FRANCINE, PAUL
Paul, il tient à la main le Temps et la Liberté. —
Bonsoir, ma petite Francine.
Francine. — Bonsoir.
Paul. — Qu'est-ce que tu asî
Francine. — Rien... un peu mal à la tète.
Paul. — Tu as eu tort de ne pas sortir. Moi, j'ai beaucoup trotté, je suis éreinté... Ah! la, la, la paix des champs... Enfin, dans trois jours. Nous avons eu une bonne séance, à la commission des haras. Nous avons choisi cent vingt poulinières pour les changer d'étalons.
Francine, à mi-voix. — C'est du propre.
Paul, qui allume une cigarette. — Et les inspections
commenceront le 14 juillet.
Francine. — Le 14 juillet, quelle date idiote.
Paul. — Le ministre de l'Agriculture donne, ce soir, une réception en l'honneur de la conmiissîon. Il y aura là tous ?es gros bonnets, tous les officiels. Tu penses avec quel plaisir je m'abstiendrai.
Il se met à lire les journaux.
Francine. — Dis donc.
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
Paul. — Quoif
Frangine. — Ça te serait égal de ne pas fumer f
Paul. — Mais, comment donc, ma chérie!
Frangine. — Parce que, écoute, laisse-moi te dire. Tu fumes tout le temps dans cette pièce et ça ii^est pas très agréable quand je i-eçois.
Paul. — Tu as eu beaucoup de monde f
Frangine. — Trop. Et, en dernier lieu, ce petit crétin de des Fargettes, et il m'a appris une nouvelle. AU ! je te le donne en mille !
Paul. — Qu'est-ce que c'est?
Frangine. — On va décorer une femme de k^tres. Et devine qui?
Paul. — Toi?
Frangine. — Moif... Oh! non, par exemple!...
Tu sais mes idées là-dessus. Et j'y tiens plus que jamais à ces idées-là. Ohî oui, plus que jamais... Mais qui a-t-on été choisir... La personne à qui ou pouvait le moins penser... Dis-moi quelle est la ])ei sonne à qui tu peases le moins?...
Paul. — Mais...
Franonb. — Justement! M'"' de Valreuey.
Paul. — Ah! mais, tu m'w? dit qu'elle avait du talent.
Frangine. -- D'abord, je ne t'ai pas dit: « KUe
a du talent!... » J'ai dit: (D'un ton dédaigneux.) « Elle a du talent! » On ne peut pas en dire moins de quelqu'un qui écrit... Oh!... Et puis... Qu'est-ce (|uc tout ça nous fait?...
Paul. — Evidemment. Ah! dis donc?
Frangine. — Quoi?
Paul. — Je suis passé tout à l'heure à la Compagnie d'Orléans pour retenir un wagon. Je ferai |)artir les chevaux demain. L'auto viendra par la route, après nous avoir conduits, à la gare. Elle arrivera en Périgord mardi soir. Ça te va?
Francine, pendant ce temps, a cherché un livre dans la bibliothèque et l'a ouvert.
FlkANGlNE, elle lit. — Viviane était accoudée sur la terrasse. Ses yeux erraient lanffuissamment mir f-c paysage grandiose, tout parfumé de traditûms lointaines, et elle sentait s'éveiller en elle, en même temps que Vécho des vertus ancest raies, le désetichantemcnt pensif de son àme moderne, lleiii? Qu'est-ce que tn PU dis?
Paul. — C'est épatant.
Frangine. — Hein? MaLs c'est idiot, voyon.«5.
Paul. — Ah!... Oui, c'est épatant et idiot.
Frangine. — Et voilà la femme qu'où va décorer. Non, tout de même, ça passe un peu les hornes.
Paul. — Oui, oui, évidemment.
Il s'installe dans un fautt-uil et s'absorbe dans son journal.
Francine. — Au fond, c'est une honte de laisser faire une chose pareille!... Tu auras beau lire ton journal... ("est une honte... (""est même une lâcheté... parfaitement, une lâcheté.
Paul, vaguement. — Hum !... Oui... oui...
FRANnxK. -- Kt tu as raison, d'ailleuTs. On devrait empêcher ça par... n'impoi-te par queJ moyen. Oui. Par exemple en suscitant une autre candidature... comme tu le dirais l'antre jour.
Paul. — Moi?
Frangine. — Mai» oui. A propos « paron qui ne veut plus se présenter au ( rai. Tu disais: « Quand les bons cand veulerie de ne pas se porter, ce sont les passent... 11 y a des cas où il faut s crifier. » Ce n'est pas moi qui ai dit ça
Paul. — Oui... oui...
Frangine. — Seulement, pour cette toire de croix, qui est-ce qui consentirait dans ce jciiépier. Ce n'est pas moi, bien
Paul. — Non! non!
Francine. — Non! non! C'est très non, non, mais, tout à l'heure, quand je ' va y avoir une femme décorée », tu m' « Toi! » Et, cependant, tu es mon mari
Paul. — Oui... oui...
Francine. — D'ailleui-s, tout le moud même temps, cette idée, tous nos amis, l'Anjou, le frénéral.
Paul. — Le jrénéral ?
Francine. — Oui, n'aie donc pas l'ai savoir. I-rC général Champlaiu des Gaju du manuel sur le... le... machin des... des ça prouve que me présenter .*<orait po .sorte... de devoir!...
Paul. — Pourquoi?
Francine. - Oui, évidemment, tu en .
Paul. — Mais...
Francine. — Oh! je t'en supplie, ne t 'énerve f)ius!... S'il n'y avait que moi, parbleu, tu connai<i mes idées. Mais il est certain que si cette M"'' de- Valreuey est décorée, si on lui donne ma croix, ta situation sera grotesque. Au cercle, à la salle d'armes, dans les haras, on dira: (( Qu'est-ce que ça cache? Qu'est-ce que M™*" Mai*î;erie a bien pu faire pour ne pa.s être décorée. C'est donc une aventurière, une gourgandine... Elle trompe son mari toute la jourîiée. » Eh bien, non, là!... Je n'ai pas envie, i)ar- (lessus le marché, que tu passes pour cocu.
Paul. — Pour cocu. Personne ne pensera ça!...
P'rancink. — Mais, parfaiteemnt. Et puis, je te (••►ruiais. On .sourirait, tu prendrais la mouche. Des mots... un duel, très grave, moilel peut-être. Ah! non, qu'on me laisse mon mari! Mon pauvre chéri... Mon pauvre chéri... Tout ce que tu m'as dit m'a convaincue. Je n'hésite plas. Je me présente...
Paul. — Mais...
Francine, se précipitant successivement aux trois portes.
— Victor. Défaites toutes les malles de petite vitesse, nous restons à Paris.
Paul. — Mais...
Frangine. — Oui... attends... Pierre, vous irez chercher l'argenterie au Crédit îiyonnais, nous aurons trois dîners la semaine prochaine.
Paul. — Mais...
Francine. — Oui... î.ouise, vous préparerez l'habit de monsieur, il ira ce soir au ministèie.
Paul. — Mais...
Francine, »e jetant dan> les bras «le Paul. --- Oh! mon
chéri! que je suis contente de te voir heureux!
Paul. - Oh! n... de D... de n... rie D... de n... de D... !
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Décor de l'acte II.