‹ Le Bois sacré: Comédie en 3 actesChapitre 19 sur 39 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

CILVMPMOREL, ADRIKNNE

Adrienne. — Bonjour, Léon.

Champmorel. — Tiens, te voilà!

Adrienne. — Comment trouves-tu ma robe?

Champmorel. — Délicieuse.

Adrienne. — N'est-ce pa^^. Alors, tu n'oublieras pas ce que tu m'as promis.

Champmorel. ~- Quoi donc?

Adrienne. — De faire donner les palmes à ma couturière.

Champmorel. — C'est entendu... Tu as fait los préparatifs pour le comité. Tu attends ces dames n cinq heures.

Adrienne. — Tout sera prêt. J^ai envoyé le directeur des musées de province acheter quelques fleurs. Et le chef du bureau des théâtres s'occupe des rafraîchissements. Il est chez Potin!

Champmorel. — Bravo!

Adrienne. — Après la séance du comité, on prendra le thé sur la terrasse. Ce sera très bien. Je suis surtout contente de te faire connaître M'"* Marj^erie, ça, c'est une relation, charmante, distinguée. Enfin, une femme comme nous n'en connaissons pas beaucoup.

Champmorel. — Parfait! Et Zakouskine?... Je pense qu'il ne va pas nous faire faux-bond, comme hier soir?

Adrienne. — Oui, c'est un joli monsieur, ton ami.

Champmorel. — Comment, mon ami!... C'est toi qui me l'as présenté, il y a huit jours... et, depuis ce temps-là, tu lui fais visiter Paris.

Adrienne. — Dame, un étranger... Je l'ai fait pour t'être agréable. D'ailleurs, tu en es fou!

Champmorel. — Non, seulement je le trouve curieux. Il connaît la Rassie, il m'a parlé de Tolstoï, du kummel, il m'a intéressé. Il n'y a qu'une chose en lui que je ne peux pas digéter.

Adrienne. — Laquelle?

Champmorel. — Eh bien, c'est cette sacrée manie qu'il a, quand il arrive, de m'embrasser sur la bouche. J'ai horreur de ça!

Adrienne. — Tu as tort, c'est ce qu'il fait de mieux.

Champmorel. — Quoi?

Adrienne. — Naturellement. Tu devrais savoiique, dans son pays, c'est la coutume. Quand un homme veut témoigner à un autre homme, à un homme important, sa déférence, son respect, sa sym-

pathie, il l'embrasse... de cette façon-là! C'est de la couleur locale.

Champmorel. — Oui... Eh bien, c'est une sale habitude.

Adrienne. — Par exemple, ce qui est inqualifiable, c'est sa conduite d'hier, à ce monsieur. Ne pas venir dîner ici... se faire attendre toute la soirée. S'il vient aujourd'hui, je compte lui demander des explications.

Champmorel, très fin. — Ne fais pas ça!

Adrienne. — Pourquoi?

Champmorel. — Ne fais pas ça, il ne pourra pas te répondre.

Adrienne. — Hein?

Champmorel. — Oui, j'ai deviné... certaines choses...

Adrienne. — Quoi?

Champmorel. — Zakouskine a une aventure.

-VdRIENNE, fait un mouvement. — Ah !

Champmorel. — Imagine-toi que je l'ai rencontré tout à l'heure, rue de Rivoli, se promenant tendrement, bras dessus, bras dessous, avec une petite femme !

Adrienne. — Ah !

Champmorel. — Une petite femme de théâtre.

Adrienne. — Oh î

Champmorel. — Surmontée d'uu énoi-mc chapeau.

Adrienne. — Oh!

Champmorkl. — Et m:is(]ut'o tl'uno irrandc voilette mauve!

Adrienne, à part, luntu c. — Mauve!

Champmorel. — Ma foi, je les ai suivis, un i^^ tant, ça m'amusait. Ils sont entrés chez un pâtissiei*. ils se sont bourrés de petits gâteaux, puis ils sont reGSortis, ils ont appelé un taxi. Ils s'y sont en-

Le directeur des^ Beaux-Arts (M. Guy).

L ILLUSTRATION THEATRALE

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