Scène IX
DES FAEGETTES, FRANGINE
Fbakgine. — Vous m'excuserez, j'allais sortir.
Des Fargettes. — Une minute seulement.
Fbancinb, sonnant. — Alors, voyez comme je suis gentille, je mettrai mon chapeau devant vous. (La femme de chambre entre.) Louise, préparez mon chapeau?
La Femme de cihambre. — Lequel?
Francine. — Celui qui a des raisins, des chèvrefeuilles, des glycines et des martins-pêcheurs.
La Femme de chambre. — Ah! le petit.
Fbancine. — Oui.
titL femme de chambre sort.
Des Fabgettbs. — Oh!
Francine. — Qu'est-ce qu'il y a?
Des Fargettes. — Rien. Je me demandais seulement, quand on a un chapeau comme ça, quel besoin a-t-on d'aller à la campagne.
Francine. — Eh bien! Ce mot ui^ent?
Des Fargettes. — Voilà ! Tout à l'heure, je vous ai dit que je vous étais éperdument dévoué, et vous m'ayez engagé à vous le prouver. C'est fait.
Francine. — Ah bah!
Des Fargettes. — Voilà... voilà !... Je suis accouru parce que je viens d'apprendre, au ministère, une nouvelle qui vous intéressera beaucoup, bien plus, qui vous causera une grande joie.
Francine. — Quoi?
Des Fargettes. — Voilà!... voilà... J'ai voulu être le premier à vous l'apporter. Je ne me serais pas pardonné que vous l'apprissiez par un autre que par moi.
Francine. — Mais quoi, enfin?
Des Fargettes. — Voilà!... voilà... Pour venir plus vite, j'ai demandé son automobile au sous-chef du personnel qui cepei^ant n'est pas commode, mais qui a épousé la belle-sœur de ma sœur.
Francine. — Oh! mais, vous m'exaspérez.
Des Fargeot'es. — Voilà!... voilà... j'abrège... Eh bien, le 14 juillet prochain, la promotion du ministère des Beaux-Arts qui paraîtra dans quinze jours comprendra très probablement parmi les nouveaux chevaliers de la Légion d'honneur, un nom de femme.
Francine. — Ah !
Des Fargettes. — Oui, un nom de romancière.
Francine. — Ah! tiens... Je ne vous cache pas que je ne suis pas partisan de la décoration des femmes... pas ordinairement... et, tout à l'heure encore, je le disais...
Des Fargettes. — Ah! oui, maLs quand vous saurez de qui il s'agit, vous changerez d'avis.
Francine. — Ah! vous croyez?
Des Fargettes. — J'en suis sûr ! Vous serez même rudement contente.
Francine. — Mais, enfin, qui est-ce? dites! dites!
Des Fargettes, triomphalement. — C'est M"' de Valreney.
Francine, giacîaie. — Ah !
Des Fargettes. — Me souvenant de l'intérêt que vous portez à cette dame, j'ai voulu que vous sachiez tout de suite... Eh bien?
Francine. — Eh bien, c'est très bien!
Des Fargettes. — Vous n'êtes pas plus ravie que ça?
Francine. — Comment, pas plus ravie. Je vous dis, c'est très bien. Qu'est-ce que je peux vous dire de plus?
Des Fargettes. — Je ne sais pas... Je pensais...
Francine. — Quoi? Que j'allais danser un boléro en tirant un feu d'artifice.
Des Fargettes. — Non, pas ça !
Francine. — Quoi, alors, que j'allais vous sauter au cou?
Des Fargettes. — Plutôt !
Francine. — Ah! mon cher, vous manquez de goût!,. Je ne pense pas que jamais mon attitude envers vous ait autorisé cette inconvenance.
Des Fargettes. — Non, ce n'est pas pour dh*e, mais je m'attendais à une autre réception... Moi qui tenais tant à vous annoncer moi-même, avant tout autre.
Franctne. — Mais je vous en remercie.
Des Fargettes. — Moi qui ai demandé l'automobile du sous-chef du personnel qui n'est pas commode.
Francine. — Oui... oui... je sais... je sais!... je vous en prie.
Des Fargettes. t- Mais... mais...
Francine. — Je suis pressée, j'ai à sortir. Merci, au revoir.
Des Fargettes. — C'est bien, madame, c'est bien, je m'en vais.
Francine. — Au revoir.
Des Fargettes, en sortant. — Oh! quelle aventure.
Francine reste seule, hausse les épaules, et fait quelques pas nerveusement.
Le Domestique, entrant. — L'auto est revenu, madame.
Franctne. — Renvoyez-le, je ne sortirai pas.
Le Domestique. — Bien, madame.
Le domestique sort.
Francine, à part. — Ah! non. Je ne sortirai pas par un temps... par un temps où on fait des choses pareilles.