BOIS ROUGES OU DE BRÉSIL
Le bois des arbres du genre Cœsalpinia, connu dans le commerce sous le nom de bois de Brésil, renferme une matière colorante rouge qui a reçu le nom de Brésiline. Ces bois, dont la valeur est variable, sont les suivants :
Le Cœsalpinia christa se rencontre au Brésil et aussi à la Jamaïque. Son nom commercial est bois de Fernambouc. Sa dureté est considérable; il est beaucoup plus dense que l'eau; l'intérieur est jaune et l'extérieur rouge. Cette dernière coloration, due à la présence de l'air, disparaît ensuite par la même cause.
Le Cœsalpinia sappan, ou bois du Japon, est très analogue au précédent. Réduit en morceaux minces, ce bois, traité par l'eau bouillante, fournit une matière colorante rouge. La décoction aqueuse ne doit pas être préparée dans des vases en fer, dont l'action modifierait la matière colorante rouge et la transformerait en une substance brunâtre.
La teinture de sappan, mêlée à une solution de sulfate de cuivre, donne une couleur violette remarquable.
Le Cœsalpinia echinata fournit les bois de Sainte-Marthe, de Nicaragua et de Lima.
Le Cœsalpinia vesicaria, ou du Brésil, est inférieur à tous les autres.
La distinction établie entre ces différents bois provient de ce qu'ils renferment des quantités plus ou moins grandes de matières astringentes qui altèrent la teinte de la brésiline.
On peut enlever ces matières nuisibles par l'addition d'un certain volume de lait, chauffé ensuite.
La caséine, en se coagulant, entraîne les matières astringentes, et la liqueur surnageante est d'un rouge très pur.
Les bois du Brésil se distinguent du bois de campêche par leur teinte claire et par le précipité rouge que leur infusion fournit avec la chaux, la baryte et le protochlorure d'étain, tandis que ces mêmes corps donnent avec le bois de campêche, un précipité bleu.
Le seul caractère commun à ces deux espèces de bois est de donner une infusion qui prend une teinte jaune par l'action des acides sulfurique et chlorhydrique et qui vire au rouge lorsque ces acides sont en excès.
La brésiline y découverte par Chevreul, existe dans les divers bois que nous venons d'énumérer.
Cette substance, soluble dans l'eau, dans l'alcool et l'éther, cristallise en petites aiguilles de couleur orangée. Les alcalis la colorent en pourpre violet. Les acides font virer cette teinte au rouge.
Au contact de l'air et de l'ammoniaque, la brésiline se colore en pourpre foncé et devient de la brèsiléine.
L'acide chromique oxyde la brésiline et forme avec elle un composé coloré assez stable. Les oxydes métalliques forment avec elle des laques intéressantes. Une infusion de bois de Brésil, conservée au contact de l'air, se couvre d'une pellicule irrisée que l'évaporation augmente. La brésiline peut se conserver dans l'eau même au contact de l'air.
Les décoctions conservées pendant longtemps possèdent un pouvoir tinctorial double de celui des décoctions récentes.
Pour obtenir cette matière colorante, on épuise par l'eau le bois pulvérisé ; on évapore l'extrait aqueux jusqu'à siccité, afin de chasser l'acide acétique libre qui s'y trouve. Le résidu, repris par l'eau, est agité avec de l'oxyde de plomb ;
3fti ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
les acides fixes sont ainsi saturés. L'excès d'oxyde de plomb se dépose et la liqueur, éclaircie, peut être décantée, puis évaporée à sec. On reprend par l'alcool, on filtre et on évapore, puis on ajoute de l'eau et de la gélatine jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus de tannin. En évaporant une dernière fois à sec et en épuisant par l'alcool, on enlève seulement la brésiline, qui cristallise par refroidissement.