètre de m ,40 à la base a absorbé en six jours 3 hectolitres de pyrolignite de fer. Un platane de m ,30 a absorbé 2 hectolitres de chlorure de calcium en sept jours.

On a constaté dans la forêt de Gompiègne que, d'un hêtre cubant 294 mètres cubes, il a été déplacé en vingt-quatre heures 3.060 litres de sève pure, qui ont été remplacés par 3.210 litres de pyrolignite. Cette dernière expérience permet d'établir le rapport qui existe entre la partie solide du bois et les fluides qui circulent dans les canaux séveux.

Il était intéressant de savoir comment le sulfate de cuivre injecté dans le bois se conserve. Pour s'en rendre compte, on a fait des analyses comparatives de bois fraîchement préparés, en cours de service, et en décomposition à divers degrés. Les bois fraîchement préparés contiennent, à l'état libre, une grande quantité de sulfate injecté. Mis en service, surtout plantés debout dans le sol, ils perdent peu à peu ce sulfate, sans s'altérer cependant, et on rencontre souvent des poteaux, ayant un long usage, qui ne présentent plus trace de sulfate libre et qui sont en excellent état.

Cette considération peut faire supposer que ce n'est pas seulement le sulfate libre qui est l'agent conservateur, mais qu'au contraire l'action antiseptique s'accomplit plus particulièrement par une certaine quantité de sulfate de cuivre qui s'est combiné avec les éléments du bois et s'est fixé dans son tissu. C'est, en effet, ce qui a lieu. Ainsi, lorsqu'on réduit en poudre un morceau de bois injecté et qu'on lave la sciure obtenue, on la débarrasse facilement et complètement du sulfate de cuivre qu'elle contient; puis, si on l'incinère ensuite, qu'on traite la cendre par un acide, qu'on recueille le liquide et l'eau de lavage de cette cendre, on trouve dans l'ensemble de ces liquides une nouvelle quantité de cuivre; c'est donc bien le cuivre fixé dans le bois qui est le principal agent conservateur. En outre, cette quantité de cuivre est sensiblement en proportion définie avec celle du bcis expérimenté. Un arbre injecté contient donc un sel de cuivre fixe.

Quand, au contraire, on recherche le cuivre dans le bois putréfié, non seulement on n'en trouve plus à l'état libre, mais encore la dose de celui û\é va en diminuant au fur et à mesure que la décomposition s'avance.

Les arbres jeunes se pénétrent mieux que ceux qui sont plus âgés.

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Il faut ajouter que ce procédé de conservation des bois est sujet, soit dans les détails de l'opération, soit à cause de la disposition plus ou moins favorable de l'état moléculaire des bois à des variations qui peuvent rendre les préparations incomplètes et donner lieu à des mécomptes.

Les conditions à remplir pour avoir un bon résultat sont nombreuses; il est difficile de n'en pas négliger quelqu'une.

Ce système d'injection présente encore un grave inconvénient, c'est la diminution de résistance et d'élasticité qu'il produit dans les bois. Les pores du bois, dont la sève est chassée, sont en effet soumis à une dilatation forcée qui détruit la cohésion naturelle des fibres et affaiblit ainsi leur résistance et leur élasticité. Ce résultat est d'autant plus marqué que les bois traités sont plus légers. 11 y a encore un autre inconvénient, c'est qu'après le retrait qui suit le gonflement nécessaire à l'injection il reste des vides qui donnent plus de facilité à l'introduction des agents atmosphériques pouvant altérer la composition du bois; cette circonstance peut expliquer aussi pourquoi les pièces incomplètement préparées se détruisent rapidement.

En résumé, si l'on compare les deux emplois du sulfate de cuivre et de l'huile créosotée dans la conservation des bois, on peut arriver aux conclusions suivantes :

Le sulfate de cuivre est toxique pour les végétaux et pour les animaux parasites qui apparaissent au début ou avant toute décomposition organique.

Le sulfate doit être employé en excès lorsque les bois sont destinés à être plongés dans l'eau ou enterrés dans un sol humide, parce que l'eau entraîne lentement le sel en le dissolvant. Pour la conservation à la mer, le sulfate de cuivre ne peut pas convenir.

Dans les bois pénétrés par le sel de cuivre, il y m une portion du sulfate unie étroitement au tissu ligneux, et une autre partie du même sulfate qui reste libre; cette dernière fraction, dissoute d'abord et emportée par les liquides extérieurs, retarde seulement l'enlèvement du sel métallique combiné au bois, mais cette combinaison elle-même, quoique plus stable, n'échappe pas à la soustraction, accélérée ou retardée suivant que le liquide dissolvant est renouvelé plus ou moins vite.

Au contraire, la dose de sel métallique doit être diminuée dans les bois destinés aux constructions aériennes afin de prévenir l'effet mécanique des cristallisations intravasculaires.

Enfin la solution cuivrique finit par se charger d'éléments organiques préjudiciables au succès de l'opération.

V huile créosotée est préférable pour l'injection des bois maritimes.

La volatilité et la solubilité de certains agents antiseptiques renfermés dans cette huile pourrait rendre seulement momentanée l'efficacité de leur action, si les huiles plus fixes et épaisses qui les accompagnent n'enserraient et ne retenaient les précédents composés, obstruant en même temps tous les pores du bois qui ne laissent plus qu'un difficile accès aux liquides dissolvants et aux gaz destructeurs.

Il faut enfin rappeler que l'emploi des sels métalliques, et notamment du sulfate de cuivre, rend les bois incombustibles, tandis que le contraire se produit lorsque l'on utilise le goudron ou les huiles qui en proviennent.

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