APPLICATION DU LIEGE A LA FABRICATION DES BOUCHONS
La fabrication des bouchons en liège date du XVII* siècle, époque à laquelle l'usage des bouteilles en verre commença à se répandre dans la vie domeslique.
L'Espagne et le Portugal passent pour avoir été les nations qui ont mis les premières leurs forêts de chênes liège en exploitation dans ce but. La Catalogne est regardée comme le berceau de l'industrie du liège, et aujourd'hui encore elle occupe le premier rang commercial; ses produits sont les plus recherchés.
Nous avons vu qu'avant l'occupation française, les forêts de chênes liège algériennes n'étaient l'objet d'aucune exploitation sous la domination turque; les indigènes ne tiraient aucun profit de» richesses dont ils ignoraient la valeur. Le bois et le liège surtout, dont le commerce était à peu près inconnu, ne constituaient que des produits tout à fait accessoires, qui, la plupart du temps étaient livrés au feu.
Aujourd'hui, toutes ces forêts sont soumises à une exploitation judicieuse qui permet de leur faire produire d'excellents rendements.
Immédiatement après le démasclage, on fait transporter à l'usine le liège
récolté. Au fur et à mesure des arrivages, le liège est empilé le dos eu l'air, en tas réguliers et rectangulaires; cet empilage, en soumettant les planches encore recourbées à une certaine pression, leur donne un commencement d'aplatissement qui rendra leur manipulation plus facile.
Avant d'être livré au commerce, le liège subit différentes opérations, qui sont : le bouillage, le raclage, le visage ou classement, et enfin V emballage.
Le bouillage a pour but de gonfler le liège, de resserrer ses pores et d'augmenter son élasticité. Cette opération s'effectue dans de grandes chaudières rectangulaires ayant ordinairement 2 mètres en tous sens. Elles sont chauffées par des débris de liège et des racines. Au-dessus de la chaudière se meut, au moyen d'un système de poulies, un lourd plancher formé de madriers destiné à faire descendre et à presser les planches de liège lorsque la chaudière est chargée.
Pour procéder au bouillage, on remplit d'eau la moitié de la chaudière, puis on y range les planches de liège de manière à laisser le moins de vide possible. Lorsque le chargement dépasse de 50 centimètres la hauteur des murs qui entourent la chaudière, on abaisse le plancher de manière à lui faire former couvercle, et on laisse bouillir le liège pendant trois quarts d'heure environ, puis on hisse le plancher, et Ton sort le liège, qui est presque complètement aplati.
Le raclage, qui vient ensuite, a pour but de débarrasser le dos de la planche de la partie ligneuse de l'écorcc, qui est impropre à tout usage et qui chargerait le liège d'un- poids inutile. Le raclage se fait à la main ou à la machine.
Les lièges de première reproduction ont encore la croûte épaisse et demandent un plus fort raclage que ceux de deuxième et de troisième reproduction ; on trouve même parmi ces derniers lièges des planches dont la croûte est tellement fine et mince que le raclage devient inutile.
Le raclage à la machine se fait à la vapeur au moyen de bobines horizontales en fer de 25 centimètres de longueur, de 20 centimètres de diamètre, renflées vers le milieu et garnies sur leur pourtour de petites lames en fer en forme de peignes à dents courtes et carrées.
Ces bobines, disposées par paires, tournent avec une vitesse d'environ 900 tours par minute sur un axe horizontal supporté par des montants en fonte, à à une hauteur de 1 mètre au-dessus du sol.
Le liège est immédiatement soumis au raclage dès sa sortie de la chaudière; l'opération est d'autant plus facile, qu'il est plus humide.
Le déchet produit par cette opération est, en poids, de 30 p. 400 pour les lièges de première reproduction, 25 p. 400 pour ceux de deuxième et 20 p. 100 pour les autres.
Une fois raclés, les lièges passent entre les mains du retailleur, qui, à l'aide d'un couperet bien affilé, coupe nettement quelque portions des bords de la planche, afin que le viseur ou clssscur puisse juger de la qualité du liège. Le dernier répartit les planches dans les diverses catégories suivant les qualités.
Cette distribution se fait en quatre tas : lièges épais, lièges ordinaires, lièges bâtards et minces ou rebuts pour chaudière. Le classement définitif se fait plus tard, au moment de l'emballage.
Pour préparer les balles de liège, on emploie une caisse rectangulaire sans
fond, ayant i m ,50 de long, m ,75 de large et m ,60 de haut. Deux cordes destinées à maintenir les lièges à la sortie sont placées en travers de la caisse, de manière à descendre jusqu'au fond, et pour éviter le forcement, ces cordes sont engagées dans des rainures verticales formées par des liteaux cloués à Tintérieur sur les grandes parois.
On commence par disposer au fond, le dos en bas, une ou deux belles planches de parement ayant là longueur delà caisse; on remplit ensuite, en rangeant les morceaux le plus régulièrement possible, de manière à ne laisser ni vides ni creux. Au deux petits bouts les lièges devront être presque coupés et bien alignés, pour que les deux bouts de la balle soient nettement parés ; les fragments, s'il y en a, sont distribués à l'intérieur. Lorsque l'empilage dépasse d'une vingtaine de centimètres le bord de la caisse, on couvre, comme on Ta fait en commençant, avec une ou deux belles planches placées le dos à l'extérieur, on réunit ensuite les deux extrémités de chaque corde, on serre au moyen d'un nœud coulant le liège ainsi empilé, et on enlève la caisse par les poignées disposées à cet effet aux deux bouts. La balle cordée est portée sous la presse pour être comprimée, puis liée ou cerclée.
Le classement des lièges est une opération délicate, exigeant beaucoup d'expérience et d'habitude de la part du classeur. Elle a une grande importance au point de vue de la vente.
Suivant leur épaisseur, les lièges se classent dans le commerce en quatre catégories :
1° Lièges épais mesurant 31 millimètres et au-dessus.
2° Lièges ordinaires marchands ou en races, mesurant de 26 à 30 millimètres.
3° Lièges bâtards ou lièges jus /es, mesurant de 23 à 25 millimètres.
4° Lièges minces de 22 millimètres et au-dessous.
Chacune de ces catégories comprend cinq qualités; superfines, l r % 2*, 3* et 4*.
Les prix de vente des lièges sont en moyenne les suivants :